XXIV INTRODUCTION HISTORIQUE
parence sinon dans la vie intime. Mais auprès des clercs philosophes professeurs et dialectitiens ou compilateurs, il fallait des praticiens et en chirurgie surtout despraticiens exercés. Ainsi à côté de TUniversité s'élevèrent des confréries qui puî* saut en elles leurs titres, on du moins ceux de leurs représentants les plus émérites, se disputèrent la pratique de la médecine et de la chirurgie; celle-ci, presque dédaignée par les clercs de TUniversité, fut exercée par des laïques ou des élèves de runiversité qui trouvaient trop rigoureuses les prescriptions cléricales, et après avoir exercé au nom et sous les ordres de leurs professeurs, ne craignaient pas de dérogeren appliquant les ressourcesde leur intelligence, leur habileté manuelle aux soins considérés comme vulgaires mais certainement lucratif, dont malades ei blessés ne pouvaient se passer. G*est ainsi que peu à peu la chirurgie se sépara de la médecine, et qu*en outre des savants et des logiciens universitaires, des praticiens médecins et surtout chirurgiens purent acquérir une haute renommée ; ils se réunirent entre eux et formèrent une corporation célèbre, la confrérie de Saint- Côme, qui bientôt forma à côté de TUniversité un corps enseignant et pratiquant» qui soutint vis-à-vis de la Faculté même, mais surtout vis-à-vis des barbiers et des empiriques, des luttes passionnées dont l'histoire est longue, et n'est pas encore tout à fait mise en lumière.
Il résulta de celte complexité dans les titres réels ou prétendus des pratiquant» de chirurgie, des luttes constantes qui ne servirent nullement les intérêts de l'art.
Du XIV* au xv« siècle les luttes des chirurgiens de la confrérie de Saint-Côme avec les barbiers et les charlatans occupèrent le parlement ou la juridiction du Ghâ* telet, et la puissance des confrères de SaintCômefut telle, qu'elle lutu avec l'Université m^me ; elle fut d'ailleurs vaincue dans les débats et n'obtint même de protection contre les envahissements des barbiers dans la pratique, que lorsqu'elle se soumit entièrement à l'Université, au commencement du xvr siècle.
La Faculté, tout en admettant les confrères de Saint-Côme au nombre de ses élèves et de ses protégés, adoptait en même temps les barbiers au titre de barbiers * chirurgiens (1505), moyennant des redevances, le serment, et l'obligation de suivre ses cours; la Faculté satisfaite d'avoir établi des examens et constitué une hiérarchie où elle dominait, laissait la pratique et ses avantages à ceux qui la désiraient. Malheureusement la science s'éloignait des sources du progrès, le dogme dominait les enseignements de l'observation, la pratique restait empirique, les réclamations de litres et de privilèges passionnaient bien plus que la recherche de la science; et c'est au moment où l'on s'an*achait les édits, où les médecins faisaient œuvre de procureurs, que la chirurgie en France brillait le moins. Ces praticiens qui, pour la plupart, renonçaient à l'état clérical ou restaient laïques, laissèrent eux-mêmes de côté certaines pratiques qui appartiennent à peine à la petite chirurgie, comme des opérations trop peu importantes pour eux, l'application des remèdes fut abandonnée à des infirmiers volontaires ou salariés, et comme les barbiers maniaient eux-mêmes un instrument tranchant, comme ils offraient aux étudiants pauvres un moyen d'existence, et qu'ils constituaient une confrérie im portante, peu à p?u les barbiers se considérèrent cornue des chirurgiens, ils pratiquèrent la saignée, et même se mirent à traiter les apostèmes ou tumeurs. Audessous de CCS corporations qui présentaient au moins quelques garanties, 8*agitait la foule cupide et ignorante des charlatans guérisseurs, rebouteurs, baigneurs pédicures, etc.
