Étoiles filantes et bolides
Il faut se garder de confondre avec les véritables étoiles ces étoiles filantes qu'on voit quelquefois en si grand nombre par les nuits sereines. Ce sont, croit-on, des amas vaporeux , analogues aux comètes , et qui se rapprochent fré* quemment très-près de la Terre dans leur marche rapide. Les bolides ou globes fihmtSj-phxs considérables que les étoiles filantes, sont, selon la plus commune opinion, des corps solides, des espèces de très-petites planètes, circulant trèspromptement dans l'espace et souvent aussi très-près de la Terre; si les bolides rencontrent les hautes régions de notre atmosphère , ils y deviennent brillants par le frottement, en
se COSMOGRAPHIE CÉLESTE.
sortent généralement malgré Tattraction de la Terre, et s'en éloignent ensuite par l'effet de la grande rapidité de leur translation. Cependant ce sont quelques-uns d'entre eux sans doute que notre globe fait tomber sur sa surface, sous la forme de ces étranges masses pierreuses et ferrugineuses qu'on nomme airolithes; ces masses éprouvent, par le contact de Tair, une élévation de température capable d'en déterminer l'explosion et la dispersion en nombreux fragments; elles arrivent brûlantes sur le sol, et répandent une forte odeur de soufre. Laplace et quelques autres ont supposé que les aérolithes étaient projetés par des volcans de la Lune ; mais cette opinion a conservé peu de partisans.
Des observateurs ont cru remarquer que, chaque année, les étoiles filantes et les bolides se montrent en plus grande quantité vers le 10 août et le 13 novembre ^
Il paraîtrait, en outre, y avoir un retour de fréquence de ces corps tous les 34 ans : les plus nombreuses apparitions dont on garde le souvenir sont celles de 1799 et de 1833, Olbers a prédit pour 1867 le retour de ce nombre extraordinaire de corps filants. « On suppose qu'il y a, dans Tespace, dit M. Lecoulurier, deux grandes zones, en forme de cercles immenses, toutes remplies de myriades de ces petits corps, dont Tune serait située & l'intérieur de l'orbite terrestre avec laquelle elle aurait un centre commun ; l'autre zone, de forme beaucoup plus allongée, s'étendrait d'un côté jusqu'à l'orbite de Vénus, couperait en deux points l'orbite de la Terre, et s'en irait jusqu'au delà de l'orbite de Mars. Il arriverait que la Terre, parcourant son orbite, côtoierait pendant toute l'année la première zone de pierres météoriques, d'où lui viendraient les bolides, les aérolithes et les étoiles filantes qu'on aperçoit dans les différentes saisons. Quant à la seconde zone, la Terre la traverserait aux époques du 10 août
I. Voy. , pour plm de détails sur les étoiles filantes, les Recherches de IflH. Goulvier-GraTier et Saigey.
et du 13 novembre, et elle lui enlèverait par son attraction les météores que nous voyons tomber en si grande abondance à ces deux dates. »
Quelques astronomes pensent que les millions de ces petits astéroïdes qui nous avoisinent à ces époques nous renvoient une grande quantité de la cbaleur rayonnée par le Soleil, et que Tété de la Saint-Martin est dû & leur action thermométrique. Suivant une ingénieuse opinion, les astéroïdes dont il vient d*étre question formeraient autour du Soleil une sorte d'enveloppe qui, vue de loin, doit donner k cet astre l'apparence d'une étoile nébuleuse, et seraient pour nous, habitants de la Terre, la cause du phénomène désigné sous le nom de lumière zodiacale.
1. ROTAnONy AXE y tfQUATEUR, MCRIDISRS, PAAALLtLIS; JOUR, NUIT, ËQUATION DU TEMPS. — 2. TRANSLATION, ANNÉB, CALSNDRIES, CIGLE LUNAIRE, CYCLE SOLAIRE. — 3. SAISONS.
4. Rotation, axe, équatear, méridiena , parallèles; jour, nuit,
équation du temps.
La Terre a deux inouvements : Tun sur elle-même, Tautre autour du Soleil.
