DES APPAREILS
Le mot appareil a reçu, dans lé langage chirurgical^ des acceptions assez différentes et qu*il importe de rappeler.
C'est ainsi que, sous le nom d'appareil, dans les salles de nos hôpitaux, on désigne habituellement un meuble roulant que Ton traîne, pendant les visites, i la suite du chirurgien, et qui renferme les objets et les pièces de linge nécessaires aux pansements ordinaires ou aux opérations de la petite chirurgie. Chaque chirurgien fait disposer et garnir l'appareil suivant qu'il le juge convenable et selon les besoins du service.
L'expression ù'oppareil instrumental est souvent employée pour indiquer Tensemblc des instruments nécessaires pour une opération importante.
Les appareils prothétiques et les appareils orthopédiques forment euûn une classe intéiessanle et spéciale d'appareils, mais il ne saurait en être question dans ce chapitre.
Nous décrirons seulement les appareils proprement dits, c est-à-dire les syièmes de pièces destinés à exercer une action mécanique sur les membres et employés dans les cas de fractures, de luxations et de maladies articulaires. Le nombre de ces appareils est considérable; mais tous ne méritent pas au même degré d'attirer noire attention. Parmi eux, en eiïet, les uns, fort usités autrefois, sont à peu près oubliés aujourd'hui et n'appartiennent plus qu'à l'histoire de l'art ; nous nous contenterons de les mentionner. Les autres, quoique ingénieusement combinés, et peut-être à cause de leur complication même, ne sont pas entrés définitivement dans la pratique, malgré les services qu'ils ont rendus entre les mains de leurs iuventeui^; une indication sommaire de leur composition suflira |)our les signaler à l'attention du lecteur. Les appareils que nous avons à étudier sont chaque joar employés par le chirurgien, qui doit en connaître les moindres détails et savoir les confectionner lui-même, en les modifiant au besoin suivant les indications: nous les décrirons aussi compléiement que possible, bien ({u'en semblable matière la pratique journalière doive plus en apprendre que toutes les descriptions.
Tous les appareils dont nous nous occupons sont, avons-nous dit, destinés à exercer une action mécanique sur les membres auxquels on les applique ; niab celte action n'est pas toujours identique : elle varie suivant les indications. Le:^ uns sont simplement contentifs; d'autres doivent maintenir le membre dans une position déterminée; ceux-ci agissent par la compression qu'ils exercent; ccux-l) servent à l'extension ; quelques-uns enfin ont la prétention de remplir toutes ces indications à la fois.
Bien qu'il soit assez difïicile d'établir une classiGcation rigouretise de ces appareils, nous eu distinguerons trois groupes :
1° Les appareils contentifs, qui maintiennent Ic^mcmbre dans une immobilité plus ou moins complète et dans une même position pendant toute la durée du traitement, tout en permettant un examen fréquent des parties malades et, au besoin, des pansements quotidiens. Ce groupe comprend les appareils ordinaires, les gouttières et les boîtes, les appareils hyponarlbéciqties, à suspension^ et eafia les appareils à double plan incliné.
2** Les appareils à pression limitée et à extension continue employés pour remédier à certains déplacements exagérés des fractures.
3^ Les appareils inamovibles destinés à mettre le membre dans une immobilité complète et souvent aussi h exercer une compression régulière à sa surface (appareils compressa f s). Ces appareils jouissent d'une grande rigidité ; ils restent appliqués pendant toute la durée du traitement ou, du moins, ne sont renouvelés j que rarement. Ils ne permettent pas de surveiller directement l'état des parties qu'ils recouvrent, à moins que par un artifice on ne les ait mises à découvert, et qu'on ait rendu l'appareil amovo- inamovible.
Les appareils complexes, qni ne servent que dans des cas spéciaux et pour des fractures déterminées, ne peuvent être décrits utilement qu'à pit)|X)S des lésions qui en réclament l'emploi.
APPAREILS CONTENTIFS.
1<» Appareils ordinaires. — Dans la confection des appareils ordinaires de fractures entrent un certain nombre de pièces que l'on agence de divei^es façons : ce sont les bandes, les compresses, la ouate, les coussins, les draps-fanons, les attelles et les liens; plusieurs nous sont déjà connues.
Les coussins sont de deux sortes : les uns destintu» à supporter le membre lorsque l'appareil est appliqué sont larges, épais et plus ou moins longs; on les remplit de balle d'avoine ou de crin ; un oreiller dur peut en tenir lieu. Les autres servent à protéger le membre contre la pression des attelles et à garnir les videsqui existeraient sans leur interposition; mais ce ne âont pas simplement des moyens de remplissage ; ils jouent un grand rôle dans la contention exacte des fragments. Ils sont formés d'un sac de toile dont la longueur varie beaucoup; leur épaisseur n'est que de deux ou trois travers de doigts; on les remplit ordinairement de balle d'avoine ; on en a garni aussi de crin, de laine, de colon, de son^ mais la plupart de ces matières ont l'inconvénient de ne passe lasser assez facilement ; la balle d'avoine, au rx)ntraire, lorsque le coussin est modérément distendu par elle, se déplace facilement et par quelques pressions exercées avec les doigts^ on la refoule aisément dans les points où l'on désire donner au coussin une plus grande épaisseur.
M. Gariel a imaginé de substituer aux coussins ordinaires des coussins de caoutcbouc vulcanisé que l'on insuiQe une fois qu'i's sont en place, (les coussins trèsnioelleux et très-souples prennent parfaitement la forme du membre et remplaceraient avantageusement les anciens coussins ; mais, à cause de leur prix sans doute, ils sont très-peu employés. Ils peuvent encore, ainsi que l'a fait M. Gariel, lorsc|u'on en dispose plusieurs transversalement au-des>ous d'un membre, remplacer les grands coussins dont on se sert habituellement. M. Demarquay afaii usage dans le traitement des fractures, de coussins en caoutchouc remplis d'eau; ils exercent une jiression très-uniforme sur les différents points du membre.
L(s attelles sont de petites planchettes destinées à donner aux appareils la rigidité nécessaire et à assurer la contention des fragments. On en fait en différents bois, soit en hêtre, soit en chêne et souvent aussi en poirier ou en bois blanc, suivant qu'on les désire plus rigides ou plus légères. Leur longueur varie bcaucouj); |)our les fractures de cuisse il faut en avoir d'un mètre^ pour le bras et l'avanl-bras les plus petites ont moins de 20 centimètres. Leur largeur varie peu, elle est de deux à quatre travers de doigt. Quant à leur épaisseur elle est en moyenne de /i à 5 millimètres. On \qs arrondit à leurs extrémités et sur les bords pour qu'elles soient plus commodes à manier. Quelques-unes portent des mortaises ou des échancrures, comme on le voit dans les appareils à extension continue.
