XXXII PRÉFACE DE LA SIXIÈME EDITION
Le même souci d'atteindre les réalités amène l'auteur à interroger, de préférence aux hommes qui étudient la politique, les hommes qui la font : ceci explique le caractère de ses références bibhographiques. Il a suivi, avec une attention remarquable, les débats parlementaires actuels et consciencieusement dépouillé ceux des régimes précédents. Il en a rapporté une abondante moisson de notes et de citations. La presse politique, française et étrangère, lui fournit des témoignages de moindre importance mais de même ordre que les débats parlejnentaires. Il fait aussi de fréquents appels à l'expérience et à la doctrine des nations étrangères, mais il faut que la nécessité s'en impose par le cours du développement ; il s'abstient scrupuleusement de tout étalage inutile d'érudition. Par tous ces traits, l'ouvrage s'apparente plutôt à la: science anglaise qu'à la science allemande. Aussi les références sont-elles plu§ nombreuses à la première qu'à la seconde. Ce n'est pas cependant que l'auteur, plus averti que quiconque des lumières jetées par la science allemande sur l'histoire des institutions, ne lui rende l'hommage qui lui est dû; il estime seulement, et avec raison, qu'il est difficile d'en tirer une théorie de la liberté constitutionnelle; et son esprit, épris de lumière, répugne aux spéculations juridico-métaphysiques et aux abstractions de l'école germanique. Ses tendances générales, sa conception réaliste des choses politiques, aussi bien que ses convictions libérales, devaient nécessairement le pousser du côté de la doctrine anglaise. L'Angleterre est la métropole de la liberté politique et la mère des parlements; mais, pour son progrès constitutionnel, elle a peu reçu de la théorie et lui a peu demandé; elle n'a eu d'autre guide que l'expérience.
La sagesse, la modération, le sens pratique, le souci des transitions nécessaires, toutes les qualités, en un mot, dont on a voulu faire une sorte de monopole au profit des Anglais, sont la marque des solutions que propose le professeur Esmein aux problèmes les plus graves du droit constitutionnel. Suivant la tradition des grands publicistes français, des Benjamin Constant, des Guizot..., il fait de fréquents appels à « cette raison naturelle qui est dans les esprits et qui finit toujours par reconnaître l'évidence ». Un système le satisfait lorsqu'il est harmonieux et logique »; il n'est pas nécessaire