EXTIRPATION
Comme ce n'est que pour un goitre d'un grand volume qu'on extirpe le corps thyroïde^ le chirurgien, pour être plus à l'aise, fait une incision cruciale comprenant la peau^ le tissu cellulaire^ les muscles peauciers^ sterno-hyoïdiens et sterno-thyroïdiens, et dont les extrémités dépassent les limites de la tumeur. Les quatre lambeaux qui résultent de cette incision ayant. été disséqués^ un aide saisit le corps thyroïde a\ec une érigne ou une pince de Museux, et le soulevant par des tractions modérées, il en rend la dissection plus facile. Dès qu'un gros vaisseau est ouvert;, on doit s'empresser d'en faire la ligature, sous peine de voirie malade succomber avant la fin de Lopération, qui, comme je l'ai dit plus haut, porte sur un organe dont les vaisseaux nombreux et d'un gros calibre, à l'état normal, acquièrent dans le goitre un développement proportionné à celui du corps thyroïde.
Dans la crainte d'une hémorrhagie à laquelle le malade peut succomber, quelques chirurgiens ont pensé que la ligature des artères thyroïdiennes doit précéder l'extirpation du goitre. Dans ce cas, pour ne pas multiplier les incisions, je crois que ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de chercher les artères sur les
limites du corps thyroïde et de les lier l'une après l'autre^ après avoir disse'qué les lambeaux de l'incision cruciale. Dans cette dissection des lambeaux et du goitre, le chirurgien doit toujours se souvenir des rapports du coi'ps thyroïde avec les artères carotides primitives^ les veines jugulaires internes^, les nerfs pneumogastriques et grand sympathique qu'il recouvre d'autant plus qu'il acquiert plus de développement. Il doit se rappeler aussi qu'une pression exercée sur la trachée ou sur le larynx^ ajouterait la suffocation aux angoisses de l'opéré.
Quoique je sois loin de conseiller l'extirpation du corps thyroïde^ je pense que cette opération serait aujourd'hui moins dangereuse qu'avant la découverte des propriétés hémostatiques du perchlorure de fer.
CAUTÉRISATION
La cautérisation, comme. moyen de guérison pour les goitres, avait été abandonnée depuis longtemps, lorsque M. Bonnet s'est efforcé de la remettre en honneur. La pratique de l'habile chirurgien de Lyon est exposée dans le livre de M. Philippeaux, auquel j'emprunterai la description de cette méthode, en la restreignant toutefois aux proportions que comporte un ouvrage qui ne peut pas avoir pour chaque chapitre les développements qu'on trouve dans une monographie.
Ld cautérisation peut être appliquée à la destruction des kystes du corps thyroïde, dont les parois sont fibreuses, fibro- cartilagineuses et osseuses, ou qui contiennent du sang, des matières mélicériques et athéromateuses ; elle peut être faite suivant quatre procédés :
Premier 2yroGédé. — Cautérisation d'une partie de la paroi antérieure du kyste.
Deuxième procédé. — Destruction des kystes par le séton caustique.
Troisième procédé. — Destruction de toute la paroi antérieure par la cautérisation.
Quatrième procédé. — Destruction complète des kystes.
Les deux premiers procédés n'ont pas besoin d'être décrits ; il suffit d'énoncer le but pour qu'on comprenne en quoi consiste l'opération. Il en serait de même du troisième procédé, sans les remarques suivantes que je trouve dans le livre do ^,L Philippeaux :
522 OPÉRATIONS qu'on PRATIQUE SUR LE COU.
(( 1° Il ne faut pas imiter la pratique de ceux qui, croyant exécuter la cautérisation conseillée par M. Bonnet, se contentent d'une ouverture longitudinale des kystes de la thyroïde. Cette manière de cautériser ne peut produire des résultats favorables. 11 faut^ pour réussir, détruire la totalité ou du moins la plus grande partie de la paroi antérieure de cette cavité.
)) 2^* Lorsqu'on a détruit la paroi antérieure des kystes, il est nécessaire de dessécher l'intérieur de leur cavité, en y laissant appliqué, pendant une ou deux heures, un morceau de pâte au chlorure de zinc, ou de la charpie trempée dans une solution caustique. Cette cautérisation légère fait cesser tout écoulement de liquide et détruit la membrane interne de ces tumeurs; de sorte que lors de l'élimination des eschares, la cicatrisation de la plaie étant assurée, on n'a pas à redouter l'existence de ces trajets fistuleux qui se montrent lorsqu'on ne prend pas cette précaution indispensable. »
Le quatrième procédé consiste à détruire par le caustique, non-seulement la partie antérieure des kystes, mais encore les points les plus profonds, par des applications successives de pâte de zinc.