Le premier s'appelle rotation ou mouvement din/me. La ligne, ou l'espèce d*essieu, sur laquelle ce mouvement s'opère est Yaxe de la Terre. Les extrémités de cet axe sont les pôles : l'un est le pôle arctique, c'est-à-dire des Ourses, parce qu'il est tourné vers les constellations des Ourses ; l'autre est le pôle antarctique.
Vèquateur est le grand cercle qui, placé & égale distance des deux pôles, partage la Terre en deux hémisphères : l'un boréal j l'autre austral.
On nomme méridien un cercle qui, passant par les pôles^ coupe l'équateur perpendiculairement et partage aussi la Terre en deux hémisphères : l'un oriental, l'autre occidental.
Le nombre des méridiens est infini.
. On appelle parallèles les cercles qui sont parallèles à l'équateur, et qui ne passent pas, comme l'équateur et les méridiens, par le centre de la Terre. Le nombre en est également infini ; mais on remarque , parmi ces cercles , les tropiques du Cancer et du Capricorne , à 23 degrés et demi
au nord et au sud de réquateur^ et les cercles polaires a/rotique et antarctique f à 23 degrés et demi de chaque pôle.
Il faut remarquer que les mêmes cerdes qu*on imagine sur la Terre coupent également la sphère céleste : ainsi il y a un équateurcMeste^ qui correspond à Téquateur terrestre ; il y a des méridiens célestes ^ des parallèles célestes; de même» Taxe terrestre prolongé forme Yaxe du monde y qui se termine par les pôles dumonda^ vis-k-vis des pôles de la Terre.
La durée d'une révolution complète de la Terre sur ellemême forme un §ovi/r naturel, et produit les deux grands phénomènes dix jour artificiel et de la mdt* Le jour naturel est donc l'espace de 24 heures, durant lequel la Terre fait un tour entier sur son axe ; il s'appellerait mieux ^'ot^r de ro^ talion OMJour composé; les Grecs luidonnai^t avecjustesse le nom de nyctf^émèreJ c'est-à-dire ni^-^oi^. Le jour artificiel est le temps durant lequel nous sommes éclairés par le Soleil; il se nommerait plus convenablement jotir lumineux ou. jour simple.
Le mutin est le passage de la nuit au jour artificiel; pour désigner ce moment, on dit que le Soleil se lève. Le soi/r, qui lie le jour & la nuit, est l'instant où, emportés par la rotation terrestre d'occident en orient, nous voyons le Soleil disparaître ou se coucher. Le midi est le moment où, par le mouvement de la Terre, nous nous trouvons ramenés en face du Soleil, qui est alors au plus haut point de sa course apparente de la journée. Il est minuit quand, parvenus au milieu de la nuit, nous sommes à l'opposé de l'astre du jour.
Il faut distinguer deux sortes de jottr de rotation : l'un est mesuré par le retour d'un même point en face du Soleil, et s'étend entre deux midis : c'est le jour solaire ; l'autre est marqué par le retour d'un point en face d'une même étoile : c'est le jour sidéral, qui contient 23 heures 56 minutes 4 secondes; il est un peu plus court que l'autre, et la cause en est analogue à celle qui rend la révolution synodique de la Lune
plus longue que la révolution périodique ; en effet, pendant que la Terre exécute son mouvement sur elle-même^ elle avance dans son orbite, et l'observateur qui, la veille, avait vu le Soleil et une étoile se lever en même temps, ne les retrouve plus , le lendemain, à la même position relative : rétoile lui parait se lever avant le Soleil, et, cette différence s'accumulant de jour en jour, les deux astres ne se lèveront ensemble de nouveau qu'après toute une révolution annuelle de la Terre, lorsque Fétoile aura devancé le Soleil d'un jour entier.