Les altelles sont ordinairement droites; c^pendaot dans certains cas on s'ey servi d'altelles coudées sur leurs faces ou sur leurs bords, ou même articulées charnière. — On se sert aussi, .sous le nom de palettes, d'attelles découpée&à ok de leurs extrémités en forme de gant et qui sont destinées à immobiliser lainaii en même temps qu*à maintenir les doigts isolés les uns des autres. Enfin on st<i servi, dans ces dernières années, d'attelles formées de petites baguettes paralièlfi réunies par des liens transversaux ou collées sur toile par une de leurs faces. El!f5 ont ruvantagc de se mouler sur les parties cylindriques, tout en conservant dk rigidité complète dans le sens de Taxe du membre.
On emploie souvent des plaques de carton |K)ur remplacer les attelles de bois ces attelles de carton sont taillées au nion)ent où l'on veut les appliquer et quelquefois ramollies dans Teau pour mieux prendre la forme du membre ; elles doouef.! beaucoup de légèreté à Tappareil et dans bien des cas, pour les fractures du membre supérieur, elles immobilisent suffisamment les fragments. Les altelles en gtittfperclia peuvent servir dans lesjnêmes circonstances. Les attelles en fer-blanc &a en zinc offrent plus de rigidité que les attelles de carton sans avoir autant d'épaisseur que celles de boi^, mais on en use plus rarement. Nous croyons devoir recofomander particulièrement les attelles en fi de fei^ galvanisé dont l'usage tend ï sr répandre pour la construction des appareils inamovibles dans le traitement des maladies articulaires; très-légères, ces attelles, qu'elles soient droites, coudées, m en forme de T, peuvent se plier au moment de leur application, s'adapter exactement aux contours du membre, et elles donnent à l'appareil, une fois qu'elles soot emprisonnées sous les tours de bande, une rigidité beaucoup plus grande que les attelles de carton. Les attelles plâtrées o^vçxïi les mêmes avantages et peuvent Otn; construites extemporanément
Le drap- fanon dont le nom s'est conservé, bien qu'on n'emploie plus aujourd'hui les fanons, est formé par une forte pièce de toile ou de coton écru, qudqiw^ fois pliée en double, de forme rectangulaire, dont la hauteur varie avec la longueur du membre auquel elle est destinée, mais dont la largeur doit être sulTisanlo poor faire au moins deux fois le tour de ce membre. Le drap-fanon n'est cniplové actiMilement que dans l'appareil de Scultet et sert à réunir les différentes pièces dootie compose cet appareil, et en particulier les deux attelles latérales.
Liens, — Pour réunir les pièces d'un appareil de fracture et spécialement cete de l'appareil de Scultet, on se servait autrefois, et beaucoup de chii un^iens >f servent encore aujourd'hui, de rubans de fil, d'une faible largeur, noués au m&\c d'une rosette sur une des faces de l'appareil. Le plus ou moins de dextérité atec lequel cette rosette était exécutée, comptait môme pour beaucoup dans les prétro* lions du chirurgien. Mais ces liens sontfort incommodes en réalité; ils s'enrooleti bien vite sur eux-mêmes et ne forment plus que des sortes de ficelles; il estlKr difficile en outre, pendant qu'on fait le nœud, de maintenir exactement au dcgrt voulu la cunslriciion que lu lien doit exercer sur l'appareil. Il y a tout avantage î remplacer ces liens par des courroies à boucles. Ces courroies fort analogues à on? bretelle, mais dépourvues d'élasticité, sont en fil; elles embrassent les altelles (vi une plus large surface et rien n'est plus simple que de les serrer ou de les desserrer. sans imprimer aucune secousse au membre.
Pour les appareils du membre supérieur, ces courroies bouclées peuvent enciwt servir, cependant il est plus simple de remplacer, comme l'a fait Malgaigne, surtout dans les appareils de l'avant-bras, la bande roulée ordinaire par deux ou ix^ bandelettes de diachylon un peu larges, roulées circulaii*ement et faisant deux oi
B trois fois le lour du membre. Ces handelcltes de diachylon fixant bien les aUellcs, I ne se dérangent pas et ont l'avantage de laisser à découvert la plus grande partie des faces latérales du membre .
Quelques chirurgiens ont cherché à substituer les bandes en caoutchouc ou des liens élastiques aux bandes ordinaires dans la confection des appareils. Morcl- Lavallée s'en est servi. Mais elles offrent certains inconvénients et exigent surtout une grande surveillance pour ne pas exercer une constricliou trop forte. On doit réserver leur emploi pour quelques cas spéciaux.
Parmi les appareils ordinaires employés dans le traitement des fractures, nous ne décrirons que les appareils à bandage spiral, employés pour les fractures du membre su|>érieur, et le bandage de Scultet réservé presque exclusivement pour les fractures du membre inférieur.
L'ap|)areil à dix-huit chefs dont s'est servi Larrcy et le bandage à dix-huit chefs de rhôtel-Dieu employé par Dupuytren, ne différant pas beaucoup de l'appareil de Scultet et étant complètement abandonnés aujourd'hui, nous nous contentons de les mentionner sans les décrire.
Appareil h bandage spiral. — V appareil à bandage spiral pour les fra(:turcs dubrasqucBoyera employé peut encore, avec quelques modifications, être aujourd'hui appliqué avec avantage, seulement on supprime le bandage roulé dont Boyer entourait la main et l'avant- bras, et le gantelet que Larrey y avait ajouté. ^ Voici la manière de l'appliquer : la fracture étant réduite, on roule aussi réguliè- 7 rement que possible et sans exercer une pression trop forte une bande sèche du ^ pli du coude jusqu'à l'épaule. Par-dessus ce bandage roulé^ on place quatre cous- '^ sins peu épais et quatre attelles; l'externe et la postérieure sont les plus Ion- 1^ gucs; l'antérieur ne doit pas empêcher la flexion de l'avant-bras sur le bras, ni remonter plus haut que l'acromiun; l'inierne, très-courte, s'arrête à la base du '' creux de l'aisselle. Les coussins sont quelquefois supprimés et remplacés par des ^ compresses que l'on plie en plusieurs doubles et que l'on place sous les attelles ; ^ mais une feuille un peu épaisse d'ouate garantit plus sûrement encore le bras de la ' pression des attelles. Celles-ci él«int maintenues en place, le chirurgien les fixe par r des tours de bande roulés de bas en haut ; les tours de bande glissant facilement ^ sur les attelles, il est bon de les fixer à l'aide de quelques épingles. Si le blessé duit rester couché, on place le bras sur un coussin déprimé en gouttière, l'avant-bras ' étant maintenu dans la demi-flexion ; si l'on veut permettre au blessé de se lever, < on assujettit le membre au moyen de la grande écharpe de J. L. Petit. i^ Trois bandelettes de diachylon roulées circnlairement autour des atieiles, comnte i le conseille Malgaigne, les maintiendront gcnéralemenl mieux et les empêcheront k plus sûrement de glisser que le bandage roulé ; on devra leur donner la préférence. >^ S'il existait une plaie au niveau de la fracture ou si^ pour une autre raison, il :i était nécessaire de renouveler tous les jours le bandage pour surveiller le bras, il i faudrait employer le bandage de Sculiet, qui permettrait de faire le pansement \i sans imprimer de secousse au membre.
