CHAPITRE II
Dt) dâlhob.
684- IVous avons ùàt .connaître, dam le Itrre secoad , un terrain qui ordinairement se trouve immédiatement aa-dessous des dépôts résultant des phénomènes qui ont fait le sujet du chapitre précédent, et qui est composé de débris qui paraissent avoir été transportés par les eaux dans des positions où les cours d'eau actuels ne peuvent atteindre; et nousavonsconservéà cegroupe le nom de terrain diluvien , sous lequel on l'a souvent désigné, parce que l'on a pensé qu'il devait son origine à une vaste inondation, dont la Genèse et d'autres' monuments historiques font mention, sous le nom de déluge, comme ayant ravagé les terres habitées avec ime violence et surtout avec une étendue dont oa n'a pins eu d'exemple depuis ■ lors. Toutefois il y a liai de croire que les divers dépôts que nous avons rangés dans le terrain diluvien, sont le résultat de plusieurs et non d'une seule catastrophe; mais cette circonstance ne s'oppose pas à ce que nous continuions ti considérer le nom dedéluge comme s'appliquant à la dernière de ces révolutions, ei que nous en recherchions les causes, sans craindre de nous appuyer sur des effets qui provien-
ciraient de catastrophes antérieures , puisque tout nous prouve, ainsi qu'on le verra ci-après, que ces catastrophes étaient des phénomènes de même nature, produits par les mêmes causes.
685. Ch*, ce qui se passe actuellement nous porte ^^^^ à croire que le déluge ne peut avoir eu lieu que
par l'effet de pluies immenses, par celui d'une sortie extraordinaire d'eau du «ein de la terre, ou par le déplacement des eauf de la mer , occasioné soit par des vents violents, soit par l'attraction d'un corps céleste, soitpar l'affaissement d'anciens continents, soit, enfin, par l'exhaussement d'une partie des continents actuels ^. Nous allons successivement passer en revue ces six hypothèses, pour voir celle qui mérite le plus de confiance.
686. L^existence de pluies assez abondantes pour ^f^'l'J^ ^'^ avoir inondé toutes les terres découvertes et pour
avoir transporté des quartiers de rochers à des hauteurs considérables, peut difficilement, ou plutôt ne peut pas se concevoir d'après les règles
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* M. Élie de Beaumont, dans son important ouTrage sur Fige relatif des montagnes {annales des sciences nat., tom. XVIII et XIX) soppose aussi que les énor&es amas de débris que Ton Toit au pied des Alpes, ont dû leur transport à la fonte des neiges, occasionée par la chaleur qui se serait dégagée lors du soulèvement de la partie orientale de ces montagnes : or, outré' que ce phénomène ne doit être considéré que comme une circonstance particulière aux lieux où il existait déjâi des montagnes assez élevées pour élre couvertes de neiges, il est' à remarquer qu^il rentre entièrement dans Thypolhèse du soulèvement, dont il n^est quVne des conséquences accidentelles.
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de la météorologie; mais, en supposant le fait possible, lliypotkèse serait encore sujette à des difficultés insurmontables; d'abord on ne concevrait pas commaoït la nature, après aroir été douée d'une force évaporatrice aussi considérable, serait brusquement passée à son état actud, qui en est si difierent sous ce rapport II est à remarquer ensuite que les eaux du déluge ont agi à l'inverse de ce qu'elles auraient dû feire si dles araient tiré immédiatement leur origine des pluies; car les hautes sommités des montagnes, placées souvent au-dessus des nuages et qui, par leur position élevée et leur forme pointue, ne pourraient recevoir de puissants courants d'eaux, sont préd* sèment les parties du globe où les traces des-ré- Tolutions de celui-ci se manifestent le plus fortement, ainsi que le prouvent leur aspect déchiré et l'abondance de leurs débris dans les dépôts diluviens.
i^S^^Stm» ^^7 • L'hypothèse qui ferait sortir de Fintérieur •4umum. j^ ]3 terre une quantité d'eau su0isante pour inonder des continents entiers, ne paraît pas plus compatible avec l'ordre actuel des choses que celle des pluies; car, de même que nos pluies sont en rapport avec les effets de l'évaporation, la quantité d'eau qui sort maintenant de l'intérieur de la terre est également en rapport avec qelle que lui fournit l'imbibition des eaux pluviales, puisque les monuments historiques nous apprennent que le niveau de la mer n'a pas sensiblement changé depuis deux à trois miUe ans. D'un autre côté, quand on a étudié l'état actuel de notre globe et
X>fiLUG£. 599
les causes qui ont pu concourir à lui donner cet état, on sent que Tidëe de faire sortir brusque^ ment de l'intérieur de la terre une immense quantité d'eau et de l'y faire ensuite rentrer, est une hypothèse purement gratuite, qui ne peut s'appuyer sur les phénomènes qui ont lieu actuelle^ ment, et dont l'explication théorique ne peut s'associer avec les faits qui nous mettent à même de juger de9 phénomènes plus anciens.
688. L'hypothèse qui attribuerait le déluge au Hypoibr» d«t déplacement des mers par Faction des vents, présente les mêmes difficultés que celle des pluies^ car on ne conçoit pas quelle cause aurait pu produire de semblables vents, ni pourquoi cettecause aurait cessé brusquement avec le déluge; sans compter que ces eaux, ainsi déplacées, n'auraient pu produire tous les effets qui sont résultés de cette catastrophe.
68g. Cette dernière considération nous semble Hjvoihi^ <i« aussi devoir laire rejeter 1 hypothèse du déplace- i<»><ment de la -mer par l'action attractive d'un corps céleste, quoique ce phénomène pourrait être admis sous le rapport théorique.
600. L'hypothèse du déplacement des eaux par ii.vp«tbê.« a». un grand anaissement des anciens continents, pourrait expliquer plusieurs phénomènes qui ne peuvent se concilier avec les hypothèses précédentes; mais elle est aussi sujette à une grande di0iculté : c'est que letat de Fécorce du globe est pi^cisément Finverse de ce qu'il devrait être, si la forme de cette écorce lui avait été donnée par des catastrophes de ce genre. En effet, dans ce
cas , les sommets des montagnes seraùent les p>rties des terres actuelles qui auraient été le moini dérangées de leur position primitive, et seraient, par contéqueHt, celles où le sol présenterait le moins de traces de boulerersement; ce qui est tout/À-fait contraire à l'état des choses, le sol de nos plaines paraissant , en général , avoir été beaucoup moins dérangé que celui des montagnes. IH^ai^ 691. II nous reste maintenant à examiner Fbjpothèse du déplacement des eaux par suite <Ib soulèvement- de certaines parties de l'écorce da globe, et noua allons la considàcr tant sons le rapport de la possibilité que sous cdui de la con- Gordancedes efTetsqu'elle auraitdù produire avec ceux qui ont eu lieu.