L'exercice de la chirurgie, dans les provinces, était pratiqué par les barbiers^ mais dans les grandes villes il y avait au-dessus d'eux et toujours en lutte avec eux^
IffTRODUCTION HISTORIQUE. XXV
des maîtres chirargîens ; à Montpellier il y avait des maîtres jurés donnant après examens des diplômes de chirurgiens. Les barbiers jouissaient eux-mêmes à Rouen, à Toulouse, à Beaune et dans plusieurs provinces, de privilèges que les barbiers des rois avaient su obtenir, offrant en échange certaines garanties d'expérience pratique, usant de leur influence pour se rapprocher des chirurgiens par leurs titres de confréries placées sous l'invocation de ^int-€ômn de Saint-Damicn, et surtout aussi par leurs empiétements constants dans la pratique.
Parmi ces empiriques, quelques-uns sont restés célèbres parce qu'ils ont réellement concouru aux progrès de la chirurgie ; c'est en Italie qu'ils ont laissé les traces les plus importantes de leurs pratiques. Tels sont les deux Branca, empiriques siciliens connus par leurs succès dans l'autoplastie du nez, des lèvres, des oreilles, invenlenrs delà méthode italienne pour la rhinoplastie, dont l'idée primitive leur a été probablement fournie par Gelse. Les Branca firent école, et il y eut des restaurateurs de nez voyageant et opérant en diverses villes d'Iialie. #
Les Norsini, issus probablement de Pierre de Norsa, acquirent également une grande renommée dans le traitement des hernies, des maladies du testicule, dans l'opération delà taille, mais leur habileté devait être bien inégale, puisqo'à côté de l'inventeur anonyme de la suture du sac pour la cure radicale des hernies, les chirui^ens de cette époque ont souvent signalé les pratiques barbares de ces empiriques qui amputaient trop souvent le testicule pour guérir les hernies ou les tumeurs des bourses.
§ IX. — I^ ehiror^Ie an SLVl* «léde. Ambroltue Paré. -
Le siècle précédent avait légué à son successeur des armes puissantes, les médecins avaient été dégagés de l'obligation du célibat, 1^52 , le moyen âge était terminée! les émigrés de Constantinoplc affluaient en Italie, y apportant l'amour pour la Grèce antique; enfin la découverte de rimprimerie assurait désormais la vulgarisation facile des classiques dans leurs textes originaux.
Celse, imprimé en U78, Galienen l/i83. étaient devenus accessibles, et partant la discussion des textes perdait son ascendant, la médecine et plus tard la chirurgie suivirent l'impulsion féconde qui avait été d'abord communiquée à la littérature et à la théologie, il y eut au début un retour sur la médecine grecque,' et celle-ci brilla d'un éclat nouveau, jusqu'au moment où l'amour des premiers maîtres fit place à l'ambition de les imiter et de les compléter. Pour la première moitié du XVI' siècle, c'est encore l'étude des anciens dans les textes retrouvés ou reconstitués qui domine; bientôt l'esprit de critique, l'esprit dg la réforme passe de la théoic^e dans la médecine, et enfin dans la chirurgie, et la seconde moitié du XVI* siècle prépare Tessor de l'esprit d'indépendance et de conquête scientifiques des siècles suivants.
C'est en Italie, par la protection des Médicis, des papes Jules II et Léon X, que brillent d'un vif éclat les écoles de Bologne, Florence' et Rome. A côté de Michel- Ange, de Raphaël, de TArioste et de Machiavel, des chirurgiens se sont illustrés, mais leur gloire ne s'est pas conservée aussi grande que celle des artistes et des écrivains, leurs contemporains. Cependant il nous faut citer quatre maîtres d'Italie, qui ont continué l'œuvre de Guy de Chauliac et achevé de rétablir les doctrines grecques; ce sont Jean de Yigo, Marianus Saiictus, Berenger de Carpi et Benedeltî.
