LjyseaUi Des ordres^ ch. ii, n
4. Us six livres de la République^ liv. I, ch. viu. Seul Fraoçois Ilotman exalte le Parlement anglais, mats en lui consacrant un court passage, Francogallia, Genevœ, 1573, p. 84.
anglaises sommeillaient en quelque sorte et semblaient devoir se fondre dans l'absolutisme royal*. Le réveil, qui se manifesta si terrible au xvii' siècle et qui amena les deux révolutions, ne pouvait paraître qu'une prodigieuse aberration aux contemporains de Louis XIV*. Mais au xvni* siècle il en fut autrement. L'esprit philosopbique, en s'appliquant alors, pour le bonheur de rhumanité, à la science politique, ne fit pas appel seulement aux lumières de la raison et aux données de l'éternelle justice ; il se livra aussi aune immense enquête sur les gouvernements et les États de l'antiquité et des temps modernes, non seulement de l'Occident mais aussi de l'Orient. Sur bien des points cette enquête fut conduite avec des connaissances historiques et une critique insuffisantes; elle rapprocha parfois des institutions de valeur bien inégale, et répondant à des formations et à des milieux bien éloignés les uns des autres. Cependant, parmi les travailleurs figurait un homme de génie, Montesquieu, le véritable père de l'histoire du droit et de la sociologie ; et, non seulement par sa vue pénétrante, mais aussi par la force même de l'évidence, une idée se dégagea et se fit communément accepter : c'est que la Constitution anglaise fournissait une solution des plus heureuses du problème politique, et que la sagesse commandait aux pays d*Occident de l'imiter, autant que lepermeltait leur caractère national'. Sur ce point le bon sens génial de Voltaire concordait avec le jugement scientifique de Montesquieu. ,Ce n'est pas que des notes discordantes ne se produisissent :|un courant contraire était formé par ceux qui, présentant les institutions
1. Voyez daoB V Oraison funèbre de Henriette de France rappréciation de Bossuet sur les règnes qui out précédé immédiatement celui de Ciiarles I" : tt Quand on considère de plus près l'bisloire de ce grand royaume et particulièrement les derniers règnes... on ne trouve ni la nation si rebelle, ni ses parlements si fiers et si factieux, n
2. Sur Charles I«' et la Révolution qui le renversa, voyez toute VOraison funèbre de Henriette de France^ et sur la Révolution de 1688 consultez les lettres de Mme de Sévigné, à cette année.
3. Esprit des lois, liv.Xl, ch. v : « Il y a aussi une nation (l'Angleterre) dans le monde qui a pour objet direct de sa Constitution la liberté politique. Nous allons examiner les principes sur lesquels elle la fonde. S'ils sont bons, la liberté y paraîtra, comme dans un miroir. Pour découvrir la liberté politique dans la Constitution, il ne faut pas tant de peine. Si on peut la voir où elle est, si on Ta trouvée, pourquoi la chercher? »
anglaises comme un empirisme imparfait, voulaient s'en rapporter aux seules lumières de la raison, ou, s'il fallait suivre les enseignements do l 'histoire, préféraient chercher ailleurs leurs modèles, principalement dans les républiques de l'antiquité, à Rome et en Grèce. Tel était Jean-Jacques Rousseau, qui, d'ailleurs, connaissait bien les'institulions anglaises* ; tel était encore Mably*. Mais, en définitive, l'influence de l'Angleterre domina d'abord dans la doctrine politique qui se formait peu à peu. A l'Assemblée Constituante ce fut d'abord recelé anglaise qui domina également, et si, sur des points essentiels, Técole rationaliste française l'emporta dans la rédaction de la Constitution de 1791, dans les débats de la Constituante les références à la Constitution anglaise étaient de chaque instant*.
