CRAC, U ANGLETERRE
Sut ion.
Fig. 128.
Crique de Shotlisham.
Ramsholt.
Coupe observée près d'Ipstcich, dans le comté de Suffolk. a. Crag rouge, b. Crag corallin. e. Argile de Londres.
Ton a trouvées dans le crag, beaucoup sont communes aux deux divisions; mais il en est quelques-unes qui. tout en étant très-abondantes dans le crag rouge, n'ont jamais été rencontrées dans le crag corallin. Telles sont entre autres le Fusus contrarias (Fig. 129,, et plusieurs espèces deNassa et de Murex (voyez Fig. 130,
Fossiles caractéristiques du Crag Rouge.
Fig. 129. Fig. 130. Fig, 131.
Nassa granulnta.
Fig. 132
Fu*u* contrarius. Murex alveolatus. Cyprœa coccinelloïdes
131), genres que Ton croit n'avoir jamais été décou-
35 't COUCHES PLI9CBNES ANCIENNES. (PAUT. Il,
verts dans le crag inférieur. D'un autre cdté, à peine trouve-t-on quelques coraux dans le crag rouge , tandis que ta division inférieure en renferme une abondance extrême. Quelques-uns de ces coraux ont une forme globulaire, et appartiennent aux genres Theonoa (Lamouroux), et Cellepora; certains autres font partie du genre Fascicularia, dont la structure toute particulière est inconnue dans la création vivante. (Voyez Fig. 133.)
Fig. 133
Fascicularia aurantium, Milne Edwards. Famille, T\ibuhpor*dv r du même auteur. Corail d'un genre éteint, provenant du cra§ inférieur ou^orallin , Suffolk.
a. Extérieur, b. Section verticale de l'intérieur, c. Portion de l'extérieur grossie, d. Portion de l'intérieur grossie, montrant que cet intérieur consiste en tubes longs, minces el droits, réunis en faisceaux coniques.
L'analogie qu'offrent, en général, les coquilles du
cil. xiv.) CRAG D'ANGLETERRE. 355
crag avec celles qui vivent actuellement dans les mers voisines, entre les latitudes 50° et 60° nord, est si frappante, que Ton ne peut hésiter à rapporter cette formation à la période Pliocène ; mais comme tous les conchyliologistes s'accordent à penser que plus de la moitié des espèces sont éteintes ou inconnues, il s'ensuit que c'est à la période de l'ancien , et non à celle du nouveau Pliocène qu'elles appartiennent. Après un examen attentif de 260 de ces espèces, le docteur Beck m'informe que le nombre moyen des espèces par rapport aux genres , est conforme à la proportion qui indique un climat tempéré. Ce résultat se trouve également confirmé par le grand développement que présentent certaines formes septentrionales, telles entre autres que celles du genre AsUrte. ( Voyez Fig. 13k).
Fig. 13i.
Astarle [Crassina, Lam.); espèces communes au crag supérieur et au crag inférieur.
qui comprend à peu près quatorze espèces, dont plusieurs sont très-riches en individus. Parmi les 260 espèces en question, il y a absence des genres particu-
356 COUCHES PLIOCÈNBS ANCIENNES. (PART. Il,
liers aux climats chauds, tels que les genres Conus, Oliva, Mitra, Fasciolaria, et plusieurs autres. Les Cauries {cijprea) (Fig. 132) aussi, sont petits, comme dans les régions froides. Une très-grande volute, appelée Voluta Lamberti (Fig. 135), semble faire exception à la règle Fi«. 135. générale; toutefois, elle diffère, quant à la forme, des volutes de la zone torride, et pourrait fort bien, comme la grande Voluta Magellanica .
avoir été extra-tropicale.
Lorsque en 1829, je soumis pour la première fois à M. Desbayes les coquilles du crag, il reconnut en elles une ressemblance générale ave« voûta Lamberti, ,a faune de l'Océan germanique, et individu jeune. .jUgea que sur 111 espèces, 45 étaient identiques aux espèces actuellement vivantes. D'un autre côté, le docteur Beck, qui, depuis, a vu des collections bien plus nombreuses, pense que presque toutes les espèces diffèrent en quelque chose des espèces récentes, — question qui, n'étant pas encore résolue, offre toujours un sujet de discussion.
On m'a demandé si d'après la différence très-grande qui existe entre le crag supérieur et le crag inférieur du comté de Suffolk, tant sous le rapport de la composition minéralogique qu'à l'égard des fossiles, il ne se pourrait pas que ces deux formations appartinssent à deux périodes tertiaires distinctes. A cela, je répondrai que le caractère général des fossiles étant le mAmr.
CH. xiv.) CRAG D'ANGLETERRE. 357
il ne peut donner lieu a une pareille supposition. Néanmoins* il serait possible que les deux dépôts eussent été formés simultanément dans la même mer, sous des circonstances géographiques différentes. C'est ainsi, par exemple, que telle région delà meroccupée par une eau profonde et limpide, et éloignée du rivage, pourrait avoir favorisé la croissance de certains coraux, oursins et testacés ; tandis que telle autre région, basse, voisine delà côte, et trouble très-souvent, ou dans laquelle du sable et des galets se seraient trouvés accidentellement entraînés, aurait pu être favorable à d'autres espèces. Si, plus tard, la première de ces deux régions, de profonde et tranquille qu'elle était d'abord, était devenue basse, ou s'était vue exposée à l'action des vagues et des courants, un pareil changement aurait , suivant toute probabilité , donné lieu à des dépôts sablonneux de la nature de ceux qui forment le crag rouge , et ces dépôts se seraient trouvés ainsi recouvrir le crag corallin. Quelques fossiles des lits anciens auraient pu, en même temps aussi , être entraînés dans les couches nouvelles. Si, en outre, un laps de temps considérable était venu à s'écouler dans l'intervalle de la transformation d'une mer profonde en un haut fond, cette circonstance aurait sans doute amené quelques petits changements dans la vie organique ; et par suite, la dissemblance de caractère que Ton observe dans les fossiles des deux formations pourrait être attribuée à deux causes, savoir : d'abord et principalement à la différence des circonstances
358 CRAG D' ANGLETERRE. (PART. Il
géographiques sous lesquelles ces formations auraient été produites; puis, à cette loi de la production et de l'extinction des espèces à laquelle il a été fait allusion dans le chapitre dernier. (Pag. 320.)
