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CHAPITRE il

DE l'aNESTHÉSIE.

Epargner la douleur dans les opérations, disait en 1840 uli des chirurgiens les plus habiles de notre époque, est une chimère qu'il n'est plus permis de poursuivre ; et pourtant, depuis quelcjues années, on ne pratique plus de graves opérations sans avoir recours

à l'anesthésie : tant il est vrai de

dire que, dans les sciences, le

j,™ temps se charge souvent de donner

llj un démenti aux mots jamais et

'^ toujours.

Jusqu'en 1 856 on s'est généralement servi de l'éther ou du chloroforme pour obtenir l'insensibilité chez les opérés Tout récemment M. Snow a publié des observations qui tendent à prouver queV amylène est un anesthésique plus prompt, aussi sûr dans ses effets et moins dangereux que le chloroforme. M. Giraldès, M. Debout et ciuelques autres médecins ont fait des expériences qui ne permettent pas de douter des propriétés anesthésiques de ce liquide; mais les essais tentés jusqu'à ce jour ne sufiisent pas pour qu'on puisse espérer qu'il sera préférable au chloroforme et à l'éther

Entre ces deux derniers agents, on préfère généralement le

Fig. 18

ÀNESTHÉSIE LOCALE. 15

premier, à cause de la promptitude avec laquelle il agit. Cette qualité du chloroforme devient, à la vérité, un danger chez les malades affaiblis par une hémorrhagie ou par une grande commotion .

Au début de l'emploi du chloroforme et de Téther, on a imaginé pour l'administration des agents anesthésiques un grand nombre d'instruments dont quelques chirurgiens continuent à se servir ; celui de M Charrière est un des meilleurs (fig. 1 8). Au moyen de cet instrument, le chloroforme inspiré se mélange sûrement d'une certaine quantité d"air; mais, comme on ne l'a pas toujours sous la main, on peut se servir d'une simple compresse ou d'une éponge.

On se sert le plus ordinairement d'une éponge concave sur laquelle on verse de 4 à 8 grammes de la licjueur anesthésique et qu'on approche du nez et de la bouche du malade, sans pourtant que l'entrée de l'air atmosphérique dans la poitrine puisse en rien être gênée.

Au bout de quelques larges aspirations, la personne qui est soumise aux inhalations chloroformiques contracte ses muscles presque convulsivement (période d'excitation); puis s'affaisse dai'S un sommeil pendant lequel on peut couper, distendre et déchirer les parties les mieux pourvues de nerfs, sans occasionner la moindre douleur (période de collapsus ou d'insensibilité).

Quand on a recours aux anesthésiques, on ne doit presque jamais s'arrêter à la période d'excitation pendant lacjuelle la plupart des opérations seraient impossibles.

Les contre-indications des inhalations anesthésiques sont: une grande faiblesse du malade, une lésion organique du cœur, toute gêne de la respiration, et enfin une invincible appréhension de ce moyen .

ÀNESTHÉSIE LOCALE.

Tout dernièrement, M. Hardy, examinateur du collège des chirurgiens d'Irlande, a imaginé de produire l'anesthcsie locale. Pour cela, il emploie un appareil composé : l '^ d'un tube étroit destiné à conduire la vapeur du chloroforme sur la partie qui est le siège d'une douleur, ou sur laquelle on doit pratiquer une opération ; 2" d'un réservoir contenant une éponge imbibée de chloroforme ; 3" d'une vessie do caoutchouc (fig. 1 0).

En pressant avec les mains sur la vessie de caoutchouc, on chasse l'air à travers le résor\ ni r (|ui coiUient l'éponge, jusquà remboiichiu'o dit liihe.

Ce procédé a éclioué plusieurs ibis. Il est doue au moins inlidèie.

DE LANESTHÉSIE.

FiG. 10.

L'oxyde de carbone et l'acide carbonique ont été, depuis quelque temps, considérés comme jouissant de propriétés anesthé-

siques locales, qui s'exercent sur toute surface dépouillée de son épidémie.

C'est un moyen puissant de calmer les douleurs vives du cancer ou de toute autre maladie dans laquelle la peau n'empêche pas l'action de ces gaz.

On a aussi tenté de produire l'anesthésie delà peau au moyen de l'étlier qu'on verse goutte à goutte sur la partie qu'on doit mciser, et dont on a soin d'activer l'évaporation par l'insufflation (Roux, llichet).

Mais cette anesthésie locale ne pourra jamais remplacer l'anesthésie générale que pour les opérations légères qui n'atteignent pas les tissus sous-cutanés.

Il n'en est pas de même de celle qu'on obtient par l'application d'un mélange de quatre parties de sel et d'une partie de glace (Arnott et Yelpeau). Plusieurs fois j'ai eu recours à cette réfrigération dans des cas où j'aurais produit une grande douleur, et les malades m'ont dit ne pas avoir souffert. Ce mode d' anesthésie est surtout utile pour hi cautérisation de la peau avec le fer rouge ; il est plus promptement et plus sûrement efficace que celui qui consiste à faire volatiliser de l'éther sur la partie qu'on veut rendre insensible.

Précautions. — Comme plus de quatre-vingts cas de mort à la suite de l'emploi du chloroforme avaient déjà été pubhésen 1 855. on doit toujours surveiller le pouls et la respiration du malade. Quand le pouls faiblit, on suspend l'action de l'agent anesthésique, et dans tous les cas. il faut que la compresse ou l'éponge dont on

HÉMOSTATIQUE PRÉVENTIVE. 17

so sert ?oit à une distance suffisante de la bouclie et du nez dn malade, pour que l'air se mélange avec le chloroforme.

Le malade doit être couché ; la plupart des accidents ont été observés chez des personnes qu'on opérait dans la position assise.

Moyens de remédier aux accidents. — Quand il arrive que la respiration et la circulation se suspendent, le chirurgien, après avoir rejeté le chloroforme, incline en bas la tête du malade, abaisse sa langue avec une cuiller, ou, la saisissant avec une pince, il l'attire en dehors de la bouche ; puis il s'efforce de produire une respiration artificielle par des pressions successives du ventre et de la poitrine. On peut encore avoir recours à la flagellation ou à tout autre excitant de la peau.

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