‹ Eléments de chirurgie cliniqueChapitre 41 sur 62 · CHtBUBGIE CUNIQUE · texte numérisé non relu

CHtBUBGIE CUNIQUE

C'est pour ce nmiif que les scariQcaiioiis sont dans la plupart des cas associées aux ventouses qui assurent un écoulement de sang plus abondant.

Les ventouses scarifiées sont le moyen auquel on a recours toutes les fois que sans vouloir appliquer des sangsues qui dounent une plus grande quantité de sang on désire procurer une évacuation sanguine modérée en l'associant k un effet révulsif toujoors assez marqué.

Ou se sert, dans ce cas, de ventouses de verre, parce que seules elles permet teiit de surveiller l'écoulement sanguin ; la raréfaction de l'air y est produiie d'ailleurs par l'un des procédés que nous indiquerons plus loin.

Au point où l'on veut faire les scarifi cations, on commence par appliquer la veatoose, puia on la relire au bout de quelques instants ; mais la peau reste rouge et congestionnée en cet endroit, et c'est li que l'on pratique les scarifications avec le bistouri, le ngoir ou le scarificateur. L'application préalable de la ventouse a nofl -seulement pour effet de congestionner la peau et de faciliter l'écoulement saiiguin, mais aussi, dit-on, d'émousser la sensibilité cutanée.

Le scarificateur a été spécialement imaginé pour l'application des ventouses scarifiées; c'est un instrument qui nons est venu d'Allemagne et d'Angleterre, mais qui a été beaucoup perfeciionné par les fabricants français, et particulière' naentparCharrière(fig. 38). lise compose d'une botte cylindrique de cuivre ou de maillecliort, ayant ù ou 5 centimètres de diamètre et qui loge un ressort roulâ en spirale comme celui d'uue pendule; ce ressort agit sur un arbre qui porte un nombre de lames variant de htitt à vingt et implantées perpendiculairement sur lui. Lorsque le ressort est tendu et qu'on vient toni k coup ï le laisser agir en pressant sur le bouton, toules les lames parallèles viennent faire saillie à travcre une série d'ouvertures placées sur la Fie. 38. — Sctriûtaleur. face qui forme la base du cylindre. La saillie de ces lames est réglée suivant la profondeur que l'on désire donner aux scarifications.

Enappliquatitrinslrument armé sur la peau et pressant un peu, dès qu'on vient à bire agir le ressort, les lames tranchantes opérant un mouvement de demi cercle font à la peau autant d'incisions parallèles; leur nction est en quelque sorte instantanée et la douleur produite par la scariGcatioii de la peau it peu prés uulle. On peut réappliquer l'instrument deux fois de suite sur la même place pour bire des scarifications dans une direction perpendiculaire aux premières et les croisant.

Noos ne pouvons décrire en détail le scarificateur, la maniéi'e de tendre le ressort, de le faire agir, le moyen employé pour faire saillir les lames de la longueur voulue; non plus que le procédé suivi pour nettoyer les lames lorsqu'elles ont servi. Une telle descriplion serait nécessairement obscure et incomplète et aurait en outn' l'inconvéjiieiu de donner une idée 1res- compliquée d'un instrument dont la manœuvre est fort simple en réalité.

Les avantages du scarificateur sont d'agir rapidement, de causer peu de douleur et de pouvoir être manié par des pei'sonnes qui ne pourraient se servir du bistouri ou du rasoir ; mais il présente quelques inconvénients assez i-éels. Un des premiers reproches qu'on peut lui adresser, c'est de faire des incisions beaucoup plus profoiides vers feiir milieu qu'à leors extrémités, ce qui tient an mouvement dcraî-cirre ciécoié par les lames. Le Bcan&wwmt «av, cw a^vw, ^mski sujet i h-

déranger; il est aussi très-difficile de nettoyer complètement les lames, même en le démontant complètement ; or, comme le môme scariûcalear sert pour un grand nombre de malades, il peut résulter de graves inconvénients de ce défaut de propreté. Pour ces raisons et pour quelques autres le scarificateur est rejeté par quelques médecins.

