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DES DIFFÉRENTS AGES DES ROCHES PLUTONIQUES

Difficulté de déterminer l'âge précis* d'une roche, plu tonique. — Manière de connaître cet âge par la position relative de la roche sounvsc à l'observation ; — par la pénétration et l'altération ; — par la composition minéralogique ; — par des fragments étrangers. — Causes de l'invisibilité des roches plutoniques Récentes et Pliocènes.— Roches plutoniques tertiaires observées dans les Andes. — Roches crétacées altérées par le granit. — Modification du Lias dans les Alpes et dans l'île de Sky, produite par le granit. — Altération de certaines strates carbonifères, due au granit de Darlmoor. — Granit de l'époque du Vieux Grès Rouge. — Strates Siluriennes altérées par la Syénile, en Norwége. — Mélange de ces mêmes strates avec le gneiss. — Des roches plutoniques les plus anciennes. — Projection accidentelle du granit à l'état solide. — De l'âge probable du granit de l'Ile d'Arran, en Ecosse.

Lorsqu'on adopte la théorie ignée du granit, telle qu elle a été exposée dans le neuvième chapitre de cet ouvrage, et qu'on admet la formation souterraine et successive des diverses roches plutoniques, il faut s'attendre à rencontrer, pour la détermination de l'âge de ces roches, bien plus de difficultés que n'en ont offert, dans le même cas, les formations volcaniques

(CH. xxiv.) AGE REL* DES ROCHES PLI TON. 569

et fossilifères. On doit se rappeler que les moyens d'épreuve à l'aide desquels on peut reconnaître l'âge de toutes les roches volcaniques contemporaines, consistent , soit en une expansion sous-marine ou atmosphérique de laves sur l'ancienne surface; soit en un dépôt, à la surface aussi , de tufs et de conglomérats contenant eux-mêmes des restes organiques , ou intercalés entre des strates renfermant des fossiles. Mais tous ces moyens d'épreuve échappent à l'observateur lorsqu'il s'agit d'établir la chronologie d'une roche qui , après avoir été en fusion dans le sein de la terre, a passé à l'état cristallin. Dans ce cas, il en est réduit aux moyens suivants : 1° la position relative ; â° la pénétration et l'altération des roches en contact ; 3° les caractères minéralogiques, et 4° enfin, les fragmehts étrangers.

Mode d'épreuve par la position relative. — On rencontre des strates fossilifères non altérées de tous les âges, reposant immédiatement sur des roches plutoniques. C'est ainsi , par exemple , qu'à Christiania , en Norwége , les dépôts du nouveau Pliocène s'appuient sur le granit; qu'en Auvergne, les strates d'eau douce de la période Éocène sont superposées à cette même roche ; et qu'à Heidelfoerg , sur le Rhin , le nouveau Grès Rouge occupe par rapport à elle une position semblable. Dans ces exemples, ainsi que dans plusieurs autres pareils, la position inférieure du granit résulte de la supériorité de son ancienneté relativement aux formations qui le recouvrent : la roche

570 MANIÈRE DE RECONN. L AGE BEL. (PART, il ,

cristalline s'étant trouvée à l'état solide avant que les couches sédimentaires qui , d'ordinaire , renferment des cailloux arrondis du granit sous-jacent , se déposassent sur elle.

Mode d'épreuve par la pénétration et l'altération. — Biais lorsque les roches platoniques ai voient des veines dans les strates, et les altèrent près du point de contact, de (a manière qui a été décrite (p. 236) , il -est de toute évidence que, de même que les trapps envahissants, ces roches sont plus récentes que les strates qu'elles pénètrent et qu'elles altèrent. Nous donnerons plus loin quelques exemples de ce genre d'épreuve.

4 Mode d'épreuve par la composition miner cUogique. —^Malgré l'uniformité générale qu'offre l'aspect des roches plutoniques , nous avons vu pourtant (chapitre IX) que ces roeheâ renferment plusieurs variétés, telles que la sy énite, le granit talqueux, et diverses autres. L'une de ces variétés domine quelquefois exclusivement, et en conservant un caractère homogène, dans une région considérable ; de sorte que lorsqukm a une fois établi son âge relatif en un endroit quelconque, il est aisé de reconnaître son identité en d'autres lieux , et de déterminer, d'après une seule coupe, les rotations chronologiques de certaines masses énormes. Ainsi donc, par exemple, après avoir observé que le granit syénitique de la Norwége, dans lequel le zircon abonde, a altéré les strates siluriennes partout où il se trouve en contact avec ces

m. x*iV ) bÉs feodiJÉs frLiriroNfotJEs. 571

strates, on ne peut hésiter à rapporter à la même période toutes les masses de la môme syénite zirconnienne qu'on rencontre dans la partie méridionale de la Norwége (Voyez page 278).

Quelques géologues ont imaginé que les caractères minéralogiques seuls de certains granits suffisaient presque pour établir leur âge, appuyant cette opinion sur ce que la syénite , ou granit mélangé d'amphibole, par exemple, est plus moderne que le granit commun ou micacé* Mais des recherches récentesont prouvé que ces généralisations avaient été prématurées. Le granit syénitique delà Norwége, auquel nous avons déjà fait allusion, peut être du même âge que les strates siluriennes qu'il traverse et altère, ou appartenir à la période du Vieux Grès Rouge ; tandis que le granit de Dartmoor, bien qu'il consiste en mica . en quartz et en feldspath, est plus moderne que la houille (Voyez p. 581).