Il faut distinguer, dans l'observation du jour sidéral, plusieurs particularités du lever et du coucher des étoiles : le lever et le coucher cosmiques d'une étoile ont lieu, quand le Soleil se lève au moment oîi l'étoile se lève et se couche. Le lever et le coucher d'une étoile sont achroniques, quand l'étoile se lève et se couche au moment du coucher du Soleil. Le lever et le coucher héliaques ont lieu, lorsque l'étoile paraît sur l'horizon un peu avant le Soleil, et se couche le soir presque aussitôt que lui. Gomme, à la vue simple, on n'aperçoit les étoiles que lorsqu'elles sont à 15 ou 20 degrés au moins du Soleil, on voit que le lever cosmique précède de 13 ou 1 5 jours environ le lever héliaque, et que le coucher achronique suit le coucher héliaque de la même quantité. En effet, chaque jour, l'étoile paraît s'avancer vers l'orient de 1 degré environ, puisqu'elle fait un mouvement apparent de 360 degrés en 365 jours.
Le jour solaire a une durée variable, parce que le mouvement de la Terre n'est pas uniforme : car ce mouvement , comme nous l'avons déjà dit, ne s'effectue pas dans un cercle, mais dans une ellipse dont le Soleil occupe un des foyers , et il est tantôt accéléré, tantôt retardé. L'arc que parcourt la Terre dans un jour est donc plus grand dans le premier cas, et il faut alors plus de temps pour que la rotation, qui ne cesse jamais d'être uniforme, ramène un point en face du Soleil.
Vue autre cause vient encore augmenter Tirrégularité du jour : Taxe terrestre n'est pas perpendiculaire k l'orbite de la Terre, ou, ce qui est la même chose, l'équateur n'est pas d^ins le même plan que l'ëcliptique : il lui est incliné de 23 degrés et demi. Il en résulte que chacun des deux hémisphères que sépare cet équateur est tour k tour exposé vers le Soleil, excepté aux équinoxeSy ob les rayons de' cet astre tombent perpendiculairement sur l'équateur lui-même ; le Soleil, dans d'autres époques, paraît s'avancer au nord et au sud de ce cercle, jusqu'au 23'' degré et demi, c'est-k-dire jusqu'aux tropiques, où il arrive aux époques nommées solstices. Il suit de Ik que, par son mouvement diurne, laTerre n'offre pas aux rayons verticaux du Soleil une suite de points parallèles k l'équateur, mais des cercles obliques, dont l'ensemble présente une vaste spirale : quand le Soleil s'avance vers le tropique boréal ou du Cancer, la seconde moitié du jour surpasse pour nous la première ; c'est le contraire, lors* * qu'il se dirige vers le tropique austral ou du Capricorne. Ce n'est qu'aux solstices que midi est exactement le milieu du jour.
L'heure marquée par le Soleil, c'est-fi-dire l'heure vraie, n'est d'accord que le 15 avril, le 15 juin, le !•' septembre et le 24 décembre avec le temps moyen, celui qu'indiquerait une horloge parfaitement réglée et divisant chaque jour exactement en 24 heures. Les époques où elle en diffère le plus sont le 11 février, où elle est en retard de 14 minutes 37 secondes, et le 3 novembre, où elle a une avance de 16 minutes 17 secondes. Il ne faut pas croire cependant que le jour vrai et le jour moyen se surpassent mutuellement de ce nombre considérable de 14 et de 16 minutes : ce sont les instants de leur midi qui diffèrent de ces quantités; le jour vrai le plus long ne surpasse réellement le jour moyen que d*une demi-minute environ, et le jour moyen surpasse aussi d'une demi-minute le jour vrai le plus court : ainsi, entre le jour solaire le plus long et le jour solaire le plus court, il y
COSM. 4
62 COSMOGRAPHIE TERRESTIE.
a une minute de différence, et par conséquent le jour solaire, môme le plus court, est toujours plus long que le jour sidérai.
Véquatian du temps est la différence entre le temps Trai et le temps moyen. Pour expliquer cette équation, on suppose 3 Soleils : l'un le Soleil Trai ; le deuxième, parcourant l'écliptique uniformément ; le troisième, partant de Téquinoxe en même temps que les deux autres, parcourant Téquateur et ayant pour effet de faire disparaître le résultat de l'oUiquilé de l'écliptique sur Féquateur. C'est ce troisième Soleil dont la marche mesure le temps moyen : tantôt il deyanoe^ le Soleil vrai, tantôt il le suit, mais il l'atteint quatre foiâ dans l'année, aux environs des équinoxes et des solstices.
