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VACCINATION

La vaccination est l'opération paV laquelle on inocule à un individu le virus de la vaccine qui doit le préserver de la variole.

La chirurgie a quelquefois utilisé l'inoculation vaccinale pour obtenir la destruction de certaines tumeurs érectiles ; c'est là une application dont il ne sera pas question ici ; elle appartient à l'histoire du traitement de ces tumeurs.

L'opération de la vaccination a eu des phases diverses ; après avoir essayé de faire pénétrer le virus dans l'économie par différents moyens, par exemple en le déposant à la surface du derme excorié par le frottement ou dénudé par un vésicatoirc, ou encore en l'introduisant au fond d'une incision un peu profonde, tous moyens qui présentaient quelques inconvénients et n'étaient pas passés dans la pratique, tout le monde paraissait d'accord sur la manière de procéder, et tous les auteurs à quelques détails près décrivaient de la même manière l'opération de la vaccination : on recueillait le virus du sixième au huitième jour sur un enfant présentant de belles pustules et on l'inoculait avec la lancette, soit immédiatement, soit après avoir pris des moyens pour le conserver. Mais depuis quel(|ues années tout a été remis en question ; des faits bien authentiques de transmission de la syphilis par la .vaccination sont venus jeter le trouble dans l'esprit des médecins et aujourd'hui l'on discute la source à laquelle il convient de prendre le virus, les précautions à prendre pour le recueillir, et même l'instrument qui doit servir à l'inoculer. Nous tâcherons cependant de décrire ici l'opération de la vaccination dans ce qu'elle a de classique, tout en tenant compte des modifications que la prudence et la connaissance des faits malheureux dont nous avons parlé obligent à y introduire.

Le choix du vaccin est d'une importance capitale. Le vaccin fourni par les pustules d'un individu vacciné depuis six à huit jours est encore celui qu'on emploie le plus communément pour pratiquer l'inoculation ; si le sujet, qui de préférence doit être vacciné pour la première fois, jeune, présente toutes les apparences d'une bonne santé, s'il ne porte aucune trace d'infection syphilitique, un peut, sans doute, faire usage sans crainte, après l'avoir sérieusement examiné, du vaccin qu'il aura fourni. Un enfant âgé de plus de trois mois, bien portant, bien examiné, offre en eOet toute garantie; c'est de beaucoup le meilleur vaccinifère, et la meilleure vaccination est celle que l'on pratiiiue de bras à bras. Cependant quelques médecins, pour se mettre plus complètement à l'abri de tout danger, ont cru devoir recourir à la vaccination animale avec laquelle la possibilité de l'infection syphi-

(1) Hipp. Bourdon, Buli, de thérap., 1872.

litiqae nVst plus à craindre. Depuis plusieurs années, un médecin de Paris, le doc< teur Lanoix, s'est fait le propagateur de ce nouveau mode de vaccination; par des inoculations successives de vaccin puisé à bonne source, il a pu entretenir, chez des génisses, Téruplion vaccinale et ôtre toujours à même de fournir pour les vaccinations de la ville et des hôpitaux un virus de bonne qualité. Nous devons dire, toutefois, que, si avec ce virus on n*a plus à redouter la transmission de la syphilis, les résultats de l'inoculation nous ont paru un peu moins constants que lorsqu'on fait usage du vaccin recueilli sur un enfant ou même sur un individu adulte. L'apparition des pustules vaccinales est aussi un peu plus tardive, c'est là un assez léger inconvénient ; mais si le vaccin n'est pas pris au moment favorable, le cinquième jour, si l'inoculation n'est pas faite avec le plus grand soin, si l'on épiiise la pustule, elle a de grandes chances de ne pas réussir. La vaccination animale ne s'est discréditée (|ue parce qu'elle n'a pas toujours été faite avec soin. Il ne faut d'ailleurs pas confondre le vaccin inoculé aux génisses avec le cow-pox.

Lorsque la chose est possible, il vaut toujours mieux inoculer le vaccin au moment où l'on vient de le recueillir; c'est ce qui constitue la vaccination de bras à bras ; le vaccin peut aussi être fourni par la génisse au moment même où l'on va pratiquer la vaccination. Comme ces conditions ne sont pas toujours réalisables, on est souvent obligé de conserver le vaccin pour en faire usage au bout d'un temps plus ou moins long. Le vaccin desséché ne perd pas pour cela ses propriétés ; cependant le vaccin frais et liquide est toujours préférable. Nous indiquerons les moyens les plus usités pour le conserver sous l'une ou l'autre forme.

Mais, que le vaccin doive être employé immédiatement ou qu'il s'agisse de le conserver, il y a des précautions d'une grande importance à prendre dans la manière dont on le recueille, et sur lesquelles il convient d'insister.

