I . Situation, distance, nombre et grandeur des étoiles
Notre système solaire, immense pour notre faiblesse, n'est cependant qu'un très-petit espace dans l'Univers. Les innombrables étoiles qui brillent au firmament, et qui se distinguent des planètes, à l'œil nu, par une sdntiUation particulière, sont sans doute les centres d'autant d'autres systèmes solaires, dont chacun peut égaler ou surpasser le nôtre en étendue. Elles ne sont pas, ainsi qu'elles nous le paraissent, à égale distance de nous; nous avons déjà dit que c'est par une illusion de perspective que nous les attachons à une voûte sphérique, et que cette voûte n'est pas parsemée de moins d'étoiles le jour que la nuit : leur faible lueur est alors éclipsée par l'éclat du Soleil ; on parvient à les voir en plein midi au moyen de lunettes qui concentrent leur lumière, ou en les observant du fond d'un lieu profond et obscur, comme un puits, une mine, etc.
L'imagination est frappée du nombre incalculable de ces soleils; il y a environ 80 000000 d'étoiles visibles aujourd'hui avec les instruments d'optique ; des instruments plus parfaits en découvriront sans doute davantage , et combien n'y en a-t-il pas qui ne pourront jamais être aperçues! Car Tespace infini de l'Univers en est probablement parsemé dans toute son immensité. A l'œil nu, cependant, on ne voit qu'environ 3000 étoiles.
Une distance énorme nous sépare de ces astres. On s'est convaincu que les étoiles les plus rapprochées ne peuvent
pas être à une distance de moins de 206 000 fois le diamètre de l'orbite de la Terre, ou environ 6 trillions Î80 billions de myriamètres; leur lumière doit mettre 6 ans et demi à nous arriver, et un boulet de canon, lancé avec toute la force de nos plus puissantes machines de guerre, emploierait plus de 6 millions d'années à y parvenir.
Les dimensions des étoiles sont inappréciables : plus les lunettes ont de force, plus ces corps semblent petits, parce qu'elles les privent de l'irradiation^ c'est-à-dire du débordement de lumière qui leur donne une extension apparente à l'œil nu. On peut cependant se faire une idée de leur énorme grosseur par le raisonnement : en effet, on a constaté, par des expériences photométriques , que la lumière que nous envoie Sirius, la plus brillante des étoiles, est à celle du Soleil dans une proportion telle qu'il faudrait que le Soleil , pour ressembler à Sirius , fût transporté à 141400 fois sa distance actuelle; mais on sait qu'aucune étoile ne peut être à moins de 400000 fois la distance du Soleil; la lumière émise par Sirius doit donc être au moins le double de celle qu'émet le Soleil, et il est par conséquent probable qu'il est beaucoup plus grand que celui-ci.
2. ClassificalioD des étoiles; nébuleuses; constellations; zodiaque.
Les plus brillantes des étoiles, qui ne sont peut«être pas les plus grosses, s'appellent étoiles primaires ou de première grandeur. Tels sont Sirius , Rigel , Aldébaran ou VŒU du TaureaUy la Chèvre^Wègay Arctvâ-us. On distingue ensuite des étoiles de deuxième, troisième, quatrième, cinquième grandeur, etc. Au-dessous de la sixième grandeur, elles ne sont visibles qu'au télescope.
