RÉUNION IMMÉDIATE OU PAR PREMIÈRE INTENTION
par les chirurgiens mêmes qui y ont recours, comme prédisposant à l'érysipèle et de nature à gêner la nutrition de la peau.
Des chirurgiens anglais, Liston entre autres^ conseillent la suture à points séparés. Je pense qu'on peut employer cette suture dans les amputations dans lesquelles les lambeaux n'ont que peu de tendance à se séparer : et encore, depuis que Yidal a inventé les serres-fines, j'emploie plus volontiers en pareil cas ces petits instruments; mais j'ai toujours recours à la suture entortillée, oujïième k la. suture enchemllée, lorsqu'il faut maintenir en contact des lambeaux qui sont sollicités en sens inverse, soit par leur poids, soit par l'action musculaire.
Quand on cherche à obtenir la réunion par première intention au moyen de la suture, il faut se contenter de recouvrir le moignon avec des compresses imbibées d'eau froide, et même, si une grande réaction se produit, on doit ajouter à ces compresses une vessie remplie de glace, qu'on fait reposer doucement contre le moignon (1).
Si, au contraire, on se sert de bandelettes, il faut les recouvrir d'un linge troué qu'on a graissé de cérat, et par-dessus appliquer des plumasseaux de charpie que l'on maintient avec des compresses longuettes, qui elles-mêmes sont fixées par des tours de bande roulée.
Quand on emploie les serres-fines, on ne doit jamais les laisser plus de vingt-quatre heures en place ; tandis que les épingles dont on se sert pour la suture entortillée doivent rester pendant quatre ou cinq jours. Les fils des sutures enchevillées et à points séparés ne sont généralement enlevés que du cinquième au sixième jour. Dans tous les cas, il est bon de ne pas enlever le même jour toutes les aiguilles ou tous les fils. Les bandelettes emplastiques doivent être continuées jusqu'au moment oii la réunion semble parfaitement consolidée.
Appréciation. — Je suis convaincu que, dans l'immense majorité des cas, la suture aidée de l'eau froide ou de la glace constitue le pansement par excellence des grandes plaies. Le cérat et le diachylon me paraissent si nuisibles dans le pansement des amputations, que je leur attribue l'insuccès des chirurgiens qui, y ayant recours, disent n'avoir jamais obtenu la réunion par première intention.
(1) J'ai maintenant recours aux lotions avec l'eau-de-vie camphrée, et au lieu
(l'appliquer de la glace sur le moignon, je préfère y mettre des compresses imbibées
d"eau alcoolisée. Depuis que j'ai eu recours à ce pansement, l'infection purulente a
disparu de mon service, où elle faisait des ravages désespérants. (Note de la i" édition.)
§ 2. — Réunion par seconde intention.
Quand on juge à propos de recourir à la réunion par seconde intention, on peut rapprocher les lèYres de la plaie ; mais, le plus ordinairement, on interpose entre elles des boulettes ou des plumasseaux de charpie recouverts de cérat; ou bien on met de la charpie sèche par-dessus un linge fin troué et cératé, qu'on applique sur le fond de la plaie. Quelques chirurgiens français n'imaginent rien de supérieur à un pareil traitement !
Dans les deux cas, des gâteaux de charpie sont ajoutés pardessus les plumasseaux, et le tout est maintenu au moyen de compresses longuettes, qui se croisent sur les bords de la plaie et qu'une bande roulée fixe solidement.
Au lieu delà bande roulée, on peut se contenter d'appliquer le moignon sur un mouchoir plié en triangle (Mayor), dont la base correspond à la racine du membre qu'elle entoure, et dont la pointe est ramenée d'arrière en avant sur l'extrémité du moignon et fixée au moyen d'une épingle sur l'entrecroisement des deux extrémités du mouchoir.
Appréciation. — Depuis longtemps je n'ai plus recours à la réunion par seconde intention que dans le cas oii la réunion par première intention n'a pas réussi, et encore je me garde bien de bourrer la plaie avec de la charpie, et je n'emploie le cérat qu'autant que les bourgeons charnus ne fournissent pas assez de pus pour empêcher les bords de la plaie de s'agglutiner aux pièces du pansement. Un linge troué et cératé, que l'on recouvre de plumasseaux de charpie, est alors suffisant.
Quelle que soit la réunion à laquelle on ail recours, il est prudent de ne procéder au pansement que lorsqu'on s'est bien assuré qu'aucun vaisseau ne donne plus de sang. Dupuytren conseillait même d'attendre une demi-heure. Ce conseil est surtout utile quand on veut obtenir la réunion par première intention, que le moindre caillot pourrait empêcher.
Lorsque le pansement est terminé, le malade doit être reporté doucement dans son lit, et il faut que le moignon repose sur un coussin mou de balle d'avoine. Tant qu'il n'y a pas de suppuration, le membre doit être incliné de manière que sa racine soit moins élevée que son autre extrémité. Si la suppuration s'établit, on doit disposer le moignon de façon quele pus s'écoule facilement.