‹ Eléments de chirurgie cliniqueChapitre 15 sur 62 · XXII INTRODUCTION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION HISTORIQUE

 la môme époque, la Faculté de Montpellier [était florissante : intermédiaire entre l'Espagne et l'Italie, elle dut au voisinage de la papauté, à Avignon, un nouvel éclat, qui ne fut pas de grande durée, mais qui produisit des traductions d'Aviceune (par Arnauld de Villeneuve); d' A verrboës (par Blasnius); favorisanl l'étude des Arabes, et par conséquent des Grecs. Enfin, les leçons et les œuvres de Guy de Chauliac illustrèrent la Faculté de Montpellier, qui jusqu'alors semblait réserver ses succès pour l'enseignement médical.

Guy de Chauliac fut un chirurgien d'une érudition profonde. Avant de professer à Montpellier^ il avait étudié en Italie, parcouru l'Allemagne et une partie de la France, de sorte qu'on a pu dire avec quelque raison que ses œuvres résument les enseignements de ses prédécesseurs. Guy de Chauliac a écrit beaucoup d'ouvrages, dont quelques-uns sont perdus; mais le plus important est la Gronde Chirurgie ou Inventaire, Elle est divisée en sept traités : le premier est consacré à l'anatomie; les cinq suivants constituent un ensemble des connaissances chirurgicales, et le septième renferme la partie de la matière médicale employée en chirurgie, et l'histoire des opérations de petite chirurgie, saignée, ventouses, etc.

Le jugement porté par Malgaigne, et qui n'a pas été infirmé, montre la valeur de cette œuvre. « Jamais encore, dit Malgaigne, cette science n'avait été traitée avec tant de clarté, de méthode, de connaissances théoriques et pratiques : c*est un véritable chef-d'œuvre. » La chirurgie de Guy était très-active ; mais elle reste classique, et l'on ne trouve pas dans ses œuvres de progrès remarquables, toutefois on y reconnaît une précision et une méthode qui permettent de placer la grande ligure de Guy de Chauliac à côté d*Hippocrate, de Galien, et des plus célèbres chirurgiens grecs ou arabistes. Guy de Chauliac dans le Midi, Lanfranc à Paris, peuvent être considérés comme les fondateurs de la chirurgie méthodique en France. Né vers 1300, Guy de Chauliac publia la grande chirurgie en 1363 et est nx>rt probablement quelques années plus tard.

Dans cette même période, des chirurgiens anglais, formés par les leçons des chirurgiens de France, transportèrent en Angleterre les enseignements de la tradition. Jean de Gaddesden professait à Oiford en 1320, Jean Ardem lui succéda de 13^9 à 1370 et pratiqua à Londres : ce furent des vulgarisateurs, mais ils ne paraissent pas avoir réussi à fonder un enseignement vivace, car dès le xv* siècle les noms mêmes des chirurgiens restèrent dans l'oubli.

La fin du xiv* siècle est pour la chirurgie une période de déclin, en France, en Allemagne, en Angleterre, ces mêmes universités dans lesquelles avait brillé d'un haut éclat renseignement chirurgical, se laissent envahir parla scolastique, les chirurgiens eux-mêmes se laissent dominer par Tentrainement de discussions oiseuses, le raisonnement remplace l'observation, et la chirurgie est dédaignée comme une intervention indigne des philosophes et des clercs qui préfèrent la discussion des textes aux enseignements de la pratique. La chirurgie ainsi dominée n'est plus enseignée efficacement qu'en Italie, où pendant le xv* siècle les universités de Bologne, de Pavie, de Florence, ont produit non-seulement des compilateurs, mais ont tracé la voie à des progrès nouveaux par des inventions importantes. Les derniers arabistes sont principalement compilateurs, ils peuvent être rapprochés de Guy de Chauliac^ mais ils lui sont inférieurs et ne possèdent ni sa méthode ni sa clarté ; ils ont le seul mérite de continuer la tradition chirurgicale.