Nous avons vu, dans le chapiti^ précédent, qne les. phénomènes volcaniques déterminent qodqucfois le soulèvement de certaines parties du sol, et nous avons lait sentir que si la force qui produit l'ascension et l'éjaculation de matières fluides, dans les éruptions ordinaires, rencontrait sur son passage un obstacle tel qu'il fût plus difficile de traverser l'écorce que de la soulever, il devait s'opérer un soulèvement dans une partie de cette écorce.
Il ne s'agit donc, pour savoir si l'on peut admettre l'existence de soalèrements suffisants pour avoir occasioné un déplacement d'eau capable de submerger une partie des continents, que d'examiner si l'observation des &its relatifs à l'histoire des volcans et les hypothèses que l'on fait pour expliquer leur origine, nous permettent de sup-
poser Texislebce de phénomènes anssî étendus, cpii ne se seraient plus renouvelés depuis un grand nombre de siècles.
Or, Fétude des volcans nous a fiiit connaître, sous le premier rapport, deiix circonstances bien remarquables. L'une est le grand nombre de volcans éteints (669) qui prouvent que les phénomènes volcaniques ont été bien plus développés qu'ils ne le sont maintenant; Tautre est Tintermittence des volcans et leur redoublement d'énergie après des périodes de tranquillité (659).
Quant aux considérations théoriques, nous avons vu que l'observation de la température de l'éccHTce du globe , combinée avec 1^ lois sur l'équilibre de la chaleur , prouvaient que le globe jouit d'une chaleur indépendante de celle que l'action des rayons du soleil développe à sa surface , et que cette chaleur diminue journellement par les effets du rayonnement vers les espaces planétaires. Nous avons vu également que c'est a ce refroidissement constant que l'on doit at« tribner l'existence des volcans et des autres phé^ nomènes ignés. Il nous faut donc examiner si nos observations et nos théories sur le refroidissement nous permettent de supposer, non-seulement l'existence de phénomènes beaucoup plus énergiques que ceux qui se passent actuellement dans le globe, mais encore la cessation brusque ou la suspension de ce développement d'énergie.
69a. Voyons d'abord ce qui se passe dans les corp$ exposés au refîx>idi5sement sous nos yeux,
et |a*enoiu pour premier exemple cdui doDl la solidiGcation s'opère le plus souvent autour de nous, c'est-à-dire l'eau. Or, oa sait que, si de l'eau refermée dans un Tase est exposée à la gelée, OD la verra passer p^sque entièremeut à l'état solide avant d'avoir fait de mouvement sensible; mais qu'il arrivera ensuite une e^ièce de révoludcm subite, telle que le vase se brisera, ou bien, s'il offre assez de résistance pour empêcher cet accident, telle qu'il se formera sur la sur&ce de la glace des espèces de protobé- •raaces qui , comparées à la masse, seront des élévations infiniment plus considérables que les plus hautes montagnes par rapport au volmne du globe. Enfin, si le rëfi^oidissement oontiniie f^ïrès cette révolution, le morceau de glace n'éprouvera plus qu'une contraction thermométrique proportionnée au nombre de degrés. ■ On observe aussi de ces phénomènes instantanés, lorsque l'on &it refroidir des matières métalliques ou terreuses passées à l'état de fiDidite ignée; et les personnes qui emploient ces matièi-e^ sont souvent obligées de recourir à des précautions pour empêcher que, dans oertaiDes périodes du refiroidissement, la matière n'éclate et ne se £ende en plusieurs pièces. Ces circonstances sont toujours plus prononcées à mesure que le volume est plus considérable, et que, tandis qu'une petite boule de verre se solidifie sans accident, une grande masse de cette matière, abandonnée à elle-même, ne se refroidira pas sam se fendre en divers sens. On remarque ^Ic-
DÉLUGE. 6o3
ment que plusieurs métaux fondus ne conservent pas, en se figeant, la surface plane qu'ils avaient lorsqu'ils étaient liquides , mais qu'il y a une certaine époque du refiroidissement où il se forme à leur sur&ce des aspérités, qui sont aussi bien plus considérables par raj^rt à la masse , que les montagnes par rapport à la terre.
Quoique la physique nous apprenne qu'une partie de ces phénomènes est due à des circons* tances qui ne peuvent se présenter dans le refiroidissement du globe, il n'est pas moins vrai qu'ils nous familiarisent avec l'idée que ce refroidissement peut aussi offrir de ces accidents instantanés , c'est-à-dire des révolutions qui agisisent avec une grande énergie, et qui sont immédiatement suivies par des périodes beaucoup plus tranquilles.
693. Si nous examinons maintenant ce qui a dû se passer dans le refroidissement du globe, nous sentirons en premier lieu, qu'il y a eu une époque où la chaleur se perdait beaucoup plus rapidement qu'à présent, par la double raison qu'un corps chaud placé dans une enteinte froide , se refix>idit plus promptement dans le commen-* cément que dans toute autre période, et ensuite parce que l'action solaire développe à la surface de la terre une chaleur particulière qui fait maintenant une espèce d'équilibre entre la communication de la chaleur intérieure à la surface, et le rayonnement de la sur&ce vers les espaces planétaires (640). Nous pouvons ensuite déduire
004 UElKÎBTilK.
de cette première considération, deux atUres conséquences : l'une est que le globe a été doué d'une température beaucoup plus élerée que celle dont il jouit maintenant^ la seconde, c'est que l'écorce solide a été beaucoup moins épaisse qu'elle n'est actuellemeat.
6g^. Ces trois données une fois établies , vojons ce qui a dû se passer dans cbacune des deux hypothèses que nous avons rappelées à l'occasion des phénomènes Tolcaniques (665 et 6G6).
Dans la première, c'esl>à-dire dans celle de la simple compression, on conçoit que, quand la croûte du ^obe était plus mince, plus chaude et plus fleuble, la force qui produit maintenant l'ascension des matières volcaniques, devait opérer bien plus de soulèvements qu'à présent, et donner à ces soulèvements une étendue bien plus considérable. Car, d'un côté, la contraction devait se iâire beaucoup plus rapidement, la production des gaz devait être bien plus abondante et la résistance de la croûte bien moindre; tandis que, cette croûte s'épaississant coatinaeile ment, on conçoit un terme où, devenue trop épaisse, elle ue se sera plus laissé soulever sur une grande étendue, et où les matières qui agissaient en dessous se seront seulement ouvert des canaux étroits pour parvenir à la surface, c'est-à-dire qu'au lieu de grands soulèvements, il n'y atira plus eu que des éruptions volcaniques, ou quelquefois de petits soulèvements, lorsque les canaux se seront ti-ouvés obstrués dans certaines parties de l'écorce du globe.