On a construit du reste un grand nombre de scarificateurs qui diflèrent pl)^ ou moins les uns des autres, quelques-uns sont plus simples.

Le scarificateur de Bondu opère une section circulaire de la peau; il est d*nn mécanisme peu compliqué et peut agir dans le vide.

Le scarificateur d'Heurteioup est également circulaire. Celui de M. Gilgencraniz, adopté par le conseil de sanié de la marine, se compose simplement d'une série de lames parallèles renfermées dans un étui et que l'on fait saillir plus ou moins au moyen d'une vis de pression ; on manie cet instrument en tenant l'étui qui fait manche à la main et promenant le tranchant des lames sur la peau^ C'est un des scarificateurs les plus simples que l'on puisse employer et son action se rapproche beaucoup de celle du bistouri, avec cette différence que toutes les scarifications sont produites du même coup.

Les scarifications faites sur une surface déjà congestionnée par l'action d'une ventouse donnent immédiatement une certaine; quantité de sang; cependant cet écoulement s'arrêterait bientôt; il faut donc réappliquer la ventouse en la plaçant aussi exaeiemenl que possible sur la trace qu'elle a laissée. Sous l'influence de la diminution de pression, le sang s'écoule beaucoup plus abondamment par les scarifications et s'accumule dans le réservoir de verre. £n s'accumulant peu à peu, il fmit par occuper un certain volume et bientôt, l'air dont il a pris en partie la place se trouve avoir une tension à peu près égale à celle de l'atmosphère; la vientouse se détache alors d'elle-même. On peut, à la rigueur, la réappliquer après l'avoir nettoyée ; mais on se contente généralement de l'effet qu'elle a produit la première fois. La quaniiié de sang qui s'écoule sous l'influence de l'aspiration produite par la ventouse est variable ; elle peut s'élever à 30 ou 40 grammes; le sang se coagule immédiatement sous la cloche.

On a proposé à plusieurs reprises de remplacer les ventouses scarifiées ordinaires par des instruments au moyen desquels les scarifications sont produites par un scarificateur placé à l'intérieur de la cloche et alors que l'air est déjà raréfié. Parmi ces instruments, un des plus anciens est le bdellomètre de Sarlandièi*e. Il se compose d'une cloche de ventouse portant trois tubulures; Tune reçoit une tige qui porte à son extrémité le scarificateur et qu'il suffit de pousser pour produire les scarifications ; la seconde sert à raréfier l'air au moyen d'une pompe aspirante ; la troisième est destinée à laisser écouler le sang qui s'accumule dans la cloche. Cet instrument est compliqué ; il est susceptible de se déranger facilement; la rentrée de l'air dans la cloche par la tubulure qui reçoit la tige du scarificateur se produit fréquemment ; enfin l'existence de la troisième tubulure est une complication gênante, car le sang se coagule presque toujours immédiatement dans la cloche et ne peut s'écouler, et en ouvrant le robinet dont est munie cette tubulure on risque de laisser rentrer l'air dans la cloche. Il est beaucoup plus simple et tout aussi efficace de se servir du scarificateur et des ventouses ordinaires.

La même observation s'applique aux appareils présentés sous le nom de sangsues artificielles. Bien que quelques-uns d'entre eux soient fort ingénieux et d'un maniement relativement facile, ils sont peu employés. Dans ^ves>^^\»vx^^^^'^^\i^reils, le tube qui sert à faire le vide est de pelile dvme\is\oti\\e:&VMfts& ^w ^.sax^^^-

UO CailOKCIE dJRIQCE.

leur tout qnelqueins dôpoiée* de ounicn i prodnre trois ii comme celles que feu les nicboira de b saigne ; b profondenr i Uqnelle eSes pénèfeat e*t ré^ét i l'aide d'une ris. La nrébcUon de l'air se fait i l'aide d'an curpa de pompe adapté i un tnbe de caontcbooc

Ceiappareib peoveni sans dooie remplacer les sib^dos; mais, comme ccUes-ci se iroaTeoi li pen près partont et remplisseat parfaitement le bot qo'on se propose en les appliqnant, il n'f a pas lien de compliquer l'arsetul cbimrsical de ces appareils qn'on se procore diffidlrmetil, qui se dérangent sonTcsl et qui n'ont pas d'action spéciale. On comprend que nont a'iosisiions pas davant^ sur leur àescripli'in.