M Appareil de Scultet. — V appareil de Sctiltet se compose : 1' d'un drap- 1^ fanon ; 2^ de bandelettes séparées et de quelques compresses longuettes ; 3<> de ^ coussins; /i° d'attelles; 5" de courroies à boucles pour maintenir les différentes
pièces de l'appareil.
i# Pour le préj)arer, on dispose sur une table, en les espaçant suffisamment, les g) courroies bouclées; trois suffisent pour un appareil de fracture de jambe; il eu W faut quatre pour la cuisse; elles doivent être tournées de façon qu'au moment do
boucler Tappareii^ il n*y aii rien à changer à leur position. Par-dessus les cour roics, on pose ie drap-fanon qui doit avoir au moins 60 cenlimètres en haotei^ pour les fractures de jambe et environ 1 mèire pour une fracture de cuisse, cbs un homme de moyenne taille; on replie ordinairement sur lui-même le bordiof^ rieur sur une largeur de trois ou quatre travers de doigts. C'est alors que roa procède à la pose des bandelettes; celles-ci ont été coupées d'avance, ou bien oq le coupe, au fur et à mesure, suivant la longueur nécessaire; leur largeur est celk d'une bande ordinaire, trois travers de doigts; quant h leur longueur, elle Ma diminuant depuis la première jusqu'à la dernière, |)our s'accommoder au toIdo» du membre qui diminue assez régulièrement de la racine jusqu'au uiveao éù malléoles ; cette longueur doit être telle quc^chaque bandelette fasse à |)eu prè une fois et demie le tour du membre. La première bandelette est posée parailèk^ ment au bord supérieur du drap-fanon et h quatre travers de doigt environ de cr bord ; sur cette première on place la deuxième qui ne doit recouvrir que sa moitié
inférieure ; sur cette deuxième oi dispose de même la troisième, es ainsi de suite en étageant toujoon»
les bandelettes qui ne se fecoovient qu'à moitié jusqu'à la <kfnière qui arrive à une |>etile distance du bord inférieur.
Sur cette rangée de liandeleii»
on dispose trois ou quatre cooipresses longuettes se recouvrant i moitié comme les bandelettes n
Fie. 50. — Bandage de Scullet. ../.,»/.iirla.ii ^.. ,^:,. i i r . ..
» répondant au niveau de la fraclort
Les attelles ont été choisies d'avance; il en faut quatre pour une fracturtde cuisse, une externe, la plus longue allant de la plante du pied du blessé au oiveai de la crête iliaque; une interne qui s'arrête au-dessous du pli génlto-crural, (t doux antérieures beaucoup plus courtes répondant l'une à la cuisse, l'autre à li jambe; une seule atfelle antérieure comprimerait douloureusement le genou. V^ê ' les fraclures de jambe Irois attelles suffisent; l'externe peut ôirc un peuple longue que rinterne ; elles ne doivent guère dépasser ni l'une, ni l'autre, leniifn du genou^ mais elles doivent l'immobiliser; elles doivent aussi dépasser qne''(;v \ pou la plante du pii d ; l'antérieure est très-courte pour ne porter ni sur la lubèn»- • site antérieure du tibia, ni sur l'articulation tibiotarsiennc.
Les trois coussins doivent dépasser un peu les attelles en longueur; mué coussin antériein* répond aux deux attelles antérieures pour les fractures de cut^
Afin de pouvoir transporter l'appareil et le placer aisément sons le rocmbrr blessé, on enroule les bords du drap-fanon en le repliant plusieurs fois autour (if l'attelle externe et de l'attelle interne; les coussins et les attelles antérieures $o^ couchés longiludinalemeni sur la partie médiane de la rangée de bandelettes^ manière à être entourés et maintenus par le drap-fanon et les attelles enrouléis.if tout est réuni en un seul faisceau.par les liens bouclés et n'est plus susceptible^ se déranger avant l'application.
Lorsqu'on veut appli(|uer l'appareil, le membre est maintenu soulevé ao-desT du plan du lit, en même temps que la réduction est assurée par des Iractions exe cées sur le pied; le chirurgien ayant débouclé les liens, passe rapidement Fiff reil au-dessous du membre et déroule les attelles en ayant bien soin que leihL
dcletics les plus courtes répondent au pied, ce qu'on reconnaît facilement avant d'avoir déployé l'appareil, lorî^qu'on a eu soin de faire un pli au bord inférieur. Le drap-fanon et la rangée de bandelettes se trouvent ainsi étalés en quelques secondes sur le lit, et au-dessous du membre que l'on dépose doucement en s'arrangeant de manière que les bandelettes le dépassent à droite et à gauche d'une égale longueur.
Pour soulever méthodiquement le membre inférieur fracturé, deux aides au moins sont nécessaires pour la jambe et trois pour la cuisse ; l'un saisit le membre par le pied, l'autre au niveau de sa racine. L'aide placé du côté du pied embrasse le bord externe dans la main qui répond à cette partie du pied, la main droite pour le pied gauche, par exemple; les doigts sont tous appliqués sur la face dorsale, le pouce dans la face plantaire. La main restée libre, la gauche pour le pied gauche, saisit le talon au-dessous des malléoles, de manière à le placer tout entier entre le pouce et l'index, qui le soutiennent et le pressent latéralement, tandis que les autres doigts lui présentent un |)oint d'appui inférieur. L'aide placé du côté de la racine du membre la saisit entre ses deux mains qu'il oppose l'une sur la face supérieure, l'autre sur la face inférieure. Les aides doivent agir simultanément et exercer en sens inverse une traction continue et douce sur les deux extrémités du membre. Si l'on dispose d'un troisième aide, il placera une ou deux mains ù plat sous le plein du membre, de façon à le soutenir sans le presser.