DÉLUGE. 6o5
69S. Dans la seconde hypothèse, c'est-à-dire, dans celle qui suppose que la masse intérieure du glohe se contracte davantage, par le refroidissement, que son écorce extérieure, on sent que celle-ci deviendra trop grande pour celle-là. Dun autre côté, comme cette écorce est douée d'un certain degré de fleidhilité (665), elle suivra en grande partie, mais d'une manière toutii-fiiit insensible, le mouvement de retrait de la masse fluide intérieure, sauf que, dans certains points, l'excédant de dimension de l'écorce déterminei^ la formation de rides qui se formeront d'abord d'une manière lente et presque insensible; mais il d^vra arriver un moment où le diamètre de l'écorce deviendra tellement difierent de celui de la masse fluide, que cette action lente et insensible sera insuffisante, et qu'il se formera une fracture brusque, par la même raison qu'un arc que l'on courbe, après avoir fléchi pendant un certain temps, finit par se rompre d'une manière violente.
696. On voit par ce qui précède, que les deux hypothèses que l'on a déduites de la théorie du refroidissement, conduisent également à admettre que les élévations du sol ont été produites par des soulèvements dont la majeure partie s'opère par des révolutions brusques. Si maintenant nous examinons l'état actuel de la partie de l'écorce du globe que nous connaissons , nous verrons que les choses sont précisément telles qu'elles doivent être, dans le cas où ces phénomènes auraient eu lieu; mais qu'il y a même
6o6 GÉOGÉNIE.
des faits absolurnsnt impossibles à expliquer dans toute autre hypothèse.
Tel est notamment celui de la présence, à plusieurs milliers de mètres, de roches qui, renfermant des restes d'animaux marins, doivent aToir été formées sous les eaux de la mer. Or, quels que soient les phénomènes extraordinaires que l'on puisse supposer pour expliquer le séjour des eaux à une semblable hauteur, tels que le déplacement de la position astronomique do globe, ou l'existence d'une masse d'eau immensément plus considérable que celle qui existe actuellement, ces hypothèses sont tout^-fait insuffîsantes pour expliquer le fait qui nous occupe, depuis que l'étude de la géognosie nous a prouvé que les terrains trîtoniens qui se trouvent à 6000 mètres de hauteur dans les Alpes, Se formaient sous la mer à la même époque où les plaines de la Bresse et celles des environs de Paris étaient couvertes par des lacs d'eau douœ, dont les rivages étaient ombragés par des forêts de palmiers, habitées par une grande quantité d'animaux terrestres.
D'un autre côté, on conçoit qbe si des montagnes étaient soulevées du fond de la mer, le double mouvement des masses solides qui s'élevaient, et des masses liquides qui tendaient à reprendre leur niveau , a pu produire d'immenses inondations sur les terres décoUvCTtes, et y transporter une grande quantité de débris. Le phénomène du soulèvement expliquie aussi de la manière la plus satisfeisante l'aspect déchiré de la plupart
«les VkUërt»
des sommets de montagnes, et la ressemblance que' la plupart de nos yallées offrent avec des fentes et des crevasses.
697 . Cette dernière considération nous conduit onRîne à parler de l'origine des yallëes , l'une des questions les plus importantes et en ménlê temps les plus controyersées de la géologie; question que nous eussions été mieux à même d'étudier à la fin de cet ouvrage, ^mais dans laquelle les phénomènes diluviens jouent un si grand rôle, que nous avons cru préférable de la traiter en ce moment
L'une des opinions qui ont été les plus répandues à ce sujet , c'est que tous ces enfoncements ont été creusés par les eaux ; mais, si nous cherchons à reconn^tre comment celles^! ont pu produire de semblables résultats, nous trouverons que la théorie, aussi bien que l'observation de ce qui s'est passé depuis que l'état du globe est constaté par des monuments historiques, rendent cette opinion bien difficile à admettre.
En effet, l'eau ne peut couler que d'un point élevé vers un point plus bas ; de sorte que, si toutes les vallées étaient le résultat du passage des eaux, elles auraient toutes la direction delà pente générale du sol , et l'on ne verrait jamais une rivière traverser une chaîne de montagnes plus élevées que la plaine où elle prend sa soiu:*ce; ce qui a cependant lieu dans un grand nombre d endroits (33).
698. D'un autre côté, si nous examinons les effets que les eaux exercent maintenant sur les
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matières qui forment la croûte solide du g^obe, nous verrons que cette action ne se fait sentir, d'une manière prononcée, que sur les matières meubles ou friables qiii se désagrègent faicilement, et que tous les nouyeaux lits que se creusent nos rivières, sont toujours pratiqués dans des sablei ou dans d'autres dépôts meubles, tandis que les monmnents bistoriques nous apprennent que les fleuves les plus forts et les flots les plus fougueux se brisent depuis des milliers d'années sur certains rocbers, sans leur avoir fait éprouver de cbangements sensibles; d'où il résulte, que si les vallées avaient été produites par l'érosion des eaux , elles se seraient établies bien plutôt dans les dépôts meubles que dans.les masses cobérentes, ce qui est précisément le contraire de ce qui a lieu; car nous voyons non -seulement que les vallées les plus profondes et les mieux prononcées se trouvent toujours bordées de rochers escarpés très-cobérents, mais que ces mêmes vallées, ou plutôt les cours d'eau auxquels elles serrent d'écoulement, sont arrêtés par des dépôts meubles, qui les forcent, pour ainsi dire, à rebrousser chemin. Cest ainsi, par exemple, que le Rhône qui, de Genève à Saint- Genis en Savoie, coule du nord au sud , au milieu de roches calcareuses très-cohérentes, change brusquement de direction, lorsqu'il rencontre les premières collines arénacées du Dauphiné, et rentre dans de hautes montagnes calcareuses qu'il traverse, en faisant un angle aigu avec sa première direction. Ce même Rhône, ou plutôt le cours d'eau qui
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desœnd des Vosges dans la Méditerranée, et qui porte le nom de Saône et ensuite celui de Rhône, présente une autre circonstance, qm est tout aussi défavorable à l'hypothèse du creusement des vallées par les eaux; cest que ce cours d'eau, au lieu de s être frayé im chemin au milieu des dépots meubles qui recouvrent la vaste plaine qui sépare le Jura et les Alpes des montagnes du centre de la France, suit, au contraire, le pied de ces montagnes, en s'introduisant, pour ainsi dire, dans leur intérieur, de manière que Ton voit à Toumus, à Lyon et à Tain, sur la rive gauche du cours d'eau , des collines composées des mêmes roches cohérentes qui constituent les montagnes qui bordent la rive droite. Or, si l'on fait attention à la facilité que les eaux auraient eue pour tourner autour de ces espèces de caps, et aux difficultés, pour ne pas dire à l'impossibilité, de leur part, de se creuser un lit au milieu de rochers très -cohérents, on demeurera convaincu que ces eaux, bien loin d'avoir creusé un semblable lit, ont profité d'une ouverture qui se trouvait dans le massif de rochers.
