V8 GOUGIIKS PLIOCÈNES (PART II
il est pourtant quelques rares exceptions où, comme à Bridgnorth, dans le Shropshire, elles pénètrent dans l'intérieur des terres, jusqu'à soixante milles (22 lieues env.), comptés à partir de la mer (*). Quelquefois aussi elles s'élèvent à de grandes hauteurs : celles de Prcston , dans le Lancashire , dépassent de 350 pieds {\ffîm) le niveau de la mer; et celles qui recouvrent la montagne de Moel Tryfane, située aux environs du détroit de Menai, dans le pays de Galles, atteignent une élévation de 1,400 pieds (430 m) à peu près (**]. Dans ces diverses localités, elles renferment des coquilles identiques aux espèces qui, de nos jours, peuplent les mers voisines des Iles-Britanniques ; mais lors même que, par suite d'un examen plus attentif, on viendrait à y découvrir quelque léger mélange de testacés éteints, le géologue n'en continuerait pas moins à les rapporter à la période tertiaire la plus moderne. Outre ces formations. l'Angleterre renferme un grand nombre de dépôts d'eau douce, appartenant à la période du nouveau Pliocène. Parmi ces dépôts, nous citerons entre autres ceux de North ClifT, dans le comté d'York, où, dans certaines couches, on a trouvé enfouies, avec des restes de bison et de mammouth, treize espèces de coquilles britanniques, tant terrestres que fluviatiles (***). De même aussi, à Crop-
(*) Voyez Murchison, Procccdings of Gcol. Soc, vol. il. p. 333. (*•) Proceedingsof Geol. Soc, vol. i, p. 331, et vol. n, p. 333. (••") Voyez les « Principles, » Index, « Mammolh. »
Cil XIV.) RÉCENTES ET MODEREES. 3'*9
thorne, dans le Worcestershire, sur les bords de l'Avon, l'un des tributaires de la Severn, M. Strickland a observé des coquilles fluviatiles et terrestres, mêlées avec les os d'une espèce perdue d'hippopotame, et appartenant , pour la plupart , à des espèces récentes. Les falaises de l'estuaire de la Stour (Suffolk), renferment également, dans des lits de glaise, des coquilles d'eau douce récentes , avec des ossements de daim et de mammouth. Quelques auteurs ont confondu ces couches et plusieurs autres formation» fluviatiles et lacustres semblables, avec les anciens alluviums auxquels ils ont donné le nom de dépots diluviens.
Couches pliocènes anciennes, observ es en Angleterre. — Crag. — Il est peu de contrées en Europe qui renferment des couches fossilifères représentant les trois périodes, Eocène, Miocène et de l'ancien Pliocène. On en compte pourtant quelques-unes, telles, entre autres, que la région située entre la Gironde et les Pyrénées, au midi de la France; ou celle qui sépare les Alpes, au nord de Vicence, des montagnes voisines de Turin, au nord de l'Italie. Quant aux dépôts tertiaires de l'Angleterre , ils appartiennent exclusivement au groupe Eocène, et aux groupes pliocènes anciens et modernes.
C'est principalement dans la partie orientale du comté de Suffolk, qu'un dépôt auquel, dans certaines provinces, on a donné le nom de crag, se présente sous sa forme la plus caractéristique. Ce crag consiste
350 COUCHES PLIOCÈXES ANCIENNES. (P.vttT. II ,
particulièrement en une série de couches minces de sable quartzeux et de coquilles pulvérisées. (les couches reposent tantôt sur la craie , et tantôt sur une formation tertiaire Éocène, que Ton appelle « argile de Londres. » M. Charlesworth , dont j'ai eu dernièrement occasion de reconnaître la justesse des opinions, a établi , suivant la plus parfaite exactitude , que dans une partie du comté de Suffolk , le crag peut être divisé en deux masses distinctes : la «partie supérieure, que Ion désignerait sous le nom de crag rouge , et la partie, inférieure, que l'on appellerait crag corallin (*). Cette dernière division est extrêmement bornée ; elle ne s'étend que sur un espace de trois ou quatre milles (1 1. ou 1 1. 1/2 env.) de large, et de vingt milles (71.) de long, situé entre l'Aide et la Stour.
