‹ Éléments de droit pénalChapitre 35 sur 184 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DB L*A0BNT DD DÉLrr CONSIDÉRA DANS SON MORAL.

1 1. Dit bsollét âê l'âuM qoaat à leur inflaenct m 1m ooo4ilioiif de l'impaUMiité •k de U colpditlité.

332. Le moral de Tagent ne se présente pas à notre observalion comme un élémeut simple : nous avons à le décomposer. En effet, quoique indivisible en elle-même, puisqu'elle n*est pas matière, l'âme humaine se manifeste par des aptitudes et par des effets divers qu'il nous est parfaitement possible de distinguer, et auxquels on a pu appliquer avec succès la méthode de l'analyse. Une icience spéciale, sous le nom de psychologie ou science de Tâme, est consacrée à celte étude. Les criminalistes n'y ont pas assez recouru pour la solution de leurs problèmes. Ni les termes ni les idées qui ont cours généralement parmi eux à ce sujet n'offrent l'exactitude et la précision scientifiques désirables. C'est un des points oii il faut que notre science aille demander des lumières à celle de la philosophie.

233. On peut dire que l'homme, considéré dans ses facultés psychologiques, est tout en ces trois mots : sensibilité, intelligence, activité. Sans doute il est possible de prendre l'analyse d'ooe autre façon, d'y employer d'autres dénominations, mais le tout pourra se ramener toujours exactement aux trois facultés que nous venons d'indiquer. Le criminaliste n'a qu'à s'en tenir là, et à chercher la part que prend chacune de ces trois facultés soit dans la constitution de l'imputabilité, soit dans les degrés divers de culpabilité.

234. Quoique objet matériel , par F intermédiaire des sens, agit lor mon corps et cause en moi une impression : douleur ou plaisir, il y a sensation. La vue d'une bonne ou d'une mauvaise action , l'attachement oui me lie à quelque autre personne, suivant les eircottstances aans lesquelles je la vois ou je la sais, m'affedent snssi ou d'un bonheur ou d'une peine, dont l'origine est plus spirituelle : il y a sentiment. Ce sentiment, la crainte ou le désir de cette sensation se trouvent en moi pdussés à l'excès , de ma- Qiira à prendre une grande place dans mon être, et, par Toffet

même de leur énergie, à in*oppriiner et à me faire soafTrir : il y a passion. La seiftation, le sentiment, la passion sont des phénomènes; tons les trois ont leur source dans la sensibilité. Par Taltrait, par les répulsions qu*elle nous suggère, parles sollicitations qui viennent d'elle, la sensibilité entre pour sa part dans nos actions ou dans nos inactions : on peut dire qu'elle y joue, en général, le rôle d'agent provocateur; mais, n'étant en elle-même ni libre ni éclairée, on voit qu*elle est en dehors des conditions constitutives de Timputabilité et de la responsabilité.

235. Ici intervient T intelligence. L'intelligence ne se présente pas non plus comme une faculté simple et toujours une dans ses effets; elle est, au contraire, bien complexe, bien inégale. Certains animaux sont intelligents; les petits enfants le sont beau» coup. Depuis l'esprit vulgaire jusqu'au penseur, jusqu'à l'homme de génie, l'intelligence s'élève ou s'abaisse à des niveaux bien divers et dans des directions bien différentes. La psychologie, dans son travail analytique, cherche à la décomposer en un nombre plus ou moins grand de facultés distinctes dont elle

. dresse la liste sous des dénominations variables d'un écrivain à l'antre; et nous, criminalistes, nous avons, sur cette liste, à marquer du doigt auel est le point qui est iudispensable pour constituer rimputabilité.

