CHILOPLASTIE (RESTAURATION DES LÈVRES
C'est surtout à la restauration de la lèvre inférieure, plus souvent affectée de cancroïde que la supérieure, qu'on a appliqué l'anaplastie.
Chilopiastie de la lèvre inférieure.
Quelques chirurgiens ont tenté de restaurer la lèvre inférieure par la méthode indienne; mais la méthode française ou par glissement est ici tellement indiquée, elle donne des résultats si satisfaisants, qu'elle est aujourd'hui la seule à laquelle on ait recours.
Procédé de Horn. — Enlevez toute la partie malade de la lèvre par deux incisions qui, en se réunissant en bas, forment un Y ; disséquez les lambeaux qui en résultent, en les détachant de la face antérieure du maxillaire, et réunissez les bords de la plaie sur la ligne médiane au moyen de la suture entortillée.
Procédé de Chopart. — Faites de chaque côté de la bouche, en dehors du cancer, une incision verticale commençant au bord libre de la lèvre et en descendant vers la région hyoïdienne, plus ou moins bas, suivant l'étendue de la partie qu'on doit enlever. Le lambeau quadrilatéral qui est tracé par ces deux incisions étant saisi par son bord supérieur, disséquez-le de haut en bas en ne laissant adhérer au maxillaire que le périoste recouvert d'une couche mince de tissu cellulaire; puis coupez en travers (tig. 149) tout ce qui est affecté. En inclinant la tête et en rapprochant le menton du sternum, relevez le bord supérieur du lambeau par une légère traction jusqu'au niveau de ce qui reste de la lèvre inférieure.
Les parties étant maintenues en contact, appliquez quelques points de suture entortillée pour en obtenir la réunion définitive. Les épingles de la suture doivent être retirées du quatrième au cinquième jour, et jusque-là le malade doit avoir la tête inclinée sur la poitrine, pour que le lambeau ne soit point attiré en bas.
Procédé de M. Roux {de Saint-Maximin). — Par une incision semi-lunaire à convexité inférieure, enlevez toute la partie affectée. Si le mal arrive jusqu'aux commissures, commencez par agrandir la bouche en faisant une incision horizontale de chaque C(Mé.
CHILOPLASTIE. 321
Au lieu de tailler un lambeau comme dans le procédé de Chopart, saisissant le bord de la plaie semi-lunaire, disséquez de haut en bas la peau des parties molles qui la doublent^ en les séparant du périoste ; puis ayant attiré en haut ces téguments flottants, vous les fixez au niveau de la commissure des lèvres au moyen de bandelettes aggiutinatives qui les maintiennent appliqués par une douce pression contre la face antérieure du maxillaire.
FiG. 149.
Procédé de Lisfranc. — Les parties malades ayant été enlevées par une incision semi-lunaire, comme dans le procédé de M. J. Roux, faites sur la ligne médiane une incision qui, partant du milieu de la première, vienne perpendiculairement jusqu'au-dessous de la symphyse du menton (fig. 150). Disséquez les deux lambeaux qui résultent de ces sections, détachezles de la face antérieure du maxillaire, de manière qu'ils puissent être relevés au niveau des commissures; et quand ils ont été portés ainsi en haut, réunissez-les l'un à l'autre par une suture entortillée (fig. 151).
Quand la dégénérescence pour laquelle on opère a envahi le voisinage des commissures, on prolonge le diamètre transversal de l'ouverture buccale par des incisions aux extrémités desquelles vient aboutir la section semi-lunaire par laquelle on enlève les parties dégénérées. Dans ce cas, les lambeaux doivent être réunis aux bords do ces incisions transversales au
moyen d'une suture qui limite latéralement l'orifice de la bouche par une commissure artificielle.
FiG. 150.
Procédé de M. Buchanan. — Je fais, depuis longtemps déjà, répéter par les élèves qui suivent mes cours le procédé suivant.
que j'avais attribué par erreur à M. Syme, mais qui paraît avoir été imaginé par M. Buchanan (1).
Le malade ayant été couché sur un lit où sa tête est soulevée
(1) Je tiens ce renseig'nement de M, Macleod (de Glasgow).
CHILOPLÂSTIE.
par des oreillers^ pratiquez une incision en V dont les deux brandies, partant des deux commissures de la bouche, viennent
FiG. 152.
se réunir au-dessous du sillon mento-lablal. Les parties dégé-
FiG. 153.
nërées se trouvent ainsi circonscrites et enlevées. Faites ensuite Un autre Y dont le sommet se confonde avec celui du premier;
OU, pour être plus clair, prolongez les deux premières incisions vers le bord inférieur de la mâchoire, de manière qu'elles représentent un X (fig. 152). Faites tomber sur chacune des extrémités inférieures de l'X une incision horizontale, longue de 3 centimètres environ- disséquez et séparez du périoste sousjacent les lambeaux ACDE et BCFG, et réunissant au moyen d'une suture entortillée les deux bords CD et CF, portez AC et BG sur une même ligne horizontale qui remplacera le bord libre de la lèvre inférieure (fig. 153).
Le glissement des lambeaux et la suture sur la ligne médiane de la lèvi^e supérieure des incisions CD et CF laissent de chaque côté du lambeau un petit espace triangulaire, qu on panse à plat et qui ne tarde pas à être comblé par les bourgeons charnus.
Ce procédé donne des résultats vraiment inespérés. Ayant eu l'occasion de pratiquer cette opération sur un assez grand, nombre de malades, j'ai toujours vu avec un grand plaisir l'étonnement des personnes qui revoyaient les opérés après leur guérison. Quoique dans quelques cas j'eusse enlevé la totalité de la lèvre inférieure, on eût été tenté de croire que l'opération n'avait pas dû dépasser son bord muqueux.
Appréciation. — Ce qui précède a déjà fait comprendre que je préfère le procédé de M. Buchanan à tous les autres. Quand il faut restaurer une grande étendue de la lèvre, il n'en est aucun, en effet, qui puisse lui être comparé. Le lambeau du procédé de Chopart tend toujours à descendre ; son recollement aux parties sous-jacentes se faisant lentement, la plaie met beaucoup de temps à se guérir, et l'érysipèle est un accident fréquent de cette opération. Le procédé de M. Roux a les mêmes inconvénients que le précédent. Celui de Lisfranc est de beaucoup préférable ; mais cependant les lambeaux de cette opération tendent aussi à s'abaisser, et il faut toujours exercer sur eux une traction plus ou moins grande pour les reporter au niveau de la commissure des lèvres.
Quand la désorganisation pour laquelle on pratique l'opération n'a pas une grande étendue, le procédé de Horn est alors celui auquel il convient d'avoir recours; il est d'une exécution facile, et il expose moins aux accidents inflammatoires que les procédés qui donnent lieu à des plaies d'une plus grande étendue.
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