L'usage de commencer le jour à minuit est généralement adopté pour les affaires civiles. Les astronomes préfèrent le commencer & midi, parce que cet instant peut être déterminé par des observations avec plus de facilité ; ils comptent les heures sans discontinuer jusqu'à 24, et commencent leur jour 12 heures aprè$ le commencement du jour civil. Les Italiens et les mahométans fixent le commencement du jour civil au coucher du Soleil, et les Grecs modernes à son lever*
On a divisé le jour en 24 heures, l'heure en 60 minutes, et la minute en 60 secondes ; on a proposé , mais sans pouvoir la faire adopter, la division décimale du jour en 10 heures , de l'heure en 100 minutes, de la minute en 100 secondes.
Les Romains divisaient le jour artificiel en quatre parties ou quatre heures principales : prime^ tierce , sexte et none^ qu'on a conservées dans la liturgie catholique. Prime commençait av'ec la première des 12 heures ordinaires, au lever du Soleil ; tierce commençait à la fin de la troisième; sexte à la fin de la sixième, ou & midi ; none, à la fin de la neuvième.
Nous avons déjà expliqué le jour lunairey de 24 heures 50 minutes 28 secondes, qui ramène un point dans laméme position que la veille relativement à la Lune.
La vitesse de rotation de la Terre est de 465 mètres par
seconde, pour tous les points situés k Téquateur ; ce mouvement devient de moins en moins rapide à mesure qu'on s'approche des pôles, et k ces points mêmes il est tout k fait nul. Si l'on cherche la cause qui a imprimé à la Terre cette rapidité de rotation, on la trouve dans l'impulsion primitive qui a lancé le- globe dans l'espace et qui devait être dirigée, non vers son centre de gravité, mais suivant une direction écartée de ce centre d'environ 33700 mètres.
Par son mouvement sur elle-même de l'ouest à l'est, la Terre expose au Soleil les points orientaux avant les points occidentaux, de sorte que les pays de l'est ont les heures en avance sur les pays de l'ouest ; de là des différences de temps trës-multipliées sur le globe : ainsi, quand Paris a midi, on compte 7 heures et demie du soir à Pe-king, 7 heures du matin à New- York, et minuit près de la Nouvelle-Zélande. Il s'ensuit que, si deux voyageurs partaient en même teÉips du même lieu, en se dirigeant Fun k l'est, l'autre à Touest, et qu'ils se rencontrassent ensuite sur le méridien opposé k celui du point de départ, celui qui aurait marché à l'orient aurait compté 12 heures de moins, et celui qui aurait marché k l'occident, 12 heures de plus : leur calendrier se trouverait ainsi différer d'un jour. Voilà pourquoi le calendrier des Philippines s*est trouvé longtemps en retard sur celui des colonies voisines (Batavia, Macao, etc.). En effet , Magellan, qui l'introduisit, y aborda par le Grand océan, en se dirigeant de l'est à l'ouest. €e n'est qu'en 1845 que ce calendrier fut enfin réformé. C'est ainsi encore que les missionnaires ont introduit une erreur d'un jour dans le calendrier de Taïti, parce qu'ils y ont abordé en venant de l'ouest à l'est.
Nous avons dit que le mouvement de rotation de la Terre semble faire mouvoir le ciel autour de nous dans l'espace de 24 heures. Les astres paraissent, par ce mouvement, décrire 15 degrés en une heure, et l'on nomme cercles horaires les méridiens célestes espacés de 15 en 15 degrés.^ Vangle
horaire d'un astre est l'angle (formé au pôle) qui est compris entre le méridien de l'observateur et le cercle horaire de Tastre.
2. Tranfllation de la Terre. — Année, calendrier» cycle lunaire ,
cycle solaire.
