SOULÈVEMENT DES CONTINENTS. (PART. I
ne pourraient s'affaisser en un seul point sans que leur niveau ne fût déprimé sur toute l'étendue du globe.
Ces remarques préliminaires prépareront le lecteur à comprendre le grand intérêt théorique qui se rattache à tous les faits ayant quelque rapport avec la position des couches, soit horizontales, soit inclinées, courbées ou verticales.
Or, la première et la plus simple de ces dispositions est celle que présentent les couches d'origine marine placées horizontalement au-dessus du niveau de la mer. Telles sont, dans la partie méridionale de la Sicile , les couches remplies de coquilles d'espèces semblables à celles qui vivent aujourd'hui dans la Méditerranée. Quelques-unes de ces roches sont à la hauteur de 2,000 pieds (610 met.) et plus. Je pourrais citer encore d'autres masses de montagnes dont les strates horizontales, extrêmement anciennes , renferment des fossiles de formes tout-à-fait différentes de celles des espèces vivantes connues. Un dépôt situé dans les environs du lac Wener, au midi de la Suède, et du genre de ceux que les géologues ont appelés siluriens ou de transition , présente un bel exemple de cette sorte de stratification : la surface des couches qui forment ce dépôt étant aussi parfaitement horizontale que si ces couches avaient fait partie récemment du delta de quelque grand fleuve, et qu'elles eussent été laissées à sec par la retraite des eaux provenant des inondations annuelles. Des roches sédimentaires du
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même âge, environ, s'étendent sur le district lacustre de l'Amérique du nord, offrant pareillement une stratification exempte, pour ainsi dire, des moindres inégalités. La montagne de la Table, au cap de Bonne- Espérance , présente encore un autre exemple de couches extrêmement élevées et parfaitement horizontales ; ces couches, dont l'épaisseur est de 3,500 pieds (1,067 met.) au moins, consistent en grès d'un âge très-ancien.
Au lieu d'imaginer que ces roches fossilifères ont toujours été à leur niveau actuel, et que la mer, jadis, a été assez haute pour les couvrir, on suppose qu'elles ont anciennement formé le lit de l'Océan, et que, graduellement, elles se sont élevées jusqu'à leur hauteur présente. Cette idée , quelque étonnante qu'elle puisse sembler d'abord, s'accorde tout-à-fait, ainsi que cela a été démontré tout à l'heure, avec l'analogie des changements qui, à l'époque actuelle, s'opèrent dans certaines régions du globe. La Suède, entre autres, offre un frappant exemple de ces changements : plusieurs parties de cette contrée, ainsi que les côtes et les îles du golfe de Bothnie , éprouvent depuis plusieurs siècles , et aujourd'hui même encore , un mouvement lent de soulèvement. En 1802, Playfair soutint que les choses se passaient ainsi ; et en 1807, M. de Buch, au retour de ses voyages en Suède, annonça qu'il était convaincu que la terre ferme était en voie d'élévation. Celsius, et plusieurs autres auteurs suédois , avaient , un siècle auparavant ,
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déclaré que , suivant leur plus intime persuasion , un changement graduel avait eu lieu, durant plusieurs siècles, dans le niveau relatif de la mer et du continent. Ils attribuaient ce changement à l'abaissement des eaux de l'Océan et de la Baltique. Mais depuis, cette théorie fut réfutée avec une évidence entière, par suite de la certitude qu'on acquit que l'ai* tération du niveau relatif n'avait été ni universelle, ni d'une quantité uniforme partout. Dans l'espace d'un siècle, par exemple, quelques régions ont été élevées de plusieurs pieds, tandis que d'autres ne l'ont été que d'un petit nombre de pouces ; de plus, la Scanie, province située à l'extrémité méridionale de la Suède, au lieu même d'avoir éprouvé un soulèvement, a subi un abaissement, — circonstance qui se trouve attestée par la dépression graduelle des bâtiments au-dessous du niveau de la mer (*) .
D'après les observations de M. Darwin et de plusieurs autres savants , il parait que certaines régions très-étendues de l'Amérique méridionale ont été le théâtre d'un soulèvement lent et progressif, lequel a
(•) Dans les trois premières éditions de mes « Principles of Geology, » j'ai exprimé plusieurs doutes relativement à la validité des preuves alléguées en faveur de l'élévation graduelle de la terre ferme en Suède ; mais après avoir visité ce pays, en 1834 , j'ai rétracté ces objections, et publié dans les « Phil.Trans., 1835, Fart. I , » un Mémoire détaillé contenant les observations qui mont conduit à modifier mon opinion.
