Contrai social, liv. Ul, cli. xv, p
tond, par sa nature, aux préférences, et la volonté géaéi*ale à Tégalité. 11 est plus impossible encore qu'on ait un garant de cet accord, quand même il de vroit toujours exister ; ce ne seroit pas un effet de Tart, mais du hasard. Le souverain peut bien dire : •« Je veux actuellement ce que veut tel homme ou, du n moins, ce qu'il dit vouloir »; mais il ne peut pas dire : « Ce u que cet homme voudra demain, je le voudrai encore, » puisqu'il est absurde que la volonlé se donne des chaînes pour ravenir* ».
Dans ces réflexions de Rousseau, il y a une constatation exacte : c'est que Tantiquité n'a jamais connu que le gouvernement direct en matière législative. C'est un fait dont Tinfliionce a été très grande sur son esprit, comme sur tous les esprits qui, comme lui et avant lui, avaient emprunté toute leur science politique aux Grecs et aux Romains. Ils en avaient conclu (car sur ce point, comme sur tant d'autres, Rousseau n'est pas un inventeur, mais un fidèle disciple des doctrines reçues) que le pouvoir législatif, même quant à son exercice, était incommunicable delapartdusouverain.qui devait toujours st^ réserver au moins le droit de ratification. C'est ce qu'enseignait particulièrement Bodin*. Mais de ce que l'antiquité n'avciil pas connu le gouvernement représentatif, était-ce une raison suffisante de le condamner, s'il est démontré qu'il préaimte sur le gouvernement direct des avantages certains? Or, colle démonstration fut faite pleinement au xviu* siècle
î. (■outrai social, liv. U, ch. î, p. 137..
i, Lfs six livres delà République, liv. I,ch. x, p. 220, 222 : « Les Empereurs 4i^oieiit sancimuSf(\\x\ estoit le mot propre à la majesté, comme disoit le coasul Postliumus en la harangue qu'il fit au peuple : Negn injussu populi guicifitam 'ianciri posse quod populum teneat... Voilà donc quant à la première irmrqnt^ de souveraineté, qui est le pouvoir de donner loy ou commander à tiius *Hi général et à chacun en particulier, qui est incommunicable aux subjticti^; car combien que le prince souverain donne puissance à quelques-uns do faire des lois, pour avoir telle vertu que si lui-mesmelesavoit fdictes comme fU le peuple d'Athènes à Solon, les Lacédémoniens à Lycurgue, toutesfoys le$ lob u'eatoient pas de Solon ni de Lycurgue, qui ne servoient que de commlssAïr+:f^ et procureurs; ains la loy estoit du peuple athénien et lacédémonien. Mais il advient ordinairement, es républiques aristocratiques et populaires, que la loy porte le nom de celuy qui Ta dressée et minutée, qui n'est rieu qua simple procureur, el lémologation d'ictUeest de celui qui a la souveraineté, Au^KÎ voit-on en Tite Live que tout le peuple fut assemblé pour émologuer Ids^ ïoii rédigées en douze tables par les dix commissaires députés à ceste cbarg*!' -K Cf. Hancke, Bodin^ p. 51, 52.
LA SOUVERAINSTi^ NATIONALE ^231
déjà, avant Rousseau et apièï^ lut; elle fut dès lors définilîvej car, sur ce point encore comme sur bien d'autres, on n*a guère fait que répéter dopuis les mêmes arguments.
