L. Lambeau disséqué
L'. Lambeau appliqué.
FiG. 154.
Procédé de M. Décès. — L'auteur de ce procédé étant le seul qui l'ait pratiqué sur le vivant, je copie la description qu'il en donne [Journcd des conn. méd.-chirurg.): « Les doigts étant successivement écartés les uns des autres par un aide, le chirurgien saisit la membrane unissante dans toute sa longueur, entre les mors d'une pince à disséquer placée parallèlement aux doigts réunis. Comme on le comprend sans peine, un des mors repose sur la face dorsale, l'autre sur la face palmaire de la membrane unissante. Un bistouri bien tranchant est appliqué sur le bord Ubre du pli, et, rasant la pince, détache d'abord un doigt jusqu'au niveau de la commissure. Une seconde incision longitudinale, parallèle à la première, est pratiquée de l'autre côté de la pince et dans la même étendue. Cette double incision permet à chacan des doigts de s'écarter et de déterminer, dans leur intervalle, la formation d'une languette formée de deux surfaces cutanées adossées par leur face profonde, adhérentes à l'angle qui résulte de la séparation des doigts, se
SYNDACTYLIE. 331
continuant Tune avec l'autre au niveau du bord libre du repli palmé, et se continuant ainsi sans ligne de démarcation avec les téguments des faces dorsale et palmaire de la région métacarpienne. En taillant ainsi cette languette, on doit lui donner le plus de largeur possible, mais toutefois sans dénuder trop largement les doigts, ni entamer leurs articulations.
)) Les doigts ainsi séparés reprennent aussitôt toute leur mobilité, on les tient écartés au moyen d'une palette digitiforme convenable, après les avoir entourés d'un linge cératé. Les commissures nouvelles se fixent promptement dans leur nouveau rapport; les plaies latérales des doigts se cicatrisent par seconde intention au bout d'un temps variable de deux à cinq semaines. »
Procédé de M. Didot (de Liège). — Chez Topéré de M. Didot, les deux doigts réunis étaient l'annulaire et l'auriculaire. Une incision sur le bord interne du petit doigt, et deux autres faites à ses deux extrémités, décrivirent un lambeau de peau qui fut disséqué à la paume de la main jusqu'à l'intervalle des deux doigts. Une incision faite à l'union du bord externe de l'annulaire et de sa face dorsale, à l'extrémité de laquelle vinrent tomber deux petites incisions transversales, permit de disséquer un lambeau dorsal qu'on limita à l'interstice digital. Ces deux lambeaux se trouvèrent adhérents : le dorsal au petit doigt, le palmaire à Fauriculaire.
Après avoir coupé les parties molles qui retenaient les deux doigts unis par leurs faces correspondantes, le chirurgien abaissa, sur la partie dénudée de l'auriculaire, la partie du lambeau qui recouvrait la face dorsale de l'annulaire, et celle-ci fut mise en rapport avec le lambeau détaché de la face palmaire du petit doigt.
On obtint la réunion immédiate des parties mises en contact, et une cicatrice à peine visible remplaça la difformité.
Appréciation. — Ces différents procédés d'autoplastie, inventés pour remédier à la syndactylie, n'ont pas été employés un assez grand nombre de fois pour qu'il soit possible de les juger. Ainsi le procédé de M. Didot, qui d'abord m'avait séduit, n'est pas sans inconvénient. La peau, lorsqu'elle a été disséquée, est insuffisante pour recouvrir la surface des doigts qui a été dénudée par la dissection (voyez Bulletin de la Société de chirurgie, 1857, obs. de M. Déguise). Il ne faut donc compter sur une réunion par première intention que dans le cas où la palmature est très-large, et non lorsque les doigts sont accolés l'un à l'autre.
Il faut aussi se souvenir du conseil de M. Chelius^ qui veut qu'on n'opère que les adultes^ parce que, dans l'enfance^ les palmatures divisées ne tardent pas à se reproduire.