Le Danube et beaucoup d'autres fleuves offrent aussi la même disposition.
699. Une autre difficulté que plusieurs vallées, surtout celles des terrains primordiaux, présentent contre l'hypothèse de l'érosion, c'est l'existence des barres ou étranglements (3i) qui donnent souvent aux vallées l'aspect d'une série de bassins unis par des défilés ou couloirs étroits, tandis que, la masse d'eau qui coule dans une
6lO GÉOGENIE.
vallée allant généralement en augmentant, -les yallées £siites par érosion doivent tendre à s'élargir continuellement, depuis leur origine jusqu'au point où elles se perdent dans une plaine ou dans la mer.
700. Nous pourrions citer aussi les lacs qui présentent des enfoncements plus profonds que les points où l'action érosive des eaux superficielles a pu s'étendre. A la vérité, on répondra qu'il est inutile de combattre l'opinion que les lacs n'ont pas été formés par cette action, puisque les géologistes qui lui attribuent le plus d'importance , sentant qu'elle aurait du combler les lacs plutôt que de les creuser, ont été obligés de cbercher une autre origine à ces enfoncements ; mais cette dernière circonstance est elle-même un argument contre le système qui voit TefFet de l'érosion dans toutes les vallées , puisque c'est avouer que ce système est insuffisant pour rendre raison de l'origine de certaines vallées ; car les lacs ne sont que des vallées ou des bassins qui n'ont pas^ comme les vaUées ordinaires , une ouverture plus basse que la partie la moins élevée de leur fond.
701. Il s'agit donc de recbercher si l'étude des phénomènes qui se passent encore et de ceux qui se sont passés dans Técorce solide de notre planète, ne nous indique pas des causes plus propn» à expliquer l'origine des yall^ barrées et étranglées. Or, ce que nous avons dit dans ce chapitre et dans le précédent , sur l'origine des montagnes et sur le mode de formation des roches, nous donne les moyens de concevoir faci-
pour plier platot que de se. fendre, il devait se former des espèces de plis ou de rides, c'est^i^ire .des montagnes composées de couches qpi s élèvent d'un côté avec la pente de la montagne, qui se courbent au sommet et qui redescendent de Tautre côté avec tine inclinaison en sens contraire, ainsi que nous lavons déjà indiqué en parlant de la stratification arquée (206). Or, lorsque deux ou ujd plus grand nombre de ces plis se trouvent placés à côté les uns des autres^ les dépressions qui les-séparent forment aussi des vallées que l'on pourrait désigner par la dénomination de vallées de plissement j par opposition à celles résultant de Yécartement des parties^ tel est le cas de beaucoup de vallées longitudinales, et notamment de plusieurs de celles qui séparent les chaînons . du Jura.
704. Les éruptions ou éjaculations de matières Jj^^ li^idçs et solides qui sont poussées de l'intérieur de la terre par des phénomènes analogues à ceux des volcans, sont aussi dans le cas de donner naissance à un troisième mode de formation de vallées, mais beaucoup plus circonscrit que les deux autres. Nous avons vu, en effet, que lorsque les laves sortent des volcans, elles ne sont pas' assez fluides pour s'étendre sur le sol comme une nappe d'eau, mais qu'elles forment des espèces de bourrelets oud'éminences longitudinales plus ou moins élevées, que l'on appelle coulées. Or, on sent que ces coulées peuvent donner naissance à des vallées , soift ense ramifiant par la rencontre de quel- . que obstacle, soit en se plaçant Tune, à côté de \
a*tfr«pti«K
6l3 GÉOGÉNIE.
soulèvement, ainsi qiie nous Favons vu ci^essos
L'écartement des masses minérales a du aussi être occasioné ,par une cause agissant dans un sens diflférent de la force que nous supposons ayoir donaé naissance aux soulèvements. On a pu remarquer, en effet, par ce que nous avons déjà dît sur la formation des roches , que ces masses ont été plus chaudes et plus imbibées d'eau quelles ne le sont maintenant Or, on sait que le refroidissement et le dessèchement produisent sur les matière^ qui en subissent les efîets des retraits, qui, pour les corp3 de même nature, sont dans la proportion du volume ; on çait également que, dès que les masses qui subissent ces reti*aits sont telles que la force de coliésion est surpassée par celles qui agissent dans d'autres sens , il se forme dans ces masses des fentes plus ou moins considérables, et on sentira aisément que, si le dessèchement de la boue d'une petite mare produit quelquefois de» fentes de plus d'un centimètre d'ouverture, le dessèchement d'un dépôt qui couvre une contrée entière aura pu produire des épartements aussi larges que certaines vallées. Il ' est à remarquer aussi que ce genre d'écartement était dans le cas d'agir énergiquement sur une assise supérieure, tandis qu'il pouvait être insensible sur une assise inférieure : ce qui explique comment certaines vayées sai^^étent à certain terrain, sans s'enfoncer dans le terrain inférieur.
<i« ^'llîSetit 7^^' ^ conçoit également que quand la force soulevante agissait sur des masses assez flexibles
DÉLUGE. .6l5
pour plier platot que de se fendre, îl devait se former des espèces de plis ou de rides /c'est4i-dire .des montagnes composées de couches cjui s'étèvent d'un côté avec la pente de là montagne , qui se courbent au sommet et qui redescendent de Faur tre côté avec Une inclinaison en sens contraire, ainsi que nous lavons déjà indiqué en parlant de la stratification arquée (:2o6). Or, lorsque deux ou un plus grand nombre de ces plis se trouvent placés à côté les uns des autres,, les' dépressions qui les-séparent forment aussi des vallées que l'on pourrait désigner par la dénomination de vallées de plissement j par opposition à celles résultant de Yécartement des parties^ tel est le cas de beaucoup de vallées longitudinales, et notamment de plusieurs de celles qui séparent les chaînons . du Jura.