Jean de Vigo, né en U60, exerça à Gènes et dans divenei vilW '"
XIVI INTRODUCTION HISTORIQUE.
chirurgien de Jules et publia en 151^ un traité complet de chirurgie, divisé en neuf livres; commençant par i*anatomie, il traite des aposlèmcs, des playes, des ulcères, de morbo gallico, des fractures et des luxations; il donne une liste des simples, des médicaments ou antidotcUres^ enfin dans un chapitre additionnel il traite des fièvres, de la saignée, du goitre et des brûlures, de la rétention d*urine, et ne néglige même pas les purgations, Tembaumement, le coït.
Vingt et une éditions en trente ans consacrèrent le succès de ce traité, sorte d*encyclopédie chirurgicale de l'époque, où cependant certains sujets sont négligés, tels que les opérations de la taille, de la hernie, de la cataracte, qn*il rejette, et cependant Jean de Vigo pratiquait une chirurgie active, il ruginait et réséquait les os, amputait dans la gangrène, et même cautérisait les plaies par armes à feu avec rhuile bouillante.
Berenger de Garpi (Jacopo Berengario), né à Carpi vers 1670, professait la chirurgie à Bologne en 1502, il fut le rival de Vigo, et en 1518 publia un premier traité des fractures du crâne; il eut un grand amour de Tanatomie, et devint un chirurgien habile et entreprenant ; il n*ignora pas la puissance de son talent, car il en porta très-haut Testimation ; il se faisait honorer d*un tableau de Raphaël et de vases de Benvenuto Cellini, et refusait d'entrer au service du pape, acquérant à la fois gloire et.profit dans ses voyages en Italie. Berenger est lui-même un élève (ks Arabes et des arabistes, auxquels il ajoute son expérience personnelle, comme aussi les préjugés de l'époque sur la thérapeutique, les emplâtres, les propriétés du cérat fait de substance humaine ou mumie.
' Marianus Sanctus-Barolilanus, c'est-à-dire le Napolitain, fut l'élève de Vigô; il publia presque en même temps que son maître (1516) un compendium de chirurgie qui résume les enseignements de celui-ci, mais plus tard il y ajouta les leçons du liihotomiste Jean des Romains, et divers traités sur les plaies de tête, la dysurie, les calculs du rein ; dans son Livret d'or (commentaire d'Avicenne) sur l'extraction de la pierre, il décrit plus complètement qu'on ne l'avait fait jusqu'alors le grai: j appareil.
Ces chirurgiens ne réussirent pas à fonder des écoles prospères; après eux la chirurgie décline en Italie. Blondus (1697 à 1565) montre combien l'école de Rome a dégénéré quand il ose émettre ce précepte que « mieux vaut mourir par un médecin méthodique que vivre par un empirique » .
Il semblerait que dans ces écoles la chirurgie fût complètement séparée de la médecine, si l'on ne possédait les livret de Benedetti, médecin et anatomiste^ professant l'anatomie vers 1693, achevant en 1511 son ouvrage sur les signes omnium capite ad calcem morhorum. Comme le fait remarquer Malgaigne, on trouve dans ce livre l'indication de la litliotritie et la première mention de la taille purement médiane.
A partir de cette première période, nous ne retrouverons en Italie les chirurgiens qu*à la fin du xv!"" siècle, succédant aux anatomistes de Padoue.
A cette même époque apparaissent les premiers chirurgiens allemands, ou plutôt les chirurgiens de l'école d'Alsace. L'Allemagne était restée longtemps en retard dans les éludes médicales; les universités allemandes tes plus anciennes, celle de Prague date de 1367, a*llc de Leipzig, de 1609. La chirurgie fut longtemps abandonnée aux barbiers et aux baigneurs, aux charlatans les plus vulgaires^ et Lang écrivant au milieu du xv^ siècle dépeint la chirurgie allemande sous les plus tristes couleurs. Cependant l'Alsace suivait les progrès des universités de Paris, et
INTRODUCTION HISTORIQOE. XXVII
c'est Si Strasbourg ({ue furent publiées les œuvres de Jérôme de Brnynsw)'ke et de Jean de Gersdorf.