Avec l'assistance d'un aide placé de l'autre côlé du lit et pendant que les autres aides maintiennent le membre dans une bonne |)osition, en maintenant le pied selon les règles énoncées, et en appliquant une main à plat sur la face supérieure du membre^ le chirurgien arrose toutes les pièces de l'appareil avec un liquide résolutif, généralement de l'eaude-vie camphrée mélangée d'eau, dont le seul but, en réalité, est de faciliter l'exacte application des bandelettes. Deux ou trois compresses trempées dans le même liquide sont appliquées sur la face antérieure du membre, au niveau de la fracture; on évite avec soin qu'elles fassent des plis, puis on rabat sur la face antérieure du membre les compresses longuettes qui ont été disposées pardessus la rangée de bandelettes. C'est alors seulement que l'on procède à l'imbrication des bandelettes en commençant par la plus inférieure qui est la seule libre et dont on entrecroise en X les deux exttémités au-devant de l'articulation âbio-tarsienne. La bandelette située immédiatement au-dessus est entrecroisée de la même façon et ainsi de suite jusqu'à la dernière, çjtji répond à la partie supérieure de l'appareil. Ordinairement le chirurgien et l'aide placé en face de lui appliquent allernativcnient l'extrémité de la bandelette qui répond au côté où ils sont placés, en évitant d'imprimer des secousses au membre. Avec un peu d'habitude, on arrive h appliquer très- rapidement toutes les bandelettes d'un appareil.
Le membre se trouve ainsi enveloppé d'un bandage très-régulier qui le maintient exactement et sans qu'il soit nécessaire de le soutenir ni de lui imprimer aucun mouvement pendant toute la durée de cette application.
Avant de placer les coussins, on enroule les bords du drap -fanon autour des attelles latérales en s'arrangeant de manière que ces attelles, placées de champ de chaque côté du membre, laissent entre elles et les faces latérales de ce dernier un espace suITisant pour placer les coussins ; il faut souvent un peu de tâtonnement l>our arriver à bien placer l'attelle en l'enroulant dans le drap-fnnon; il faut en outre que l'espace réservé aux coussins latéraux ne soit pas trop considérable^ et qu'en relevant les attellesde chaque côté, les coussins aient besoio d'être glissés peu à peu à l'aide de la pression successive des mains sur toute ^'^^ ^ ^ <el eu quelque sorte insinués entre les attelles et le membre <
ment maintenir. On termine en plaçant le coussin à la partie antérieure et pirdessus l'attelle ou les attelles qui leur currespondent. Les attelles latérales soit alors fortement rapprochées du membre en comprimant les coussins par les mm d*un ou de plusieurs aides, et le chirurgien boucle les courroies^ en commençai par celle qui répond au siège de la fracture ou du moins à la partie moyenne à membre et enserrant modérément. Ces couiroies à boucles doivent toujours an préférées aux anciens lacs qu'il fallait nouer au-devant de l'appareil et avec lesqodi on n'était jamais aussi sûr d'exercer le degré de constriction nécessaire. Lorsqie toutes les courroies ont été bouclées, il est facile de les resserrer ou de lesrelidcr suivant le besoin et en consultant toujours les sensations éprouvées par le blessé.
Avec cet appareil la fracture est ordinairement très-bien maintenue lorsqu'ellea été réduite, et la rectitude du membre est assurée. Cependant le pied ayant de b tendance h tourner soit en dedans, soit en dehors, on e.st dans l'habitude de le fixer au moyen d'une compresse longuette ou d'une bande embrassant par a partie moyenne la face plantaire^ et dont les extrémités entrecroisées au-devant à l'articulation tibio- tarsienne sont solidement fixées avec des épingles au drap-fam» qui recouvre les attelles, plutôt qu'aux coussins comme on le fait quelquefois. Malgré teite précaution^ très-souvent la pointe du pied est entraînée dans unseo^ ou dans l'autre et ne garde pas, par rapport à l'axe de la jambe, sa position normale. Un bon moyen pour assurer la fixité du pied consiste, comme Larrey Ta conseillé, à faire dépasser aux coussins latéraux l'extrémité inférieure des attelles et à réunir, en formant un étrier, les deux bouts de ces coussins par quelques épingles ou mien en les cousant l'un à l'autre. La plante du pied ainsi embrassée largement par b coussins est généralement bien maintenue.
Dans la manière dont on place les coussins latéraux et les attelles autour èa membre, on peut adopter une modification qui simplifie notablement cette partie de l'opération et évite les tâtonnements presque inévitables lorsqu*on suit les inl* calions habituelles. Au lieu d'enrouler les attelles dans le drap-fanon, on eorosle les coussins, ce qui est toujours facile, puisque ceux-ci sont à peu près cylindriqiKi't puis par-dessus les coussins fortement lacés contre le membre et cxtérienremee: au drap-fanon bien tendu, on place les attelles que les liefls bouclés maintienoetf * appliquées en donnant à l'appareil une rigidité suffisante, moindre cependant, à notre avis, que lorsque les attelles sont enroulées dans le drap-fanon.
IJorsqu'on applique l'appareil de Scultct pour une fracture de cuisse, il est née» ' saire que les bandelettes recouvrent la racine de la cuisse aussi haut que posàk* à la partie externe et que le drap-fanon remonte presque jusqu'au niveau de la crdt iliaque ; il convient alors de rabattre très-obliquement de ha ut en bas et de debon en dedans le bord supérieur du drap-fanon avant de disposer les bandelettes, ait qu'h la partie interne il n'arrive pas au delà du pli génito-crural tout en conservant en dehors sa plus grande longueur. On complète aussi l'appareil de Scult^ des fractures de cuisse en fixant au bassin, au moyen d'un fort bandage <k corps, l'extrémité su|>érieure de l'attelle externe; pour plus de solidité il estbtf l que le bandage de corps dont on se sert porte une sorte de gousset dans son épaisseur pour recevoir l'extrémité de l'attelle. Il vaut mieux encore remplacer kb»dagc de corps par une large ceinture bouclée sur le devant et Cxant de la mév manière l'extrémité de l'attelle.
Un certain nombre de chirurgiens placent au-dessous du membre après rapffication de l'appareil de Scullet, un large coussin de balle d'avoine dont h partit moyenne a été déprimée en gouttière; d'autres laissent le membre, reposer ll'lt
sur le lil qu'ils rendent mOmc, an besoin, plus dur et plus uniformément plat en
1 plaçant une planche sous le matelas. Cette dernière méthode assure peut-être
I mieux la rectitude du membre, mais il doit arriver plus souvent qu'avec Tantre de
voir les nialades se plaindre de la pression douloureuse du talon sur le lit. C'est là
en effet un phénomène qui se produit assez fréquemment dans le traitement des
fractures du membre inférieur, et auquel il est facile de remédier lorsqu'on emploie
' le coussin en faisant dépasser au talon le bord de celui-ci, de façon que le talon ne
repose sur rien; autrement il faudrait matelasser avec une couche très-épaisse
. d'ouate la partie postérieure de l'appareil, en arrière du talon, afin d'obtenir le
même résultat.