Le crag rouge se distingue, en général, du crag corallin par la couleur de ses sables et de ses fossiles, laquelle est ocreuac ou d'un rouge ferrugineux trèsfoncé. Ses strates sont aussi remarquables pur la position oblique du diagonale des lits subordonnés qu'elles renferment (voyez p. kk). Les petits fragments aplatis de coquilles, dont très-souvent ces lits se composent, indiquent évidemment par leur position parallèle aux plans de ces derniers, qu'ils furent déposés ainsi , et que la structure du dépôt est entièrement indépendante de toute circonstance postérieure à sa forma-
<•) London and Edilt PMI. Mag., tf> 58, p. 81. Aug. 1835.
cil. XIV.) CRAG D* ANGLETERRE. 351
lion. Le plongcment vers tous les points de .l'horizon que présentent quelquefois les couches obliques en différentes parties d'une même carrière, a conduit à penser que les anciens bancs de sable en question «iraient parfois aussi des côtés en pente dans toutes les directions.. Ces bancs étaient probablement à l'origine des banc* changeante ; Àes coquilles dont ils sont formés ont, en grande parue* été réduites en de très-petits fragments; les autres ont été roulées, et les deux valves des bivalves sont presque toujours séparées» Outre certains fossiles particuliers, le crag rouge en renferme quelques autres qui semblent y avoir été transportés du crag. inférieur ou corallin. Quelques-uns, des bivalves du crag rouge sont entiers, leurs valves n'ayant pas été disjointes.
Le crag corallin est ordinairement dégagé de toute teinte ferrugineuse, et consiste en une marne coquillière d'une couleur verdâtre pâle, et en un sable blanc calcaire. Quelquefois, il constitue une pierre à bâtir tendre , renfermant des coquilles entières, des oursins et un grand nombre de zoophytes. De distance en distance, la masse la plus tendre est séparée par des dalles très-minces de calcaire dur, dans lequel se trouvent des coraux dont le parfait état de conservation indique évidemment que leur croissance dut s'opérer au fond d'une mer tranquille, et dans la position même qu'ils occupent aujourd'hui. Toutefois, les sables de cette formation sont souvent, ainsi que le crag rouge, entièrement composés de coquilles brisées.
35*2 COUCHES PUOCÈNËS ANCIENNES, (pabt. Il ,
En quelques lieux , comme à Tattingstone, dans le . comté de Suffolk, par exemple, la différence lithologique des deux divisions, quoique toujours perceptible, est beaucoup moins marquée ; le crag inférieur de ce district consistant , en très-grande partie , en une marne verdâtre, et ne renfermant qu'un trèspetit nombre de lits pierreux. Les coquilles y sont également brisées pour la plupart , et les coraux y sont presque aussi rares que dans le crag rouge.
En d'autres localités, comme près d'Oxford , particulièrement, le crag corallin est d'une puissance assez considérable ; car, bien qu'à la surface il se montre à découvert, à cinquante pieds (i5m) de profondeur on n'atteint pas encore son extrémité inférieure. Cependant, non loin de cette ville, la surface est exclusivement occupée par le crag rouge, lequel repose immédiatement sur l'argile de Londres. Partout où les deux divisions se rencontrent ensemble, la masse coralline est inférieure à l'autre, et se trouve intercalée entre le crag rouge et l'argile de Londres. De plus, les couches du crag supérieur et celles du crag inférieur sont discordantes entre elles, ainsi que l'indique la figure 128, représentant une coupe que j'ai moimême observée.
Dans cet exemple, l'épaisseur du crag corallin varie depuis 15 pieds (ïm 1?2 env.) jusqu'à plus de 20 (6"); et celle du crag rouge dépasse souvent de beaucoup cette mesure.
Parmi plus de quatre cents espèces de testacés que
Cil. HT.)