ALTÉRÉES PAR LE GRANIT
I'ob considère le laps de temps immeftse qui dut s'écouler entre leur origine respective.
La longueur de cet intervalle se trouve constatée par les faits suivants : — Les couches de transition , ou fossilifères , reposent en stratification discordante sur les tranches tronquées du gneiss , dont les strates in* clinées ont été dérangées de leur position primitive , et dénudées avant la précipitation des couches sédimentaires qui les recouvrent (Voy. Fig. 292). Dans cet
Fig. 292.
Strates Siluriennes.
Gneiss.
Granit.
Gneiss.
Granit envoyant des veine* dans le Gneiit et dont les ftratee Siluriennee. — Chrittiania, Nortoége.
exemple, la dénudation se manifeste de deux manières distinctes : par l'apparence rayée et polie qu'offire parfois la surface du gneiss, lors de la disparition des lits récents renfermant des débris organiques; et par les galets de gneiss que Ton a trouvés dfcns quelquesunes des couches de transition, — circonstances qui prouvent qu'entre l'origine du gneiss et celle du granit eurent lieu trois époques , savoir : l'époque durant laquelle les strates de gneiss devinrent inclinées ; l'époque où elles furent dénudées ; et celle enfin qui donna naissance aux dépôts de transition. Cepen-
586 DES GRANITS (part, il,
dant, le granit produit après cet intervalle immense se Gonfond quelquefois, à son point de jonction , d'une manière si intime avec l'ancien gneiss , qu'il est impossible d'établir entre eux d'autre séparation qu'une ligne arbitraire. Là où les choses se passent cKfféremnaent, on voit des veines tortueuses de granit qui, nonseulement traversent le gneiss librement, mais qui même, parfois, se terminent en fils, comme si la roche ancienne n'avait offert aucune résistance à leur passage . Pour expliquer ce phénomène, il semble nécessaire d'admettre qu'au moment de son envahissement par le granit, le gneiss était mou, et plus ou moins fondu. Néanmoins, comme ces jonctions ne sont pas les seules visibles, et que d'autres coupes nous ont mis à même de juger la longueur de la période qui dut s'écouler entre la solidification du gneiss et l'injection de ce granit, il devient assez difficile de croire que le gneiss était à peine solidifié , ou qu'il n'avait pas encore acquis complètement son caractère métamorphique , lorsqu'il fut envahi par la roche plotonique. Cet exemple fait voir qu'il est vraiment impossible de reconnaître si certains granits de l'Ecosse et de divers autres pays , qui envoient des veines dans le gneiss et dans différentes autres rochefe métamorphiques , sont primaires , ou s'ils appartiennent à quelque période secondaire ou tertiaire.
Des granité les plus anciens. — Il n'y a pas encore un demi-siècle qu'on admettait généralement que toutes les roches granitiques étaient des roches pri-
en. xxiv.) LES PLUS ANCIENS. 587
mitivet , c'est-à-dire, que leur origine remontait au-delà de la précipitation des premières strates sédimentaires, et de la création des êtres organisés (Voyezp.23). Mais aujourd'hui, nos idées sont tellement changées à cet égard, que nous considérons comme une chose pour ainsi dire impossible, de trouver une seule masse de granit qui soit véritablement plus ancienne qu'aucun des dépôts fossilifères connus. Si Ton parvenait à découvrir quelques strates du système Cambrien Inférieu r reposant immédiatement sur le granit, sans qu'il y eût ni altération au point de contact, ni veines granitiques dans l'intérieur de ces stra tesson pourrait alors affirmer que la roche plutonique est antérieure aux strates fossilifères kg plus anciennes que Von connaisse. Je m'exprime ainsi à dessein ; car il serait trop présomptueux de croire qu'après des recherches qui n'ont encore porté que sur une petite partie du globe , nous ayons précisément rencontré les strates fossilifères les plus anciennes de toutes celles que renferme la croûte de notre planète. Dans tous les cas , lors même que de telles strates eussent été découvertes, qu'est-ce qui nous assurerait qu'avant elles il n'y en eut pas d'autres encore, qui , après avoir contenu également des restes organiques, seraient ensuite devenues métamorphiques? Si dans un conglomérat du système Cambrien Inférieur on rencontre des galets de granit , on peut être certain que le granit d'où proviennent ces galets est antérieur à la formation Cambrienne Inférieure. Mais si , au Heu de faire partie de ce groupe,
588 PROJECTION DU GRANIT (FAUT, il ,
les strates supérieures appartiennent à l'époque Silurienne , ou ah système Cambrien Supérieur, le granit fondamental, tout en étant d'une ancienneté trèsgrande, peut se trouver postérieur aux formations fossilifères connues.
