i ROCHES AQUEUSES. (pXrt. I
à un petit nombre d'exceptions près, diffèrent des espèces actuellement vivantes. La masse de quelquesunes de ces couches consiste presque entièrement en coraux ; plusieurs sont formées de coquilles, d'autres sont dues à des plantes transformées en charbon, tandis enfin que quelques-unes ne renferment absolument aucun fossile. Dans telle série de couches, les fossiles sont d'espèces marines; dans telle autre, placée immédiatement au-dessus ou au-dessous, ceux qu'on trouve indiquent d'une manière évidente, par leur nature, que le dépôt fut formé dans un estuaire ou dans un lac. Quand rélève aura soigneusement observé tous ces faits en détail, il sera convaincu que le temps nécessaire à la formation des continents actuels doit avoir été de beaucoup plus long que celui qui est accordé par la théorie à laquelle il a été fait allusion ci-dessus, et que la transformation universelle et subite des mers en continents ne saurait rendre compte des phénomènes géologiques. Bien que toutes les roches comprises dans la grande division qui vient d'être indiquée puissent différer entre elles, tant intérieurement qu'extérieurement, par toutes sortes de caractères, tels que la composition minéralogique, la couleur, le grain, etc. , elles ne laissent pas toutefois de pouvoir être groupées ensemble, comme ayant une origine commune. Elles ont toutes été formées sous Feau, de la même manière que le sable, le limon, les galets, les bancs de coquilles, le corail et autres substances semblables, et
chap. I.) ROCHES VOLCANIQUES. * 13
sont caractérisées soit par la stratification ou les fossiles, soit par ces deux circonstances à la fois.
Roches volcaniques. — La seconde grande division de roches que nous allons actuellement passer en revue, comprend les roches volcaniques, c'est-à-dire, celles qui ont été produites, soit dans Jes anciens âgés, soit dans les temps modernes, non par l'eau, mais par Faction du feu ou de la chaleur souterraine. Ces roches sont, pour la plupart, non stratifiées, et dépourvues de fossiles. Elles occupent des espaces plus circonscrits que les formations sédimentaires, au moins sous le rapport de l'étendue horizontale. Parmi les diverses parties de l'Europe où elles offrent des caractères auxquels on ne peut se méprendre, Je citerai non-seulement la Sicile et les environs de Napîes, mais encore l'Auvergne, le Velay et le Vivarais , qui actuellement forment les départements du Puy-de- Dôme, de la Haute-Loire et de l'Ardèche, lesquels, situés au centre et au midi de la France, renferment plusieurs centaines de montagnes coniques ayant la forme des volcans modernes, avec des cratères plus ou moins réguliers sur plusieurs de leurs cimes. Ces cônes sont principalement composés de laves, de cendres et de sables, semblables à ceux des volcans en activité. Quelquefois on rencontre des courants de laves qui, en descendant des cônes dans le? vallées adjacentes, ont engorgé d'anciens lits de rivières avec des fragments de roche solide ; ainsi l'ont fait en Islande quelques courants modernes de laves. Dans ces cas, les ri-
\k ORIGINE VOLCANIQUE (paut. i,
vières coulent au-dessous, ou se frayent un passage étroit sur l'un des côtés de la lave. Quoique aucun de ces volcans de France n'ait été en activité depuis les temps historiques ou traditionnels, leur» formes sont souvent très-régulières. Quelques-uns, cependant, ont été comparés à de vrais squelettes de volcans, les pluies et les torrents ayant dénudé leurs flancs et entraîné tout ce qui était sable et scories, pour ne laisser que les matières les plus dures et les plus solides. Au moyen de cette érosion et des tremblements de terre, leur structure intérieure a quelquefois été mise à nu dans des fissures et des ravins; dans ce cas, l'on aperçoit non-seulement des couches et des masses successives de lavé poreuse, de sable et de scories, mais aussi des murs perpendiculaires (que Ton désigne sous le nom de dykes) de roche volcanique, qui se font jour à travers les autres substances. Le Vésuve, l'Etna et plusieurs autres volcans en activité présentent aussi, dans leur structure, des dykes de ce genre, lesquels doivent leur origine à l'introduction produite de haut en bas, ou de bas en haut, de matières fondues dans des fissures. Les formations que ces dykes traversent le plus communément sont des dépôts de tuf volcanique, substance produite par le sable et le fraisil, qui, après avoir été lancés d'abord de l'intérieur de la terre par cjes explosions de gaz volcaniques, retombent ensuite de l'air sur le sol, ou sont rejetés par les eaux supérieures.
Outre les parties de la France ci-dessus mention-
chap. i.) DE CERTAINES ROCHES. 15
nées, il est encore d'autres contrées, telles que l'Espagne septentrionale, la partie méridionale de la Sicile, le territoire toscan, les provinces rhénanes inférieures et la Hongrie, où Ton retrouve des volcans éteints avec leurs cônes, leurs cratères, et souvent des courants de laves.
Il existe d'autres roches en Angleterre , en Ecosse, en Irlande, et dans presque toutes les contrées de l'Europe, que Ton considère comme étant d'origine ignée, bien, qu'elles ne forment pas de montagnes à cratères et à cônes. C'est ainsi, par exemple, que l'on n'a aucun doute sur l'origine volcanique des roches basaltiques de Staffa et de la chaussée des Géants, et cela, parce que leur structure colomnaire et leur composition minéralogique s'accordent avec celles que présentent des courants de laves que l'on sait être issus de cratères volcaniques. On trouve aussi, dans diverses parties des îles Britanniques, des roches basaltiques semblables, associées à des lits de tuf, et formant des dykes tels que ceux dont il vient d'être question. Quelques-unes des couches à travers lesquelles pénètrent ces dykes, sont quelquefois altérées au point de contact, comme si elles avaient été exposées à la chaleur intense de quelque matière fondue.
L'absence de cônes, de cratères et de courants longs et étroits de laves, que Ton remarque en Angleterre et en plusieurs autres localités, est principalement attribuée par les géologues à ce que les éruptions volcaniques qui jadis ont pu avoir lieu dans ces divers en-
16 ROCHES PLUTONIQUES (part. I,
droits, étaient des éruptions sous-marines, semblables à celles du très-grand nombre de volcans sous-marins qui existent de nos jours. Mais cette question sera traitée plus amplement dans les chapitres relatifs aux roches ignées, — chapitres dans lesquels on verra aussi que, de même que diverses formations sédimentaires contenant chacune leurs fossiles caractéristiques ont été déposées à des époques successives, de même, à plusieurs époques différentes, le sable et les scories volcaniques ont été rejetés de l'intérieur du globe, et les laves se sont répandues sur le sol ou sur le lit de la mer, ou ont été injectées dans des fissures. D'après cela, on voit que les roches ignées et les roches sédimentaires peuvent être classées comme une série chronologique de monuments propres à répandre de la clarté sur une suite d'événements relatifs à l'histoire de la terre.
Roches plut oniques. — Si après avoir établi l'existence de deux ordres distincts de masses minérales, savoir, les masses aqueuses et les masses volcaniques, nous venons à examiner quelque grande portion de continent , nous pouvons d'avance , si surtout ce continent renferme une chaîne de montagnes considérable, être presque assurés d'y trouver deux autres classes de roches très-distinctes de celles auxquelles il a été fait allusion ci-dessus, et qui ne peuvent être assimilées ni aux dépôts actuellement accumulés dans les lacs ou dans les mers, ni aux dépôts produits par l'action volcanique ordinaire. Les roches qui composent ces deux