CH. IV.) LES FOSSILES SILICIF1ÉS
celle que renferment le tripoli et les silex de la craie, il est à croire qu'elle provient , sinon entièrement, du moins en grande partie, de la décomposition des infusoires, des éponges, et dé divers autres corps. Mais lors môme qu'on admettrait ces diverses suppositions relativement à l'origine de la silice, on se. demanderait encore de quelle source un lac ou l'Océan peut tirer constamment la quantité de matière siliceuse nécessaire au remplacement de celle qui lui est soustraite par les sécrétions de ces zoophytes.
A l'égard du carbonate de chaux, la question se résout aisément ; non-seulement en raison de ce que les sources calcaires sont très-nombreuses, mais aussi parce que Peau de pluie a la propriété de dissoudre une petite partie des roches calcaires sur lesquelles elle coule. D'après cela, on- voit que les matières qui forment les coquilles et les supports solides des coraux et des mollusques marins, peuvent leur être fournies par les rivières. Mais le silex pur reste insoluble dans l'eau , alors même qu'il est réduit en poudre aussi fine que possible, et qu'on le fait bouillir. Néanmoins, le docteur Turner a très-bien expliqué, dans un Essai sur la chimie appliquée à la géologie (*), comment la décomposition du feldspath peut donner lieu presque partout à une dissolution de silice , attendu que les roches feldspathiques qui forment une si grande proportion des roches volcaniques, plu toniques et méta-
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morphiques, sont en quelque sorte universelles, et ne peuvent, par conséquent, manquer de se rencontrer en quelque endroit du cours de toute grande rivière.
La terre siliceuse, qui constitue plus de la moitié du volume du feldspath, est combinée intimement avec de l'alumine, de la potasse et quelques autres éléments. La matière alcaline du feldspath a de l'affinité chimique pour l'eau, de même que pour l'acide carbonique, que contiennent, en quantité t plus ou moins grande, les eaux de la plupart des sources. L'eau entraîne donc la matière alcaline, et laisse après elle une argile composée d'alumine et de silice. Mais ce résidu du minéral décomposé, auquel, dans son état le plus pur, on donne le nom de terfle à porcelaine, ne contient qu'une petite proportion de la silice que renfermait le feldspath primitif, ce qui, naturellement, doit porter à croire que l'autre partie a été dissoute et entraînée ; cette circonstance , d'ailleurs , s'explique par la double solubilité de la silice dans l'eau , laquelle a lieu soit lorsqu'elle se trouve combinée avec un alcali, soit lorsqu'elle est dans ce que, techniquement, on appelle son état naissant. De là résulte pour les eaux de la mer un renouvellement perpétuel de silice.
Le mica, autre minéral qui entre en très-grande proportion dans la composition des granits et de divers grès, peut aussi , par sa décomposition, produire une silice susceptible de se dissoudre dans l'eau; car la moitié environ de ce minéral consiste en silice, corn-
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binée avec de l'alumine, de la potasse, et un dixième de fer, à peu près. L'oxydation de ce fer, à l'air, est la cause principale de la décomposition du mica.
Toutefois, il nous reste beaucoup à apprendre encore, ayant que la conversion des corps fossiles en pierre soit complètement expliquée. Quelques phénomènes, tels, entre autres, que la conservation dans .le silex de certaines tiges d'une constitution molle et succulente, et d'une nature extrêmement délicate, semblent indiquer que l'acte de la minéralisation doit s'accomplir avec une rapidité prodigieuse. L'on cite aussi plusieurs exemples de la silicification complète des jeunes feuilles d'un palmier au moment où leur développement était sur le point de s'accomplir, et alors qu'elles se trouvaient dans l'état que l'on désigne aux Indes-Orientales par cette expression : le chou de la palme (the tabbage ofthe palm) (*). Quoi qu'il en soit, ne peut-on pas se demander si , dans des circonstances de cette nature, Feau n'aurait pas quelque propriété antiseptique , qui , en retardant les progrès de la putréfaction., garantirait pendant longtemps de la décomposition les parties molles de la substance enfouie , à la manière dont la chair des corps enterrés dans la tourbe en est elle-même préservée ?
M. Stokes a signalé plusieurs exemples de pétrifications dans lesquels ce sont tantôt les parties les plus destructibles du bois, et tantôt, au contraire, li»s
{*) Stokes, Geol. Trans. , vol. v , p. 212. Second séries.