Dans tous les cas, on ne doit pas négliger de préserver l'extrémité du membre fracturé du contact et du poids des couvertures, qui auraient pour effet de dévier . i'extrcmitédu pied et seraient pénible pour le blessé, en soutenant celles-ci à une certaine distance au moyen de cerceaux. Ces cerceaux qui, dans les hôpitaux, sont en fer, n'ont pas besoin d'avoir de gi*andes dimensions; il suffit qu'ils soutiennent les ^ draps et les couvertures au niveau du pied ; dans la continuité du membre on peut ' les laisser reposer directement sur l'appareil; les cerceaux trop grands .sont gênants ' pour le malade et pour le chirurgien et exposentj)lus que les autres le membre au ' refroidissement.
^ Nous avons depuis plusieurs années déjà modifié sur deux points les préceptes
' relatifs à ra)>p1icaiiou de l'appareil de ScuUet. Nous remplaçons les compresses
' longuettes que l'on met au contact du membre par une couche d'ouate, et nous
' supprimons complètement l'imbibition des pièces de l'appareil avec les liquides
I prétendus résolutifs. L'interposition d'une couche d'ouate permet d'opérer en
toute sécurité une légère stiiction qui, lorsqu'elle est uniforme et douce, devient
lin agent résolutif efficace; la couche d'ouate épargne encore au membre d'être
froissé par les plis ou les bords des coifipresses et bandelettes qui, si souvent,
s'impriment sur les téguments. La suppression de l'arrosage empêche les linges de
durcir, ce qui arrive lorsqu'ils se dessèchent, ou de prendre l'odeur de la moissis-
sure, ce qui se produit lorsqu'on les maintient humides.
Nous rappellerons en terminant que le chirurgien seul doit appliquer les bandelettes; l'aide n'a d'autre rôle que celui de tendre le chef de la bandelette opposé à celui que le chirurgien applique. Pour cela, il saisit l'extrémité de la bandelette d'une main et de l'autre appuie sur le plein de cette bandelette au voisinage du membre fracturé, de manière à ce que la tension qu'il exerce ne puisse détacher la bandelette du plan sur lequel elle repose et imprimer des secousses au membre fracturé. Après avoir appliqué l'un des chefs de la bandelette, le chirurgien prend des mains de l'aide le chef opposé; mais celui-ci ne doit ni le lui présenter et surtout l'appliquer. Sans ces petites précautions la pression du bandage^ appliqué par deux mains différentes, ne saurait être uniforme ; nous devons ajouter que cette manière de procéder n'enlève rien à la rapidité d'exécution.
Enfin, ainsi que nous le dirons à propos des appareils plâtrés, nous ajoutons habituellement à l'appareil de Scultet une attelle plâtrée postérieure. Cette combinaison donne au membre fracturé un précieux point d'appui, permet de soutenir le pied en bonne position et favorise, de la façon la plus heureuse, les changements d'appareils. Aussi, l'attelle plâtrée postérieure rend-elle surtout les plus grands services dans le traitement des fractures compliquées.
2° GouUihes^ boîtes^ etc. ^ Les gouttières et les boites soul des agiMireîls construits à l'avance pour recevoir les membres fractiués k >
s'adaptent autant que possible, et qui laissent îi <k-cnuvcri leur face antv pour pcrmeiire d'y appliquer facilement un pansement. Elles servent cncor le traitement des maladies articulaires pour immobiliser le membre et le (enir dans une bonne pnsîiion.
Depuis Hippocrate, ces appareils ont été singulièrement perrectionn66. [ trailemcnt des fractures, ils immubiiisciil moins camplélemeiit le membre i appareils ordinaires, mais ils permettent le renouvellement quotidien des menis et la surveillance attentive du membre. Dans le trailemeiiL des fn compliquées de plaies, les gouttières sont tiËs-utlIes, et peu d'appareils p les remplacer; aussi tend-on de jour en jour it les employer davantage.
Gouttières. — Lés gouttit'res ont été faites d'abord de bois ou de fer- Dcpuis que Uayor a eu l'idée d'en construire en fil de fer, ces gouttières < adoptées par toits les cliiruigiens. I^s gouttières en fil de fer galvanisé qi fabrique aujourd'fiuisontlégéres, très-propres eld'un prix peu élevé. Il fai un service de chirurgie en avoir un certain nombre et de difliérenies dimei tant pour le membre supérieur que pour le membre inrérieur.
Pour le men)bre sujiËrieur les gouttières sont généralement coudées pour
tenir l'avant-bras dans la demi-flexion ; les gouttières du cdié droit ne p
jC^ alors servir jiour le côté gauche;
toujours en avoir de plus ou inoii
dées et quelques-unes complêi
droites.
l'ont le membre iaférieur, le lières destinées à ta jambe seo ne remontent pas beaucoup audu genou et peuvent servir indii ^ ment d'un côlé ou de l'autre. El .; 1 l'avantage de bien soutenir le pi v/ est bon (|ue la semelle porte li ment des (irolongeoients en form FiG. 51.— Gouttière de fll de fer, d'aprèi le lys- les, qui empëclient la gouilière d lème de Mavor.iwur le nwmbrc supérieur. „(.r à droite et h gauche tovsqu' installée sur les coussins, ce qui arrive toujours lorsque ces prolongements inan Quelques chirurgiens trouvant des inconvénients à ce r|ue la plante du p soutenue dans les fractures de jambe, font .supprimer la setaelle et ne con: que les parties latérales pour empêcher le pied de se dévier en dedans ou en i l.es gouttières employées pour les fractures de cuisse, comme celles qui i immobiliser le genou, sont beaucoup plus longues; elles remontent jusqu'i \> du membre, sous la fesse, et sont alors échancrées en dedans, de sorte qui peuvent servir que pour le côté pour lequel elles ont été fabriquées. Cesgoi de cuisse doivent toujours, bien entendu, s'étendre à la jambe et emboîter I quelques-unes sont articulées au niveau du genou (wur permeitre la ([niv jambe sur la cuisse.
