VENTOUSES
Les ventouses sont de petits récipients en forme de cloche, dans lesquels on a raréfié l'air, et qui, appliqués sur la peau, y déterminent une congestion locale due à la diminution de pression.
Lorsqu'on se contente d'employer les ventouses pour obtenir dans un but révulsif cette congestion localisée, les ventouses sont dites sèches ; si lés ventouses sont appliquées sur un point de la peau préalablement scariûé, elles produisent en même temps une saignée locale en aspirant une certaine quantité de sang ; c'est là ce qu'on appelle des ventouses scarifiées.
Les YMitovscs •èches déterminent une congestion limitée, mais rapide et ti-èsintense de la peau, comme le prouve la teinte ecchymotique souvent persistanU^ qu'elles laissent après elles.
On se sert de ventouses de différentes sortes. Les unes sont de verre, les autres de caoutchouc Pour y raréfier l'air on emploie tantôt la clialeur et tantôt un corp« de pompe aspirante ou simplement un résenoir élastique de caoutchouc.
Les ventouses de verre sont d'un usage plus répandu que les autres. Ce soûl des ampoules de verre résistant, présentant un goulot large et très-courL On es fait de différentes grandeurs suivant les parties sur lesquelles on veut les appliquer et l'effet qu'elles sont destinées à produire. Le diamètre de leur orifice dépasse rarement 5 à 6 centimètres; les bords de cet orifice doivent être bien arrondis pour ne pas blesser les points de la peau avec lesquels ils se trouvent eo contact. Un verre à boire de petite dimension et particulic rement un verre à bordeaux peut tenir lieu de ventouse, à la rigueur.
Pour raréfier l'air dans les ventouses ordinaires on est obligé d'avoir recours à la chaleur qui dilate momentanément l'air contenu dans l'ampoule ; si Ton applique l'orifice de la ventouse immédiatement sur un point de la peau, de façon que l'air extérieur ne puisse pénétrer, l'air échauffé emprisonné dans la ventouse ne tarde pas à revenir à son volume normal, et il en résulte entre l'air extérieur et celai de la ventouse une différence de pression assez considérable pour que la
peau soit en quelque sorte aspirée à Tintérieur de la ventouse et se congestionne vivement.
Plusieurs moyens sont indiqués pour produire réchauffement de Tair k l'intérieur de la ventouse. Un des plus simples consiste à y faire brûler un morceau de papier facilement inflammable ; ce moyen n*esl pas cependant toujours suffisant, aussi recommande-ton d*imprégner le papier d'alcool ou d'éther avant d'y mettre le feu; tous ces procédés ne sont pas cependant exempts d'inconvénients; ils échauffent quelquefois assez fortement les bords de la ventouse pour qu on soit exposer à brûler le malade ; ou bien il reste dans la ventouse quelque fragment de papier encore en combustion au moment où on l'applique ; en outre on pei*d toujours beaucoup de temps lorsqu'on a un grand nombre de ventouses à poser. Aussi les ventouscurs font-ils usage d'une lampe à alcool spéciale dont le bec est obliquement dirigé et la mèche un peu grosse. Au moment de poser la ventouse^ ils la présentent une ou deux secondes h la flamme, par son oriGce, et en coiflent en quelque sorte le bec de la lampe, ce qui suffit pour échaufler assez fortement l'air sans échauffer le verre ; puis ils appliquent la ventouse sur la peau sans perdre de temps. En présentant de la même manière rorifice de la ventouse an-dessus du verre d'une lampe ordinaire on arrive au même résultat ; la seule difficulté c'est que la lampe peut rarement être placée assez près du point où l'on pose la ventouse pour que Tair n'ait eu le temps de se refroidir déjà un peu avant que celle-ci soit appliquée sur la peau.
Yoici un moyen simple et commode que l'on peut mettre en usage, lorsqu'on n'a pas à sa disposition une lampe de ventouseur. On se sert de ces petites bougies dites veilleuses qui sont implantées dans un disque de carton du diamètre d'une pièce de cinquante centiines ou d'un franc. On en place une à nu sur la peau au point où l'on veut poser la ventouse et on Fallume; dès que la mèche brûle on applique la ventouse par dessus la veilleuse ; celle-ci s'éteint presque immédiatement ; mais elle a eu le temps d'échauffer suffisamment Tair pour que la ventouse prenne. Par ce moyen simple on réussit toujours et sans crainte de brûler le malade ; la seule précaution à prendre est de faire placer celui-ci de manière que la région sur laquelle les ventouses sont posées, soit à peu près horizontale ; sans cela les veilleuses ne pourraient pas toujours servir. Dans quelques cas, il faut le reconnaître, ces conditions ne sont pas réalisables.
