II. Des Agents intérieurs
Ces agents forment une classe laborieuse et paisible ; elle occupe les emplois dans les bureaux des diverses branches de l’administration.
On sent que ces fonctionnaires sont , en général, privés des honneuis et des distinctions qui sont accordés aux agents qui exercent l’autorité proprement dite , et qu’ils ne peuvent trouvei* de dédommagemei^t que dans l’estime publique , qui forme ainsi une autre récompense de leur zèle et de leur travail , un autre motif d’encouragement.
Une telle indemnité , toute morale , et par cela seul supérieure à toute autre pour qui sait en connaître le prix , a l’avantage d’attirer et de conserver, dans .ces miodestes eniplois, des hommes vertueux , délicats , -et instruits , d’encourager le talent , d’animer le zèle-, et de contribuer efficace-
ment , quoique en secret , au bien du. service public.
La probité , nécessaire et suffisante dans les affaiiiQS cbmnmues, ù’est pas la seule-qualité dont aient besoin ces employés du «ereicc intérieur } ils. doivent savoir se garantir d’un genre de séduction inconnu aux dutres professions sociales ; ils doivent posséder cette intégrité administrative , qui sait y en tout , faire la part de la faveur que méritent les intérêts publics et du respect qui est dû aux droits privés. Ils doivent être d’une impassible impartialité , qui les fasse résister aux sollicitations de leurs amis , de leur famille , pour ne voir que ce qui est équitable et vrai.
Une grande discrétion est souvent pour eux un devoir. 11 faut qu’ils résistent aux instances du crédit, aux démandes' de la puissance , aux exigeances de cet intérêt exclusif , si actif et si aveugle ; il faut qu’ils se résignent aux mécontentements et* quelquefois aux' humiliations ; d’une part , celui qui obtient rapporte tout au chef', lui en a toute l’obligation , et quelquefois n’a d’obligation à personne , perce qu’il croit que tout vient de son propre mérite; d’autre part, celui qui n’obtient pas, dirige toute son humeur sur le subalterne, parce quHl est plus' commode et moins dangereux de la faire tomber sur lui que
.TITBE ni. CHAP. II. 3^3
de la porter vers l’ homme revêtu de la puissance; jamais cet hommp nei reconnaîtra qu’il n’ét^it pas digne de* ce qu’il demandait; il-y a une autre raison tdute prête pour ékpliquer le refus : c’est l’erreur ou la. malveillance des envployés ; et l’explication sera d’autant plus facile- ' ment admise , que les formes mêmes de l’administration ne permettent pas qu’on en démontre la fausseté ; tout est enveloppé dans le dossier et doit y rester renfermé.
Honneur donc à ces hommes qui s’élèvent audessus des séductions ; qui , supérieurs à ceux qui se rient d’eux ,unt le mérite des grands travaux administratifs dont se. parent des noms, plus célèbres ; honneur, à ces’hoimnes sans lesquels l’administratiAi ne pourrait atteindra son but , ét.ne serait plus qu’une force aveugle , et par. suite dangereuse , autao.t qu’elle doit être utile !