704. Les éruptions ou éjaculations de matières y*^ li/]uides et solides qui sont poussées de l'intérieur de la terre par des phénomènes analogues à ceux des volcans, sont aussi dans le cas de dojuier naissance à un troisième mode de formation de vallées, mais beaucoup plus circonscrit que les deux autres. Nous avons vu, en effet, que lorsque les laves sortent des volcans, elles ne sont pas' assez fluides pour s'étendre sur le sol comme une nappe d'eau, mais qu'elles forment des espèces de bourrelets oud'éminences longitudinales plus ou moins élevées, que l'on appelle coulées. Or, on sent que ces coulées peuvent donner naissance à des vallées , Soi* en se ramifiant par la rencontre de quel- 4]ue obstacle, soit en se plaçant Tune à côté de
l'autre, soit en s'éteadant au milieu d'une vallée qui se trouverait de cette manière divisée en deux. Les ëjaCuIatioDS de matières sèches, en élevant de nouvelles éminences, sont aussi dans le cas de former de nouvelles vallée&
705. Du reste, nous sommes loin de prétendre que l'action érosive des eaax n'ait pas , de son côté, donné naissance à ungrand nombre de vallées, soitpendantledéluge, soit après, soit avant cette catastrophe; on sent, en efiét, que dans les dépôts meubles ou dans ceux composés^ele couches peu cohérentM, qui ont consrarvé leur position originaire, les vallées n'ont pu être fonoées ni par écartement ,ni f arplissement; mais qu'elles peuvent, au contraire, avoir été creusées parles eaux; aussi les vallées qui se trouvent dans res dépôts, sont précisément telles qu'elles doivent ètiv si elles ont été formées de cette manière, c'est-à-dire qu'elles suivent la pente générale do sol, qu'elles sont plus étroites et moins enfoncées dans leurs parties supérieures que dans leurs parties inférieures, et qu'elles ont dévié de leur direction par la rencontre d'un rocher solide, de même que l'on fait dévier le cours de nos rivières en construisant des ouvrages destinés à préserver certaines parties de leurs bords.
D'un autre côté, nous avons fait voir que le» soulèvements ont pu donner naissance à des dépressions en forme de bassins qui, n'ayant pas de débouché, ont dû natin'ellement se remplir d'ean. Or, nn spni que dans certaines cirronslauces favorables, ces amas d'eaux se seront
Kl^
riro«l«m«il.
D£LUG£. 61 5
creusé des couloirs à travers les digues qui les séparaient des sob inférieurs.
706. Indépendamment de ces vallées dues aux vau^ a. phénomènes qui ont lieu dans l'intérieur du globe ou à l'action érosive des eaux à sa surface, ce qui se passe dans la nature actuelle nous apprend qu'il a pu s'en former d'une manière ana<logue à cette espèce de refoulement qui a lieu dans les eaux courantes. On sait, en effet, que quand des courants rapides transportent des matières en suspension , ces matières se déposent en dehors du courant, au lieu de s'étendre uniformément en couches planes , comme celles qui se font dans des eaux tranquilles ; c'est ainsi , par exemple, qu'il se forme, sur les bords d'une rivière gonflée, des espèces de bourrelets élevés au-dessus du fond du lit de la rivière , et que la présence, au milieu d'un cours deau, de qudque obstacle qui divisera le courant en deux branches, suffira pour donner naissance à un dépôt qui , recevant des accroissements à chaque gonflement des eaux, deviendra, pour les temps ordinaires, une ile élevée au-dessus du niveau des eaux, et, sauf ses dimensions, cette ile sera une montagne isolée au milieu de deux vallées qui la séparent de deux chaînes de plateaux, c'est-à-dire des bords de la rivière.
Le phénomène du refoulement a lieu d'une manière encore plus sensible, lorsqu'il tombe de la neige par un grand vent, et les personnes qui voyagent dans de semblables moments, ont souvent eu l'occasion de remarquer que, tandis
6l6 CÉOGÉME.
qu'il ne se fixait pas de neige dans certains endroits frappés par le vent , il s'élève à côté d'épais massi& terminés par des flancs verticaux, et même en surplomb, d'une hauteur considérable. On remarque paiement que la présence d'un arbre ou d'un autre obstacle, divisant le courant de vent , devient l'origine d'un amas de neige qui s'élève comme une île entourée d'endroits sur lesquels le sol demeure à découvert Or , si nous faisons aussi abstraction des dimensions, cette disposition de la neige nous donnera absolument l'idée de plateaux sillonnés par des vallées , et sur les bords desquels se trouvent des caps, des presqu'îles et des montagnes isolées.
Si, à ces phénomènes qui se passent dans un fluide élastique aussi rare que l'atmosphère, ou dans des amas de liquides aussi petits que nos fleuves, nous comparons ceux qui ont dû se passer dans de vastes mers, dont les eaux dé- . posaient de puissantes couches minérales, nous I sentirons que la force des coiu*ants a dû souvent ! refouler les matières de ces couches dans les en- ; droits où l'eau était plus tranquille et par conséquent donner naissance à des collines et à des vallées plus ou moins considérables. Il est donc ; très-probable qu'il y a beauooup de vallées de ' ce genre « nous pensons même que c'est la manière la plus plausible d'expliquer ces collines ' isolées et ces échancrures qui, dans certaines 4 contrées, comme la partie nord- est du bassin ; de Paris, forment la bordure d'im plateau qui
BéLUGfi. 617
domine une plaine et dont les couches ont conservé leur position originaire, ou du moins ne paraissent pas avoir subi des dérangements suffisants pour expliquer le relief du pays.
707. On voit par ce qui précède que les di--G«r>ti<» du.. verses causes auxquelles nous attribuons l'origine ^"^ ^*^ des vallées, ont été dans le cas d'agir dès les
temps les plus reculés, et qu'elles n'ont pas encore cessé entièrement, d'où l'on sent que ces diverses causes agissant soit successivement, soit simultanément sur une même contrée, ont du confondre leurs résultats, de manière qu'il est souvent très-difficile de reconnaître quel est celui des divers modes de formation qui a donné naissance à certaines vallées. Tel serait, par exemple, le cas d'une contrée où il y aurait eu originairement beaucoup de vallées de refoulement, qui aurait ensuite subi l'effet de soulèvements sous-marins, lesquels auraient naturellement été accompagnés de grands mouvements dans les eaux, par conséquent de fortes érosions, et où de fréquentes éruptions auraient ensuite répandu de puissantes coulées de laves et élevé de nombreux cônes volcaniques.
