FONDEMENT LÉGITIME DU DROIT DE PUNIR
176. Il s'est produit , pour démontrer la légitimité du droit de punir exercé par la société, tant de systèmes, qu'il est difGcile de s'y reconnaître , et qu'on s'explique presque comment le législateur et les jurisconsultes pratiques ont été conduits à laisser dédaigneusement de côté des idées premières sur lesquelles les théoriciens s'accordaient si peu. Toutefois, si multipliés que soient ces systèmes, en les analysant, en cherchant à travers les variantes ce qui est véritablement un fonds commun, il est possible de les ramener tous à se classer, par divers groupes, sous quelques mots.
177. La vengeance, nous l'avons vu, est un instinct naturel : on en a conclu que cet instinct est légitime; qu'il entre comme moyen dans les vues de la Providence, pour nous forcer à nous respecter les uns les autres ; que la société , quand elle punit , ne fait que diriger cet instinct contre le vrai coupable et le régulariser; que par conséquent son action est légitime, c'est-à-dire qu'elle a le droit de punir. Voilà une première théorie de la vengeance (I). — D'autres, au contraire , reconnaissent que la vengeance est une mauvaise passion ; que les sentiments qu'elle excite, les actes auxquels elle pousse sont condamnables , de nature à troubler et à déchirer la société : or la peine appliquée publiquement a pour effet d'apaiser ces sentiments de vengeance privée, de les satisraire en quelque sorte et de ramener le calme entre les particuliers ; donc cette peine est légitime : voilà une seconde théorie de la vengeance, celle de la vengeance épurée ou ennoblie (2). — «Cela fut ainsi originairement et par instinct, donc c'est juste, p tel est le raisonnement de la première de ces théories; a Cela produit un
(1) Théorie de H. Houb on lordKAïkiKs.
(2) Tliëorie de Ludbn.