Quel que soit le moyen suivi pour échauffer l'air de la ventouse, au moment où l'on applique ses bords sur la peau il faut avoir soin de presser un peu fortement pour que l'adhérence soit parfaite et que l'air ne puisse rentrer. Quelques régions sont trop irrégulières ou offrent des saillies osseuses trop superficielles pour se prêter à cette adaptation exacte ; cependant, en prenant des ventouses dont l'orifice est plus étroit, on peut presque toujours arriver à les faire prendre.
Dès que la ventouse est posée^ la pression atmosphérique suffit pour la maintenir en place très-solidement ; on peut l'abandonner à elle-même. A travers les parois transparentes du verre, on constate que la peau forme une convexité trèsaccusée à l'intérieur de la ventouse qui tend à l'aspirer; en même temps elle se congestionne fortement. Le malade éprouve une sensation de tension très-marquée à ce niveau ; mais cette sensation n'est généralement pas douloureuse.
Lorsque la dis))Osition de la région le permet, on peut appliquer un grand nombre de ventouses les unes à côté des autres et les rapprocher sans inconvénient ; c'est ainsi qu'à la base de la poitrine on en peut poser une trentaine, et leur application ne demande que peu de temps, si elle est faite par des mains ^iLfôt-
cécs et en se servant de la lampe spéciale dont nous avons parlé. Généralement on n'en applique qu*un nombre beaucoup moins considérable, de six à dix, par exemple.
Dans les premiers moments^ nous avons dit que la ventouse adhère énergiquement k la peau el ne peut en être détachée que par une traction très-forte; mais peu h peu, soit parce qu'il rentre un peu d*air^ soit plutôt parce que la surface de la peau est le siège d'une exhalation de gaz assez rapide, favorisée qu'elle est par la diminution de pression, l'adhérence devient moins parfaite et la ventouse Gnit par sedélacber d'elle-même au bout d'un temps variable. Souvent au bout d'un quart d'heure l'adhérence est encore très-énergique; plus ordinairement la ventouse se détache après une dizaine de minutes. D'ailleurs on n'attend pas toujours qu'elle se détache d'elle-même, et après cinq ou six minutes elle a produit un effet suffisant pour qu'on puisse l'enlever. Pour ce faire, on saisit l'ampoule de la ventouse avec la main droite et avec un ou deux doigts de la main gauche appliqués auprès d'un des bords, on déprime un peu fortement la peau, pendant qu'on fait basculer la ventouse en l'entraînant du côié opposé ; grâce à celte manœuvre il n'v a pas h exercer de traction énergique ni de tiraillement sur la peau comme dans le cas où Ton cherche à soulever la ventouse perpendiculairement.
Après l'enlèvement de la ventouse la peau reprend son niveau mais présente une plaque violacée exactement circulaire, dont la trace subsiste ordinairement plusieurs jours et passe quelquefois par la dégradation successive de teintes propre à l'ecchymose, lorsque de petits vaisseaux ontéié rompus et qu'un peu desang s'est extravasé. Jl n'y a, du reste, aucun pansement à appliquer. La résolution s'opère d'elle-même.
Tous les détails qui précèdent s'appliquent aux ventouses ordinaires dont on se sert encore communément. Cependant ccmme la manœuvre offre quelques difficultés et demande un peu de temps, on a cherché k la simplifier. C'est dans ce but ffu'ont été imaginées les ventouses dans lesquels la raréfaction de l'air se produit par aspiration, ce qui évite de les chauffer.
