‹ Elements de droit politiqueChapitre 37 sur 40 · DE LA DICTATURE · texte numérisé non relu

DE LA DICTATURE

On nommait dictature , dans la république romaine , une, magistrature suprême et temporaire , à laquelle on avait recours au lAoment 4u danger.

L’inflexibilité des lois , qui les' empêche de se plier aux événements , peut , en certains ens , les -rendre insuffisantes et fnême pernicieuses-, et causer par elles la perte de l’état , dans sa ci;ise. L’ordre et la leqteur des formes demandent un espace de temps que les circonstances refusent quelquefois. Il peut se présenter mille cas auxquels le législateur n’a point pourvu ; et c’est une prévoyance très nécessaire de sentir qu’on ne peut tout prévoir.

11 ne. faut dohe pas vouloir affermir les insti^ tutions politiques , jusqu’à s’ôter tout pouvoir d’en suspendre- l’effet.

Mais il n’y a que les plus grands dangers^ qui puissent balancer celui d’altérer Tordre public ; et Ton ne doit jamais arrêter le, pouvoir, sacré des lois , que quand il s’agit du salut d$ la patrie.

' C’est par ces rarsons-, sans doute , que , chez les Jlomaitis , lorsque le périrétait tel que l’appareil des lois était un obstacle à s’en garantir , alors un chef suprême était nommé) qui faisait taire toutes les lois et suspendait un moment l’autorité souveraine. En pareil cas, la volonté. générale n’ëtait pas douteuse; il est évident que la première intention du peuple était que l’état ne périt pas. De cette manière ^ la suspension de l’autorité législative ne l’abolissait point : le. magistrat qui la faisait taire ne pouvait la faire parler ; il la dominait , sans pouvoir ta repr^enter ; il pouvait tout faire , excepté des lois.

Au surplus', les Romains,) avaient senti que l’emploi de ce moyen extraordinaire exigeait de grandes précautions; ils avaient vu qu’il importait d’en fixer la durée à unterme très court , qui jamais ne pût être prolongé. Dans les crises qui font -établir la dictature, l’état est bientôt détruit on sauvé ; et , passé le besoin pressant , la dictature devient tyrannique ou vaine. Plus le temps sera long, -plus *le dictateur sera tenté de le prolongerencore.

Voilà le dànger , qui conduit directement au despotisme-, lequel, de fait, n’est' autre chose qu’une dittatàre perpétuellé.

11 y a plus : dans les principes admettre la dictature n(eme pour un joür, c’eSt reconnaître le

Digiti.'

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pouvoir absolu; or, ùous avons démontré que ce pouvoir est dangereux pour les citoyens aussi bien que pour- celui qui Vexerce. Si, ce pouvoir est légitime pendant un mois , six mois , un au , pourquo.i ne le serait-il pas toujours ?

Il est certain , d’ailleurs , que , dans les circonstances graves , chaque ' citoyen , chaque magistrat , est obligé d’exposer même ses jours pour le salut du pays ; il n’est pas besoin , pour cela , d’une dictature , et d’établir , par une loi , la suspension momentanée de toutes les lois.

An surplus , l’emploi d’un tel moyen extrême n’est pas nécessaire dans le gouvernement représentatif, et c'ela même prouve son excellence. Avec sa combinaison , qui réunit et. mélange , dans une même action et pour une même *dn , la royauté , l’aristocratie et la démocratie ; avec cette heureuse • comhiuaison , disons-nous , gn n’est jamais réduit à avoir recours aux insurrections pour reconquérir la liberté, ni à -jeter un voile sur la liberté pour relever le pouvoir. Il VUfht que l’opinion publique , fortement prongncée , renverse les ministres , "et force -ceux qui les remplacent à suivre un système qui sauve l’état de la crise où il se trouve. , ■

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