‹ Eléments de géologieChapitre 56 sur 205 · MINÉRALISATION (PART. I · texte numérisé non relu

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travers la roche. Si Ton ôtait le noyau, il resterait un moule en creux , sur lequel se présenterait en relief la forme extérieure de la coquille avec ses tubercules et ses stries , tels qu'on les voit en a, Fig. 55. D un autre côté , si l'espace dont j'ai parlé tout à l'heure , entre le noyau et l'empreinte , avait , au lieu de rester vide, été rempli de spath calcaire, de pyrites, ou de tout autre minéral , le moule donnerait une représentation exacte de la forme, tant extérieure qu'intérieure , de la coquille primitive : c'est de cette manière qu'ont été formés les moules silicifiés de certaines coquilles. Enfin , s'il arrivait que la vase ou le sable du noyau fût incohérent, ou soluble dans l'acide, on pourrait, en le retirant de son enveloppe artificielle , se procurer une coquille vide, en silex, offrant la contreempreinte exacte de l'original. Ce moule , alors , pourrait se comparer à une de ces statues de bronze qui représentent simplement la forme superficielle d'un objet , sans donner nulle idée de son organisation intérieure. Mais à ces diverses sortes de pétrification, il faut en ajouter une encore , qui, pour être trèsordinaire , n'en est pas moins beaucoup plus surprenante que les autres , et peut se comparer à certains modèles anatomiques en cire, dans lesquels non-seulement les formes extérieures et les traits sont représentés, mais où les nerfs, les vaisseaux et autres organes intérieurs sont également reproduits. Ainsi , par exemple , on trouve des coraux , originairement calcaires , dans lesquels non-seulement la forme gé-

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nérale , mais aussi l'organisation interne , tout à la fois si petite et si compliquée > est conservée dans le silex.

Ce mode de pétrification se manifeste d'une manière plus remarquable encore dans le bois fossile , où Ton aperçoit souvent, non-seulement les anneaux de la croissance annuelle , mais aussi tous les petits vaisseaux et rayons médullaires. Plusieurs des petits pores et des fibres des plantes , et jusqu'à ces vaisseaux en spirale qui, dans les végétaux vivants, ne peuvent être aperçus qu'à l'aide du microscope , sont conservés de cette manière. Parmi plusieurs exemples , je citerai un arbre fossile, de soixante-douze pieds (22 met. environ) de long, découvert à Gosforth, près de Newcastle, dans des couches composées de grès et de charbon , et dont une tranche transversale assez mince pour donner passage à la lumière a offert, sous un grossissement de cinquante-cinq fois environ, la texture représentée Fig. 56. Une texture* tout aussi petite et Fig. 56. aussi compliquée , a été obser-

vée dans le bois des gros troncs d'arbres fossiles trouvés dans la carrière de Craigleith, près d'Édinburgh, là où la pierre n'était nullement siliceuse , et consistait principalement en carbonate

T&xlure groètie d un arbre • m

provenant de$ couches de chaux , auquel se joignaient

houillère* det environs

de wuham. de l'oxide de fer, de l'alumine et

du carbone. Dans quelques cas, la fibre ligneuse est

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en partie conservée; mais dans d'autres, elle a entièrement disparu.

En essayant d'expliquer le mode suivant lequel la pétrification s'est accomplie dans ces diverses circonstances, nous supposerons d'abord que les couches, en général, se laissent pénétrer par des eaux chargées de petites parties de terres calcaires, siliceuses, et autres, tenues par elles en solution. Quant à la manière dont ces eaux ont pu s'imprégner de pareilles substances, c'est ce que nous examinerons plus tard. Lorsqu'une substance organique est exposée à l'action du soleil et de la pluie, elle finit, à la longue, par se putréfier , ou par se décomposer en ses éléments constituants, lesquels consistent principalement en oxygène, en hydrogène, et en carbone. Ces éléments sont promptement absorbés par l'atmosphère , ou entraînés par la pluie ; de sorte que bientôt tout vestige de la plante ou de l'animal mort a disparu. Dans l'eau, ces mêmes substances se décomposent moins vile qu'à l'ai# ; mais e'est dans la terre , surtout , que leur décomposition s'accomplit le plus lentement, ainsi que les pièces de bois qu'on a quelquefois occasion d'introduire dans la terre en fournissent l'exemple. Or, si à mesure que, par l'effet de la putréfaction, chaque molécule est mise en liberté, sousibrme fluide ou gazeuse, une molécule de carbonate de chaux , de silex , ou de tout autre minéral, également petite, vient à se précipiter j on comprend facilement que cette matière inorganique puisse à l'instant prendre la place de la

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molécule organique qui s est échappée. De cette manière , non-seulement on obtiendra d'abord le moule de l'intérieur de certains vaisseaux , mais les parois de ces mômes vaisseaux pourront ensuite se décomposer et éprouver une transformation semblable. Cependant , quand le tout est lapidifié, rien ne l'oblige à former une masse homogène de pierre ou de métal ; quelques-uns des éléments organiques primitifs, soit ligneux, soit osseux, ou autrement, pouvant rester mélangés dans certaines parties, en môme temps que d'un autre côté, le minéral lapidifiant luimôme peut, en différente^ parties, être cristallisé de manière à réfléchir la lumière différemment ; d'où suit que la texture du corps primitif peut être fidèlement reproduite.

