STRUCTURE COLONNAIRE, (PART. I
avoir de doute que, dans le cours des âges qui se sont succédé depuis l'origine de notre planète, de vastes portions de la croûte terrestre ont dû, mainte et mainte fois, être soumises à des degrés très-différents de chaleur et de froid, il est extrêmement probable que ces alternations de température ont beaucoup contribué à la production des joints qui existent dans les roches.
Dans quelques pays tels que la Saxe, par exemple, où des masses de basalte reposent sur le grès, la roche sédimentaire a pris, sur une étendue de plusieurs pieds, à partir du point de jonction, une structure colonnaire semblable à celle du trapp. De même, on a vu quelquefois des pierres employées dans la construction des fourneaux (hearthstones) devenir prismatiques, sans avoir éprouvé le moindre degré de fusion, et pour avoir été simplement exposées à la chaleurd'un fourneau. Certains cristaux, aussi, acquièrent par l'application de la chaleur, un nouvel arrangement intérieur, lequel donne à leur rupture une direction nouvelle; quant à leur forme extérieure, elle reste la même.
D'après Scoresby,« les champs de glace du Spitzberg sont tout remplis de fentes, qui, en détendant verticalement de haut en bas, divisent ces glaces en un nombre infini de colonnes.» Le colonel Jackson, s'étant livré dernièrement à des recherches très-approfondies sur ce sujet, a trouvé qu'à Saint-Pétersbourg, au commencement d'un dégel, la glace de la Neva,
Cil. X ; OU PAR JOINTS. 271
qui alors avait deux pieds (6 décim. eriv. ) d'épaisseur, était traversée par une multitude de rangées de bulles d'air d'une petitesse extrême, lesquelles s'étendaient eh lignes droites, ou parfois légèrement infléchies, depuis la surface supérieure de la glace jusqu'à la distance de 2 à 5 pouces (5 cent, à 1, 3 déc. en?.) de la surface inférieure. Dans d'autres blocs, ces bulles se présentaient unies ensemble, de manière à former des canaux cylindriques d'une épaisseur un peu plus grande que celle d'un crin de cheval. « Puis, en poussant mes observations plus loin encore, » dit-il, «je trouvai des blocs dans lesquels le phénomène était plus avancé; on y voyait deux, trois, ou même un plus grand nombre de fentes, qui, Réchappant en sens divers des veines verticales, donnaient, en miniature, aux sections perpendiculaires à la veine, l'aspect étoile que présentent les éclats du bois de charpente. Enfin, dans quelques autres, ces fentes s'éten-, daient depuis le sommet jusqu'à l'extrémité inférieure des veines, divisant la masse entière en prismes verticaux à faces plus ou moins nombreuses. Dans cet état, un choc léger suffisait pour désunir ces prismes; et alors le bloc, avec ses fragments disséminés, présentait en petit, et sous forme cristalline, une reproduction exacte de la Chaussée des Géants. L'accomplissement du phénomène dont j'ai, depuis, suivi tous les progrès, nécessite un temps plus ou moins long (*).»
O Journ. or Koy, Gcograpli Soc, vol. v, p. M.
272 ORIGINE (PART, i,
Ici nous retrouvons encore la structure colonnaire ou par joints, dans une masse solide ayant subi de grands changements de température.
D'après ce qui précède, on voit que les fissures auxquelles on a donné le nom de joints, peuvent résulter de plusieurs causes diverses, telles entre autres qu'une certaine modification de l'action cristalline, ou une simple contraction produite durant la solidification, ou durant un changement de température. Dans d'autres cas, les joints peuvent être dus à quelque action mécanique violente» comme, par exemple, à la force qui s'exerce sur les strates, soit au moment de leur soulèvement, soit, au contraire, lors de leur dépression au-dessous de leur ancien niveau. Le professeur Phillips a suggéré l'idée que l'existence préalable des plans de division avait pu déterminer souvent, et modifier considérablement , les lignes et les points de fracture occasionnés dans les roches parles forces auxquelles elles doivent leur élévation ou leur dislocation. Ces lignes et ces points étant ceux de moindre résistance des roches, il s'ensuit nécessairement qu'ils n'ont pu manquer d'influencer Ja direction suivant laquelle la masse solide a cédé à l'application de la force extérieure.
Le docteur Murchison observe qu'en rapportant la cause des joints et du clivage schisteux à l'action cristalline, on se trouve appuyé dans cette supposition par une analogie bien connue, dans laquelle, à l'aide de moyens semblables, la cristallisation a donné naissance
CH. x.) DU CLIVAGE SCHISTEUX. 273
dans le même corps, à deux sortes distinctes de structure. C'est ainsi, par exemple, qu'un prisme de quartz à six faces offre des plans de clivage différents de ceux du prisme ; et qu'en outre, il est aussi impossible de cliver les cristaux parallèlement aux plans du prisme, que de cliver les roches schisteuses parallèlement aux joints; bien que, cependant, les cristaux de quartz puissent, ainsi que les schistes anciens, être clivés indéfiniment dans le sens des plans de clivage (*).
il a déjà été établi que certains schistes extrêmement fins , tels que ceux du Niesen , près du lac de ïhun, en Suisse, peuvent, par suite de leur parallélisme parfait relativement aux plans de stratification , être considérés comme devant leur origine à la formation graduelle d'un dépôt sédimentaire. Alors même que les schistes sont obliques par rapport aux plans généraux des strates , il ne s'ensuit nullement qu'ils aient été produits par l'action cristalline ; car, dans ce cjas, il se peut très-bien qu'ils résultent de la disposition diagonale des lames qui a été décrite pag. kk. Lorsqu'il en est ainsi, néanmoins, leur obliquité est presque toujours accompagnée d'une grande irrégula* rite ; tandis que dans le cas où cette obliquité des plans de clivage par rapport à la stratification vraie est due à l'action cristalline, il arrive souvent, et alors même que les couches sont contournées, que ces plans se trouvent parfaitement symétriques, et obser-
(') Siiurian System of Rocks, etc., p. 216.