Parmi ces ventouses, les plus simples de toutes sont celles de Blatin; elles sont formées d'une ampoule toute de caoutchouc vulcanisé, à parois très-épaisses et ayant la forme d'un dé à coudre un peu surbaissé. Les bords de l'orifice de ces ventouses sont arrondis et maintenus circulaires par un fil métallique caché dans leur épaisseur; pour les appliquer on saisit entre le pouce et lesauti*es doigts le corps de la ventouse de manière à en déprimer les |yarois et à les appliquer presque l'une contre l'autre, ce qui efface en partie la cavité; puis on applique en appuyant ui peu fortement les bords de l'orifice qui a conservé sa forme circulaire sur le point de la peau où l'on veut faire prendre la ventouse ; en même temps on abandonne les parois à elles-mc^mes ; en vertu de leur élasticité et de leur épaisseur, la veatouse reprend sa forme primitive et sa cavité se reconstitue, mais l'air qu'elle contient, obligé d'occuper un espace beaucoup plus considérable, n'a qu'une tension faible et la ventouse agit sur la peau comme une ventouse de verre avec cette différence qu'on ne peut voir ce qui se passe dans les parties qu'elle recouvre.
La pose de ces ventouses de caoutchouc est extrêmement simple; elles sont toujours prêtes à fonctionner et agissent aussi efficacement que les antres. Elles offrent en outre l'avantage de s'appliquer plus facilement aux parties qui ne sont pas exactement planes, grâce à la flexibilité de leurs bords, et de n'être pas susceptibles de se casser. Mais leur prix est plus élevé que celui des ventouses de rerrc.
OPÉRATIONS USUELLES ET PETITE CHlttURGIE. ZU9
De tous les systèmes de ventouses dans lesquelles la raréfaction de l*air est produite autrement que par la chaleur, après celles dont nous venons déparier, le plus simple est représenté par les ventouses dites à succion. Elles sont formées par une cloche de verre ayant la forme d'une ventouse ordinaire, munie supérieurement d*une garniture de cuivre h robinet. Cette garniture s*adapte à un réservoir de caoutchouc vulcanisé, piriforme, à parois très-épaisses et portant un système de soupapes.
La cloche de verre étant posée sur la peau, et le robinet ouvert, si l'on presse entre les doigts le réservoir de caoutchouc, grâce au système de soupapes, Tair contenu dans celui-ci se trouve chassé au dehors; dès qu'on abandonne les parois à leur élasticité naturelle le réservoir reprend sa forme, mais l'air seul de la cloche peut y pénétrer de telle sorte que le réservoir agit comme une pompe aspirante ; on peut renouveler plusieurs fois la même manœuvre et chaque fois une nouvelle quantité d'air passe de la cloche dans le réservoir. Lorsque la raréfaction est jugée suOisante on ferme le robinet et l'on enlève le réservoir.
Ce système qui est celui de M. Capron est ingénieux et commode.
M. Charrière l'a simplifié encore en supprimant l'intermédiaire de la monture de cuivre du robinet et des soupapes. La cloche de verre qui constitue la ventouse présente à sa partie supérieure un goulot assez large sur lequel est adapté à demeure un réservoir de caoutchouc. Pour appliquer la ventouse on la saisit par le réservoir de caoutchouc dont on comprime les parois entre les doigts pour en effacer la cavité; on met en place la ventouse en appuyant un peu les bords de la cloche sur la poau, puis on laisse les parois du réservoir reprendre la forme primitive; la raréfaction produite dans la cloche de verre par l'ampliation brusque du réservoir est suffisante pour faire l'effet d'une ventouse ordinaire; mais on ne peut pas comme avec celle de Capron pousser plus loin cette raréfaction.
Ce sont ces ventouses que Folhn avait fait construire pour les appliquer à la région temporale dans le traitement des maladies des yeux. Comme on le voit elles se composent en réalité d'une ventouse de Blatin surajoutée à une ventouse ordinoire. La manœuvre en est très-simple.
Nous ne pouvons en dire autant de la manœuvre des ventouses à pompe, qui cependant rendent des services dans certains cas. Ces ventouses différent des ventouses de verre ordinaires en ce qu'elles offrent h leur partie supérieure une ouverture munie d'une douille à robinet. Sur celte douille s'aju&te à frottement une pompe aspirante à l'aide de laquelle on fait le vide dans la ventouse. Malgré les nombreux perfectionnements apportés à la construction de la pompe aspirante et l'addition d'un tul)e flexible que l'on place entre la ventouse et celle-ci, cet appareil n'est pas très-répandu, tant à cause de son prix un peu élevé, qu'à cause de quelques difficultés dans la manœuvre. 11 offre cependant l'avantage de pousser la raréfaction de l'air plus loin qu'avec les ventouses ordinaires; mais il est surtout précieux lorsqu'il s'agit d'aspirer le lait des mamelles chez les nouvelles accouchées et de faire saillir le mamelon.