Mode d'épreuve par des fragments étrangers. — Ce moyen d'épreuve est rarement d'un grand secours , par la raison que d'ordinaire les fragments enchâssés dans le granit sont tellement altérés qu'on ne peut les rapporter avec certitude aux roches dont ils proviennent. Suivant le professeur Hubbard, le granit des Montagnes Blanches , dans l'Amérique du Nord , est traversé par une veine de granit renfermant des fragments de schiste et de trapp. Ces fragments, qui , selon toute probabilité , ont pénétré dans la fissure au moment où les matériaux en fusion de la

572 EOGHKS PLUTONIQUES . (PART. Il,

veine furent injectés de bas en haut (*) , prouvent que le granit est plus récent que certaines formations su* perficielles trappéennes et schisteuses.

Causes de l'invisibilité des roches plutoniques Ré~ centee et Pliocénes. — L'explication déjà donnée dans les huitième et neuvième chapitres de cet ouvrage , au sujet de la relation probable qui existe entre les formations plutoniques et les formations volcaniques, amènera tout naturellement le lecteur à cette conclusion, savoir: qu'aucune roche appartenant à Tune de ces deux classes ne peut jamais être produite à la surface ou près de la surface sans que, simultanément, ou bientôt après, ait lieu, au-dessous, la formation de quelque membre de l'autre classe. Assez souvent il arrive que des courants de lave mettent plus de dix années à se refroidir à l'air ; quelquefois même, lorsqu'ils ont une grande épaisseur, il leur faut beaucoup plus de temps encore. La matière fondue rejetée en 1759, par le volcan de Jorullo , dans le Mexique, s'amoncela, en quelques endroits, jusqu'à la hauteur de 550 pieds (168m), et conserva, pendant un demi-siècle après l'éruption, une température très-élevée (**). D'après cela, on concevra sans peine que dçs masses considérables de laves souterraines puissent rester durant des temps immenses à l'état de chaleur rouge, ou in* candescent , dans le foyer volcanique , et que la mar-

(") Silliman's Journ., N° 69, p. 123,

(") Voyez les « Principles, » Içidex , « Jorullo.

eu. xxiv ) RÉGENTES ET PLIOCÈNE». 573

che de leur refroidissement soit extrêmement lente. Quelquefois, en effet, cette marche peut se trouver retardée presque indéfiniment par l'addition de nouvelles quantités de chaleur: c'est ainsi, par exemple, que dans le cratère du volcan de Stromboli , Tune des îles Lipari, la lave a été, pendant ces deux derniers mille ans , dans un état constant d'ébullition , — circonstance qui doit porter à supposer que cette masse fluide communique avec quelque réservoir souterrain de matière en fusion. Il est permis de croire aussi que dans rile-Bourbon, où durant très-longtemps il y eut tous les deux ans une émission de lave, la matière qui alimentait ces éruptions resta liquide tant qu'elles eurent lieu. Si donc on pouvait raisonnablement supposer que, soit à l'air, soit sous les eaux de l'Océan (*), 2,000 éruptions, environ, éclatent chaque siècle, il s'ensuivrait que le nombre de roches plutoniques formées , ou en voie de se former durant l'époque Récente , doit être déjà considérable.

Mais la production des roches plutoniques s'opérant à une assez grande profondeur dans la croûte terrestre, ces roches ne peuvent devenir accessibles à l'observation que par suite de leur soulèvement ou de la dénuda tion. D'un autre côté, comme entre l'époque à laquelle s'accomplit, dans les régions souterraines, la cristallisation d'une roche plutonique, et le moment de son apparition en un des

O Voyez les « Principles, » Index , « Voleanic Eruptions. »

574 AGE RELATIF ET POStîION (PART H,

points de la surface , il s'écoule d'ordinaire une ou deux périodes géologiques, il résulte de là que Ton ne peut s'attendre à rencontrer à nu aucun granit Pliocène , Réeent ou Moderne , à moins d'admettre qu'un laps de temps suffisant pour l'accomplissement d'un très-grand soulèvement et d'une dénudation considérable, s'est écoulé depuis le commencement de la période du Nouveau Pliocène. Une roche plutonique doit donc, en général, être d'une ancienneté très-grande relativement aux formations fossilifères et volcaniques, avant de devenir visible sur une vaste étendue. Les éruptions volcaniques et les émissions de lave qui, dans l'Amérique du Sud, ont quelquefois accompagné le soulèvement de la terre ferme , peuvent porter à croire que les roches plutoniques les plus anciennes sont poussées de bas en haut, à la surface, par celles qui se forment successivement au«dessous de ces premières, — la subterposition étant pour les formations plutoniques ce qu'est la superposition pour les formations sédimentaires , c'est-à-dire , un signe caractéristique d'origine récente, comparativement.

Dans la figure ci-jointe, on a cherché à représenter Tordre inverse suivant lequel il est probable que les roches sédimentaires et plutoniques se succèdent dans la croûte de la terre.

On suppose qu'avant de se montrer à nu dans une chaîne de montagnes , la roche plutonique la plus ancienne, n° I, a subi plusieurs soulèvements successifs, dus à l'action ignée qui donna naissance aux nouvelles

tu xxiv.) DES ROCHES PLUTONIQUES.

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