CH. XVII
EffCRINITES DE BRADFORD.
années entières, à l'abri de tout dérangement (c. Fig.202). Bien que ces fossiles soient, comme on voit,
Fig. 202.
Apiocriniles rolumdut, ou Encrinite Pyri forme; Miller. Fossile à Bradford, Wilts.
a. Tige, et Tune des articulations de l' Apiocriniles, grandeur natu-
b. Coupe de Grande oolithe et d'argile sous-jacente , contenant les
Encrinites fossiles ; Bradford. Voyez le texte.
c. Trois individus complets, du genre Apiocrinile, représentés tels
qu'ils vécurent sur la surface de la Grande oolithe.
d. Corps de V Apiocriniles rotundus.
presque entièrement limités aux calcaires , une exception , pourtant , se présente à Bradford, près de Bath , où ils se trouvent enveloppés dans la craie. Dans cet exemple , toutefois , la surface supérieure solide de là ce Grande oolithe » semble avoir, pendant un certain temps , servi de base à une épaisse forêt sous-marine de ces magnifiques zoophytes, qui s'y maintinrent en plein état de conservation jusqu'à ce que l'eau tranquille et limpide eût été envahie par un courant chargé de vase, qui renversa les Crinoïdes et rompit la plupart de leurs tiges près
436 ENCRINITES DE BRADFORD. (PART. Il,
de leur point d'attaché. Les troncs conservent encore leur position originelle; mais les nombreuses articulations qui jadis composaient la tige , les bras et le corps du zoophyte, furent dispersées çà et là dans le dépôt argileux , où quelques-unes d'entre elles se trouvent aujourd'hui couchées. La coupe b, Fig. 202, dans laquelle les strates foncées indiquent l'argile de Bradford, l'un des membres du Forest marble (e, Table, p. 430 ), représente ces apparences diverses. La surface supérieure de la pierre calcaire située au-dessous est complètement incrustée d'un pavé continu, formé par les racines pierreuses ou attaches des Crinoïdes. Outre cette preuve évidente du temps considérable pendant lequel ces animaux vécurent en ce lieu, on y rencontre aussi un grand nombre de vertèbres isolées, ou plaques circulaires de la tige et du corps de l'encrine , couvertes de serpules. Or, ces serpules ne purent commencer à se former qu'après la mort de quelques-uns des Crinoïdes, dont certaines parties des squelettes avaient été disséminées sur le fond de l'Océan avant l'irruption de la vase argileuse. On voit quelques exemples de serpules parasites, qui, après avoir atteint leur entière croissance , s'incrustèrent d'une espèce particulière de corail appelé Berenicea diluviana. Plusieurs générations de ces polypes se succédèrent dans l'eau pure avant de devenir fossiles.
Il est donc tout-à-fait évident que, de même que les plantes cycadées et les pins de l'ancienne forêt de
Cil. xvil.) FOSSILES PARTICULIERS. 437
Fig. 203.
a.' Vertèbre isolée, ou articulation d'Encrine couverte de serpules et de coraux. Grandeur naturelle. Argile de Bradford.
b. Portion de la même grossie, montrant le corail Berenicea diluviana couvrant une des serpules.
Portland furent détruits par suite deleur submersion par l'eau douce, et promptèment enfouis dans un sédiment vaseux, de même aussi une invasion de matière argileuse arrêta subitement la croissance des Enclines de Bradford, et donna lieu à leur conservation dans des couches marines (*).
Les naturalistes ne manqueront pas, sans doute, d'attribuer à une différence dans les stations des espèces, les différences qui distinguent les fossiles des dépôts calcaires de ceux des dépôts argileux ; mais outre de telles distinctions, il existe encore dans les fossiles des séries oolithiques supérieure, moyenne et inférieure,
(*) Pour de plus grands détails au sujet de ces Encrines , voyez « Buckland's Bridgewater Treatise , » vol. i , p. 429.