Le moment le plus favorable pour recueillir le vaccin est celui où les pustules, complètement développées, sont encore remplies d'une sérosité citrine et ne renferment pas de pus. Chez l'enfant c'est du cinquième au huitième jour que les pustules offrent cette apparence. Il importe surtout, en perçant la couche épidermique, de ne pas déterminer le moindre écoulement de sang; des faits déjà nombreux, sur lequels les discussions académiques récentes ont jeté la lumière, nous ont appris que c'était par le mélange d'une certaine quantité de sang an virus que l'infection syphilitique semblait se produire; un certain nombre d'auteurs pensent même que le vaccin exempt du mélange du sang, recueilli chez un sujet syphilitique, ne pourrait transmettre la syphilis.

Quoi qu'il en soit de cette opinion, il faut éviter de faire saigner les pustules au moment où ou recueille le vaccin. C'est pour cela que quelques auteurs proscrivent l'usage de la lancette pour cette petite opération, parce qu'elle déchire la couche épidermique trop largement et qu'elle risque de pénétrer à une trop grande profondeur ; il arrive d'ailleurs presque toujours qu'après avoir recueilli les premières gouttelettes de sérosité on racle avec la lancette la surface de la pustule pour en obtenir une nouvelle quantité, et c'est alors que la pustule saigne le plus facilement. Les médecins qui rejettent l'usage de la lancette veulent que l'on emploie une aiguille pour percer la pustule et que la pointe n'en soit enfoncée ' qu'à une très-petite profondeur et bien parallèlement à la surface de la pustule. Sur ses génisses, M. Lanoix après avoir fait la piqûre saisit la base de la pustule entre les mors d'une pince à pression qu'il laisse à demeure ; de cette façon il peut obtenir une ({uautité de sérosité beaucoup plus considérable sans être obligé de piquer de nouveau la pustule. Ce moyen n'est pas applicable chez l'enfant ; mais les ^losi

tiUTON. \,— 1\

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grandes précautions dans la perforation de la couche épidcrniique sont de rigueur.

Le vaccin fourni par chaque pustule peut être, comme nous Tavons vu, conservé liquide ou desséché.

Lorsqu'on laisse se concréter à la surface de la pustule les premières gouttes de sérosité qui s*écouIent et qu'on détache la petite croûte transparente qu'elles forment pour la conserver dans un tube de verre, on a ce qu'on appelle le vaccin en larmes. Mais ce moyen n'est pas usité parce qu'il est peu économique. On ne lait plus usage non plus des fils au moyen desquels on recueillait autrefois le vaccin et qu'on laissait sécher pour les introduire ensuite au fond d'une petite plaie pratiquée au moment de l'inoculation.

Pour con^rver le vaccin desséché, les pnicédés les plus suivis sont la lancette, les plaques de verre, les tiges d'ivoire et les épingles.

On fabrique pour la vaccination des lancettes spéciales dont la pointe en forme de fer de flèche porte une rainure destinée à loger le vacdn. On peut les imprégner de vaccin que l'on conserve en laissant sécher et en écartant les valves de la châsse au moyen d'un petit papier plié de manière à empêcher le frottement sur la lame. La lancette ordinaire peut aussi servir à la vaccination.

Un moyen analogue, mais plus simple, consiste à tremper l'extrémité d'un curedent dans le vaccin et à le laisser sécher jusqu'au moment de s'en senir, en protégeant cette pointe au moyen d'un élui, ou plus simplement en l'engageant dans un autre cure-denl.

Le procédé le plus ordinaire de conservation du vaccin est celui des plaques. C'est sous cette forme que l'Académie de médecine conserve et expédie le vaccin. On prend deux petites plaques carrées de verre à vitre ayant un à deux centimètres de côté. L'une d'elles est appliquée légèrement à la surface d'une pustule que l'on vient de piquer, de façon à recueillir une petite quantité de sérosité ï sa surface ; on laisse sécher un peu la gouttelette pour qu'elle ne s'étale pas trop fortement, puis on applique par-dessus l'autre plaque sèche ou reconverte elle-même du vaccin. Les deux plaques sont entourées de papier d'étain qui les maintient réunies et les préserve du contact de l'air. Le vaccin se conserve par ce procédé pendant plusieurs mois; pour s'en senir il suffit de le délayer avec une gouttelette d'eau.

Le vaccin ne peut se conserver liquide qu'à la condition d'être renfermé dans des tubes de verre très-Gns et scellés à la lampe. Ces tubes, que l'on étire à la lampe d'émailleur, sont de plusieurs formes : primitivement ils portaient à leur partie supérieure un ])etit renflement en forme de boule; on chauffait légèrement avec la main celte petite boule pour dilater l'air qu'elle contenait, puis on plaçait l'extrémité eflilée et ouverte du tube dans le liquide qui exsudait à la surface d'une postule; par suite du refroidissement de l'air la sérosité était aspirée dans le tube et montait jusque dans le réservoir ; l'extrémité effilée était fermée par fusion en l'introduisant quelques secondes dans la flamme d'une lampe à alcool ou d'une simple bougie. Pour faire sortir le vaccin, il sufGsait de briser cette extrémité cl d'échauffer avec la main le petit réservoir de verre dont l'air^ en se dilatant, chassait la colonne de liquide devant lui.