Signalons senlenient ici nn instrument ingénieux; noas vonlons parier de l'appareii an mofea dnqael U. Langier a pratiqné la saigoëe des os.

ttmmgamt». — La tûngme est nn annélide acpiatîqoe de h famille des birodinées, dont plnsienn espèces sont nsiiées en médecine ponr sonstraire localement gne certaine qnantilé de sang ani tissus. C'est on des moyens tes |ilus employés pour pratiquer la saignée locale.

La connaissance des sangsnes mnonle i b pins hante antîqnilé; mais leur distinction nn pen eucte est assez récente et lenr emploi médicinal n'est pas trèsancien.

Les sangsnes qui habitent les eaui donces sont les seules birodinées qai serrent CD médecine. Uoqnin-Tandon, antenr d'une monographie drs àimdméa qui fait antoriié, décrit ainsi lenra caractères : Lenr corps est allongé, snbdéprimé, obtus en arrière, rétréci graduellement en avant, composé de quaire-Tingt-dii-huît segments courts, égaux, très-distincts et saillants snr les câtès ; leur ventouse orale peu concave est bibbiée, ï lèvre supérieure très-avancée, presque lancéolée, formée par les cinq premiers segmenu ; b boucbe est grande, les michoires sont dures, très-comprimées, k deux rangs de denlîcules nombreux très-pointus et très-serrés, d'autant pins gros et plus aigus qu'îb sont plus rapprochés du bord extérieur.

Tout le monde connaît les mouvements variés des sangsues, leur mode de progression ï l'aide de leur vemouse orale et anale et surtout b faculté qu'elles

«, — v,^ j ont de se fixer sur b peau des animaux, de ta et ^'■{{iiiiS-^ diviser et de pomper le sang qui s'en écoule. nH|JyK|0 Elles doivent cetie faculté ï leurs trois mA~ ^^SKIS/l cboires longitudinales dont nous avons parlé,

llp'^f disposées en triangle au fond de la boucbe et

r , A inuespar des muscles puissants (fig. 39).

I Deux espèces de sangsues, parmi les oiiie que décrit Hoquin-Tandon, sont spécialement employées en médecine ; ce sont b sangsue verte

(Sanauiiuqa offtcinolii) et la sangsue icrise

Kiu 39, — MâehoirM dune MngBue. ;,, " . '' ,. -,-1.0-

riu, .>», «iiciiu».. t {Sanyuituga meatcmalis] do Savigny.

U sangsne vcrle a le corps d'un vert noirâtre ; elle est très-grande ; soti dos iKirte six bandes longitudinales ferrugineuses, maculées de poinis noirs sur leur partiu moyenne et leurs bords ; le vcuire est vert jaunâtre, sans tacbc et largement b«wdé de noir ; les segments sont très-lisses.

CrÊnAnONS USCELLLS ET PETITE CniRCRCÎE. Zdi

La sangsue grise a le corps d'un vert foncé ; le dos marqué de six bandes ferrugineuses assez claires, oiïrant des taches noires ordinairement triangolaires ; le ventre est verdâtre, maculé et largement bordé de noir; les segments sont hérissés de mamelons grenus (Moquin-Tandou). Ces deux espèces ne sont d'après quelques auteurs que de simples variétés, souvent confondues dans les oiBcincs.