Jérôme de Bruynswyke écrivit en i[i91 sur la chirurgie et la pharmacologie, et ses livres eurent plusieurs éditions ; il paraît être l'un des premiers chirurgiens qui aient écrit sur le traitement des plaies par armes à feu; il croyait celles-ci empoisonnées.
Jean de Gersdorf écrit en allemand un abrégé de chirurgie, Tun des meilleurs traités de chirurgie de Tépoque, publié en 1517, plusieurs fois réédité, traduit en latin; il professait Tanatomie et la chirurgie ; il est inventeur des tire-balles et traite de la chirurgie d*armée. Il pratiquait la ligature des artères, les amputations et modifia Tambi ou balance pour la réduction des luxations. A côté de ces chirurgiens, on doit citer : Wurtz de Bâle, "Walter K.yff, Roeslin, auteur du Jardin des rosesy qui furent plutôt médecins et accoucheurs que chirurgiens, et dont les œuvres sont inspirées des Italiens arabistes.
C*est dans la première moitié du xvi" siècle qu'apparut cet homme sur lequel des jugements bien divers ont été portés, mais dont Tinfluence en chirurgie n'est pas comparable à celle qui lui a été attribuée en médecine. Paracelse, démolisseur suivant les uns, réformateur suivant les autres, dans tous les cas critique passionné, empirique doublé de mystique pour ceux-ci et méritant les épithctes dont il était si prodigue vis-à-vis de ses contemporains, au contraire pour ceiix-là^ homme à grandes vues^ précurseur de Hunter, promoteur du libre examen des doctrines classiques; Paracelse ne nous paraît pas mériter l'indulgence avec laquelle certains biographes semblent le juger : nous ne concevons pas l'influence utile que la grande et la petite chirurgie ont pu exercer sur les progrès de la chirurgie, à une époque où celle-ci commençait à profiter de l'anatomie et de l'anatomie pathologique, bases autrement solides qne les excès de la chimiatrie de Paracelse, pour lequel il faut une grande bienveillance lorsqu'on veut voir dans la mumie et le mercure doux la théorie de la circulation de la lymphe, comme si dans l'influence des étoiles au ciel sur les ulcères, par leur puissance attractive, on cherchait une conception de pathologie générale.
Nous n'avons pas à nous demander quelle est la valeur au point de vue philosophique de l'apparition de cette imagination désordonnée et de l'action que put avoir cette révolte extrême de Paracelse sur l'esprit d'observation et de critique scientifique, parce que si nous retrouvons chez les chirurgiens du xvi'' siècle quelques-unes de ses absurdités, sa fausse allure scientifique encombrée de comparaisons grossières, nous ne connaissons aucun précepte original de Paracelse qui ait été utile pour la chirurgie, ne faisant même pas d'exceptions pour les cercles, les vis et les armatures de fer dont Dariota pu à grand'peine reconstituer une figure.
C'est en France qu'apparut l'astre.brillant du siècle, Ambroise Paré, honneur de l'école française, homme honnête, grand praticien, mais aussi modeste que savant, et dont la figure énergique et réfléchie fait un contraste heureux avec celle du prince des charlatans.
Lorsque parut Ambroise Paré, la chirurgie était enseignée à la faculté avec un certain éclat par Tagault; Vidus Vidius ou Guido-Guidi avait été appelé en France par François I*', et professait la chirurgie et la médecine au Collège de France, où il apporta la restauration de la médecine et de la chirurgie grecques. Ces leçons étaient destinées aux lettrés, aux élèves de la Faculté et à ceux de la confrérie de Saint-Côme; elles contribuèrent à mettre en honneur l'exercice de la chirurgie.
XXVlll INTRODUCTION HLSTOBlQUfi.