La simple capillarité suffit pour faire pénétrer le vaccin dans un tube très-fin; on élire tout simplement à la lampe un petit tube à ses deux extrémités en laissant M milieu un léger renflement elliptique; les deux extrémités étant ouvertes, on eo plonge une dans la sérosité qui sort de la pustule, et le liquide monte de lui-même de iiaçon à remplir au moins la moitié du petit réservoir. Les deux extrémités do Iflfce sont fermées à la flamme d'une bougie et le vaccin peut se conserver long-

•temps liquide; cependant il unit par s épaissir, surtout lorsqu'il est fourni par une génisse. Pour le faire sortir on casse le tube à ses deux extrémités et par l'une on souffle dans le tube, à l'autre extrémité on reçoit la gouttelette qui s'écoule sur une petite plaque de verre, sur l'ongle ou sur la lancette qui doit servir à pratiquer l'inoculation.

Les tiges d'ivoire et les épingles sont préparées en trempant leur extrémité pointue dans le vaccin, et en la faisant sécher ; pour vacciner avec les tiges ou les épingles, on les implante dans les tissus en les y laissant séjourner quelques instants.

La vaccination, c'est-à-dire l'inoculation même du virus se pratique en un lieu d'élection toujours le même, qui est la partie externe du bras au niveau de l'attache inférieure du deltoïde ou un peu au-dessus. Plusieurs raisons ont fait adopter cette région ; la première, c'est que même chez les femmes elle est toujours couverte et que les cicatrices y sont cachées par le vêtement ; la seconde, c'est qu'il est toujours facile de vérifier si les cicatrices existent en ce point sans obliger les malades à se découvrir complètement.

La vaccination peut être pratiquée à tout âge, mais comme on a intérêt à y soumettre les sujets, le plus tôt possible on la fait presque toujours chez les enfants, et souvent dès les premiers jours de la vie. Lorsqu'il n'y a pas d'influence épidé* mique, on peut avec avantage attendre l'âge de deux ou trois mois.

Le nombre des piqûres à pratiquer varie; cependant on est dans l'habitude d'en faire trois à chaque bras, et la précaution est bonne, car non -seulement l'inoculation peut manquer sur plusieurs points, mais il paraît y avoir, au point de vue de la préservation de la variole, intérêt à multiplier le nombre des inoculations.

Quant au choix de l'instrument, nous nous trouvons en présence de deux opinions; les uns préfèrent la lancette, les autres aiment mieux se servir d'aiguilles.

Nous avons vu pour quelles raisons il était préférable de se servir d'une aiguille pour piquer la pustule'qui fournit le vaccin. Si la vaccination se fait de bras à bras cette même aiguille peut servir à faire l'inoculation.

On a proposé de se servir d'aiguilles non montées; chaque aiguille ne sert qu'une fois et après usage elle est immédiatement jetée. De cette manière, on diminue les chances d'inoculation syphilitique. Les aiguilles à vaccination peuvent être de formes variées^ mais l'aiguille cannelée est surtout employée ; elle est montée sur un manche et protégée par un étui.

Lorsqu'on emploie le vaccin desséché il faut préalablement le délayer, sur une petite plaque de verre, sur la châsse d'une lancette ou même sur la face dorsale de l'ongle, avec une goutte d'eau. Gela fait, on procède à l'inoculation, soit avec l'aiguille, soit avec la lancette, en trempant la pointe de celles-ci dans le vaccin délayé.

Le bras du sujet à vacciner est embrassé avec le pouce et les doigts de la main gauche, pour tendre un peu fortement la peau au niveau de l'attache inférieure du deltoïde. Avec la main droite on tient la lancette chargée de vaccin ; la lame et la châsse doivent former une ligne droite et la lame être tenue à plat; on porte alors très-obliquement la pointe de l'instrument sous l'épiderme, de manière à ne pas l'enfoncer au delà de deux ou trois millimètres, et on la laisse quelques secondes en place; la petite plaie doit à peine saigner; en retirant la pointe de la lancette on l'essuie sur les bords de la piqûre. Au bout de quelques instants une gouttelette très-minime de sang se montre ordinairement an point piqué, mais lorsqu'elle est plus considérable, il est à craindre que l'inoculation ne se fasse pas. Pour laseciaïuU

préservé pour une nouvelle période. Ces revaccinatioos pourraient avec avantage être pratiquées tous les dix ans.

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