XXX INTRODUCTION HISTORIQUE
appliqua en partie à la publication de ses œuvres ; grâce à son génie, il s'éleva da degré le plus infime à la plus haute position comme praticien ; ses livres constituent un enseignement complet (pour l'époque) de la chirurgie, dans lequel, malgré le respect pour les maîtres grecs et leurs vulgarisateurs, apparaît une originalité puissante, qui continue la tradition hippocratique.
A. Paré était anatomiste et clinicien; observateur judicieux, il s*est illustré par deux innovations célèbres, la suppression de la cautérisation des plaies par armes à feu, et l'emploi de la ligature dans les amputations.
Des observations nombreuses rendent singulièrement attrayants les enseignements qu'il nous a livrés, et dans lesquels la science austère n'empêche pas les finesses de l'esprit gaulois. La vie d'Ambroise Paré, à laquelle Malgaigne a consacré un monument très-remarquable, représente le plus bel exemple de la vie d'un chirurgien que les jeunes gens puissent contempler et méditer au début de la carrière.
L'influence de Paré fut considérable à son époque, elle domina pendant un siècle en France; elle se propagea dans l'Europe entière; mais elle déclina au moment où les conquêtes de l'esprit d'observation vinrent remplacer les enseignements des classiques grecs. De Paré, il reste cependant ses innovations ; il fut à la fois le dernier des vulgarisateurs des doctrines grecques et le premier mattre de la chirurgie française, parce qu'il joignit aux enseignements classiques l'appui, le contrôle et les progrès de sa haute pratique.
Paré devint en France le fondateur d'une école qui compte des chirurgiens habiles, et les doctrines du maître se propagèrent en Angleterre, en Allemagne et en Flandre ; les noms de quelques-uns des successeurs de Paré méritent d'être rappelés, tels sont : Guillemeau, qui traduisit ses œuvres en latin et mérite une place distinguée comme réformateur des accouchements ; Severin Pineau, lithotomiste; Rousset; Thévenin; Nicolas Habicot, bien connu par ses opérations de bronchoto* mie et par la Semaine anatomique, résumé de l'anatomie eu quatorze leçons ; enfin Cabrol qui transporta à Montpellier les doctrines de Paré. Tous furent des chirurgiens habiles et en même temps anatomistes.
A la fin du xvi' siècle» c'est de nouveau Tllalie qui fournit les écoles les plus célèbres; l'anatomie y est enseignée, elle y progresse et les plus grands anatomistes deviennent les chirurgiens les plus célèbres.
La série des professeurs de Padoue et de Pise, à la fin du xvi* siècle, constitue l'époque la plus brillante de l'anatomie.
Vésale, né à Bruxelles en 1513, mort en 1564, après avoir étudié à Louvain, à Paris, s'illustra à Padoue, où Colombo (mort en 1559) lui succéda ; Fallope, élève de Vésale, est anatomiste et chirurgien ; Ingrassia, docteur en 1510 (mort en 1580) devient célèbre comme anatomiste, médecin et chirurgien, à Naples et à Palerme ; Yarole, né en 154S, mort en 1575, professa à Bologne et à Rome l'anatomie et la chirurgie.
A Fallope succède, dans la chaire illustrée par Vésale, Fabrice d'Acquapendente qui donne à la chirurgie d'Italie un éclat comparable à celui dont brilla l'école française sous A. Paré. Né en 1537, élève de Fallope, il le remplace en 1562 et professe pendant trente-six ans. Il ne quitta l'enseignement qu'au début d« xvii* siècle, où il est remplacé par Gasserius, le professeur de Harvey.
Les tendances des écoles chirurgicales vers l'anatomie et la puissance nouvelle que donne Tétude des organes et des régions à la pratique et à l'invention dea
lErrRODUCTION HISTORIQUE. XXXl
méthodes opératoires, constituent, pour la chirargie de la fin du xvr siècle, une véritable époque de renaissance, qui suit immédiatement les derniers efforts de retour vers les doctrines grecques^ que nous avons signalés au commencement de ce siècle.
Nais, pour bien connaître le mouvement scientifique de Tépoque, il faut, revenant sur nos pas, rappeler les maîtres célèbres des écoles de Suisse : Franco, dont les débuts se firent en Provence et qui se fixa à Berne vers 1546 ; ses travaux les plus remarquables ont rapport aux hernies, à la lithotomie, il est inventeur de la taille hypogastrique; l¥urtzen, connu par ses préceptes sur les plaies par armes à feu.
La Suisse fournit encore, à la fin du xvi'' siècle, le réformateur de la chirurgie allemande, Fabrice de Hilden, né en 1560 et mort en 163iï, qui a laissé un nombre considérable d'observations démontrant son talent comme praticien, comme anatoiniste, et la haute valeur de son génie chirurgical.
§ X. — La ehirarf(tc mi XVII* sléele.
Tandis que le xvi* siècle nous a présenté la restauration de la chirurgie, en France par Ambroise Paré, en Italie par Fabrice d'Acquapendente, en Allemagne par Fabrice de Hilden, le XYii* siècle, si fécond en progrès accomplis par les sciences, la philosophie et la littérature, est au contraire pauvre en illustrations chirurgicales.
£t cependant, en anatomie, Harvey découvre et démontre la circulation du sang, et, par la publication de VExef*cîtatio ana(omica de motu cordis et sanguinis in eirculaiionej soulève la tempête des discussions dans lesquelles de trop ardents adversaires ont mal travaillé pour leur mémoire, Asclli décrit les vaisseaux chylifères(1622), Pecquet (1647) découvre le résenoir commun des chylifères et suit le canal thoracique jusque dans la sous-clavière, Virsung (16/i2), Bartholin, Rudbeck, rivalisent avec les précédents dans l'étude des lymphatiqueSfWharton (1610 à 1673), Glisson (1596 à 1677), commencent Fanatomie de structure, la théorie de la nutrition, de Tirritabilité et de la sensibilité. Sténon, un Danois (1638-1686), reconnaît la nature des glandes lymphatiques ; enfin xMalpighi (1628-169^) fonde l'anatomie générale, Ruysch (1638-1727) se fait un nom à côté de lui, Leeuwenhoek (1632 à 1723) emploie les microscopes qu'il a fabriqués lui-même, et dans le champ alors inexploré mais si vaste de l'histologie, il n'a qu'à choisir les objets d'observations pour multiplier ses découvertes, au premier rang desquelles se place la première description des globules du sang.
Au-dessous de ces hommes célèbres, une pléiade d'anatomistes remarquables, J. Riolan (1577 à 1657), dont le talent s'est fort abaissé par sa lutte contre Harvey et Borelli, Lower, Willis, Schneider, Peyer, Rivinus, Verheyen, de Graaf, Swammerdam, Van Hoorn! Quelle splendeur pour l'anatomie, bien digne du siècle qui a vu Bacon, Descartes, Leibnitz, Locke et Bossuet. Pour la médecine, 0008 comptons Sylvius (De le Boe) en Allemagne, Sydenbam en Angleterre, les iatro-mécaniciens de l'École italienne, avec Sanctorius à leur tète, et puis Borelli, Bdlini et Baglivi.
La cliirurgie ne profitera que dans le siècle suivant de cet imposant mouvement,
pendant lequel elle reste modeste. Toutefois, bon nombre de praticiens d'un grand
mérite accumulent des observations qui sont encore utiles à oonsalter : c'est ainsi
que Marcbetti, en 166&, publie ses observatkms d <« to
€uioir.