L'étendue sur laquelle les deux divisions du crag peuvent être suivies est trop bornée pour nous mettre à même de décider complètement une question aussi importante; mais la coupe représentée (Fig. 138) indique d'une manière très-évidente que près de Sutton, le crag inférieur a subi une dénudation considérable avant que la précipitation du crag rouge se fût accomplie. En D, non-seulement on observe une falaise distincte , de crag corallin , haute de huit ou dix pieds (2 1/2 à 3P ), dont la direction est N.-E. et S.-O- , et contre laquelle le crag rouge vient aboutir avec ses couches horiiontales ; mais quelquefois aussi, cette falaise se trouve recouvrir le crag rouge. La roche qui la compose est percée de tous côtés par des Phollades appartenant à la période du crag rouge. On peut avec raison supposer que la falaise résulte d'une dénudation sousmarine, produite dans quelque mer basse ; et il y a tout lieu de croire que si le crag rouge avait été également solide, il s'y serait formé des falaises verticales semblables ; car on voit souvent dans cette formation des lits de glaise ou de sable, de dix à douze pieds ( 3 ou 3 l;2m) d'épaisseur, reposant en stratification discordante sur des lits plus anciens, mais fortement dégradés. Des excavations semblables, et même plus considérables encore , sont produilesde nos jours parla mer,
eu. XIV.) COITHE& ÉOCÈNKS. 359
dans les grands bancs de sable situés à rentrée de la rade de Yarmouth. En 1836, le capitaine Hewett trouva dans ces bancs un canal très-large, lequel, bien qu'il n eût, en 1822, que quatre pieds (lm environ) de profondeur, en avait alors 65 (90"). Ce changement remarquable, qui fut constaté durant les deux reconnaissances hydrographiques faites dans le cours des années ci-dessus mentionnées , montre que la quantité dont la dénudation peut agir sous l'eau dans l'espace de quatorze ans est de soixante pieds (I8mj, mesurés verticalement. Le nouveau canal ainsi formé, sert actuellement (1838) d'entrée aux vaisseaux dans les rades de Yarmouth,
Formations éocènes en Angleterre. — Argile de Londres. — L'étudiant a vu déjà dans la coupe (Fig. 128) représentant les couches tertiaires du comté de Suffolk , que le crag repose sur une formation qui , désignée sous le nom d'argile de Londres , consiste, en cet endroit, en couches alternantes d'argile bleue et brune, avec un grand nombre de nodules de pierre calcaire, employés pour le ciment romain. Cette formation se montre d'une manière parfaitement distincte dans les falaises des environs de Harwich ; là, tes nodules renferment plusieurs coquilles marines, et quelquefois des os de tortues. La figure ci-jointe peut donner une idée exacte de la position relative de la craie, de l'argile de Londres, et du crag, entre la côte d'Essex et l'intérieur de ce comté. L'argile de Londres a été ainsi nommée parce
360 ARGILE DE LOXDRKS. iPMil il ,
Fig. 136.
Crag. Argile de Londres. Craie.
qu'elle se rencontre aux environs de cette ville, dans un bassin de la craie. ( Voyez la coupe représentée, p. 367.) De nombreux percements faits dans la vue de se procurer de l'eau, ont prouvé que partout, audessous de l'argile et du sable, et à la profondeur de 200 à 600 pieds (61 à 183m), il existe de la craie dans cette localité. Mais si on s'éloigne de Londres , dans la direction du sud, on trouve alors la craie s'élevant jusqu'à la surface , et formant les collines de Surrey ; d'un autre côté , si l'on se dirige vers le nord , dans FHertfordshire, ou vers l'ouest, dans l'Oxfordshire, en suivant la Tamise , là encore on retrouve la même craie.
Le dépôt Eocène sur-jacent consiste en deux parties distinctes : la partie supérieure, qui se compose d'une argile bleue renfermant quelques pierres à ciment; et la partie inférieure, formée d'argiles et de sables de diverses couleurs. Les fossiles de cette formation diffèrent beaucoup de ceux du crag. C'est à peine si quelques-unes des coquilles qu'elle renferme offrent quelque identité avec les espèces actuellement vivantes; l'ensemble de ces coquilles présente une certaine analogie avec la faune testacéedes tropiques:
CH xiv.) COUCHES ÉOCÈNES. 361
On y rencontre diverses espèces de Nautiles, de Mitra et de Voluta, une grande Cypraea, une très-grande Rostellaria, ainsi que des coquilles des genres Terebellum, Cancellaria, Crassatella et plusieurs autres. (Voyez les Figures suivantes.) Cette formation renferme aussi des poissons dont la nature indique un climat chaud. Parmi ces poissons, nous citerons entre autres une épée de mer [Tetrapterus piscus, Agassiz) de huit pieds (2 l;2m) de long, à peu