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RÉVOLUTIONS

Eu politique, le mot réf^o/u/io» signifie tout ch^gement considérable ou absolu , soit dans la forn^ du gouvernement d’un état , soit dans les gouvemaiits , soit dans les • gouvernés.

Les révolutions polUiques peuvent $e faire principalement de trois manières : <•

I* Par laps de temps

2° Par une autorité légale ;

3° Par des secousses et dés moyens violents.

Elles sont donc ou successwes , ou légales , ou violentes. ■

La première manièrç est la .plus sûre , parce qu’elle sùit la marche de la nature , qui amène continuellement des* changements gradués, de telle ■ sorte qu’ils sont , d’abord , peu sénsibles ; mais, dans cette manière même, ou ne doit pas se dispepserde s’adjoindre* la seconde , c’est-à-dire une autorité légale , pour légitimer ce qui s’opère.

La seconde , celle qui se fait par une autorité

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légale , fl’a pas un besdin indispensable d’être ,,de longue main , préparée-, pourvu que les priœura et las intérêts du peuple ne tendent point à la repousser. '

Mais , à moins d’une nécessité absolue, la révolution que veut opérer upe autorité légale’ ne doit jamais recourir à des moyens violents , sans quoi elle court risque de perdre , en force réellé et durable, ce qu’elle croirait acquérir Cti force de célérité.- s .

La troisième manière d’opérer une révolution, celle qui se fait par la force , exclut absolument la première ,>^1^ n’a pas besoin de la seconde , la craint toujours , la détruit souvent.

1^8 révolutions successives sont toujours utiles, et meme nécessaires, puisqu’elles sont l’inévitablç, résultat des changements antérieurs, opérés peu 4 peu dans les.cho;^es et dans les personnes.

Les révolutions légales^^ bien calculées , alFermissent l’autorité ef durent tant que l’autorité , d’accord avec 'le peuple , les observe ou les soutient.

Les révolutions violentes sont toujours dangereuses pour les personnes et le» propriétés ^ elles sont souvent moins durables que les deux premières.

Les ;t'évolutions successives suivent la marche insensible de la nature ; les révolutions légales ^

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la m^rdiç grave de la loi ; les" révolutions violentes; celle des tempêtes. - -

l<es premières offirent, dans leurs changements mêmes, le bienfait de la conservation ; les secondes, la continuité de ta reproduction ; les troisièmes , le vide dè la destruction. ' .

Les deux'~premières ne changent que lorsqu’elles sont sûres de remplacèr ; des fronièmes abattent, fc plus souvent, sans ‘avoir de plan pour rebâtir l’édifice. Dans les deux premières , la principale idée porte sur ce que l’on va élevci- ; danâ' lo' troisième , la principale et quelquefois même la seule idée , porte sur ce qu’on va détruire. • - , ' . • •

Entre les effets des deux premières' révolu^ns et 'ceux des troisièmes, la différence doit souvent être grande; car elles n’ont ni la même 'origine , ni les mêmes causes , ni les mêmes moyens.

n ne suffit pas d’avoir ainsi distingué les révolutions quant à leurs moyens ; il faut encore retparquer qu’elles peuvent être ou générales ou partielles.

*^On p^t appeler générales celles qui changent de fond en comble l’existence . politique d’un état ; ' '

Et révolutions partielles , celles qui n’en changent que des portions , de- quelque manière que ce changement s’opère. '

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11 iftut remarquer enfin que les révolutions politiques se font dans les gouvernements , dans les gouvernants , dans les gouvernés. ^

■Les révolutions des gouvernements sont celles qui en changent le principe , ou même la forme.

Ce sont celles-là qui méritent le plus d’être observées ,■ parce qu’elles portent sur tout ce qui- vivifie ou corrompt le corps social : ainsi une république , qui devient monarchie.

Les révolutions des gouvernants sont celles qui, eh conservant les . lois , les établissements , les personnes , les propriétés , ne changent que le corps ou l’individu qui gouverne : ainsi, dans* la monarchie héréditaire, une dynastie qui est substituée à une antre ; ou la détermination qui appellerait à succéder au trône. les femmés qui en auraient été jus^e-là exclues.

Les révolutions daiu les gouvernés sont d’un genre particulier ; elles entraînent ' nécessairement celle des gouvernants, -et 'quelquefois , en tout ou en partie , celle des gouvemeitients. Elles commencent par la violence et se consomment ou par l’oppression ou par un amalgame politique. Ainsi font tous les peuples conquérants qui viennent s’établir dans des pays nouveaux.

Au surplus, toutes les fois qu’ün peuple envahit une terre étrangère , c’est-à-dire qn’il vient y faire une révolution de gouvernés , il n’y a que trois

ÉLÉMENTS DE DROli POÉITIQDE.

partis à prendre : la destrâiction , l’eMlavage,’ou l’ainalgame.

