C. Espace entre la langue et l'ar
cade dentaire.
FiG. 203.
Au moyen d'un serre-nœud de Levret ou de Desault, on étrangle chaque jour de plus en plus les parties comprises par les ligatures, jusqu'à ce qu'enfin elles soient détachées du reste de l'organe.
Procédé de M. Mirault. — L'incision de la région sus-hyoïdienne ayant été pratiquée, le chirurgien passe une aiguille courbe de bas en haut, à travers la base de l'organe, comme dans le procédé de M. Cloquet; mais cette fois c'est une uiguille enfilée d'un fil double, et au lieu de la retirer par la voie qu'elle a suivie, on la plonge de haut en bas sous le bord de la langue pour la faire sortir par la plaie sus-hyoïdienne.
L'opération ne diffère pas autrement de celle qui précède.
Procédé de Vidal. — Le procédé de Yidal n'est, comme
466 OPÉRATIONS SUR l'aPPAREIL DE LA GUSTATION.
celui de M. Mirault^ qu'une modification de celui de M. Cloquet :
Une aiguille en fer de lance, portant une ligature simple dans un chas percé près de sa pointe, est introduite, comme nous l'avons dit plus haut, de la région sus-hyoïdienne à la face dorsale de la langue.
Une pince tire alors sur l'anse de fil, de manière à mener un de ses chefs en dehors de la bouche. Puis l'aiguille ayant été à moitié retirée vers le cou, on la pousse de nouveau en haut, mais en dehors dès qu'elle est parvenue au-dessous de la langue, et on la fait sortir entre le Lord de cet organe et le pilier antérieur du voile du palais. Une pince ayant dégagé le chef qui sortait par la plaie sus-hyoïdienne et l'ayant fait sortir par la bouche, l'aiguille est retirée, et l'on a embrassé une moitié de la langue avec une anse de fil dont les deux chefs sont engagés dans le serre-nœud de Mayor.
M. Chassaignac a plusieurs fois amputé la langue avec son écraseur linéaire, instrument de son invention, qui consiste dans une chaîne métallique C (fig. 204) dont les deux extrémités sont ramenées progressivement dans une canule par deux tiges à crémaillère B, au point d'opérer la séparation complète de la partie comprise dans l'anse de la chaîne.
Dans les premiers temps de l'emploi de l'écraseur, il a fallu, dans un cas, quarante-huit heures pour que l'amputation de la langue fût complète, mais M. Chassaignac a réduit ce temps à une ou deux heures. Dans aucun cas, il n'y a eu ni hémorrhagie ni grande douleur. Pour opérer avec cet instrument, on entoure la langue avec la chaîne de l'écraseur, comme on l'entourerait si l'on voulait la couper en l'étreignant avec une corde.
Si la maladie pour laquelle on fait cette amputation s'étendait près de la base de la langue, on passerait la chaîne de l'instrument comme une ligature ordinaire, par la méthode de MM. J. Cloquet et Mirault.
Lorsqu'on veut enlever une tumeur située dans la cavité buccale, il est souvent difficile d'en faire la dissection, à cause du sang qui remplit la bouche à chaque instant, et aussi parce que les doigts du chirurgien et ceux des aides ne peuvent pas toujours tenir entre les deux mâchoires.
Pour ces cas M. Sédillot a proposé de diviser la lèvre inférieure sur la ligne médiane, pour scier ensuite le maxillaire de haut en bas au niveau de la symphyse du menton. Cette section permettant d'écarter l'une de Pautre les deux branches horizontales du maxillaire, une grande opération dans la
bouche devient presque aussi facile que s'il s'agissait d'enlever une tumeur située dans le tissu cellulaire sous-cutané.
FiG. 20a.
Appréciation. ■— Si nous comparons la méthode de Veœci-
468 OPÉRATIO-NS SUR l' APPAREIL DE LA GUSTATION.
sion à celle de la ligature, nous n'aurons pas de peine à saisir les avantages et les inconvénients de chacune d'elles. Par la ligature ordinaire on ne peut enlever une portion de la langue qu'au bout d'un certain temps, qui varie de six à dix jours, et pendant lequel le malade a de grandes douleurs à supporter; mais dans cette méthode les hémorrhagies ne sont point à redouter comme lorsqu'on se sert du bistouri. L'excision de la langue, portant sur un tissu dense dans lequel il est difficile de saisir les rameaux artériels, d'ailleurs très-nombreux, expose à des hémorrhagies qui n'ont pas toujours pu être arrêtées par la cautérisation avec le fer rouge, lorsque l'amputation a été pratiquée par le procédé de Louis. C'est pour cette raison que quelques chirurgiens ont cru devoir faire la ligature des deux artères linguales avant de procéder à l'amputation.
D'un autre côté, si la ligature met à l'abri des hémorrhagies, disons qu'outre la douleur qu'elle cause, elle produit quelquefois un gonflement énorme de la langue, qui devient une véritable torture pour le malade.
Pour toutes ces raisons, je préférerais le procédé de Boyer à tous les autres modes opératoires, parce que la réunion des bords de la plaie s'oppose à l'hémorrhagie, qui est le seul inconvénient de la méthode de l'excision : mais je crois que le procédé de M. Chassaignac rendra les plus grands services lorsqu'il faudra enlever la presque totalité de la langue, cas dans lequel le procédé de Boyer est inapplicable.
ARTICLE lY.
OPÉRATIONS qu'on PRATIQUE SUR LE PALAIS. § 1«^ — §»taphyloraphie.
La staphyloraphie ayatit pour but de réunir les bords du voile du palais divisé, pom' comprendre les indications de l'opé^ ration et les difficultés de son exécution, je crois utile de rappeler les éléments anatomiques de la région sur laquelle on doit opérer.
Anatomie. — A l'état normal, le voile du palais est une espèce de demi-cloison dont la face supérieure prolonge les fosses nasales en arrière, tandis que sa face inférieure appar^ tient à la cavité buccale.
Tapissé en haut et en bas par une membrane muqueuse, le
voile du palais est criblé d'une masse énorme de follicules muqueux qu'on retrouve en grand nombre dans la luette. Les rameaux artériels provenant de la palatine et des pharyngiennes, accompagnés de leurs veines satellites, sont nombreux et fournissent beaucoup de sang quand on incise cette région.
Quant aux muscles, ils sont également nombreux, et ils sont le plus grand obstacle à la réunion des bords du voile du palais divisé.
(Je ne parlerai pas des muscles palato-staphylins, qui n'ont qu'une minime importance pour le sujet qui nous occupe.)
A. Cornet inférieur.
B. Seciion de l'apopliyse basilaire.