r>es gouttières sont garnies et matelassées h l'intérieur avec une couche < d'ouate reconvenc de toile cousne, de distance en distance, par Tjiioltjues poii la fixent au ûl de fer. l.es borda doivent eux-mêmes être bien garnis p blesser ni It chirurgien, m le malade. On ajoute souvent au moment de pi membre dans la gouttière une nouvelle couche d'ouate pour en matelasser k Il est bon de recouvrir cette couche d'un taiïeias gommé ou d'une toile cire
mmsi
TRAITEMENT" I.OCiL. 625
pic, «lûlmrdaut partout la goultièrc pour préserver cellf-ci des liquiclra provenant (le la plaie ou des pauseinents, et mainicnir toujours les Barnitniips propi-cs. Snr ce latfeias on dispose, comme pour l'appareil de Sculiet, plusieurs compressctt longue! les placées transTenalemeni,
1/; membre soulevé avec précaution au moment d'appliqner l'appareil est couché dans la gouttière que l'on a glissée sous lui toute préparée. S'il existe une plaie, on en fait le pansement ou on la recouvre d'un cataplasme, puis par-dessus on rabat altcrnaiiteinejit les extrémités des compresses longuettes pour entourer Ip mcnilire. Avec un peu d'ouate, s'il y a lieu, on comlile les vides «|ui existent entre le membre et les parait^ de la gouttière, et l'on garnit les points dans lesquels la pression de ces |)ai'ois est ressentie d'une manière douloureuse par le malade. On assujettit alors la gouttière au membre, soit au moyeu de deux ou trois courroies â bourles ()nt ombrassent le tout, soit avec une bande roulée. Pour lixer le pied dans la gouKiére, Moc bande décrivant un 8 autour du pied et de la jurtic inférieuie de la goultièrc est le moyen préférable.
I.e membre étant bien assnjctii, on place la gouttière sur un coussin un peu lai^e et l'on soutient généralement les couvertures à dislance avec ud cerceau, ce qui a'est pas toujours tiéccssaire pour le membre inférieur, attendu qu'ordinairement l'extrémité de la gouttière dépasse notablement le niveau des orteils et snppDrte seule le poids des couvertures.
Au moment de renouicler le pansement, il suffit de déboucler les courroies si elles gênent cl de rabattre sur les bords de la goutlière les compresses. longuettes |)our mettre complètement i découvert I> partie antérieure du membre sans lui imprimer aucune espèce de mouvement.
Gouttières de Bmnet. — Bonnet > fait construire de grandes gouttières qui portent son nom pour immobiliser â la fois les deux memlves inférieurs, le bassin et le ironc, dans les aiïecttoiis articulaires de la hanche ; ces gouttières qui remontent jusque sous les aisselles du malade, permettent de le déplacer, de le Miulever sans imprimer .aucun mouvement au b.issin ; elles sont soigneusement ivmbourréeii et garnies de peau; le bassin est assujetti eu avant au moyeu d'une large ceinture qui passe au-devant de l'abdomen. Ud système de moufllcs sus- [wndn au-dessus du lit permet au malade de se soulever lui-même avec sa gouttière, à l'aide d'une simple corde. Ces gouttières rendent de grauds services dans le traitement de la coxalgie et des fractures du col du fémur ou du bassin, mais elles ont l'inconvénicut d'être d'un prix élevé et d'une installation quelquefois difficile en dehors des services d'hôpitani.
A côlé de la gouttière de Bonnet, nous devons placer la guutlieie ou bra rard «le Palasciano, dans laqn^ le malade tout entier repose et peut être Iransponé
626 CRIRUAGIE CLINIQUli.
sans subir aucune secuusse. Cel appareil d'un usage sans doute tiès-coinmodc.niib (l'un prix nécessairement tle\é, peut Ctrc soutenu à ses deux extri^mitfs sur Anw caisses et, ainsi installé, constitue un téiilable Ml
Ponr terminer ce (|ui se rapporte aux gouttières, disons qu'on a proposa pour les confectionner un assez grand nombre de subslancM.
I^fargue, Merchic, se sont servis de carton. Plus récemment, MH. Giraldèsii [>ésormeaux ont employé les gouttières en gutia-|>ercha (jui jouissent d'nnr grandc solidité. Enfin M. Lambron a Tint fabritiuer des gouttières en cuir moulr sur le membre auquel elles sont desiinëcs ; ces gouttières oiïrcnt encore plus ilc résistance (|ue les précédentes ; mais les gouttières en fil de fer galvanisé sont c«lle> dont l'usage a piéralu généralement.
On décrit babil uellenient comme rentrant dans la classe des gotitlK-res, Vifftreil dont se sert Fergussnn, p<iur les fractures du membre inférieur, et qui est ^ts spécialement destiné â immobiliser le genou après la K'sociion de cette arttculaitwL Nous nous conterUons de mentionner cet appareil dont l'emploi est tout s))éciil.
Boite». — Les boites destinées au traitement des fractures ti'oot guère i'.r employées i|ue pour celles du membre itiféiicur; elles sont faites en bois. Uepuê> celleque J. L. Peiil avait imaginée, on a beaucoup varié leur disposition. Les plos connues sont celles de Baudens, de Gaillard (de Poitiers) et l'appareil )}olydactvlcil<' Jules Houx (de Toulon).
lài boite de Baudens est construite en clièue; ouverte à sa partie supèneuu' conmie une gouttière, ses deux parois latérales sont articulées h cliantière^aiec Ir fond CI peuvent su rabattre en dehors ; elles sont percées de trous noinbreax qui permettent de passer les liens au moyen desquels on assujettit le membre. Cflui-ci. entouré d'un ap|>areil de Scultet, est protégé contre la pression des parois|pr des coussins qui garnissent l'intérieur de la biiiie ; à la boite qui sert pour U fricturc de cuisse sont annexés des liens extenscurs-et contre-exienseurs dispos» i peu près comme dans l'appareil h extension coniinuo de Dcsanll.
FiG. 5:i, — Hotte do Douilens, pour le Irailemcnt deï rnctiires do [a cul*M.
Vitpjiareil de (iaillard (de Poitiers) est plus simple cl peut fitre construit \Kéconomiquement. Pour les fractures de jambe il consiste en une planche postrrieurc plus longue et plus large que le membre et sur laquelle celui-ci rcpoK. soutenu par un coossiii. I)e chaque câté, cette planche |iorte une série de irw qui reçoivent quatre chevilles verticales; ces chevilles, dont la place pcot viritr, servent à fixer deux planchclles latérales que l'on rapproche plus ou moins i» membre pour constituer les deux côti's de la boite. Des coussins ordinaires cmpèclicnt la pression immédiate de ces planchettes snr U jambe. Le pied est miintes* au moyen d'une cravate qui embrasse le^coude-picd et se Tixe i un crodKt implanté a l'extrémité corrcspondanic de la planche qui forme le fond de l'appireil. Pour les fractures de cuisse on articule bout n bout avec des cbarniènsden
planches semblables à la planche postérieure de l'appareil destiné à la jambe; sorte qu'on peut à volonté laisser le membre dans la rectitude ou le mettre dan la demi-flexion.
Titi. ô^, — Appareil de Gaillard, pour les fractures de la jambe (appareil appliqué^.