236. La perception des idées par Tiulermédiaire des sens ; la mémoire ou la puissance de se souvenir des idées auparavant perçues, ce qui est déjà une certaine conception, un certain enfantement de notre esprit; la puissance d'abstraire, de généraliser, qui commence à nous introduire dans le champ de la métaphy* sique; celle de saisir le rapport des choses et des idées mises en relation par notre pensée; les diverses sortes de jugement, de raisonnement; et, dans tout cela, la conscience de nous-même, qui fait que nous assistons, pour ainsi dire, à notre propre vie, et qu'éprouvant une impression, nous savons que nous l'éprouvons; que, faisant une opération intérieure ou extérieure, nous savons que nous la faisons : tout cela est compris dans l'intelligence. Lorsque la sensibilité nous provoque à une action on à une inaction , ces diverses facultés intellectuelles peuvent nous faire envisager cette action ou cette inaction sous des faces différentes; rechercher, par les enseignements de l'expérience et dans les prévisions de l'avenir, quelle satisfaction ou quel désagrément il

{»ourra nous en revenir, si elle nous sera utile ou nuisible ; mais à ne se trouvent point encore les conditions du mérite ou du démérite ; là ne se place pas encore l'impiitabilité.

237. Ce qui forme le plus haut point de notre intelligence , ce qui distingue éminemment Fhomme de touâ les êtres créés icibas, c'est le pouvoir non pas de concevoir des idées ou. des rapports accidentels, qui pourraient être ou n'être pas, qni n'ont qu'une vérité relative et casuelle , mais le pouvoir de s'élever à la

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conception de vérités absolues, nécessaires et immuables, conceptions parmi lesquelles la plus haute, après celle de Dieu, e.<t celle du bien et du mal moral, du juste et de Tinjuste. Le mot de raison , employé souvent comme un terme générique dans Tusage vulgaire, d^antres fois, dans le langage d'un grand nombre d'écrivains, comme désignant la faculté des rapports (ratio), est réservé par d'autres à cette faculté la plus élevée de notre intelligence. Cest elle qui, lorsque la sensibilité nous sollicite, est là pour juger et pour nous avertir si l'acte vers lequel nous sommes poussés est nn bien on un mal moral, s'il est conforme ou contraire au droit. C'est elle qui constitue en nous l'une des conditions indispensables de l'împutabilité.

238. Là-dessus se manifeste une autre puissance de l'âme : la puissance de décider que l'action sera faite ou ne sera pas faite, et de mettre en jeu ou de contraindre au repos les instruments de notre corps , intérieurs ou extérieurs, nécessaires à l'exécution. C est ainsi que s'exerce notre activité; c'est ainsi que se rencontre en nous la seconde condition nécessaire pour que les faits nous soient imputables, la liberté.

239. Outre ce mot de liberté, on emploie aussi, dans le langage psychologique, pour désigner cette dernière puissance de l'àme, une autre expression, celle de volonté, qui, malheureusetnent, dans remploi usuel que nous en faisons , reçoit une autre signiGcation de fait, dont il nous est bien difficile de la dégager entièrement, de telle sorte que le mot ne se présente qu'avec quelque confusion dans notre esprit. Nous aurons à revenir bientôt sur celte signification plus usuelle, importante aussi en droit criminel; mais constatons bien ici qu'au point de vue qui nous occupe, pris dans le sens d'une pure faculté de l'âme, les mots de volonté et de liberté se confondent. C'est parce que Dieii nous a doués d'une force libre pour nous résoudre dans un sens ou dans l'autre, pour agir ou ne pas agir, que l'on peut dire indifféremment qu'il nous a doués de liberté ou de volonté. Cette puissance de résolution avec commandement aux organes de notre activité, c'est la puissance de liberté ou de volonté : les deux mots, en cette première acception , ne représentent qu'une même idée.

240. En résumé, si l'homme jouit ici-bas du privilège de pouvoir être cause première, cause efficiente, c'est qu'il a en lui la liberté. Si l'homme, cause première d'un acte, est, seul entre toQs les êtres ici-bas, tenn en bien ou en mal d'en répondre, c'est que seul il a en lui la faculté la plus hante de l'intelligence: la raison morale, la connaissance du juste ou de l'injuste de ses actions. L'homme est libre, l'homme connaît le bien ou le mal , donc l'homme est responsable. Telles sont, réalisées en lui, dans les facultés de son âme, les deux conditions constitutives de l'impatabflité.

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