La sangsue noire {Hœmopis vorax), sangsue de cheval, est impropre, à cause delà disposition de ses mâchoires, à l'usage médicinal; mais elle est fort innocente des accidents qu'on lui a attribués à tort

Les sangsues vivent dans les eaux stagnantes des marais. Il y a quarante ans, la consommation vraiment effrayante de sangsues qui se faisait en France sous l'influence des doctrines de Broussais avait rendu rare cet annélide, et de nombreuses recherches avaient été faites pour arriver à le conserver dans des bassins artificiels et pour faciliter sa reproduction. Aujourd'hui, cette question a perdu «ne partie de son intérêt.

Il suffit de savoir que les sangsues pour être de bonne qualité doivent être de ■moyenne taille et aussi agiles que possible; celles qui sont pêchées depuis peu de temps sont préférables ; au moment où on les emploie, elles ne doivent pas être gorgées de nourriture, comme cela arrive lors*qu'elles ont été pêchées à l'aide ^e /oies d'animaux qu'on leur jette et dont elles sont très-voraces. Dans les pharmacies, les sangsues sont conservées dans des bocaux remplis d'eau, recouverts d'une toile lâche qui en ferme l'ouverture; on dépose au fond du bocal une couche d'argile. Pour ce qui est de la conservation des sangsues dans les bassins artificiels, la monographie de M. Fermond sur les sangsues médicinales renferme tous les détails que l'on peut désirer sur ce sujet.

La question de savoir si les sangsues peuvent servir plusieurs fois a été diversement résolue. On admet généralement aujourd'hui que les sangsues, après un séjour de six mois dans des réservoirs glaises, se sont complètement débarrassées du sang qu'elles ont absorbé et qu'elles peuvent être employées de nouveau lorsqu'on les a conservées ensuite pendant un mois dans l'eau. Cependant, lorsque des sangsues auront été appliquées sur des malades atteints de maladies contagieuses, il sera toujours prudent de les rejeter définitivement.

La gastrotomie a été pratiquée par M. Piégu pour débarrasser rapidement les sangsues du sang qu'elles ont absuibé. Au moyen d'une incision faite sur le dos, on ouvre l'estomac et on le vide du sang qu'il contient. Il paraît même que cette opération peut être faite sans que la sangsue lâche t^rise, et qu'alors elle continue à sucer. On pourrait par ce moyen obtenir un écoulement de sang beaucoup plus considérable que celui que donne ordinairement chaque animal, mais nous doutons que la gastrotomie faite dans ces circonstances se ré|)ande jamais beaucoup dans la pratique.

Application des sangsues. — L'application des sangsues peut se faire dans toutes les régions, à part la paume de la main et la plante des pieds, où i'épi- ^lerme offre une trop grande épaisseur et où les morsures pourraient être fort gênantes. On devra é\iter toutefois de poser des sangsues sur les parties découvertes, surtout chez les femmes, parce que les cicatrices qu'elles laissent sont indélébiles. Quelques auteurs pensent qu'il y a des inconvénients à les appliquer directement sur les parties enflammées, qu'il peut en résulter une gangrène de la peau^ et qu'il est préférable de les mettre tout autour de la partie malade. Ces craintes ne nous semblent pas foniées, et l'on cherche aujourd'hui ^néc^lfir

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meot à 86 rapprocher autant que possible des parties le plus vivement congestionnées lorsqu'on emploie les sangsues.

Les applications de sangsues sur les muqueuses sont assez fréquentes ; elles servent à produire le dégoi^ement de la muqueuse buccale, amygdalienne, et du col utérin lui-même, dans les inflammations de ces membranes; nous verrons quelles précautions il convient de prendre dans ces cas.

Il faut autant que possible éviter le voisinage des orifices naturels, et les parties pourvues d'un tissu cellulaire sous-cutané lâche et très-abondant, parce que, dan» le premier cas, il est à craindre que quelque sangsue s'introduise sans qu'on s'en aperçoive dans une cavité où elle peut déterminer de graves accidents, et, dans le second, parce qu'il survient souvent, peu de temps après la morsure, un oedème considérable des parties. Ce phénomène se remarque surtout aux paupières et au scrotum; il n'offre pas d'ailleurs de gravité réelle.