Pour se servir de la ventouse à pompe aspirante, on applique les bords du récipient de verre sur la peau et l'on ouvre le robinet, puis on ajuste la pompe aspirante sur celui-ci ; il est bon d'interposer entre la ventouse et la pompe, le tube dont nous avons parlé ; la manœuvre est plus facile et n'imprime pas au malade de secousse désagréable.
Pour faire le vide dans la ventouse, il suffit de faire monter et descendre alternativement le pistoiL Une fois le degré de raréfaction de l'air obtenu, on ferme le
robinet et Ton enlève la pompe. La ventouse peut rester appliquée assez longteinps, pour la détacher il suOil d*ouvrir le robinet qui laisse rentrer Tair. Ordinairemeol on ne fait le vide par ce procédé que dans une seule ventouse. Lorsqu'on s'en sort pour aspirer le lait i)ar le mamelon, on fait généralement usage de ventoaso ayant une forme spéciale.
Dans le but de permettre Tapplication de ventouses au fond des cavités et sur les surfaces très-étroites, Toirac avait imaginé de leur donner une forme allongée rappelant celle des sangsues. On les appliquait par une de leurs extrémités : à l'autre s'adaptait un tube flexible au moyen duquel on faisait, le vide avec nne pompe aspirante. Ces ventouses sont aujourd'hui inusitées.
Les Yeatowics Jonod mériteraient d'être employées plus souvent qu'elles ne le sont ; elles constituent un moyen de dérivation d'une grande énei^e ; leur volume seul est un obstacle à leur usage plus fréquent. Elles consistent en de vastes manchons métalliques, pouvant embrasser tout un membre et dans lesquels on fait le vide au moyen d'une pompe aspirante. Comme ces ventouses sont le plus souvent appliquées au membre inférieur, elles ont ordinairement la foitne d'une botte. Leurs parois sont de cuivre, elles remontent jusque vers la racine du membre et eu ce point une manchette de caoutchouc embrasse étroitement le segment du membre sur lequel on opère sans permettre la pénétration de l'air.
La raréfaction de l'air est produite par une pompe aspirante reliée à la ventouse par un tube flexible. Les effets de la diminution de pression sur une surface aussi étendue que celle de la totalité d'un membre sont rapides et très-marqués ; ca même temps que les systèmes capillaire et veineux du membre enfermé dans la ventouse deviennent turgescents, on voit les téguments pâlir dans les autres régions; si les vaisseaux de la conjonctive se trouvaient injectés avant les premiers coapsde piston, on peut suivre facilement leur retrait successif et l'on voit la conjonctive reprendre sa coloration normale. En raréfiant trop rapidement l'air on produirait la syncope, aussi faut-il procéder avec précaution ; la rentrée de l'air ne doit être permise que graduellement pour éviter de même des effets fâcheux. Ces ventouses peuvent être avec succès employées pour diminuer la dyspnée dans les cas de maladies du cœur et des poumons ; on comprend toutefois que leur action n'est que momentanée. Cette action paraît s'exercer d'une façon très-évidente sur la circulation cérébrale, si l'on en juge par les bons effets que plusieurs médecins en ont obtenu dans les cas d eclampsie puerpérale dont ils sont parvenus à modérer ou suspendre les accès convulsifs. Au début M. Junod avait fait construire d'énormes réservoirs dans lesquels le corps tout entier, sauf la tête et le cou, pouvaient être contenus et soumis à la raréfaction de l'air ; c'était là une exagération qui n'a pas passé dans la pratique; mais les grandes ventouses applicables aux membres peuvent rendre de vrais services et Ton s'en servirait assurément plus souvent si on le« avait toujours à sa disposition,
Les ventouses sèches, conmie il résulte de ce qui précède, sont employées comme moyen révulsif; on les prescrit aussi dans les cas de contusions, de douleurs rhumatismales, en les appliquant au point douloureux. Nous avons vu quels résultats on peut attendre des ventouses Junod. Nous avons signalé également Tapplication qui a été faite de leur force aspiratrice pour dégorger la mamelle au début de la lactation ou dans toute autre circonstance. lignons reste à parler d'un dernier usage qui a été fait des ventouses pour empêcher l'absorption des virus et des venins â la surface des plaies. Tout le monde sait que lorsqu'un virus ou un venin vient
<rètre déposé à la surface d'une plaie, on peut par la succion l'empêcher d'être absorbé; mais si la succion avec la bouche ne peut être pour une raison ou pour tme autre pratiquée, Tapplicatlon d'une ou plusieurs ventouses sur la plaie peut la remplacer avantageusement. Ce moyen est très-bon par lui même; il n'a que l'inconvénient d'être rarement misa temps à exécution, parce qu'on n'a pas toujours une ventouse sous la main.