Celui qui la présenta craJiord futMontesijuieu, Jl était pour* tant favorable^ sur certains points^ à l'intervention directe du pt^uple souverain, mais i] lui refusait toute compélf^nr.e, aoit pour diriger lui-même le pouvoir exécutif, soit pour légiférer directement. <{ Le peuple, dit-il, qutala souveraine puissance, doit faire par lui-même tout ce qu'il peut bien faire, et, ce qu'il ne peut pas bien faire, il faut qu'il le fasse par st^s ministres. Ses ministres ne sont point à lui s'il ne les nomme ; c'est donc une maz^ime fondamentale de ce gouvernement {d6^ niacratîque} que le peuple nomme ses ministres, c*est-à-dire sea magistrats... Le peuple est admirable pour choisir ceux à qai ii doit confier quelque partie de son autorité, 11 n'a qu'à se déterminer par des choses qu'il ne peut ignorer et des faits qui tombent sous les sens. Il sait très bien qu'un homme a èié souvent à la guerre^ qu'il y a eu tels et tels succès : il est donc très capable d'élire un général. Il saitqu'un juge est assidu que beaucoup de gens se retirent de son tribunal contents de lui, qu'on ne Ta pas convaincu de corruption ; en voilà assez pour qu'il élise un préteur. Il a été frappé de la magnificence, (les richesses d'un citoyen ; cela suffit pour qu'il puisse choisir un édile. Toutes ces choses sont des faits dont il s instruit mieux dans la place publique qu*un monarque dans son palais. Uiiis saurat^il conduire une affaire, counoître les lieux, les occasions, les momens^ en profiter? Non, il ne le saura pas*i^, Voilà pour le pouvoir exécutif ; voici maintenant pour le pouvoir législatif ; « Comme dans un Etat libre, tout homtne^ qui est censé avoir une î\me libre, doit être gouverné par luimême, il faudrait que le peuple en corps eût la puissance lé- ^slative ; mais comme cela est impossible dans les grands
t. EMpnidex ioi^, liv. U^ ch. ii. CL liv. Xï, ch. vi : « 1! y avoït ao grand vice éiûË la plupart des aucîeuQeâ républiques^ c'est que le peuple avoît k droit il'y prendre des résoUilionsi activées et quj demaudcnt quelque exécuUoii, (.'hoife dont U est eotîèreraeut incapable. Il De doit nntrer dans le gativenieujent qtie pour choisir eca représeuLaDtSt ce qui est trèa à êa portée. Car û"\\ y a pea de gens qui counaisf^ent le dt^ti!- précis do la capacité de* houirat's, {^bactiQ est poortaut capable de ^roir, eo ^èuéraL ^i celui qu'il cboiait er^t Y\m édairé que k plupart des autres m.
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États et esl sujet à. beaucoup d^inconvénients daos les petits, il faut que le peuple fasse, par ses représentants, tout ce qu'il ne peut faire par lui-même... Le grand avantage des représentants, c'est qu'ils sont capables de discuter les affaires. Le peuple n'y est point du tout propre, ce qui forme uo des grands inconvénients de la démocratie * ».
De Loi me, qui écrivait après Rousseau, avait repris avec plus de détails la thèse de Montesquieu. Il démontrait que le vote direct des lois par le peuple ne donnait en réalité à celui-ci aucun pouvoir sérieux et utile; il avait Tillusion d'une décision propre, qui en réalité ne lui appartenait pa.^. n La plus grande partie de ceux qui composent la multitude, distraits par les besoins plus pressants de la subsistance, n'ont ni le loisir, ni même, par l'imperfection de leur éducation, les connaissances nécessaires à de tels soins. La nature, d'ailleurs , avare de ses dons, n'a donné qu'à une petite portion d'hommes une tête capable des calculs compliqués d'une législation ; et, comme le malade se confie à un médecin, le plaideur à un avocat, de même le très grand nombre des citoyens doit se confier àceux qui sontplushabilesqu'eiix, pour l'exécution des choses qui, en même temps qu'elles les intéressent si essentiellement, requièrent tant de qualités pour les bien faire. A ces raisons, déjà si fortes, il s'en joint une autre, s'il se peut plus décisive : c'est que la multitude, par cela même qu'elle est une multitude, est incapable d'une résolution réfléchie... Très peu ont réfléchi sur ce qui doit faire l'objet de l'assemblée, très peu y portent d'avis, ou du moins d'avis à eux, auquel ils tiennent. Gomme il faut cependant prendre un parti, la plupart se décident par des raisons dont ils rougiroient de se payer dans des occasions bien moins sérieuses ; un spectacle inusité, un changement dans le lieu de l'assemblée, un mouvement, une rumeur, sont, dans T indécision générale, la raison suffisante de la détermination du grand nombre, et de l'agrégation de volontés, formées sans connaissance de cause, se forme une volonté totale qui esl aussi sans réflexion. Si, au milieu de tous ces désavantages, rassemblée étoit laissée à elle-même et que personne n'eût