Projection du granit à l'état solide. — On rencontre près de Brora, dans le Sutherlandshire , un granit commun, composé de feldspath, de quartz et de mica. Ce granit, qui est en contact immédiat avec les strates oolithiques, a évidemment été projeté à la surface, à une époque postérieure à la production de ces strates (*). Le professeur Sedgwick et M. Murchison pensent qu'il a été lancé sous forme solide , et qu'en se faisant jour à travers les dépôts sous-marins , avec lesquels il n'était peut-être pas en contact originairement, il les a fracturés de manière à former une brèche le long de la ligne de jonction. Cette brèche consiste en fragments d'argile schisteuse, degrés et de calcaire, avec des fossiles de l'oolithe , le tout étant uni par un ciment calcaire. A une certaine distance du granit, les strates secondaires n'ont éprouvé qu'un très-léger dérangement ; mais à mesure que cette distance diminue, la dislocation devient de plus en plus considérable.
Si l'on admet que des roches hypogènes solides, soit stratifiées, soit non-stratifiées, ont, dans des circonstances de cette nature , été lancées de bas en haut
O Murchison, Geol. Trans., 2d. séries, vol. il, p. 307.
ch. XXIV.) A L'ÉTAT SOLIDE. 589
avec une force suffisante pour pénétrer à travers des dépôts sédimentaires peu résistants , dès lors on saura se rendre compte de plusieurs phénomènes géologiques qui sans cela seraient inexplicables; tandis qu'au contraire, si Ton rejette cette supposition, on ne pourra comprendre comment , par exemple , certaines strates formées durant les périodes crétacée et oolithique , ont pu se trouver recouvertes par une masse de granit, sur une étendue de 3 à 400 mètres carrés , ainsi qu'elles le sont à Weinbohla et a . Hohnstein , près de Heissen, en Saxe. D'après un mémoire publié récemment sur oe sujet, par le docteur B. Cotta (*) , il parait établi d'une manière certaine que le granit fut introduit à l'état solide , dans la place qu'il occupe actuellement. Aucune, veine granitique ne pénètre , au point de jonction , dans les strates adjacentes. Ces strates , qui ne présentent non plus aucun signe d'altération occasionnée par la chaleur, laissent apercevoir des traces évidentes de frottement ; en quelques endroits on y observé une brèche dans laquelle des morceaux de granit se trouvent mélangés avec des fragments brisés provenant des roches secondaires. De même que le granit recouvré le lias et la craie, de môme, en quelques places, le lias rçpose sur des strates de la période crétacée.