Le premier est inique et- barbare. LeJ second , usité autrefois, violait les saintes lois de la nature , et serait aujourd’hui coqUaire au droit public des nations civilisées ; tpujours , d’ailleurs , il laisse le vaincu dans une disposition inquiétante pour le vainqueur. *Le troisième est le parti qu’avouent ou plutôt que réclament tout à -la fois la raison , la justice et la politique , quand l’œuvre inique de la conquête est consommé.

• Un quatrième parti est indiqué dansrhistorre, aux époques de ces grandes émigrations du nordest , qui s’avançaient toujours dan^ nos climats. Ces masses énormes déplaçaient celles . qu’elles trouvaient établies et les forçaient d’allér révolutionner une autre contrée; c’est ainsi que .furent faites plusieurs drt invasions «pii détruisirent l’empiré Tomain.

Ce paiti peufdouo être indrcpié par ces mots : Eipulsion-des indigènes.

Parlons maintenant des causes ' des révolu-

tionsv . . • J* •. I ' ■ . •

• LéS révolutions» et surtout les révolutions violentes , sont , le plus souvent , la faute de ceux qui gouvernent. Pour émouvoir , agiter une nation , il a t<nijours fallu qu’elle eût quel«]ue réel sujet de plainte ; quand les intérêts particuliers

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sont pleineiAent assurés', ou est, en général, ibrt peu disposé à croire qu’il y ait un intérêt public qui périclite. Partout donc où l’on voit subsister des partis , des factions , des séditions , il y a lieu de" croire qu’il reste des garanties individueUes à établir ou à raffermir ,' qu’ôn n’en jouit pas ou qu’on est menacé de les perdre ,, ce qui est presque,les avoir, déjà perdues.

- Mais' attaquer la constitution même de l’état , c’est un crimé capital contre la société; et si ceux qui s’en- rendoôt 'ebupsdües sont des pei-sonnes çonstituées en dignité 4- ils ajoutent un crime au pel ûde abus du pouvoir. Hien ‘n’exaspère plus le peuple et n’engendre de plus terribles révolutions.

Un gouvernement constitutionnel cesse de droit d’exister ÿ -aussitôt que la eonstitutiôn n’existç plus : et une constitution n’existe plus , dès qu’elle est violée. Le gouvernenient qui la viple déchire son titre; à dater de cet. instant mêpie , il peut bien subsister par la force , maià il ne subsiste plus par la constitution. ' . .

Que' reste-t-il, après, une constitution violée? La sécurité , la confiance sont détruites. Les gouvernants'ont le sentiment de l’usurpation; les gouvernés ont la conviction qu’ils, sont à la merci d’un pouvoir qui s’est affranchi des lois. Toute protestation de respect pour la constitution parait , dans les gouvernants , une dérision^, tout

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appel à la constitutioa paraît, dans les g^ouveme's, une ho$tilUé. En vain ceux qui , dans .leur zèle iraprèvjoyaut., ont concouru à ce iilouveinent désordonné , veulent-ils rarrèter dans ses déplorables conséquences? Ils ne trouvent plus de point d’appui. Ce remède' est hors de la portée des hommes ; la digue est rompue, l’arbitraire est déchaîné; en admettant les intentions les plus pures, tous les efforts seront infructueux. Les dépositaires de l’autorité savent qu’ils ont préparé un glaive qui h’attend qu’un bras -assez fort poulie diriger conti-e eux Ce bras ne tarde pas à

les frapper en effet, et c’est par une révolution qu’il maïque ses coups i mais Dieu sait de quels malheurs ces ré volutions. violentes sou tordinaireinent suivies 1 Le chaos va renaître, comment l’ordre en sortira-t-il ! . - -

Quant aux autres révolutions d» goui>crnement, elles ont moins de dangers , et c’est un principe généralement reconnu que les nations peuvent toujours changer de constitution.

Mais une nation ne doit entreprendre de se donner une nouvelle constitution qu’après avoir remis tous les pouvoirs de la société entre les mains d’une autorité favorable à ce dessein. C’est là le préalable nécessaire.

Or, quelle sera cette autorité constituante ?

VoilcVcertaipement une grave difficulté.''

- TiTal! ni.— 'ch AP. âv-. • " • 45 ï

La nation ]>eut’ prendre un des- trois partis *snwants : . • ...

i« Ou charger les- autorités qui la gouvernent dé sWrangcT entre elles , de reconnaître ééciproquement leur étendue et leurs limites , et de déterminer clairement leurs droits et leurs devoirs: I •'

n* On s'adressera un sage, .pour lui demander de rédiger le plan complet -d’un gouvernement

nouveau '.•■i ^

3” Ou confier ce loin à' une assemblée de députés élus à ce( effet', et n’ayant aucune antre fonction. *

'• Le premier de ces partis est à peu près celui qu’ont pris les Anglais eii 1688, lors^'ils ont consenti , au moiàs tacitement , à ce quê leur parlement chassât Jacques II, reçût'Guillaume et fit avec lui une convention qu’ils appellent leur constitution qu’ils ont ratiâée défait par leur-ob6s8at!èe , et' même par leur attachement.