FOSSILES (part. H,
certaines variations attribuables à cette grande loi de changement qui préside à la vie organique , et en vertu de laquelle des assemblages distincts d'espèces ont, à des époques géologiques successives, été adaptés aux divers états dans lesquels, successivement aussi, s'est trouvée la surface habitable du globe. Il est difficile, dans un seul district, de décider jusqu'à quel point la limitation des espèces à certaines petites formations doit être rapportée à l'influence locale des stations, ou jusqu'à quel point elle peut être attribuée au temps, c'est-à-dire à la loi créatrice et destructrice à laquelle il a été fait allusion tout à l'heure. Mais on reconnaît la réalité de cette dernière influence alors que l'on compare la série oolithique entière de l'Angleterre avec celle de certaines parties du Jura , des v Alpes et de diverses autres régions éloignées , entre lesquelles il existe à peine quelque ressemblance lithologique; quelques-uns, cependant, des mêmes fossiles restent respectivement, dans chaque pays, particuliers aux formations oolithiques supérieure , moyenne et inférieure. M. Thurmann a signalé la manière remarquable dont ce fait se trouve vérifié dans le Jura bernois, quoique les divisions argileuses, si bien marquées en Angleterre, ne soient que faiblement représentées dans cette localité, et que quelques-unes même y manquent entièrement.
Parmi les coquilles caractéristiques del'Oolithe supérieure, on peut citer, entre autres, YOstrea deltoidea IFig. 205), qui se présente dans l'argile de Kimme-
ch. XVII.) DU GROUPE OOLITHIQUE. 4-39
ridge, non- seulement par toute l'Angleterre et dans le nord de la France , mais aussi en Ecosse , près de Brora. Dans le voisinage d'Oxford , la même argile
FOSSILES DE LOOLITHE.
Fig 20*. Fig. 205. Fig. 206.
Gryphœa rirgula.
Oolithe supérieure.
Fig. 207.
Ostrea deltoidea.
Trigonia gibbosu.
a. La charnière.
Oolithe de Portland, Tisbury.
Fig. 208.
yerinœa hieroglyphica.
Coral rag.
Nerinœa Goodhallii. Fitton.
Coral rag, Weymoulh.
MO FOSSILES (PABT. 11.
Fig. 209. Fig. 210.
Moule de Dicerat arietina. Cidaris coronata.
Coral rag. Coral rag.
renferme en outre des Gryphœa virgula ( Fig. 204 ) , fossiles qui abondent' tellement dans l'oolithe supérieure de certaines parties de la France , que Ton a donné à ce dépôt le nom de « Marnes à gryphées Virgules. » Près de Clermont , en Argonne, à quelques lieues de Sainte-Menehould , ces marnes endurcies affleurent en sortant de dessous le Gault ; puis , en se décomposant, elles laissent tous les champs labourés couverts d'huîtres fossiles , qui semblent y avoir été semées à dessein.
L'un des calcaires du Jura dont l'âge se rapporte à celui du coral rag anglais, a été appelé, par M. Thirria , « Calcaire à Nérinées. » Les Nérinées constituent un genre éteint de coquilles unjvalves , lesquelles sont particulières à la période oolithique, et ressemblent, quant à la forme extérieure, aux Cérites. La coupe ci-jointe (Fig. 207) montre la forme singulière de la
CH. xvii.) DU GROUPE OOLITHIQUE. kk\
partie creuse de tous les tours de spire , ainsi que la perforation qui se trouve au milieu de la partie supérieure &e la columelle. La N. Goodhallii ( Fig. 208 ) est une autre espèce anglaise du même genre, provenant d'une formation qui semble servir de passage entre l'argile de Kimmeridge et le coral rag (*).
Une certaine division de l'Oolithe des Alpes, que la plupart des géologues considèrent comme étant contemporaine du calcaire corallique anglais, a souvent été désignée sous le nom de : « Calcaire à Dicé rates, » par suite du très-grand nombre de coquilles bivalves (voyez Fig. 209) appartenant à un genre voisin des Chames , qu'on y trouve.
Parmi les coquilles caractéristiques de FOolithe inférieure, je citerai la Terebratula spinosa (Fig. 211), la Pholadomya fidicula (Fig. 212), les Belemnites hastatus ( Fig. 213 ) , et la Terebratula digona (Fig. 216). D'un autre côté, comme exemples de coquilles occupant une grande étendue verticale, je désignerai la Trigonia gibbosa (Fig. 205), qui abonde dans la pierre de Portland du Wiltshire, et dans FOolithe inférieure du Yorkshire (**) ; YOstrea Marshii (Fig. 217), qui est commune au Cornbrash du Wiltshire et à FOolithe inférieure du Yorkshire; et, enfin, YOrbicula reflexa (Fig. 21 fc), et les Ammonites
(*) Fitton, Geol. Trans. , second séries, vol. iv , pi. 23, (*") Voyez Williamson, Proceedings Geol. Soc, n° 47.