708. Jj'origine des blocs erratiques se conçoit ongiM aussi plus facilement dans l'hypothèse des sou- ^•^ lèvements que dans les autres 'systèmes imaginés pour expliquer les catastrophes diluviennes; mais
elle ne laisse pas de présenter beaucoup de difficultés. La plus importante provient des enfon* céments que ces blocs ont dû traverser pour remonter ensuite sur un sol plus élevé* Cest ainsi
6l8 GÉOGÉNIE.
que la Baltique parait s'opposer au passage des blocs erratiques de la basse Allemagne, que diverses circonstances rappelées ci-dessus (374) annoncent venir de la Scandinavie, et que la vallée de l'Aar paraît mettre un obstacle insurmontable au passage des blocs des Alpes qui se trouvent à une hauteur considérable sur le Jura. Cette difficulté disparaîtrait si l'on pouvait supposer que le sol sur lequel reposent les blocs erratiques n'a été soulevé au-dessus du niveau des enfoncements qu'après l'arrivée des blocs; mais nous verrons, au contraire, que les recherches de M. Élie de Beaumont Font porté à. conclure, que le Jura a été élevé bien avant l'arrivée des blocs erratiques. Du reste, cette difficulté est encore bien plus insoluble par l'hypothèse de lerosion des vallées; car, outre que dans cette hypothèse on ne peut concevoir comment les eaux auraient détaché des fragments aussi volumineux, on sent qu'il. est impossible qu'un phénomène semblable au creusement de la vallée de l'Aar ou du bassin de la Baltique, ait eu lieu après la mise en place des blocs erratiques, sans que ceux-ci n'aient pas été enfouis dans de nouveaux débris, du moins ceux qui ne sont pas dans une situation très-élevée.
On a objecté contre l'origine septentrionale des blocs de la grande plaine du centre de l'Europe, que le peu d'élévation de quelques-unes des montagnes d'où l'on suppose que ces blocs proviennent, ne suffisait pas pour expliquer la force d'impulsion nécessaire pour détacher et trans-
porter ces blocs dans les lieux où ils sont maintenant Cette difficulté nous paraît effectivement insoluble dans l'hypothèse de l'érosion des eaux } mais elle n'est d'aucune force dans l'hypothèse des soulèyements ; car, cpioique les montagnei dont il s'agit soient pea élevées au-<lessus du niveau de la mer , il ne s'ensuit pas qxie leur soulèvement n'ait pas été aussi considérable que celui de montagnes beaucoup plus importantes» puisque cette eirconstance dépend du point de départ, qui pouvait être lui-même plu9 ou moins enfoncé.
709. D'im autre côté, ce que nous avons dit sur l'origine des soulèvements fisiit sentir que ces phénomènes doivent quelquefois amener à I4 surface une grande quantité de débris plus ou moins usés.
Nous avons vu, en effet, que les soulèvements et les éruptions devaient être également occasionés par la poussée d'un fluide intérieur, qui tend à gagner la surface de la terre. Mais , entre les éruptions proprement dites et les grands soulèvements qui neiSe manifestent au jour que par le plisse* ment ou l'écartement d'une partie de la ajoute du globe, il y a un intermédiaire, c'est celui où, comme au Monte-Nuovo (653), il arrive à la sur- £ice des matières solides qui ne sont pas lancées avec violence. Or, ce» matières doivent avoir, en général, des formes fragmentaires; car on sent que, si des masses en fusion cherchent à se faire un passage à travers des masses solides, le frottement de ces masses et le refiroidissement qu'é-
soulèrements successifs, maïs ont même rendu très-fondé l'espoir ipie l'on parviendi^ un jour à déterminer l'époque relative de l'exhaussement de chaque chatbe de montagnes.
Les considérations sur lesquelles ces recherches sont fondées exigent, pour bien être appréciées, la connaissance de plusieurs iàils, qui feront plus particulièrement le sujet du chapitre suivant; mais, €X)mme la réponse 0ux deux questions cidessus forme une partie importante de l'histoire du déluge , nous ne pouvons nous dispenser de faire connaître ici les bases sur lesquelles est établie cette nouvelle et importante branche de la géo> logie.
7 1 1 . Ce que nous avons déjà dit de la structure de la croûte du globe et des phénomènes qui s'y passent, sufTît pour nous avoir appris qu'iine grande partie des roches qui composent cette croûte ont été formées' dans un liquide. On sent, en conséquence, qu'elles ont dû s'étendre par couches à peu près horizontales , sauf quelques ondulations ^ultant de la forme du sol sur lequel ces couches se déposaient j mais il est impossible que ces couches se soient déposées originairement eh sur~plomb et même dans une position verticale ou fortement inclinée, de sorte que les couches qui ont pris'des positions de ce genre, les doivent évidemment à des catastrophes postérieures à l'époque de leur formation, et, d'après ce que nous avons dit, ces catastrophes doivent avoir été des soulèvements; nous avons aussi eu t'occasioa de faire voir que la majeure' partie de
612 GiOGÉNIE.
la croûte du globe se compose de diverses associations de roches successivement superposées l'une à l'autre , et que l'on voit quelquefois des assises horizontales reposer en stratification discordante sur des assises inclinées. Or , on concevra aisément que, dans ce cas, ces dernières assises étaient déjà redressées lorsque les autres ont été formées; c'est ainsi, par exemple, que, dans une contrée comme lès pays eiître l'Escaut et la Roer , où Ton voit du terrain crétacé en couches horizontales reposer sur du terrain houiller en couches inclinées, on peut dire que ce dernier a été remué entre i époque de sa formation et celle du terrain crétacé ^ tandis que dans les Alpes , où l'on voit la molasse tritonienne et le lignite nymphéen en couches fortement inclinées, on peut dir^ que le soulèvement a eu lieu après la formation de ces roches , d'oii l'on voit que si ce soulèvement n'est pas celui qui a occasioné l'inondation diluvienne, il en est au moins fort peu éloigné.