L'application des sangsues au niveau des gros vaisseaux, lorsque ceux-ci sont superGciels, est plus dangereuse, parce qu'on a vu des hémorrhagies graves suivre l'ouverture de ces vaisseaux, comme Dupuytren l'a observé pour la veine jugulaire. Il faut éviter aussi les points où des troncs nerveux volumineux pourraient être piqués.

Le nombre des sangsues à employer varie nécessairement avec l'effet que l'on' veut obtenir. Une seule sangsue peut quelquefois entretenir, surtout chez les enhnts, un écoulement sanguin suffisant; d'autre part, chez l'adulte, à l'époque où florissait la méthode aniiphlogistique, on appliquait quelquefois jusqu'à une centaine de sangsues en une seule fois. Aujourd'hui, on dépasse rarement le chiffre de vingi-cinq ou trente^ et le plus généralement on se contente de dix ou douze.

Pour poser les sangsues, après en avoir choisi le nombre qui a été prescrit et même quelques-unes en sus pour le cas où toutes ne prendraient pas, on dispose le malade de la manière la plus commode pour lui et pour le chirurgien. Dans tous les cas, il vaut mieux que le malade soit couché ; on dispose au-dessous de lui une alèze pliée en quatre ou même une tuile cirée pour préserver le lit de l'écoulement sanguin, et Ton fait prendre au patient une |)osition telle, si cela est possible, que la partie qui doit recevoir les sangsues soit à peu près horizontale, et rapprochée du bord du lit.

On lave alors la surface destinée à recevoir les sangsues et même on la rase quand elle est pourvue de poils abondants. Des frictions avec du lait ou de l'eau sucrée ont été conseillées pour faciliter la prise des sangsues ; mais, ainsi qu'on l'a fait remarquer, le mieux serait d'étendre une légère couche de sang sur les parties où on veut les faire mordre. Habituellement, on néglige ces précautions, et, lorsque les sangsues sont bien vivaces et un peu affamées, elles mordent spontanément.

Pour faire mordre les sangsues sur un point déterminé, on peut les poser une à une ou en masse. Dans ce dernier cas, on met les sangsues dans un verre ordinaire que l'on renverse sur la peau de manière à les emprisonner complètement ; les sangsues ne tardent pas à se Hxer par leur extrémité postérieure, généralement au fond du verre; puis elles mordent en un point de la peau plus ou moins rapproché des bords. On est averti qu'elles mordent, d'abord par la sensation de doulear, quelquefois fort vive, accusée par le malade, puis par les mouvements rermiculaires que la sangsue commence ^eTL^ewlçt. Un autre moyen d'empêcher les 8ang»\ies&e V\wx cûTfô\s\.^^\^^ ^^V^'s.^x \ws.\\\\^

compresse pliée en double, et à appliquer celle-ci, par-dessus elles, sur la peau, eu maintenant les bords avec la main. Lorsqu'une sangsue se refuse obstinément à mordre, il vaut mieux lui en substituer une autre que de chercher à Texciter en la tourmentant, comme on le fait quelquefois, ce qui généralement produit un effet invci-se. iM. Maisonneuve dit s^être bien trouvé de quelques mouchetures trèslégères pratiquées avec une lancette pour faire mordre les sangsues paresseuses ; presque toujours elles se Hxent immédiatement sur la petite plaie.

L'applicatiou des sangsues en masse permet d'en faire mordre environ une . douzaine à la fois. Pour les appliquer une à une, on se sert, soit d'un tube fermé à un bout dans lequel on introduit la sangsue en appliquant l'oriGce au point précis où Ton veut qu'elle prenne, soit d'une carte roulée qui remplit le même office.