L'appareii poiydacif/le de J, /i^oux présente une disposition analogue, mais plus compliquée; c*est un appareil perfectionné. Ia^s trous de la planche sur laquelle repose le membre, sont très-nombreux; ils reçoivent des chevilles que Ton rapproche autant qu'il est nécessaire et qui forment, par leur réunion, les parois latérales qui, dans les appareils précédents, sont constituées par des planches. Ces chevilles convenablement 'placées se moulent en quelque sorte sur les contours du iuembre. Des liens passés dans les trous dont elles sont percées vers leur extrémité libre, servent à assujettir le membre. Lorsque cet appareil est employé pour une fracture de cuisse, il est disposé pour qu'on puisse faire l'extension continue ou mettre le membre dans la flexion.
Ces divers appareils doivent, sans doute, rendre des services lorsqu'ils sont bien ap))liqués, mais ils ont l'inconvénient d'être volumineux, lourds, et le dernier, du moins, assez compliqué. Nous pensons qu'on peut obtenir h moins de frais d*aussi bons résultats avec les gouttières et les moyens ordinaires.
Doubles plaos locltné». — l.es appareils à double plan incliné aj)plicables
(.seulement aux fractures de cuisse et destinés à maintenir le membre dans la demi- Hexioix pour lutter contre la contraction musculaire, ont été préconisés par F. Pott; le chirurgien anglais les employait dans le traitement des fractures du col du fémur. On a cherché depuis à produire, à l'aide de ces appareils, la contreextension sur le fragment supérieur, par le seul poids du bassin qui ne se trouvait i# pas soutenu du côté malade et devait entraîner avec lui le fragment.
Dupuytrcn, |>our mettre le membre dans la demi-flexion, formait uùe pile de ^ coussinSj dont la largeur allait en décroissant delà base au sommet et qui formaient ^ par leur superposition un prisme triangulaire. Le double pian incliné, ainsi cou- ^ stitué, était placé sous le creux poplité et le membre maintenu dans la position ^ demi-fléchie à l'aide de deux draps plies passant l'un sur la jambe, l'autre sur la ^ cuisse et s'entrecroisant en X sur les faces latérales de la pile de coussins pour ^1 s'attacher au-dessous du lit. En donnant à la pile des coussins une hauteur suffi- ^ santé, Dupuytren espérait pratiquer la contre-extension sur le fragment inférieur, ^par le seul poids du bassin non soutenu; mais instinctivement le blessé prenait ^bien vite une position telle, que cette précaution était rendue tout à fait illusoire ; ^et d'ailleurs la pile de coussins 8*aflaissait rapidement sous le poids du meaibre. ^ C'est pour remédier à ce dernier inconvénient, que l'on mm%iÀ
628 CHIRURGIE CLlNlOUiù
pupitres de bois, garnis de coussins que Malgaigne avait adoptés. Ces appanils sont formés par deux planches réunies à leurs extrémités par deux chaniièreset dont récarlement angulaire peut être réglé à l'aide de deux courroies, on mieox encore, par une série de crans transversalement disposés sur une troisième plancbr horizontale qui sert de base au pupitre. Les deux faces du pupitre sont garnies de coussins; une semelle répond au pied; le membre est fixé à Taidc de courroies bouclées ou par de simples cravates nouées passant au-dessous des plaiicliettos.
Mayor a imaginé de faire le pupitre assez large pour y fixer le membre sainà côiédu membre fracturé, auquel il sert en quelque sorte d*atlelle ; cette disposiiioo peut être utile dans certains cas. 1
Nous ne décrirons pas Tappareil ingénieux, mais compliqué, Cfue L>elpech etn ployait, mais nous indi(|uerons la disposition générale d*un appareil à double plan j incliné, que iM. Marcellin Duval applique au traitement des fractures de jambe fi de cuisse, et qui, depuis 1865, a donné de bons résultais dans les hôpitaux maritimes. Ot ajipareil, analogue dans sa disposition au pupitre ordinaire à diaroièrf et è crans, présente comme particularité d'oiïrir un double plan en toile solidemeit tendue sur deux châssis, ce qui rend les pressions beaucoup plus douces poor if membre ; Tangle formé par les deux châssis peut être modifié à volonté. En ootrr, deux planchettes sont placées latéralement et garnies de coussins pour assurer b position du membre qu*as8ujettissent également des courroies. Une espèce de putouffle eniboîiant le pied permet de faire l'extension continue pour la jambe.
Cet appareil a l'avantage de laisser à découvert la partie antérieure du membre et rend faciles les pansements ; il a pu être supporté par les blessés pendant pins de deux mois^ sans causer de douleur notable et sans amener d 'excoriations.
Malgré les perfectionnements apportés dans la construction des appareils à double plan incliné, on y a rarement recours aujourd'hui. Bonnet a contribué ï k» discréditer par les critiques qu'il en a faites et par ses expériences qui tendent i prouver que loin de prévenir le chevauchement des fragments, ces appareils teodan à l'exagérer. Sans accepter complètement ce reproche, nous pensons qu'ils sooi loin de remplir le but qu'on se proposait autrefois en les appliquant, et qu'en pv liculier il ne faut pas compter sur les dispositions imaginées pour produire Texteiision continue, à l'aide du poids du bassin, sur le fragment supérieur. Comme c& appareils sont assez embarrassants et quelquefois diflicilcs à supporter pour 1^ blessé, on s'explique le peu d'usage qu on en fait aujourd'hui. S'il était néccssair de mettre le membre inférieur dans la demi-flexion, on y arriverait aisément à *j l'aide d'une de ces gouttières en fd de fer, articulées au niveau du genou, qoel^i maintiendraitdansla position voulue â l'aide de coussins ou par tout autre rooyvs >1. Péan emploie un appareil de ce genre.
Pour maintenir le membre inférieur dans la flexion, on s'est servi quelqoHi'i» d'attelles latérales articulées au niveau du genou. Les chirurgiens étrangers » surtout fait usage de cette disposition.
C'est ainsi que dans Vappareil de Busk\ trois attelles articulées snr b i^ externe du membre permettent de faire varier la position du bassin» de la cwsfi^ de la jambe.
Vm France, l'appareil de Ferdinand Martin employé dans le traitement des frr tures du col du fémur et dans celui de la coxalgie, est construit de mairiHr' maintenir la jambe fléchie sur la cuisse.
Les appareils h double plan incliné et ceux dans lesquels le membre est mattenu dans la (\cxlou par une attelle latérale, ont presque tous pour bot délais
TRAlTIiMtM LOCAL. 629
1 exteusion continue; aussi aurons-nous à en rc|)ai*lcr lorsque nous décrirons les appareils plus spécialement imaginés pour oblcnir ce résultat.