Nicolas de Florence ou Nicolas de Falconis, mort en lùll, est le plus prolixe des compilateurs d'Avicenne etdeRhasès. Pierre d'Argelata, chirurgien très-hàbile, qui embauma le pape Alexandre YI, en làl5, professa à Bologne, où il acquit

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une grande céiébrité; il mourut en 1^23; 11 a laissé un Iraiié de chirurgie où il profile très-largement des enseignements de Guy de Ghauliac

Léonard Bertapaglla professa à Padoue, vers 1^20 à 16^0, il exerça à Venise, et a laissé un conmientaire sur les sept traités chirurgicaux du quatrième canon d'Avicenne, dans lequel on retrouve la ligature des veines variqueuses, la résection des côtes, de Thumérus, et même les résections des extrémités osseuses articulaires.

A côté de ces chirurgiens du xv* siècle, il est nécessaire de mentionner des médecins qui enseignant à la fois l'art médical et l*art chirurgical ont concouru aux progrès de celui-ci. Tels sont les Italiens Galeatus (1388), qui crut avoir inventé la succion de la cataracte; Antoine Guainer, professeur à Pavie, vers 1^20, chez qui Ton trouve l'indication de l'emploi de bougies en cire ou de petites verges d'étain ou d'argent, pour repousser dans la vessie les calculs, qui engagés dans Turèthre, causent la rétention d'urine. Arculanus, qui professa à Bologne, à Padoue et à Ferrare, vers 1/il 2-1 UZO et mourut en l(i60 ? a laissé des éludes fort curieuses sur les maladies des yeux, il a inventé le traitement du renversement des cils en dedans [trichiasis), par l'excision des téguments de la paupière, et par l'invagination des dis dans la paupière^ procédé qui a été réinventé et présenté comme nouveau il y a quelques années. Il traite des polypes du nez par la cautérisation avec la potasse; dans les kystes séreux il incise et cautérise le sac avec l'arsenic II décrit des calculs pulmonaires et traite les rétrécissements de l'urèthre, cause de rétention d'urine, par des sondes ou même Vurélhrotomie externe. Signalons pour terminer Barthélémy IVloniagnana, professant à Padoue vers lâ20 à 1^40, rival d'Arculanns^ qui a surtout laissé des consultations médicales,* et parmi celles-ci des observations intéressantes sur les hernies, sur leur mode de réduction, de contention, enûn sur la rétention des matières fécales dans la hernie. Il nous reste à citer Gatenaria, l'inventeur de la seringue, et auteur de commentaires de Rhasès, qu'il écrivait en 1481, c'est-à-dire au début des temps modernes, et qui fut presque le contemporain du chirurgien Benivieni qui ouvre la nouvelle période. Antoiae Benivieni, de Florence, né en 14^0 et mort en 1502, appartient autant au xvi' siècle qu'au xv% car ses œuvres ne furent publiées qu'en 1507. Celles-ci renfermant un grand nombre d'observations, permettent de considérer Benivieni comme le précurseur du mouvement qui a entraîné les chirurgiens du xvi° siècle vers l'anatomie. Par sa persévérance à chercher dans les autopsies les compléments des enseignements cliniques, il a mérité le titre de fondateur de Vanatomie pathologique.

L'histoire des xiv* et xv siècles, au point de vue chirurgical, serait incomplète si Ton n'étudiait pas, pour la France au moins, l'influence de l'Université sur l'enseignement chirurgical et en même temps les conditions de la pratique. Les chirurgiens professeurs ou praticiens appartiennent à trois corporations devenues célèbre^ à des titres bien différents, ce sont : l'Université ne comprenant que des élèves, les membres de la confrérie de Saint-Côme ou chirurgiens praticiens, enfln les barbiers qui à la limite du domaine ont fait de fréquentes incursions dans le champ des opérations chirurgicales.

L'Université n'admit qu'au xiii® siècle la médecine comme une partie de son enseignement, et elle ne la considéra d'abord qu'à titre de complément de la science philosophique : elle dirigea donc son enseignement vers la théorie, et s'occupa surtout en médecine, comme dans les lettres, de transmettre les traditions; à cet ^ard elle rendit de grands services, puisque les plus grands chirurgiens, les Lanfranc, les Pitard, appartiennent à l'Universiité et furent clercs ao mobis dans l'ap-

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