Une révolution complète de la Terre autour du Soleil constitue une année. Elle s'effectue en 365 jours solaires et environ 6 heures. Si l'on mesure le temps qui ramène notre globe en conjonction avec le Soleil et une étoile, exactement au même point que l'année précédente, on trouve une étendue de 365 jours 6 heures 9 minutes 10 secondes, qui forme Vannée sidèrah; mais l'intervalle qui s'écoule entre deux mêmes équinoxes ou deux mêmes solstices n'est que de 365 jours 5 heures 48 minutes 51 secondes; il s'appelle année équinoxiale ou tropique. C'est cette dernière année que les nations civilisées modernes ont choisie pour l'usage de leur calendrier. Voilà pourquoi elle s'appelle aussi année civile.
Nous savons que le mouvement de la Terre s'opère dans une ellipse où le Soleil occupe l'un des foyers, et cet astre se trouve séparé du centre de la figure par une excentricité moyenne de 257 000 myriamètres ; voilà pourquoi le Soleil parait se mouvoir plus vite au périgée qu'à l'apogée, c'est-àdire qu'en réalité c'est la Terre qui se meut plus vite au périhélie qu'à l'aphélie. Si l'on concevait un Soleil fictif qui parcourût l'ellipse avec une vitesse toujours la même, il y aurait entre ce Soleil et le Soleil vrai à la marche inégale une dislance sans cesse changeante. Cette distance angulaire, qui peut seryir à mesurer les variations de la vitesse apparente de l'astre, s'appelle équation du centre. En particulier, la distance angulaire du Soleil à son périgée est Vanomalie de cet astre; Vanomalie vraie est fournie par le vrai Soleil; Vanomalie moyenne^ par le Soleil fictif. On appelle année
anomalistique le temps qui s'écoule entre deux retours apparents du Soleil au périgée de sou orbite; elle est de 365 jours 6 heures 13 minutes 58 secondes.
L'observation prouve que l'équation du centre diminue d'une petite quantité par siècle, et qu'il y a une petite variation dans l'excentricité; mais les lois astronomiques font voir que cette diminution n'aura lieu que jusqu'à un certain terme, après lequel l'équation croîtra, peur diminuer de nouveau en repassant périodiquement par les mêmes valeurs.
Nous avons vu que Téquinoxe arrive un peu avant que la Terre soit revenue au point du ciel où il avait eu lieu l'année précédente; il précède d'environ 20 minutes le moment qui marque le terme de la révolution complète de la Terre : c'est ce qu'on appelle précession de réquinoxe» Cette précession est due principalement à l'attraction un peu. inégale que le Soleil exerce sur notre globe; car celui-ci, ayant un renflement sensible à l'équateur et un axe de rotation incliné sur l'écliptique, ne permet pas à l'attraction solaire de s'exercer d'une manière égale sur toutes les molécules de la Terre; de là est imprimé à l'axe terrestre un mouvement qui le rapproche légèrement, pendant une certaine période, d'une direction perpendiculaire sur le plan de l'écliptique, et qui fait répondre chacune de ses extrémités à différents points du ciel, fort voisins, il est vrai, les uns des autres. Mais, après un certain temps, l'axe repassera par les mêmes directions et reprendra la même inclinaison.
L'obliquité de l'écliptique diminue donc de jour en jour, dans la période où nous sommes ; et une conséquence sensible de la diminution de cette obliquité, c'est que les tropiques se rapprochent peu à peu de l'équateur, et que les points de la Terre qui avaient autrefois le Soleil à leur zénith, àmidi, le jour du solstice, ne l'ont plus aujourd'hui. Ainsi, un puits de Syène, en Egypte, réfléchissait l'image du Soleil à midi, au moment du solstice, du temps de Ptolémée, tandis que de nos jours il reste entièrement dans l'ombre toute
Tannée. Cette ville était alors, en effet, très-près du tropique, et maintenant elle en est à 37 minutes 23 secondes.
L'action de la Lune et celle des planètes contribuent aussi k la précession des équinoxes ; de plus, comme notre satellite est deux fois dans l'écliptique pendant une de ses révolutions, îl cause aussi dans l'axe de la Terre un petit balancement, qu'on appelle nutotton. Dans l'espace d'environ 19 ans, durée de la révolution des nœuds lunaires, l'axe de la Terre décrit une petite ellipse dans le ciel, d'où il suit que le pôle ne parait pas fixe k la même place.