Sêton.
Le séton^ mot dérivé de seta^ crin, a été l'un des moyens les plus employés par la médecine révulsive, et si de nos jours il est un peu délaissé par nous, il paraît encore en grand honneur dans la médecine vétérinaire. Le séton est un exutoire qui consiste en une plaie à deux ouvertures, intéressant le tissu cellulaire souscutané et dont la suppuration est entretenue à l'aide d'une mèche de coton ou de fil, pendant un temps toujours assez long.
Le séton a été employé d'abord uniquement comme exutoire et dans un but révulsif, puis les chirurgiens en étendirent ensuite l'usage et s'en servirent comme moyen directement curatif, soit pour obtenir la suppuration d'une tumeur, soit pour procurer la guérison de certains kystes séreux, soit enfin dans les cas de consolidation vicieuse des fractures pour agir immédiatement sur le cal. Sanson l'avait même proposé pour le traitement des dilatations anévrysmatiques des artères. Aujourd'hui nous possédons dans 1e drainage un moyen plus simple et plus efficace pour arriver au même résultat dans ces différents cas. Le séton révulsif pourrait lui-même, sans inconvénient, être remplacé par un tube à drainage; cependant nous le décrirons à part et nous indiquerons les précautions recommandées par un certain nombre de médecins qui ont eu à se louer de ses effets dans le traitement de plusieurs maladies chroniques.
Il y a un lieu d'élection pour le séton, c'est la partie postérieure du cou audessous de l'occiput; le, en effet, la peau est peu irritable, le tissu cellulaire souscutané est lâche el abondant ; il n'y a pas dans la région de vaisseaux importants qu'on puisse craindre de blesser; le séton peut en outre être dissimulé sans trop de peine ; ajoutez à cela qu'il est le plus souvent employé dans le traitement des maladies oculaires chroniques et que les médecins ont pensé qu'il y avait avantage à ne pas trop s'éloigner du point malade. Le séton a cependant, mais exceptionnellement, été appliqué en d'autres points; c'est ainsi qu'on l'a placé audessus du pubis, à la région hypogastrique, pour combattre les affections chroniques de la vessie; sur les parois de la poitrine dans des cas de pleurésie purulente, et même à la partie interne des cuisses. D'après Glot bey, les Arabes emploient souvent de petits sétons filiformes qu'ils placent vers la commissure externe des paupières.
Nous allons décrire la manière de passer un séton à la partie postérieure du cou ; les modifications qu'entraînerait, dans le manuel opératoire, l'établissement de cet exutoire en d'autres nagions sont insignifiantes.
Avant de procéder à cette petite opération et pour l'exécuter aussi rapidement que possible, il faut se munir des objets indispensables qui sont : l*' un bistouri et un stylet aiguillé ou une aiguille à selon qui tient lieu de ces deux instruments ; 2** une mèche de coton ou une mèche de toile effilée, longue d'un mètre environ ; 3"* les objets nécessaires pour compléter le pansement, tels qu'un linge enduit de
cérat, un plumasseau de charpie, quelques compresses et une bande ou mieox on mouchoir plié en cravate.
La ouquc du malade doit être préalablement rasée si Ton doit placer le séton nn peu haut; les épaules seront en outre recouvertes d'une alèze ou d'une serrieile pour le préserver du sang qui s'écoule au premier moment. Le malade est ordinairement assis pour lopéralion et le chirurgien doit être assisté d'un aide, bîet qu'à la rigueur il puisse s'en passer.