La région doit être plane ou à peu près lorsqu'on pose les sangsues en masse; elle peut être irrégulière^ au contraire, lorsqu'on les pose une à une, et c'est toujours ce dernier procédé que l'on suit pour les appliquer sur les muqueuses. On se sert même de tubes de verre spéciaux lorsqu'on veut faire prendre une sangsue sur la muqueuse buccale ou sur la pituitaire; ces petits tubes, de la grosseur du doigt, ouverts largement à l'une de leurs extrémités, sont effilés à l'autre, de manière à donner passage seulement à la partie antérieure de l'animal. On place cette extrémité sur le point où l'on veut faire prendre la sangsue, et on l'y maintient jusqu'à ce que celle-ci se détache. Gomme la sangsue ne pourrait traverser cette partie rétrécie du tube> il n'y a aucun danger qu'elle s'échappe.

L'application de sangsues sur le col de l'utérus exige l'emploi du spéculum et une surveillance attentive ; on fait prendre les sangsues une à une et on laisse en place le spéculum jusqu'à ce qu'elles se détachent d'elles-mêmes.

Les sangsues restent fixées pendant uu temps qui varie d'une demi-heure à deux heures. On les laisse ordinairement se détacher spontanément, ce qui arrive lorsqu'elles sont gorgées de sang; si l'on voulait les faire tomber plus tôt, on ne devrait pas exercer de traction, mais tâcher de leur faire lâcher prise en les touchant légèrement plusieurs fois. Comme ce moyen est souvent insuffisant, on conseille de répandre autour d'elles un peu de poudre de tabac ou de sel.

La morsure des sangsues cause de la douleur; cette douleur est même fort vive chez certaines personnes. Les sangsues ont d'autant plus de répugnance et de peine à percer la peau que celle-ci est plus épaisse. Aussi les sangsues s'attachentelles très-vile à la peau des enfants et des femmes, tandis qu'elles montrent beaucoup moins d'empressement lorsqu'il s'agit de celle d'un homme adulte ou d'un \ieiilard.

La quantité de sang dont peut se gorger une sangsue a été très-diversement appréciée. iMoquin-Tandon dit qu'une sangsue petite ou grosse absorbe en moyenne moins de 3 grammes de sang (2^',70). Les auteurs du Compendium aïRrment au contraire que cette quantité est de 10 à 15 grammes pour chaque sangsue, et qu'il s'écoule ensuite par la piqûre à peu près le même poids de sang.

Pour augmenter la quantité de sang soustraite par l'animal, on a conseillé de couper l'extrémité postérieure, parce qu'alors, disait-on, la sangsue continuant à sucer, et le sang s'écoulant au fur et à mesure, elle n'arrivait pas à se rassasier; mais cette mutilation a infailliblement pour eiïet de lui faire lâcher prise et est, par conséquent, plus qu'inutile. La gastrotomie, dont nous civons parlé déjà, pourrait, assure-t-on, être pratiquée sans troubler beattcoui^V^\iVKi^\\«À>&^^Ni&^^^'* tons que ce moyen ait été fort employé.

2ll'l aiIRUCGIE CLINIQUE.

Lorsque la sangsue est détachée, le meilleur moyen de favoriser Técoulement du sang est de faire sur la place des lotions d*eau tiède qui eulèvent le sang coagulé; les cataplasmes émoilien's ont le même effet, et Ton peut aussi, s*il s*agit d*un membre, le mettre dans un bain tiède. De cette façon, on augmente beaucoup le rendement de chaque piqûre. Il faut, du reste, toujours suiTciller attentivement l'écoulement de sang qui succède à une application de sangsues, surtout lorsque celles-ci ont été mises en nombre un |hîu considérable ; car on pourrait sans cela exposer les malades à perdre sans s*en douter une très-grande quantité de sang. On évalue approximativement la quantité de sang écoulée en examinant les draps et serviettes qui en sont imprégnés ; cette appréciation exige, il faut le dire, une £ssez grande habitude; pour qu'elle fût plus rigoureuse, il n*y aurait d'autre moyen que de peser avant et après les linges qui ont reçu le sang; mais c'est là une précaution un peu embarrassante et que Ton ne prend pas ordinairement.