Lé second parti'est celai auquel se sont déterminées plusieurs nations ancierines.

Et le troisième 'est cehiî ‘qu’ont 'préféré les Américains et les Français^ à l’époque de tySg, quand ils ont secoué le joug dë leurs anciens monarques. ' ' • ’ ! '

• Le premier 'moyen, est» le plu? simple; le plus prompt , 'ét le {ilus facile dans la pratique ;

45a ÉLÉMENTS DE.DIkaiT POLITIQUE.

mais oa doit s’attèndre.qu’il. ae produira qu’une espèce de iransactioD entre les différentes auto-* rites ; que les limites de leurs pouvoirs , pris en masse, ne seront pas circpnscrites avec exactitude, et que les droits de la nation, à leur égard, ne seront ni bien établis , ni bien reconnus.

Le second promet une rénovation plus entière et une législation plus.complète. 11 donn^ même . lieu d’espérer que le nou>'eau système de gouvernement étant fondu d’un seul jet, et sortant d’une seule tète, sera plus homogène et mieux combiné.

Mais, indépendamment de la^ difficulté de trouver un sage digne d’une telle confiance, et du danger de l’accorder à un ambitieux qui là fera servir à^ses vuës , il est à craindre qu’un plan qui n’est que la conception d’un seul hoiiyue f et qui' n’a été soumis à aucune discussion ,.ne^it pas assez adapté aux, idées nalipnajes , et ne se concilie pas solidement la faveur publique.

Quant.à la troisième manière de s« donner une

constituüon, il faut considérer premièrement que cette assemblée étant çomposée de membres accrédités dans les différentes parties du territoire, et qui connaissent l’esprit qui y règne, ce qct’elle déoidera'. sera, tout-à -fait propre à devenir pratique , et sera .reçu non-seulenient sans effort , mais avec plaisir { secondement, que les lumières de cette as^mblée d’irouunes choisis set^nt tou-

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jours supérieures à celle» de la masse. du, peuple , et ^ue tout étant discuté mûrement et ptddiquement dans son sein , les motifs de ses dét^nnjnations seront connus et pesés, et qu’elle- formera l’opinion publique én même temps que la sienne ; en sorte qu’elle contribuera puissamment à la rectification des idées généralement répandues et aux progrès de la Kiencë sociale. Or , ces avanta-^ ges sont bien supérieurs à un degré de perfection dams la théorie de l’organisation* sociale qui sera adoptée. • . , ^

Il n’-est pas, d’ailleurs, difficile 'de concevoir que l'autorité.provisoirè à laquelle la nation aura remis tous «es pouvoirs ,.(m convoquant une assemblée chcU'gée de faire la constitution nouvelle, devra se réserver le droit de, faire 'toujours aller la machine, jusqu’au moment de sa complète rénovation. Car -la .marche .de fa. société est une chose qui ne souffre. aucune interruption ; il faut toujours un provisoire entred’état ancien et l’état nouveau. ’ , j ‘ ” 1 .* <•

Mais jusqu’ici nous avons'supposé une nation déjà constituée en république, ou qui s’est délivrée de ses rois, et l’on conçoit facilement qu’elle n’ait alorsr,,en présence, aucun obstacle à* sa régénération politique.' • • '

. Les ino J’eus, que nous- venons d’indiquer lie pourraient pas être employés , si , dans.^le mo-

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ment ou se fait hautement sentir le besoin d’un changement dans la forme du gouvernement, la nation est ditige'e par un monarque he're'ditaiire. On sent qu’il pourrait naître, entre le monarque et le peuple , des débats extrêmement fâcheux et qui auraient même des conséquences graves sur la forme- dans laquelle le changement devrait être opéré. C’eçt donc alors un grand bonheur pour ce peuple , si sou monarque , voyant toute la grandeur de ses devoirs , appréciant les effets des progrès toujours croissants des lumières , les rapports nouveaux que ces progrès auraient introduits dans la société, direction imprimée

aux esprits-, et reconnaissant que le vœu de ses sujets est l’expression d’un besoin réel, accorde Ir ce peuple'une constitution propre à faire son bonheur ,

" • Sans doute ib serait plus conforme aux principes que le peuple, par ses députés, eût été admis à prendre part à la rédaction de cette loi fondamentale ; mais- si elle satisfait à ses intérêts v si elle entoure: ses dsoit» naturels de suffismtes gàranties<ÿ si «lie. forme lâ.-juate -alliance du pouvoir et de la liberté, le peuple alors ratifie par son obéissance 'cé < grand contrat, qui, ‘pourvu qu’il soit exécuté avec bonne foi, devient aussi solide que- ii'il eût été le-résultat d’une délibération cdipnluDe. ‘•■fi .-j

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