On remarque des étoiles qui paraissent accumulées confusément, et qui forment des amas blanchâtres, semblables k de petits nuages : ce sont les nébuleuses. A la vue simple, on n'y reconnaît que des taches lumineuses, mais le té-
lescope y distingue souvent des étoiles nombreuses. Quand on peut ainsi décomposer une nébuleuse en étoiles distinctes^ on la nomme néhukiise résoluble; on est parvenu à s'assurer qu'une nébuleuse de ce genre ne contient pas moins de 20000 étoiles. Les taches diffuses dans lesquelles on ne parvient pas à opérer une semblable décomposition, sont les nébuleuses proprement dites. On nomme Voie lactée une vaste ceinture blanche qui entoure tout le ciel, et qui, sur une grande partie de sa longueur, se partage en deux arcs : les étoiles y paraissent beaucoup plus nombreuses qu'ailleurs, et W. Herschel eu a observé 116 000 dans Tespace de moins de 4 degrés. De profonds astronomes la considèrent comme une nébuleuse résoluble , comme un amas d*étoiles dont notre Soleil fait partie, et ils pensent que chaque nébuleuse est un système distinct, un ciel particulier, comme celui au milieu duquel nous nous trouvons. D'après cette théorie, la Voie lactée, vue de Vintérieur d'un de ces systèmes, doit occuper une place aussi modeste que celle que nous donnons à ces mondes télescopiques. Les deux Herschel ont reconnu plus de 4000 nébuleuses.
n ne faut pas confondre les nébuleuses ou agglomérations d'étoiles avec les étoiles nébuleuses, qui sont des étoiles proprement dites, entourées de nébulosités dépendant d'elles et faisant corps avec elles. W. Herschel les considère comme des astres entourés d'atmosphères immenses et lumineuses.
Les astronomes ont senti le besoin de classer les étoiles en plusieurs groupes principaux, qu'on a appelés constellations ou astérismes. Les anciens en connaissaient 48; aujourd'hui le nombre s*en élève à 108. Dne nomenclature de rois, de reines, de guerriers, d'animaux, d'instruments, s'applique d'une manière assez bizarre h ces divisions célestes, dans lesquelles on chercherait presque toujours vainement quelque ressemblance avec les êtres ou les choses dont elles portent le nom. Selon un usage établi par Bayer, astronome
48 COSMOGRAPHIE CËLESTE.
du xvn* siècle, on classe les étoiles d*une même constellation d*après leur éclat, en les désignant par des lettres de Talpliabet grec; on appelle a la plus brillante, et Ton descend jusqu'à ii>, à mesure qu'on trouve une étoile {)Ius terne ; si une même constellation réunit plus de 24 étoiles, on a recours k l'alphabet latin, et, au delà de 48 étoiles, on emploie les nombres 1, 2, 3, etc.
Examinons les principales constellations. Si, par une belle nuit, on tourne sa gauche au côté où Ton a vu le Soleil se coucher, on a devant soi, c'est-à-dire au nord, la Petite Ourse ou la Petite Àrctos, qui, dans nos régions, se montre à peu près à égale distance de la limite de la vue sur la Terre et du point du ciel situé diamétralement au-dessus de l'observateur. A l'extrémité de cette constellation, se trouve l'étoile Polaire^ qui, placée en face de l'un des pôles de la Terre, c'est-à-dire de l'une des extrémités de l'axe sur lequel tourne celle-ci, ne semble pas se mouvoir autour de notre globe, comme le reste du ciel. Il faut remarquer néanmoins qu'elle est réellement à quelque distance de la direction même du pôle, et, quoique son mouvement apparent soit inappréciable à l'œil nu, elle décrit une circonférence dont le rayon est de 1 degré 17 minutes.
Non loin de la Petite Ourse, se présente la Grande Ourse ou Grande Arctos, ou le Chariot, que les Romains appelaient les Septentrions (les sept Bœufs attelés), et où l'on remarque sept étoiles très-apparentes.