La forme de la plaie qui succède k une morsure de sangsue offre quelque cliose de caractéristique et qui est en rapport avec la disposition des mâchoires de l'animal (fig. /iO). Cette forme est celle d'un Y, ou plus exactement d'une étoile à

trois branches; c'est-à-dire que les trois incisions correspondant à chaque rangée de dents convergent vers un même point. Entre les lèvres de ces petites plaies il y a toujours un mince caillot au moment où l'animal vient de se détacher, et tout autour il existe une ecchymose d'étendue variable qui FiG. 40. — Blessure persiste pendant quelques jours, en passant par la dégrada-

Droduîto Dflr los « i ••

sangsues. ^^^^ ^^ teintes habituelle. Lorsque la plaie cesse de donner

du sang^ elle se recouvre d'un petit caillot noirâtre qui ne se détache qu'après plusieurs jours, et qui laisse alors à découvert une cicatrice blanche ayant la forme de la morsure et qui reste indélébile. Dans quelques cas très-rares, ces cicatrices deviennent saillantes et difformes, comme cela peut se voir pour toute autre cicatrice.

Accidents causés par les sangsues. — L'application des sangsues peut donner lieu à quelques accidents que nous devons signaler. — Nous avons déjà parlé de la douleur qui se produit au moment où l'animal perce la peau ; cette douleur, chez certaines personnes, est assez vive pour déterminer quelques phénomènes nerveux et produire môme, dit-on, la syncope. Il importerait de savoir bien exactement si ces accidents ne sont pas le résultat de la maladie noéme qui a nécessité l'application des sangsues. Il faut toujours admettre au moins une grande susceptibilité chez les individus qui présentent ces phénomènes nerveux.

Vhémoj^hagie est beaucoup plus fréquente. Chez certains malades, l'écoulement de sang non -seulement ne s'arrête pas spontanément, mais persiste avec opiniâtreté; on n signalé surtout ces hémorrhagies chez les gens atteints d'affections du foie. Chez les sujets hémophiles, il peut devenir impossible d'arrêter l'hémorrhagie ; aussi, dans le cas où la prédisposition, ordinairement héréditaire et connue des malades, serait signalée, devrait on s'abstenir complètement de l'emploi des sangsues. Nous avons déjà dit que les sangsues ne doivent jamais être appliquées au voisinage des gros vaisseaux, et particulièrement des veines volumineuses, qui ont été quelquefois perforées.

Si une piqûre de sangsue saigne plus que de raison, on commence par exposer

à l'air la petite plaie, et enlever le cataplasme qui a été appliqué, pour tâcher d'ob-

tenir la formation spontanée d'un petit caillot; si ce moyen ne suffit pas, un nnor-

OPÊRÂTIO?iS USUELLES ET PETITE CHIRUnCIE. 345

ceau d*amadou maintenu avec le doigt produira presque toujours Tefifet désiré. Les poudres absorbantes, telles que la colophane, une solution de perchlorure de fer ou d'un autre styptique, seront ensuite essayées. 11 est rare que la petite héroorrhagic résiste h un attouchement de la piqûre a?ec le crayon d'azotate d'argent, un peu pointu ; si ce moyen échouait, Tappiication d'une serre-fîne, qui pince et soulève les lèvres de la plaie, serait presque toujours suivie de succès. On a conseillé de saisir la peau au niveau de la piqûre entre les mors d'une pince et défaire une ligature en masse ; ce procédé nous paraît d'une exécution difficile, et la serre-fine est bien préférable.

Comme dernière ressource, on aurait la cautérisation au moyen d'un stylet rougi; mais on n'est jamais obligé d'en arriver Ik, lorsque l'on a employé les moyens énumérés précédemment.