Mais l'élève, sans doute , ne manquera pas de demander si, d'après les principes de la chimie, on a droit de s'attendre à ce qu'en se précipitant, la matière minérale tombe précisément à là place où s'opère la décomposition organique : les expériences curielses que nous allons décrire pourront servira éclaircir ce point. Le professeur Gôppert, de Breslau, ayant voulu dernièrement chercher à imiter la marche naturelle de la pétrification, il fit, à cet effet, tremper diverses substances animales et végétales dans différentes eaux, tenant en solution, les unes des matières siliceuses, les autresdes matières calcaires, et d'autres, enfin, des substances métalliques. Au bout de quelques semaines, ou môme de quelques jours, les corps organiques ainsi im-

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mergés se trouvèrent en partie minéralisés. Ainsi donc, par exemple, après avoir fait tremper durant plusieurs jours des tranches verticales et très-minces de sapin d'Ecosse (Pinus Sylvestris) dans une solution passablement forte de sulfate de fer, le professeur Gôppert les fit sécher et les exposa à une chaleur rouge jusqu'à ce que la matière végétale fût consumée entièrement, et qu'il ne restât plus qu'un oxyde de fer, lequel, après cette opération, se trouva avoir pris si exactement la forme du sapin, que, vùau microscope, on y apercevait distinctement jusqu'aux vaisseaux pointillés particuliers à cette famille de plantes, et ressemblant à ceux de la Fig. 56.

Une autre expérience due au hasard a été mentionnée par M. Pepys, dans les Geologicai Transactions (,*). Une cruche de terre contenant plusieurs quartes de sulfate de fer était restée durant un an , environ, dans le laboratoire, sans que l'on y touchât, ni que l'on y fît attention. Mais au bout de ce temps, la liqueur qu'elle renfermait ayant été examinée, on aperçut à sa surface une substance huileuse, et une poudre jaunâtre qui se trouva être du soufre; le tout était accompagné d'une multitude de petits poils. Au fond, l'on découvrit les os de plusieurs souris, dans un sédiment composé de petits grains de pyrites , de soufre , de sulfate de fer vert cristallisé, et d'un oxyde de fer noir vaseux. Il était évident que des souris s'étaient noyées dans

(•) Vol. 1, p. 35)9, First Séries.

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le liquide, et que, par l'action mutuelle de la matière animale et du sulfate de fer, le sulfate métallique avait été privé de son oxygène ; ce qui avait donné lieu à la précipitation des pyrites et des autres composés. Bien que les souris ne fussent ni fossilisées, ni changées en pyrites, le phénomène n'en montra pas moins comment des eaux minérales , chargées de sulfate de fer , peuvent être désoxydées par leur contact avec des substances animales en voie de putréfaction; comment, par suite, les pyrites sont précipitées, atome par atome; et combien, sous des circonstances favorables, ces atomes peuvent être prompts à remplacer l'oxygène, l'hydrogène et le carbone, — éléments en lesquels le corps originel se trouve décomposé.

Feu le docteur Turner observe que lorsque la matière minérale est dans un état naissant, c'est-à-dire, au moment même où elle s'affranchit d'un état préalable de combinaison chimique, elle est plus prompte à s'unir avec d'autres matières , et à former un nouveau composé chimique. Les molécules ou les atomes, ainsi dégagés les uns des autres, doivent probablement être d'une petitesse extrême , et, par suite, se mouvoir plus librement, et céder plus facilement à toute impulsion d'affinité chimique. Quelle que soit d'ailleurs la cause de cette circonstance , toujours est-il f ainsi que cela a été déjà établi , que là où des matières organiques nouvellement déposées dans un sédiment sont en voie de décomposition, les changements chi-

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miques qui ont lieu s'opèrent de la manière la plus active.

On a fait dernièrement l'analyse de leau provenant du limon déposé par la rivière Hooghly dans le delta du Gange, après l'inondation annuelle, et Ton a trouvé que cette eau était éminemment chargée de gaz acide carbonique tenant de la chaux en dissolution (*) . Or, s'il est ainsi prouvé que la vase nouvellement précipitée se laisse pénétrer par de la matière minérale en état de dissolution, on comprendra aisément que des corps organiques en décomposition, enfouis naturellement dans le sédiment, puissent se pétrifier aussi promptement que les substances plongées artificiellement, parle professeur G ôppert, dansi divers mélanges fluides.

Personne n'ignore que l'eau de source, c'est-à-dire, l'eau qui s'infiltre incessamment à travers l'écorce de la terre, est rarement exempte d'un léger mélange, soit de fer, de carbonate de chaux, de soufre, de silice, de potasse, soit de quelque autre ingrédient terreux, alcalin, ou métallique. Les sources chaudes, en particulier, sont fortement chargées d'un seul ou de plusieurs de ces éléments, et ce n'est que dans leurs eaux- qu'on trouve en abondance la silice. Dans certains cas, on peut donc, surtout dans les régions volcaniques, imaginer que la silice du bois silicifié et des coraux a été fournie par les eaux des sources thermales. Quant à

O Piddtepton, Asiat. Research., vol. xvm, p. 226.

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