La rétrogradation du point de l'équinoxe n'est que de 50 secondes de degré par an , ou d'environ un degré du zodiaque en 72 ans, et 30 degrés ou un signe entier en 2160 ans; ce point doit employer k peu près 26 000 ans k parcourir Técliptîque en sens inverse. Il en résulte que les constellations zodiacales semblent rétrograder aussi, et chacune ne répond plus aux points de l'orbite de la Terre en face desquels elle se trouvait autrefois, par exemple au temps de l'astronome Hipparque, il y a environ 2000 ans : alors la constellation du Bélier était derrière le Soleil à l'équinoxe de mars, et celle de la Balance en face de la Terre, à Topposé du Soleil. Aujourd'hui c'est la constellation des Poissons qui , k cette époque de l'année, se trouve dans la direction du Soleil, et nous voyons celle de la Vierge k l'opposé. Cependant on a conservé l'antique concordance des signes du zodiaque avec les divisions de l'année , et l'on continue k dire que l'équinoxe du printemps a lieu quand 1q Soleil entre dans le Bélier ; ainsi, le signe du Bélier désigne la constellation des Poissons ; le signe du Taureau, la constellation du Bélier, etc.
Nous avons vu que l'année civile ou équinoxiale compte 5 heures 48 minutes 51 secondes au delk de 365 jours ; on les considère ordinairement comme valant 6 heures, et l'on en compose un jour tous les 4 ans ; on a ainsi une année bissextile de 366 jours. Ce fut Jules César qui, assisté de
Sosigène, célèbre astronome égyptien, établit le calendrier dans lequel fut introduite l'année bissextile, et voilà pourquoi le calendrier romain s'appela dès lors calendrier Julien. Le mot bissextile veut dire dmx fois sixième. On convint, en effet, de compter, tous les 4 ans, deux fois le sianème jour des calendes de mars ^ C'est d'après ce calendrier que les mois ont été établis, avec une longueur alternative de 30 et de 31 jours, à l'exception de février, qu'on ne voulut point altérer par respect pour les morts, auxquels il était consacré.
Les 1 1 minutes 9 secondes annuelles qu'on néglige dans le calcul de Tannée bissextile, et qui font trois quarts d'heure tou94es 4 ans, ou 3 jours en 400 ans, jetteraient, en s'accumulant, de la confusion dans le calendrier, qui ne s'accorderait plus avec les phénomènes célestes ; on retranche donc 3 jours en 4 siècles, pour compenser l'erreur de chaque année, et pour cela on ne fait pas bissextile la dernière année de 3 siècles consécutifs, quoiqu'elle dût l'être dans l'ordre des bissextes : on choisit, pour ce retranchement, la fm des siècles dont le nombre n'est pas divisible par 4 : ainsi, le xvii*, le xvni» et le xix* siècle se terminent par les années 1700, 1800, 1900, non bissextiles; mais l'an 2000, fin du XX* siècle, sera bissextile. Ce fut le pape Grégoire XIII qui établit cette importante réforme, en 1582 : on convint de compter le 15 octobre de cette année, au lieu du 5 ; car depuis le concile de Nicée, en 325, époque où les chrétiens avaient adopté le calendrier Julien, Terreur répétée tant de fois avait produit 10 jours ; au moment du concile, Téquinoxe du printemps arrivait le 21 mars, et en 1582 il n'avait lieu que le 11 mars. L'harmonie entre les phénomènes célestes et le calendrier fut rétablie par le calendrier Grégorien. Cette ré-
4 . Il y avait i Rome la fête du régi/uge, célébrée en mémoire de l'expulsion des Tarquins, et qui tombait le sixième jour des calendes de mars, c'est-à-dire le 24 février; c'est pour ne point changer la date que l'on comptait deux fois ^ ce sixième jour tous les quatre ans.
forme a été adoptée par tous les peuples chrétiens, excepté les Russes et les Grecs, qui, ayant conservé le vieux style ou le style Julien^ sont aujourd'hui en retard de 12 jours sur le nouveau style ou le style Grégorien.
