CHAPITRE PREMIER
oaiGiNJEl HISTORIQUfe Dl LA PÉNALITÉ.
171. A ne considérer que ce qui a été, et non ce qui devrait être, trouvera-t-on Torigine historique de la pénalité dans la nature spirituelle et perrcctionnée de Tbomme, ou dans sa nature matérielle et brutale? D'après la loi du développement humain, les commencemenls des civilisations sont informes et grossiers, les instincts corporels y dominent ; la raison n'épure, ne dirige et ne réprime ces instincts que graduellement, k mesure des progrès que nous fait faire la loi de notre perrectibilité. C'est dansTlnstinct matériel et brutal que la jpénalité prend sa source historiquement.
172. Une action nous blesse, un instinct subit et involontaire nous pousse à une réaction. Si la raison ne vient pas maîtriser cet instinct, nous nous en prenons, instantanément, môme à la cause involontaire, même à la cause inanimée du mal qui nous a été fait; à plus forte raison « si l'offense ou la lésion a été volontaire et à mauvais dessein, ou du moins si nous le croyons. Le désir, le besoin de rendre avec usure à Toffenseur le mal que nous en atons reçu nous travaille, nous fait souffrir : la vengeance est une passion, passion active, qui ne s'apaise dans le cœur de celui qu elle possède que lorsqu'elle a été satisfaite.
173. C'est celte passion que l'on rencontre comme précédant la
Eènalité et y donnant naissance. Les hommes , aux époques de arbarîe, Térigent en un di'oit, droit héréditaire, qui se transmet aux mâles de la famille, droit susceptible d'être payé et éteint à prix d'argent, par une rançon. Ce n est pas seulement à l'origine des nations actuelles de l'Europe, dans les chants des vieux Germains et dans les lois désignées sous le nom de lois des Barbares, que l'on trouve ce droit héréditaire de vengeance et côt usage des rançons ou compositions ; les livres de Moïse , les antiques poésies de fa Grèce, les récits des voyageurs en Afrique, en Asie et dans le Nouveau-Monde, nous en montrent partout la trace. Homère en met le témoignage dans la bouche d'Ajax et nous en montre la représentation jusque dans les ciselures du bouclier d'Achille (1).
174. De la vengeance privée et des réactions individuelles qui
(1) Daaèrononu, ch. 19, $$ 4, 6, 12. — Iliade y liv. S et V.— Voir on exemple toot récent, dans on arrêt da tribunal criminel d'Ofan, du 9 atrril IS53, f apporté dans le Droit do 17.
80 LIV. I. PÉNALITÉ. TIT. I. THÉORIE FOîyJDAMEKTALE.
en résultent, la civilisation, nous Favons déjà fait voir, pas&e à la vengeance publique et aux peines assises sur cette vengeance : vengeance du roi, vengeance du seigneur, vengeance de la société ou de celui qui en résume les pouvoirs; c^est toujours une passion, mais elle devient moins individuelle et moins désordonnée. L'élément social se fait entrevoir; la peine publique, qui n'existait pas dans le premier système, prend ici naissance; elle est exagérée, cruelle , souvent atroce comme la vengeance , jusqu'à ce que cet élément de la barbarie disparaisse devant la raison.
175. Tel est le fait, mais le fait n'est pas le droit. Le premier problème est résolu ; le second ne l'est pas.