Appareils hyponarthéclqaes. — Sous le nom d*appareih hyponarthéciques iMayor a décrit un cet tain nombre d'appareils contenlifs qu'il a beaucoup vantés et dans lesquels le membre fracturé, supporté par une simple planchette rembourrée ou par une gouttière, est suspendu de façon qu'on puisse lui imprimer des déplacements sans produire aucune secousse.
La suspension peut être utile dans certaines affections des membres et notamment dans le traitement des fractures; on ne partage plus cependant aujourd'hui l'enthousiasme de iMayor qui voyait dans la suspension un moyen de « traiter un » membre brisé, même avec les plus fâcheuses complications, par la simple posi- » lion et sans aucune attelle, et de permettre en même temps à ce membre d'exécuter » sans inconvénients ni douleur tous les mouvements parallèles à l'horizon ».
Sauter (de Constance) suspendait une siniple planchette par quatre cordes que l'on réunissait «i un lien fixé au plafond ou au cîel du lit; la planchette était garnie d'un coussin que Ton déprimait en gouttière pour y coucher le membre dans la position la plus favorable ; le membre était assujettfà la planchette par quelques liens ou mieux, comme le voulait Mayor, par des cravates pliées.
Ce système que l'on peut appliquer aux fractures de jambe et à celles du membre Supérieur doit être suspendu à une petite distance du plan du lit, sans pouvoir le rencontrer dans les mouvements d'oscillation qu'on lui imprime. Mayor a suspendu d'une manière analogue un double plan incliné pour traiter par la position demi-fléchie les fractures de cuisse ; dans ce cas, six cordes sont nécessaires pour suspendre les deux planchettes articulées à une baiTe horizontale mauœuvrée elle-même à l'aide d'une poulie. iMais Malgaigne a démontré que l'immobilisation du mcu)brc dans ces appareils était loin d'être aussi complète que le prétendait !\layor, et que les mouvements un peu étendus du tronc imprimaient an déplacement notable aux fragments.
C'est en subsiilant aux planchettes les gouttières en fil de fer, comme Mayor l'a fait lui-même, qu*on peut le plus facilement associer lesavantages de la suspension à ceux d'une contention suffisante des fragments ; encore n'y a-t-il utilité à le faire que pour les fractures de jambe et pour certaines fractures compliquées du membre supérieur.
M. (iusco, qui emploie dans un grand nombre de cas la suspension pour le traitement des aiïections chirurgicales des membres, se sert de petits hamacs extrêmement simples. Ils sont formés d'un morceau carré de toile un peu forte ; deux des côtés sont cousus sur de petites baguettes de bois, aux extrémités desquelles on attache les cordons destinés à suspendre le hamac; ces cordons se réunissent à un lien commun fixé à une barre transversale. Le membre fracturé ou non qu'on
if veut maintenir élevé, est couché dans ce petit lit suspendu qui se moule sur lui et
^ lui forme un support très-doux sans qu'il soit besoin d'y ajouter des coussins. Souvent le membre est déposé à nu dans le liamac, mais il peut aussi y être placé
if entouré d'un bandage ou d'un appareil ordinaire.
r Ce moyen de suspension, utile dans les fractures de la jambe et du membre supérieur, peut remplacer dans beaucoup d'autres cas la pile de coussins à l'aide
^ desquels on maintient généralement le membre élevé pour favoriser le dégorge-
^ ment des. tissus^ dans le phlegmon diffus ou dans d'antres affections. Il arrive cependant quelquefois que les malades ne peuvent le supporter au delà d'un cer-
' Uin temps .sans éprouver des douleurs qui oU^eot d*y renoncer.
63D CHIRURGIE TLIMQVE.
Un apjiarcil analogue, mais plus compii<]ué, a été proposé par M. Dusseris. C'a: un hamac duiit lu Ivnd est (orni^ non par une loilc, mais par des bandis séparfe et qu'un système de poulies et de (rciiils permet d'tileTer, d'abaisser ou demonnir horitonialement.
L'appareil de Hal/sf est très-analogue, luaîs moins compliqué ; il se rapprock beaucoup d'un hamac autrefois proposé par K[nnaret.
U'aulrcs appareils plus sim|des ont éi6 antérieure ment mis eu usage. Tdssooiit hamac de Scouttcleo simplement lîié par des cordons ii des cerceaux reliés eotn eux par des traverses lungitudimik-.'.
Fiti, hb. — Appareil-hamac d« Scouletlen. pour les fractures de Im janibc.
H, H, Larrey s'est souvent servi pour suspendre les membres fracturés «Tu coussin an-dessous duquel passent trois bandes qui vont s'attacher aux invei* d'un système de cerceaux semblable à celui qu'on emploie pour empécbtrls cnuveriures de porter sur l'extrémité du pied lorsqu'on a appliqué rappard*! Scullct. !
Mats au lieu de suspendre le membre en le soutenant au tiioyea de goultinit de planchettes ou simplement d'un hamac placé au-dessous de lui, comme i* Tenons de le voir dans les appareils qui* précèdent, N. B. Smiih [de Marybrf' eu l'idée de suspendi'e le metnbre au moyen d'une attelle placée au -dessm it^ C'est le système de suspension qu'un a quelquefois désigné sous le nom d'e/M^ lliécie par opposition i Vhyponarlhécie, expression résenée an sj-stème de * pension dans lequel rentrent tous les appareils précédemment décrits.
FiG. ao. — Attelle anUrieuro de Itl de Hbt d« N. B, Smith, pour 1«« tttta du membre inrérieur.
Vallelle de Smith (tl &« Md« (er fort, isses longue pour s'anitiqiwr kUftt
intérieure de la cuisse et de la jambe. Elle porte deux petites anses destinées à la suspension. Au moyen d'une pince spéciale, on la coude pour Taccomoioder au degré de flexion que Ton donne généralement au membre suspendu. Pour rappliquer on Tentoure avec une bande de toile en dégageant seulement les anses, puis on l'assujettit h la face antérieure du membre (face supérieure lorsque le blessé est couché horizontalement) à Kaidc de cinq bandes de diachylon qui font le tour de la cuisse, de la jambe ou du pied. Un lien passé dans les deux anses de l'attelle suspend tout le système h une barre horizontale placée h une certaiue liautcur an-dessus du lit.
Cet appareil a été fort employé dans la dernière guerre d'Amérique ; on lui a reconnu cependant quelques inconvénients. Il est surtout applicable aux cas de fi aclure quand il existe une plaie étendue à la partie postérieure de la cuisse ou de In jambe. Le pansement peut alors être renouvelé aussi souvent qu'il est nécessaire, .sans imprimer au membre le moindre mouvement.