VaiguUle à selon de Boyer dont ou se sert encore assez sonrent et qui prend place dans les trousses permet d'agir un peu plus rapidement sans doute, mais peut très-bien être remplacée par le bistouri. Cette aiguille n'est en réalité qu'une lame de bistouri tranchante sur ses deux bords, terminée à une extrémité comnifî une lancette et portant à l'autre un large chas pour y passer la mèche. Elle est habituellement protégée dans la trousse par deux châsses d'écallleou de buffle; niais elle ne leur est pas lixée et on la manie en la tenant par l'extrémité non tranchante, qui correspond au chas. Avaut de s'en servir, on passe dans le chas Textrémité de la mèche que l'on graisse de cérat sur une longueur de 7 à 8 centi* mètres. Si l'on emploie le bistouri, la mèche est passée de la même manière dans le chas d'un stylet aiguillé et graissée également.
La mèche destinée à entretenir la suppuration est faite tantôt d'une bande de toile de la largeur du doigt et dont les bords ont été efiBlés, tantôt d'un certain nombre de fils de coton réunis en faisceau. F^ même mèche devant servir au pan* sèment un certain temps, nous avons vu.qu'elle devait avoir une certaine longueur. Il y a quelques années, M. Bouvier a substitué à la mèche ordinaire de petits cordonnets ou simplement de petiles bougies uréthrales flexibles, dites bougies de gomme, ce qui lui a permis de réduire le volume du séton; on voit que ce procédé se rapproche singulièrement du drainage tel que le pratique M. Chassaignac. Quelquefois même, M. Bouvier a employé une chaîne métallique très-souple pour entretenir la suppuration ; il se sert d'une aiguille plus étroite que l'aiguille à selon ordinaire et munie à son autre extrémité d'une sorte de pince qui remplace le chas pour retenir le cordonnet ou la bougie.
Que Ton se serve de l'aiguille à séton ou du bistouri, il faut d'abord soulever la peau de la nuque de manière à former un pli vertical sur la ligne médiane ; le chirurgien tient ordinairement lui-même entre le pouce et l'index de la main gauche la partie supérieure de ce pli et fait maintenir par la main d*un aide la partie inférieure ; puis tenant de la main droite l'aiguille à séton ou le bistouri comme un archet de violon, le dos en haut, il perfore la base de ce pli de part en part, et de droite à gauche; il faut que l'instrument tranchant soit enfoncé un peu obliquement de haut en bas et de droite à gauche; en outre, plus l'instrument se rapprochera de la base du pli, plus la longueur du trajet sous-cutané sera considérable et les deux ouvertures distantes l'une de l'autre.
Si c'est Taiguille à séton qui a servi à faire la ponction, sans lâcher le pli de la peau le chirurgien saisit la lame de la main droite et la tire complètement de manière que la mèche se trouve entraînée immédiatement. Si le bistouri a été employé il faut, sans le retirer, glisser sur lui le stylet aiguillé pour passer la mèche. Dès que celle-ci a traversé la base du pli cutané, on laisse la peau revenir à sa place en retirant le bistouri et l'on dégage l'extrémité de la mèche.
L'obliquité légère donnée à l'incision de la peau a pour but de favoriser l'écoulement du sang, et plus tard du pus vers l'extrémiié de la mèche engagée la
première, et d'éviter que l'autre extrémité soit souillée au moment de l'opération ou entre chaque pansement.
L'écoulement de sang est en général peu considérable et s*arréte dès que la mèche est en place. La douleur est peu marquée si la ponction a été pratiquée rapidement et sans hé:>itatioii. Si Ton fait usage d'un bistouri étroit et que la mèche doive être volumineuse, il faut ne pas se contenter d'une simple ponction, mais agrandir un peu l'incision.
M. Bouvier a donné le conseil de faire à la peau un pli transversal au lieu d'un pli longitudinal, ce qui fait que les deux ouvertures de la peau se trouvent sur la même ligne verticale. Tune au-dessus de l'autre. Cette manière de procéder oiïre, d'après ce chirurgien, l'avantage de faciliter l'écoulement du pus et de dissimuler plus tard aisément la cicatrice de l'ouverture supérieure, au milieu de la racine des cheveux.