Ceux qui répandirent surtout, en France et en Europe, au xviii'' siècle, la connaissance de cette Constitution, qui en furent les interprètes autorisés, sont au nombre de trois. C'est d'abord Montesquieu, dans son Esprit des lois paru en 1748. Non seulement les institutions anglaises y sont visées en maint passage, mais elles forment en quelque sorte le point central du livre. Je veux parler du chapitre célèbre (liv. XI, chap. vi) intitulé De la Constitution de C Angleterre : il y a là quelques pages qui ont exercé l'influence la plus profonde sur le droit constitutionnel de l'Occident. Le second en importance est le Genevois de Lolme, qui publia en 1771 son traité sur la Constitution de l'Angleterre. C'est un livre ingénieux et clair, où assez souvent le droit anglais est quelque peu déformé, mais dont le succès fut immense. Enfin, le troisième auteur
'. Cela se voit en particulier dans les Lelb^es écrites de la montagne et dans les Considérations sur le gouvernement de Pologne.
2. Mably, dans son livre De la législation, met en présence un lord anglais et au suédois philosophe, qui cherche à rabaisser la Constitution anglaise, QOQ seulement au nom de la raison mais aussi en la comparant à la Constitation delà Suède; voyez spécialement tome H, Amsterdam 1776, p. 262.
3. En 1789, Sieyès constate et cherche à combattre en même temps Tinduence qu'exercent sar les esprits les institutions anglaises, Qu'est-ce que le Tiers Élaf! 3« éd., 1789, p. 96 : « Nous n'aurions pas tant de foi aux institutions . iinglolses, si les connoissances politiques étoient plus anciennes ou plus répandues parmi nous... Qu'on ne s'étonne donc pas de voir une nation ouvrant à peine les yeux' à la lumière se tourner vers la Constitution d'Angleterre et vouloir la prendre pour modèle en tout. »
est un Anglais, Blakstone, dont les Commentaries on the laws of England parurent en \ 765. Celui-là est avant tout un jurisconsulte, qui a exposé, dans un traité technique, le droit privé en même temps que le droit public des Anglais; mais c'était un disciple de Montesquieu, et il a présenté, par suite, les principes constitutionnels de son pays de manière à être facilement compris des Français, parmi lesquels son ouvrage se répandit rapidement, bientôt traduit en langue française.
Dans celte première diffusion, le droit constitutionnel anglais subit, il faut le dire, quelques déviations assez marquées. On y vit, au dehors, certains éléments qui en réalité n'y figuraient pas (la séparation complète des pouvoirs); on n'y vit pas certains autres qui pourtant y étaient déjà entrés (le gouvernement de cabinet). Ces exagérations ou ces omissions étaient d'ailleurs assez naturelles, étant donné Tétat des textes législatifs et les maximes traditionnelles qui avaient cours en Angleterre; deux faits suffisent à le montrer. Elles ne se trouvent pas seulement dans les ouvrages français du xviii« siècle, mais aussi, en partie, dans le traité de l'Anglais Blakstone. D'autre part, les Anglais émancipés, qui fondèrent les États- Unis d'Amérique, firent tout naturellement entrer dans leur Constitution, les principes essentiels du droit public anglais; c'était pour eux le lait qu'ils avaient sucé au berceau; mais ils les acceptèrent de bonne foi, tels que Montesquieu les avait exposés*.
Pendant la période révolutionnaire, Tesprit français s'écarta peu à peu, en matière de droit constitutionnel, des principes anglais". Sous le Consulat^ et le premier Empire*, cela devint un éloignement prononcé, une opposition diamétrale dans les
1. Sur riofluence qu*exerça en France, dans les années qui précédèrent la Révolution, la littérature hméricaine en même temps que la littérature anglaise, voyez le remarquable ouvrage de M. Maxime Kovalevsky, Les origines de la démocralie contemporaine (en russe), quatrième partie, ch. i, p. 543 et suiv.
2. Constitutions des 3-14 septembre 1791, du 24 juin 1893 (qui ne fut jamais appliquée), du 5 fructidor an III.
3. ConsUtntioQ du 22 frimaire an VUT, sénatus-consulte du 14 thermidor an X, et sénatus-consulte organique de la Constitution du 16 thermidor au X (Consulat à vie).