Les barbiers suivaient ces leçons, l'emploi de prosecteur leur était souvent octroyé comme une besogne indigne des docteurs de la faculté; en outre, des traductions françaises d*uiie partie des œuvres d*Hippocrate, de la chirurgie de Paul d*Églne, de Jean de Vigo, permettaient aux barbiers non lettrés de participer aux sources de la science. La chirurgie, grâce à Vidus Vidius, possédait déjà quelque gloire à Paris, mais la jalousie de la Faculté tendait à lui conserver un caractère dogmatique peu favorable à l'accomplissement de nouveaux progrès, les chirurgiens de la confrérie de Saint Cdme^ alors en paix avec la Faculté, se contentaient des traditions classiques ; quant aux barbiers, si quelques-uns comme Larivière, Tauteur d'un traité d'anatomie, mont raient un talent particulier^ on les admettait dans la confrérie de Saint-Côme.
Cependant, auprès de François P', parmi les princes et les grands seigneurs, la chirurgie rencontrait des appuis sérieux ; il fallait des chirurgiens pour accompagner les armées, et ceux-ci, par les services rendus, pouvaient acquérir gloire et profit et jouir pendant la paix du crédit qu'ils devaient à leurs soins durant la bataille. C'est pourquoi il fut possible à un barbier de génie de devenir le chef de l'École française.
Ambroise Paré, qui a mérité lesumomde pèrede la chirurgie moderne, présente une carrière si bien remplie d'actes'de fermeté, de dévouement à l'humanité, et à la science qu'il nous est permis de la rappeler brièvement.
Né à Laval en 1510, selon toute probabilité, car la date de sa naissance adoptée par lui-même a varié de 1509 à 1 516, A. Paré fit des études fort incomplètes chez le chapelain Orsoy ; il étudia en province l'état de barbier et vint à Paris vers 1532. L'enseignement qu'il put suivre était l'exposé delà chirurgie de Guy de Chauliac, auquel il ajouta Jean de Vigo. Il resta trois ans à l'Hôtel-Oieu comme élève chargé de pansements, et sut profiter de son séjour au milieu des malades et des blessés pour y étudier Tanatomie et la chirurgie, travaillant par lui-môme, mais sachant acquérir des observations dont il se rappelait souvent avec plaisir l'origine.
Reçu maître barbier en 1536, il débuta dans la carrière de la chirurgie militaire; étant au service du maréchal Monte Jau, il put en Italie étudier la pratique des chirurgiens dans les plaies par armes à feu, et en profita si bien qu'il acquit une pratique remarquable dans le traitement de ces plaies. Aussi, d'après le conseil de Sylvius qu'il rencontra en Provence, il publia son premier livre : « La méthode de traiter les playes faictes par hacquebutes et aultres bastons à feu. » Il débutait par un chef-d'œuvre étant donnée l'époque, et par une réfonne capitale, la suppression de la cautérisation des plaies par armes à feu.
C'est principalement au milieu des armées en campagne que Paré pouvait développer les qualités de son génie chirurgical, et sa réputation y prit un accroissement prodigieux. Paré dans les armées était la représentation de la science secourablC; de Tart bienveillant, et ses soins se multipliaient pour les chefs et pour les soldats. On le vit bien lorsqu'il assista au siège de Boulogne à la suite du comte de Rohan, et plus tard dans la campagne de Champagne et de Luxembourg, pendant laquelle, en 1551, au siège de Damvilliers, il pratiqua la première amputation de jambe, avec ligature des artères. Envoyé par le roi à Metz, où il pénétra par surprise, il contribua par sa présence à soutenir le courage des assiégés, participant à la gloire du grand fait d'armes du duc de Guise, alors que la résistance de Metz faisait échouer tous les efforts de l'empereur d'Allemagne. Partageant à la reddition d'Hesdin le sort des soldats, fait prisonnier, il ne dut
INTRODUCTION HISTORIQliE. XXIX
«on salul qu*à sa science et à la cure d*un ulcère. Paré fut alors nommé chirurgien du roi de France (Henri II). Ses doctrines sq répandaient, et il avait déjà acquis une gloire peu conimune, et publié un traité d'anatomie qui représente un essai d*anatomie des régions, tel qu'on pouvait le concevoir à cette époque pour Tusage des chirurgiens. G*est entre deux campagnes qu*il Tavait rédigé. Paré u*avait alors que trente-six ans. La confrérie de Saint Côme, récemment transformée en collège des chirurgiens, s*cmpressa de l'admettre^ et malgré son ignorance du latin, il soutint de mémoire, dans un latin pitoyable, la thèse qu'il fallait affronter pour recevoir le bonnet de maître chirurgien (155/!i).