712. Du reste, il £aut éviter d'entendre ce que nous venons de dire sur le soulèvement des couches inclinées , dans un sens qui porterait à croire que les couches horizontales n ont pas éprouvé d'exhaussement; nous avons seulement dit que^ quand on voit des couches horizontales reposer siu* des couches inclinées, on doit en conclure que ces dernières avaient déjà été relevées lorsque les autres ont été déposées ; mais il ne s'ensuit pas que celles-ci n'aient point aussi éprouvé l'efiet des soulèvements; au contraire, ce que nous avons dit de l'état de l'écorce du globe et de la cause des
DÉLUGE. 6a 3
soulèyements , nous fait concevoir que, si, dans certains lieux, ces phénomènes relèvent brusquement, renversent même, des parties de cette écorce, il est d'autres endroits où ils ne font qu'exhausser quelques-unes des pièces séparées que nous avons dit composer la croûte du globe j sans d'ailleurs que la position, par rapport à l'horizon, des couches qui composent ces assises soit sensiblement dérangée. Or, cette conséquence, que la théorie nous montre comme indispensable, ' nous est prouvée par l'observation j car on voit ^ fréquemment des failles dans les terrains horizonf taux, et on sent, d'après ce que nous avons dit de ces accidents, qu'ils ne sont que le résultat du jeu des pièces séparées qui composent l'écorce du globe, jeu dont les tremblements de terre nous donnent tant de preuves.
71 5. Des considérations d'une autre nature ont encore porté M. Elie de Beaumont à pousser plus loin les rapprochements de ce genre. Nous avons déjà fait connaître {6G^ qu'il supposait que, par l'effet du refroidissement, la masse intérieure du globe prenait un diamètre plus petit que son écorce , ce qui forçait celle-ci de se rider , et que ce phénomène se faisait par des révolutions brusques. Or, il a paru à M. de Beaumont que la loi de simplicité qui préside à toutes les opérations de la nature, devait donner à toutes les rides qui se formaient par une même révo*lulion , une direction parallèle à un même grand cercle de la terre, d'où il résulterait que toutes les montagnes formées à la piême époque, de-
id^, M. de Beamnont a fait des recherches qui lui ont paru confirmer ses prévisions et qui lui ont prouvé, dit-il, que les montagnes dont on reconnaît que le soulèvement s'est opéré à la mênie époque, ont eflectÎTement la même direction, et que les chaînes dans lesquelles on voit des directions différentes, ont été formées par des soulèvements différents.
7i4- C'est ainsi que la chaîne des Alpes, par exemfde, présentant deux directions différentes, savoir ; celle de la partie orientale on principale, de ta Hongrie au Mont-Blanc, dirigée de ÏE. /« N. E. à 10. '/< S. O-, et celle de la partie occidentale de Zurich à Marseille, dirigée du N. N. Ë. au S. S. O. , M. de Beaumont en conclut que cette chaîne a été formée à deux époques différentes. Il a en conséquence cherché à recoonaître des dépôts qui, relevés par l'une de ces révolutions , n'auraient point été atteints par l'autre , et comme ces deux portions des Alpes offrent également des dépôts térîaires en couches inclinées, ce ne pouvait être que dans les derniers termes de ce groupe que l'on devait trouver des traces de cette distinction. Aussi, M de Beaumont a effectivement reconnu que les dépôts de transport contenant des débris d'éléphants et de rhinocéros qui sont placés au pied occidental des Alpes , peuvent se distinguer en deux systèmes différents ; l'un , lout-à-fait superficiel, qui n'est dérangé dans aucune partie de la contrée et qui a été transporté par des eaux qui cou-
rapporte aussi le KiœllleHt ea ScandinaTie, le côtes occidentales de Barbarie, les côtes orientales du Brésil, etc.
hH.u»"-!»! 716. La reTolution qui a soulevé les Alpe ™ir°' ''orientales, et que M. de Beaumoot considère, ainsi qu'on vient de le voir, comme la dernière catastrophe qui a changé le relief de Ifjirope esl^dle aussi la dernière de celles qui ont changé la forme des autres parties de la terre? Cest U une question à laquelle le peu d'étendue des obsarations Élites d'après les principes indiqués ci-dessus , ne permet pas encore de répondre d'une manière positive j mais la vaste chaîne des Ânda qui traverse toute la longueur de l'Amérique méridionale dans la direction du nord au sud, qoi est presque entièrement composée de terrain trachjtique, et qui présente encore une grande quantité de soupiraux volcaniques, k forme, dit M. de Beaumont, le trait leplusétendu, leplm tranché et pour ainsi dire le moins effiusé de la configuration actu^e du ^be terrestre ' D'où ce savant est porté à voir dans l'apparition de cette chaîne de montagnes, la cause de cette terrible inondation dont nos moaumeats historiques nous ont conservé le souvenir sons le nom de déluge; et on conçoit en efiêt que le soulèvement d'une chaîne de montagnes aussi puissantes , a pu oocaùoner aux eaux de la mer une agitation suffisante pour qu'elles Tinssent inonder les autres continents.
i.iiç»<,.uni 717. Une autre qiiestion se présente mainte- ■"'""■"'■ oant : c'est de savoir si ces soulèvements ont
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638 eâoGÉNiE.
Ênire jour au travers des masses qui les recouvrent, leur action soulevante doit devenir k peu près nulle ; de sorte qu'il parait assez probable que le soulèvement des hautes montagnes n*a pas été accompagné de l'éjaculàtion dedép6ls plutonieos, et que les grandes éjaculations de ce genre n'oat pas produit de hautes montagnes.
718. Si nous recherchons théoriquement ïépoque qui a du être, dans l'hypothèse du refroidissement successif du globe, la plus favorable à la production des hautes montagnes, nous trouverons que c est précisément celle des derniers soulèvements; car, dans les commencements de la consolidation, la croûte du globe 9 trop minœ pour opposer une srande résistance , devait se ÎLpr/Wmoind^effart, et les mLûèces qui poussaient de bas en hautr, se trouvant mises de suite au jour, pouvaient.se répandre à la sur&ce, tandis que plus la croûte du globe est devenue épaisse, plus son soulèvement aura donné lieu à des élévations considérables. Or, il est bien lemarquable que cette considération purement théorique conduit au même résultat que des observations fondées sur un tout autre ordre de faits , et que les unes et les autres coïncident à faire considérer les montagnes les plus élevées comme étant les plus nouvelles : rapprochement d'autant plus favorable à l'hypothèse de la formation des montagnes par voie de soulèvement, que les autres hypothèses que l'on a &ites pour expliquer l'origine de ces élévations, conduisaient a admettre que les montagnes les phxs élîevées étaient les plus anciennes.
iriioaim
. DÉLUGE. 62g
; 719. IVun autre côté, si rapparitîon des éniptions volcaniques a dû eu quelque manière coïncider, comme il a été dit ci-dessus (694)9 avec la cessation des grands soulèvements , ces éruptions ont dû s'établir de préférence sur ces lignes soulevées en dernier lieu, parce que l'état des débris accumulés sur ces lignes devait présenter plus de facilité poiu* rétablissement des canaux par où s'échappent les matières intérieures, que celui des lieux où les décombres avaient déjà pu se tasseis ce qui expliquerait pourquoi les volcans sont si fréquents dans les Andes.