Age du granit d'Arran. — L'Ile d'Arran, qui est la
*) Geognostiscbc Waaderungen , Leipzig, 1838
590 AGE DU GRANIT (paut. ii,
plus grande des lies du golfe de la Clyde, situé sur la côte occidentale de l'Ecosse, offre la réunion complète des quatre grandes classes de roches. Là, sur une étendue très-bornée, se présentent avec leurs caractères les plus tranchés, des roches fossilifères, volcaniques, plutoniques et métamorphiques. Dans la partie septentrionale de l'île, le granit s'élève à la hauteur de près de 3000 pieds (915m) au-dessus du niveau de la mer, et se termine en pics. Sur les flancs de ces montagnes graniti- . ques, on observe des schistes chloritiques, des ardoises bleues propres à la couverture des maisons , et différentes autres roches métamorphiques (A) , dans les-, quelles le granit (B) envoie des veines. Ces schistes sont fortement inclinés. Sur leurs tranches tronquées reposent , en stratification discordante, des lits de conglomérat et de grès, auxquels succèdent diverses sortes d'argiles schisteuses et de calcaires, renfermant des fossiles delà période carbonifère. Toutes ces strates secondaires (G) sont Inclinées, et ont été extrêmement tourmentées dans le voisinage des roches hypogènes ; mais à quelque distance de ces roches, comme dans la partie méridionale de File d'Arran , par exemple , elles se redressent et finissent par devenir horizontales. Viennent enfin les roches volcaniques (D), lesquelles consistant en grunstein , en pechstein , en argilotite , en porphyre et en diverses autres variétés , traversent toutes les formations précédentes , et pénètrent, sous forme de dykes (d) , le granit aussi bien que le grès; quelquefois, aussi, elles recouvrent cette
eu. xxiv.)
DE L'ILE d'ARUAN.
dernière roche en masses, dont là puissance varie entre 50 et 700 pieds (15 et 213m).
Fig. 293.
Coupe de l'île d'Arran.
a, Schiste cristallin, ou métamorphique.
b, Granit.
c, Conglomérat, grès, calcaire et argile schisteuse.
d, Trapp.
Or. comme toutes les formations qu'on observe dans l'île d'Arran sont coupées par des trapps, on ne peut mettre en doute que ces roches ne soient les plus récentes de toutes celles que renferme cette île. Le grès rouge est, ainsi que les autres strates secondaires, plus ancien que le trapp , et plus moderne que les schistes métamorphiques ; car, outre que les conglomérats du grès rouge reposent en stratification discordante sur les schistes , ils contiennent des cailloux arrondis de ces strates cristallines. Quant aux roches les plus anciennes de rtle , ce sont les schistes; leur antériorité, qui, par rapport au trapp et au grès rouge, a déjà été établie, ne saurait être plus douteuse à l'égard du granit, puisqu'ils sont pénétrés par des veines de cette roche. Le seul point chronologique qui puisse offrir quelque équivoque est , comme on voit, relatif aux
592 AGE DU GRANIT. (part, il
formations plutoniques. Bien que ces roches, ainsi que cela a déjà été remarqué, soient plus récentes que les schistes cristallins, est-il à dire pour cela qu'elles doivent être plus modernes aussi que les grès secondaires?
Il est un fait curieux et digne de remarque , que je ne puis me résoudre à passer sous silence ; c'est que malgré les recherches qui ont été faites avec le plus grand soin par plusieurs géologues, et malgré qu'en général les poudingues soient composés de fragments de roches anciennes situées dans leur voisinage immédiat, Ton n'a jamais trouvé de galets de granit dans les conglomérats du grès rouge d'Arran. L'absence totale de ces galets a été, à juste titre, un sujet de surprise pour tous ceux qui , ayant visité l'Ile 4'Arran , ont pu reconnaître par eux-mêmes que les conglomérats y ont plusieurs centaines de pieds d'épaisseur, et que , dans cette localité , ils se trouvent précisément à la base des montagnes de granit dont les masses s'élèvent au-dessus d'eux d'une manière bien plus hardie et bien plus pittoresque que ne le font, dans toutes les autres parties de l'Ecosse, les montagnes de nature semblable. De ces faits, on peut conclure, en toute assurance, que lors de la formation du grès et du conglomérat, aucun granit n'était encore, dans ces régions , parvenu jusqu'à la surface, ou n'avait été misa découvert par la dénudation ; qu'à l'époque à laquelle les poudingues s'accumulèrent, les schistes cristallins étaient déjà réduits en sable et