Voir aussi « la 4e et la 5e édition des Principles , » livre u , chap. 17.
CH. v.) SOULÈV. ET ABAIS. DE LA TERRE FERME. 109
donné naissance aux plaines unies de la Patagonie , couvertes de coquilles marines récentes, et aux pampas de Buénos-Ayres (*). D'un autre côté, l'abaissement successif d'une partie de la côte occidentale du Groenland , qui , durant ces quatre siècles derniers, a eu lieu, du nord au sud, sur une étendue de plus de 600 milles (217 lieues), a été constaté par les observations du docteur Pingel , naturaliste danois. Tandis que ces preuves de l'élévation et de la dépression des continents, par des mouvements lents et insensibles, acquièrent sans cesse une force nouvelle, l'évidence des changements de niveau continus, résultant dès convulsions violentes qu'éprouvent les pays sujets à des tremblements de terre fréquents, devient de jour en jour plus grande. Là, les roches sont déchirées de temps à autre, et élevées ou déprimées de plusieurs pieds à la fois, ce qui occasionne en elles un dérangement capable de produire à la longue une modification sensible dans la position primitive des couches.
M. Darwin a démontré aussi que dans les mers où abondent des fies circulaires de corail , les montagnes sous -marines, qui servent de base à ces masses de corail , éprouvent un abaissement continu et lent; tandis que dans certaines régions de la mer du Sud, où le corail se trouve au-dessus du niveau de la mer et dans l'intérieur des lies, au lieu de former une barrière à l'entour, ou un récif
(") Voyez son Journal dan» le Voyage du Beagle.
HO SOULÈV. ET ABAIS. DE LA TERRE FERME, (part, l,
circulaire, la terre est en voie de soulèvement (*). Un volume suffirait à peine pour exposer les divers faits et phénomènes qui confirment la réalité de ces mouvements souterrains, soit qu'ils proviennent d un soulèvement ou d'une dépression , soit qu'ils se manifestent accompagnés de tremblements de terre, soit enfin qu'ils s'accomplissent lentement, et sans produire aucun désordre local. Ayant traité très en détail dans les « Principles of Geology » tout ce qui a rapport à ce sujet, je me bornerai, dans le présent ouvrage, à dire que de tels changements doivent être considérés comme faisant partie du cours actuel de la nature. Une fois ce principe admis, il servira de clef à l'interprétation des divers phénomènes géologiques, qui, tels que l'élévation des couches marines, soit horizontales, soit non horizontales, la superposition des dépôts fluviatiles, par rapport à des formations marines, et plusieurs autres encore, seront décrits plus loin. La seconde partie de ce livre fera voir aussi combien la doctrine qui admet l'abaissement continu des parties solides du globe , est propre à éclairer la manière dont une série de couches formées dans une eau basse peut avoir acquis une grande épaisseur. Quant à l'excavation des vallées, et aux autres effets de la dénudation, dont je vais traiter à l'instant , on verra également que cette sorte de phénomène ne peut
(') Proceedings of GeoL Soc, rt°51, p. 552; et son Journal dans le Voyage du Beagle, vol. m , page 557.
ch. v.;
STRATIF. VERTICALE ET INCLINEE.
être comprise qu'à l'aide dune appréciation convenable des preuves qui viennent d'être données du soulèvement et de rabaissement continus de la terre ferme sur des surfaces d'une grande étendue.
Stratification inclinée. — La position verticale de certaines couches, c'est-à-dire , la position dans laquelle elles reposent sur leurs tranches, est la preuve la moins équivoque du changement qui s'est opéré dans leur gisement primitif. Ce phénomène, qui se présente assez souvent, a lieu surtout dans les pays montagneux. En Ecosse, par exemple, on trouve, vers les extrémités méridionales des Grampians, des lits de poudingue alternant avec des couches minces de sable fin, perpendiculaires à l'horizon. Lorsque, pour la première fois, Saussure observa dans les Alpes suisses certains conglomérats dans cette position, il remarqua que le grand axe des cailloux, qui, pour la plupart, affectaient une forme ovale, était parallèle aux plans de stratification (Voy . Fig. 57) ; et de là, il conclut
Fig. 57.
Couches verticales de conglomérat et de grès.
qu'à l'origine , ces couches avaient été horizontales, chacun des cailloux ovales dont elles étaient formées, ayant dû nécessairement se déposer au fond de l'eau, dans la position qu'aurait prise un
œuf non soutenu par l'une de ses extrémités, c'est-àdire , avec son grand axe parallèle à l'horizon. Quel-