Tour à tour chirurgien ordinaire de François II, de Charles IX, il employa à diverses publications sur l'élude de l'anatomie, plusieurs années pendant lesquelles il écrivit la Méthode curative des playes et fracturesde la teste humaine (156i)ct VAnaiomie universelle du corps humain (1561).
Envoyé au siège de Rouen, il put étudier à son grand découragement la pourriture de l'hôpital et les dangers de l'encombrement des blessés (1561). Nommé alors (1563 à 156/i) premier chirurgien du roi, il suivit Charles I\ dans son voyage eu Lorraine, en Bourgogne, en Provence, formant des liaisons scientiûques, étudiant toujours, accunmiantdes documents qu'on retrouvera dans ses œuvres; il affronta la peste, en fut atteint et conçut le Traité de la peste dont il pouvait, bien que chirurgien, parler à bon droit ; il en fut de même de la petite vérole et de la rougeole dont il étudia l'épidémie à Paris. Ces circonstances font comprendre pourquoi il a écrit sur les fièvres et la peste, non sans être attaqué passionnément par la faculté de médecine, qui l'obligea à supprimer ses appréciations à l'égard de l'antimoine.
Bientôt Paré ajoute à sa gloire cinq Livres de chirurgie, où il traite des tumeurs et des luxations, puis les deux livres de chirurgie, de la génération et des monstres ; il lutte dans son apologie contre les pamphlets et les ennemis que lui suscite la faculté; enfin, nommé en 1574 valet de chambre et conseiller du roi Henri III, arrivé à l'apogée de sa gloire, il la consacre par la publication de ses œuvres sous le litre à^OKuvresde M. Ambroise Paré,, conseiller et premier chirurgien du roy, avec les figures et portraicts tant de Vanatomie que des instruments de chirurgie et de plusieurs monstres. Le tout divise en vingt-six livres, etc.
L'épbode de la Saint-Barthélémy où Paré aurait été sauvé du massacre par le roi, semble devoir être considéré comme une légende, car les recheixhes de Maigaigne ont montré que Paré n'était point protestant; d'ailleurs il est certain que Paré avait une grande réputation de piété que.la tradition a conservée.
A partir de 1575, Paré, dédaignant les querelles des chirurgiens, s*occupe de la publication de ses œuvres, il les complète, répond dans la Grande Apologie aux attaques d'élèves obscurs de la faculté et même des chirurgiens ses confrères, « qui lui eussent plutôt poussé la tête à l'eau que soutenu le menton pour qu'il ne se pût noyer *. Paré s'était éloigné de la cour à cause de son grand âge, il resta à Paris, et après la mort de Henri III, assista au siège de cette ville par Henri IV. L'aspect des terribles misères qu'infligeaient aux Parisiens la résistance du parti catholique et les rigueurs des assiégeants le toucha profondément, à en juger par la harangue qu'il adressa à l'archevêque de Lyon, preuve nouvelle de la haute autorité d'un caractère loyal et d'un esprit aussi élevé que charitable.
Ambroise Paré mourut le 20 décembre 1590, laissant en héritage aux chirurgiens nn exemple delà puissance du travail, de l'observation clinique aidée d'un esprit droit; jamais, on ne lui reprocha une fortune honorablement acqolie^