Oès que la mèche est en place, après s*être assuré que l'écoulement de sang est arrêté, on met au niveau de la double plaie un linge troué enduit de cérat et un plumasseau de cliarpie; puis repliant sur elle-même la longue extrémité de la mèche^ on en forme une sorte de petit paquet que l'on couche par-dessus la charpie aûn qu'elle ne soit pas salie par le pus qui s'écoulera. Quelques compresses et une bande ou uu mouchoir plié en cravate assujettissent le tout autour du cou.
Le malade peut se lever et vaquer à ses occupations, sans s'astreindre à un régime particulier; pendant les trois premiers jours on ne touche pas au pansement, et pendant ce temps il ne sunient ordinairement autre chose qu'un peu de tuméfaction douloureuse autour du trajet sous-cutané.
Vers le quatrième jour, quand la suppuration commence à s'établir, on enlève le pansement, avec la précaution de ne pas tirailler l'extrémité de la mèche mise en réserve, et l'on graisse au niveau de l'ouverture d'entrée cette mèche sur une longueur de 8 à 10 centimètres ; puis avec une pince à pansement ou avec les doigts on tire sur l'extrémité libre, de manière à dégager toute la portion comprise dans le trajet sous -cutané cl même un peu au delà ; cette portion souillée par le sang et le pus est retranchée avec des ciseaux, en ne laissant dépasser de ce côté la portion de mèche restante que de deux travers de doigt environ.
Ce premier pansement est quelquefois assez douloureux parce que la suppuration n'est pas encore bien établie et que du sang s'est concrète au niveau des orifices cutanés, il peut être nécessaire de laver avec de Icau tiède et une éponge la plaie à ce niveau. Les autres pansements s'exécutent beaucoup plus facilement el avec moins de douleur pour le malade. Chaque fois on met un linge troué et ceraté^ un plumasseau de charpie et des compresses pour achever le pansement, en réservant toujours de la même manière l'extrémité de la mèche. Le pansement du séton doit dès lors être renouvelé au moins une fois par jour et quelquefois deux.
Lorsque la première mèche arrive à sa fin, on coud à son extrémité une autre mèche si l'on a employé une bande de toile effilée sur les bords, ou l'on attache la nouvelle mèche avec un fil enroulé autour de la première, de manière à réduire autant que possible le volume des deux mèches superposées. La substitution de la nouvelle mèche à l'ancienne se fait alors sans que le malade ait à en souffrir, au moment d'un pansement.
Si la suppuration ne se fait pas suffisamment abondante, on excite la plaie pendant quelques jours en enduisant la mèche de pommade épispastique au garou ou d'un autre onguent excitant.
Les seuls accidents que l'on ait à redouter de l'emploi du séton sont : Thé-
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morrhagie, rinflammation circonvoisine, rulcéralion de la peau et les fongosités.
L'hémorrhagie n*est jamais très-abondante au moment de l'opération et elle s'arrête d'elle-même.
L'inflammation déterminée par la présence de la mèche dans le tissu cellulaire sous-cutané est rarement assez marquée pour constituer un véritable état phlegmoneux et amener la formation d'abcès: si cet accident se produisait, comme aussi s'il survenait un érysipèle, il ne faudrait pas hésiter à retirer la mèche et à chercher h obtenir le plus rapidement possible la cicatrisation.
L'ulcération ou la gangrène du pont cutané compris entre les deux ouverlures^ devrait aussi iaire renoncer à continuer l'emploi du séton.
Les fongosités qui se montrent quelquefois au niveau des plaies peuvent être réprimées, le plus souvent, par des cautérisations avec le nitrate d'argent.
Tous ces accidents sont d'ailleurs en réalité très-rares, après un peu de réaction générale et de douleur provoquée pendant les premiers jours par l'établissement de la suppuration, le séton cesse de gêner les malades et est bien supporté dans la plupart des cas.
Le séton tel que nous venons de le décrire est encore employé dans le traitement de quelques affections oculaires chroniques, en particulier la kératite scrofuleuse des enfants, et l'amaurose chez l'adulte; on s'en est servi aussi dans celui de quelques affections cérébrales à marche lente.