^inflammation suivie ou non d'ulcération est ua accident assez fréquent autour des piqûres de sangsues ; il se forme quelquefois de petits abcès, ou bien les ulcérations se cicatrisent très-lentement. On évitera généralement ces accidents en tenant la peau bien propre autour des piqûres, en ne laissant pas de sang coagulé, et en empêchant les frottements pendant les premiers jours au moyen d'un linge huilé ou enduit de cérat.

Il est moins facile d'empéchcr l'érysipèle qui se développe quelquefois, on ne sait pourquoi, autour des piqûres, surtout dans les hôpitaux. Le traitement de ces accidents n'oiïre rien de spécial ; il doit être presque uniquement prophylactique.

Parmi les accidents possibles il faut rappeler aussi la pénétration des sangsues dans une cavité, comme le rectum ou la bouche. Lorsqu'on a pris les précautions qui ont été indiquées, en posant les sangsues, cet accident n'est guère à craindre; si cependant il se produisait, il faudrait y remédier au plus vite. Dans le cas où la sangsue aurait pénétré dans le rectum, l'administration immédiate d un lavement salé aurait pour eiïet certain de provoquer la contractilité de l'intestin et de faire lâcher prise à l'animal s'il s'était déjà fixé. Les sangsues en |)énétrant dans la bouche s'engogcnt généralement dans l'oesophage. On conseille encore dans ce cas d'administrer une solution de sel marin, mais à moins que ce sel ait une action toxique sur la sangsue, en supposant qu'elle lui fît lâcher prise immédiatement, nous pensons qu'il faudrait se hâter de provoquer le vomissement pour éviter que la sangsue séjournât dans l'estomac Les sangsues qui ont franchi le pharynx peuvent aussi s'engager dans le Inrynx et la trachée. Dès que l'on aurait acquis la certitude de leur présence dans les voies aériennes il n*y aurait pas h hériter à pratiquer immédiatement la trachéotomie. Si une sangsue se logeait dans le conduit auditif, comme elle pourrait perforer la membrane du tympan, on devrait essayer de la déloger au plus vile, et les injections d'eau salée à grand courant poussées un peu vigoureusement y réussiraient sans doute aisément.

Nous serons brefs sur les effets thérapeutiques des applications de sangsues. On les emploie le plus souvent pour produire le dégorgement local d'une partie enflammée ; elles paraissent utiles dans les inflammations phleginoneuses au début ; elles peuvent les arrêter complètement dans leur marche. Si l'on 8*en sert dans le traitement du phlegmon diffus, on devra le faire largement et dès le début; un grand nombre de sangsues, trente ou quarante, peuvent faire avorter un phlegmon diffus d'un membre. Plus tard, lorsque la période de suppuration commence, l'utilité des sangsues devient très-contestable. On a quelquefois intérêt à prolonger pendant longtemps l'écoulement sanguin, sans le rendre pour cela très-abondant; dans ce cas, il faut appliquer les sangsues, comme le faisait Sansou^ ^w^V

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une, en attendant que la première soit détacliée pour appliquer la seconde et ainsi de suite. L^écoulement de sang peut ainsi durer vingt-quatre heures sans interruption.

L'emploi des sangsues dans le but de produire un effet dérivatif est encore assez en honneur en médecine sans qu'il soit possible d'afiQrmer que le but que Toii recherche soit toujours atteint. C'est ainsi que l'on applique les sangsues aui cuii^^ ou à l'anus dans les cas de congestion cérébrale. Il est probable qu'elles agissent simplement comme le ferait nue saignée générale qui aurait soustrait la même quantité de sang. L'application des sangsues à l'anus, pour suppléer un flux hémorrhoîdal qui ne se fait pas, ou à la face interne des cuisses, pour remplacer les règles supprimées, est plus rationnelle.

Les sangsues ne sont ordinairement prescrites pour produire reffet d'une saignée générale que dans le cas où, pour une raison ou pour une autre, on ne peut avoir recours à la saignée du bras, et, dans ce cas, l'écoulement lent et progressif de sang provoqué par les piqûres de sangsues ne peut avoir les effets de la déplétion brusque opérée par une large saignée.

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