Les Égyptiens avaient adopté l'année sidérale; mais ils supprimaient les 6 heures 9 minutes qui sont au delà des 365 jours ; de sorte qu'au bout de quatre ans ils se trouvaient en avance d'un jour, ou d'une année après 1461 ans, qui formaient la période sothiaque. Cette année égyptienne, dans laquelle chaque jour se transportait ainsi indéfiniment avec les siècles, s'appelle année vague ou de Nahonassar; elle était divisée en 12 mois, chacun de 30 jours, et à la fin de chaque année on ajoutait 5 jours complémentaires ou ëpo^omènes. Par suite de la suppression des 6 heures 9 minutes, chaque mois se trouvait successivement dans toutes les saisons, et avait le désavantage de ne pouvoir servir à indiquer l'époque convenable de tel travail de la terre.
En 1793, les fondateurs du système métrique en France proposèrent un nouveau calendrier, le calendrier Républicain, ' auquel on donna pour ère le 22 septembre 1792, jour de Féquinoxe d'automne (1'" vendémiaire an i" de la République française). L'année était divisée en 12 mois, chacun de 30 jours ; aux 360 jours que formaient ces mois, on ajoutait 5 jours complémentaires dans les années ordinaires, et 6 chaque quatrième année, qui prenait pour cela le nom d'année sextile. Le mois était, comme chez les Grecs, divisé en trois décades.
L'année a été divisée en douze m^is^ parce que douze révolutions synodiques de la Lune déterminent à peu près la course apparente du Soleil devant le^ douze signes du zodiaque : douze lunaisons exactes font une année lunaire ^ de 354 jours, ou plus exactement de 354 jours 8 heures 48 minutes. L'année solaire surpasse donc l'année lunaire d'environ 11 jours, ou, plus rigoureusement, de 10 jours 15 heures 12 minutes dans les années ordi-
naireSy €t de 11 jours 15 heures 12 minutes dans les années bissextiles.
Beaucoup de peuples ont adopté l'année lunaire pour base de leur calendrier. Chez les Hébreux, les mois étaient alternativement de 29 et de 30 jours ; mais comme douze lunaisons moyennes ne font que 354 jours et un tiers, c'est-à-dire 1 1 jours de moins que l'année solaire, ils se mettaient à peu près d'accord avec ceHe-cî en ajoutant un treizième mois, tous les deux ou trois ans. D'après un calendrier établi par Selon, les Grecs se servaient aussi d'une année lunaire, composée de 12 mois, de 29 et de 30 jours alternativement : pour faire concorder cette année avec le Soleil, on ajoutait un mois de 30 jours à la troisième, à la cinquième et à la huitième année de chaque période de huit ans. Chaque mois se divisait en trois décades de 10 jours, nommées , la première, Lv/ne commençant; la deuxième, Lwne moyenne; la troisième , Lune finissant.
Les mahométans emploient aussi une année lunaire de 354 jours, composée de 12 mois, alternativement de 29 et de 30 jours. Comme correction, ils intercalent 1 1 jours en 30 ans. Il y a dans ce calendrier une erreur de 16 minutes 49 secondes en 360 lunaisons; l'accumulation de cette erreur a fait qu'aujourd'hui l'année des mahométans avance d'un demi-jour sur le mouvement de la Lune.
Quoique nous n'employions pas l'année lunaire dans notre calendrier, nous avons l'usage d*y rappeler, par Vépacte^ la différence qu'il y a, chaque année, entre le cours de la Lune et la marche du Soleil : Tépacte désigne le nombre de jours écoulés depuis la dernière nouvelle Lune jusqu'au 1*' janvier : ainsi^ en 1843, la nouvelle Lune avait lieu le 1*' janvier même : il n'y avait donc pas d'épacte^ ; en 1844, répacte fut de 1 1 ; en 1845, de 22, en 1846 de 33, ou plutôt 3, car on retranche le nombre 30, puisque la Lune redevient