Dans le voisinage de ces constellations, on voit Cassiopée, ou le Trône; — Céphée; — le Dragon; — puis, en s'écartant davantage de l'étoile Polaire, la Chevelure de Bérénice; — le Bouvier j avec son bel Arcturas; — la Couronne boréale^ avec lai?0£e, qui est une des plus brillantes étoiles; — la grande constellation à'Hercule, vers laquelle le système solaire parait s'avancer (car elle semble s* agrandir depuis qu'on observe les astres avec précision, tandis qu'à l'opposé les constellations diminuent) ; — la Lyre, où l'on distingue
réclatante étoile Wéga: — le Cygne^ qui s'étend en croix au milieu de la Voie lactée, et dans lequel il faut remarquer la 61*, la seule étoile peut-être dont on ait pu mesurer la distance, évaluée à 8 trillions de myriamètres; — Pégase; — le Petit Cheval; — Andromède^ avec une célèbre nébuleuse;
— le Triangle boréal; — Persée , avec l'étoile Algol, ou la Tête de Méduse; — le Cocher ^ qui renferme l'étoile de làChèvre;
— le vaste Serpentaire ou Ophiimis; — le long et tortueux Serpent; — le Dauphin; — YAigle^ dont la léte est formée par la brillante étoile Altaïr.
Telles sont les principales bonstellations boréales, celles qui sont placées au nord du plan de l'orbite de la Terre, c'est-à-dire au nord de l'écliptique.
En rapprochant nos regards du pôle opposé aux deux Ourses, c'est-à-dire du pôle antarctique, nous découvrons, parmi les constellations australes, la Baleine^ très-étendue, et parmi les astres de laquelle on distingue une célèbre étoile changeante appelée MirorCeti; — VÉridan^ qui ressemble à un long fleuve d'astres, et dont la principale étoile, nommée Achemary est invisible en- Europe; — Orion^ la plus belle peut-être des constellations, et oii brillent Adaher^ Rigel\ Almerzano et les trois étoiles du Baudrier ^ appelé aussi le Bateau ou les Trois Bois , ou le Bâton de Jacob ; — VHydre , qui se déploie dans une vaste étendue, et dont le C(Bur est une des plus brillantes étoiles du ciel; — le Grand Chien ou la Ccmicule^ remarquable par le superbe Sirius; — le Petit Chien^ où l'on distingue une étoile pri» maire, Procyon ; — le Poisson austral^ oti brille une autre étoile primaire, Fomalhaut; — le Centaure; — le Navire ArgOj auquel appartient la belle étoile Canopus (invisible en Europe].
Il est des constellations australes tout entières que nous n'apercevons jamais de notre climat d'Europe : telle est la belle constellation de la Croix, voisine du pôle antarctique. Tel est encore le Triangk austral.
50 GOSMOGRAraiE CÉLESTE.
Enfin il faut remarquer avec une attention particnlière les douze constellations qui sont en face de Técliptique et qu'on nomme signes du zodiaque K Elles forment une bande de 18 degrés de largeur, devant laquelle se trouvent, outre l'orbite de la Terre, celles des planètes connues dans l'antiquité. Si l'on ne réfléchit pas que nous parcourons, chaque année, 90 millions de myriamètres, il semble que le Soleil passe successivement devant ces astérismes, et qu'il en décrit un par mois : aussi est-ce au Soleil, et non h la Terre, qu'on rapporte la position de ces constellations, aux diverses époques de l'année.
Ainsi, les trois signes du printemps sont ceux vis-k-vis desquels le Soleil nous parait passer au printemps : le premier est le Bélier; — le second est le Taureau y dont VŒU est formé de la belle étoile Aldébaran, et auquel se rattachent, vers le front, les HyadeSy et, vers le dos, les Pléiades (vulgairement \s.P(yussinière); — le troisième forme les Gémeaux, c'est-à-dire Castor et Pollux.
Les trois signes de l'été, c'est-à-dire ceux en face desquels le Soleil se trouve en été, sont : le Cancer ou YÈcrevisse; — le Uon^ qui occupe un espace considérable, et dans lequel les étoiles les plus brillantes sont le Cœur ou Règulus et la Queue; — la Vierge^ plus grande encore que le Lion, et ornée de la belle étoile de l'JÉpt.
Les trois signes de l'automne sont : la Balance ; — le Scorpion y dont le Coffar est formé par le magnifique infarà^; — le Sagittaire.
Enfin les trois signes de l'hiver sont : le Capricorne; — le Verseau; — les Poissons^ qui surpassent en longueur toute autre constellation zodiacale'.