‹ Éléments de droit constitutionnel français et comparéChapitre 25 sur 44 · PRÉFACE DE LA SIXIÈME ÉDITION XXXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA SIXIÈME ÉDITION XXXIII

cependant et il serait même dangereux que cette logique aille jusqu'à l'absolu : « l'absolu n'a pas de place en matière d'organisation politique ». Cette méthode l'amène, le plus souvent, à des solutions moyennes, nuancées comme la vie elle-même. Dans leur ensemble, elles se caractérisent par l'optimisme; l'auteur est, en somme, satisfait par l'état actuel des choses : le suffrage universel égal est la manifestation d'url sentiment de justice instinctive; le système majoritaire s'impose par sa logique, sa simplicité, sa clarté, et le principe de la représentation proportionnelle est une illusion et un faux principe; il n'y a aucune nécessité à rendre le vote obligatoire; avec la représentation proportionnée et une bonne loi sur la corruption électorale, le scrutin uninominal par arrondissement paraît à M. Esmein « le mieux adapté aux habitudes et à l'état d'esprit de la très grande majorité des Français ». Le système représentatif est l'idéal de la liberté politique, et le peuple, Deus ex nube, ne saurait intervenir directement par voie de référendum; « ce système présente à la fois les inconvénients les plus graves dans le fond et dans la forme ». L'auteur continue « à avoir la foi la plus profonde dans le régime parlementaire »; il n'y a pas de meilleur mode pour l'élection du chef de l'Etat que celui qui le fait désigner par les deux Chambres fondues en une seule assemblée. Le reproche est souvent adressé aux Universités de développer à l'excès l'esprit critique et de ne pas préparer à l'action; M. Esmein a su y échapper. — Il ne faudrait pas se tromper sur la nature de son optimisme. M. Esmein n'est pas un doctrinaire. Ce n'est pas lui qui aurait prononcé le fameux <( Jamais » de Guizot. Il n'affirme pas que la démucratie représentative, telle qu'elle est actuellement organisée, marque le terme des transformations politiques des peuples, ni qu'elle ait atteint, comme dit Tocqueville, ce « bout » de la Révolution que tous les régimes, depuis Brumaire, se sont flattés d'avoir touché. Il enseigne seulement qu'elle est adéquate à l'état actuel des besoins, de l'opinion, de l'éducation politique de l'humanité, et il est très probable qu'avec le grand publiciste dont je viens de citer le nom, il aurait dit volontiers : (( Il est évident aujourd'hui que le flot continue à marcher, que la mer monte; que. non seulement nous n'avons pas vu la fin de l'immense révolution qui a commencé avant nous, mais que

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