720. On ne doit cependant pas prendre cetteongmcdnd^ distinction entre la période des éruptions et celle ^^ des soulèvements d'une manière plus tranchée que les autres divisions que l'on établit pour l'étude de la nature: car, outre que nous avons vu qu'il s'opère encore de petits soulèvements, malgré nos éruptions volcaniques, il y a im mode d'éjaculation des matières plutoniennes , qui se rapproche des éruptions et qui parait avoir toujours eu lieu; c'est çdui où ces matières, au lieu d'être lancées dans l'air avec violence, ou d'être retenues dans l'intérieur de la tarre, s'injectent au milieu des masses solides, ou percent ces dernières de manière à donner naissance à des dykes et à des culots. Or, la théorie nous conduit à admettre que ce mode d'éjaculation a pu se £siire aux époques les plus fevorables, aux grands soulèvements ; car on conçoit que, quand une chaîne de montagnes se soulevait, il pouvait y avoir quelques points faibles qui permettaient le pas-
030 UMJUisnit.
sage des matières molles ou liquides, sans qu'il se produisit une éiiiption ou un épanchementsof- Hsant poiu' empêcher le soulèvement Aussi l'observatioa nous montre, ainsi que nous l'avons déjà indiqué aux articles des terrains basaltique, trachytique et porphyrique , qu'il y a de ce dykes et de ces culots qui traversent toute b série des terrains tériaîres, ammonéens et hémllysiens.
731. Du reste, si on conçoit bien que, dans certaines circonstances , les matières molles et liquides, poussées de bas en haut, ont pu former des dykes et des culots , nous ne comprenons pas pourquoi on ne voit pas de cratères d'éruption dont l'antériorité aux derniers dép6ts tériaîres soit bien constatée : on a supposé, à la Terilé, que ces cratères avaient été détruits par les inondations diluviennes^ mais nous ne pouvons admettre que ces inondations aient été sulfisantes pour faiie disparaître tous ces cratères, si ceux-ci n'avaient au moins été fort rares par rapport à la qnaotité des dykes et des culots plutoniens.
i,.).~ 73a. Les brèches osseuses et les ossements des ^» cavernes jouent tm rôle trop important dans la série des dépôts que nous avons rangés dans le terrain diluvien, pour que nous ne disions pas ici quelques mots de leur origine-
7a5.Celledes brèches osseuses neparaitpas difficile à concevoir, car la position et la nature de ces dépôts se réunissent pour nous porter à croire qu'une eau qui , de même que celle qui forme nos tufs, jouissait d'une certaine propriété disso^
se trouvent., uest point une question aussi fàei à résoudre. Une des premières opinioas que l'c a eues à ce sujet a été que ces cavernes avaiei servi d'habitation aux carnassiers, et que les he bivores y avaient été entraînés jiar les camassie auxquels ils servaient de Dourritiu^; mais cet opinion est sujette à beaucoup de difficultés, paraît notamment que si les carnassiers étale morts naturellement dans les cavernes, leurs c semcats ne seraient point aussi disséminés i aussi brisés qu'ils le sont; il est donc plus pr bable que les ossements des cavernes y ont è apportés par les eaux , de la même maDière qi ceux des brèches ont été amenés dans les fenb M. Marcel de Serres, qui a donné le plus de d veloppement a cette opinion, assure même qo n'y a d'ossements que dans les cavernes qui o des ouvertures disposées de manière à recew des alluvtons, et que l'on n'eu trouve pas <Iai celles dont les ouvertures sont disposées de &ç( à ce que les alluvioos n'aient pu y entrer. 1- 725. Si nous cherchons maintenant à connaib (juel était l'état de notre globe au moment d ^déluge, nous sentii-ons bientôt que sa division < terres et en eaux tient à des cii'coustances tn variables (19), pour que nous puissions dire p sitivement si les continents de cette époque avaie les mêmes formes que ceux d'aujourd'hui. Cèpe dant, si, comme ou l'a supposé ci-dessus, le d luge historique était dû au soulèvement des Andi la configui-alioQ du sol de l'Eiu-ope devait df cire à jwu près telle <(u'elle est actuellemfa]
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0^4 GEOGEME.
oales , nous répondrions que rien , dans notre hypothèse, ne force à admettre ce changemml brusc[ue , car on conçoit aisément que les êtres TÏTants établis dans une contrée, aient pu s'y conserver long- temps après que la températnre de cette contrée leur était derenue moins convenahle; tandis que le repeuplement qui aura eu lieu apfès la catastrophe, se sera mis complètement en harmonie avec la température qui rouait alors. 0un autre côté, il n'est point impossible qu'une révolution, telle que nous supposons avoir été le dâuge, ait changé brusquement le chmat d'une contrée; car on a pu voir par ce que nous avons dit de la température de la terre {Met. 95 à 107), que quelques mètres d'élévation de plus ou qu'une exposition diûerente exercent souvent sur la température d'an lieu, une influence plus considérable que plusieurs degrés de latitude. On sent donc, pour ne pas quitter l'exemple cité ci-dessus, qu'il est trèspossible que le soulèvement de l'immense chaîne de l'Himalaya, ait non-seulement donné aux eaux une impulsion sufBsante pour inonder toutes les plaines de la Sibérie, mais aussi qu'il les ait élevées à un niveau supérieur à celui qu'elles avaient auparavant, en même temps qu'il leur donnait l'exposition vers le nord qu'elles ont maintenant, et qu'il établissait un obstacle à ce que les vents chauds du midi continuassent à souiller sur cette contrée.
11 est possible aussi que celte partie de la croule du globe ait éprouvé, ioi.'s de cette révolution,
dans sa structure , et même dans sa nature ^ d changements cpii l'aient i^ndue moins propre conduire la chaleur, et aient, par conséquen diminué l'influence que la température intérteui exerçait sur celle de la surface D où l'on voit qi le soulèrement de l'Himalaya a pu, non-seul< ment occasioner la destruction de tous les an maux terrestres qui vivaient en Sibérie, ma encore changer brusquement la température d cette vaste, région.
727. U nous reste encore à examiner jusqu' quel point on peut déterminer géologiquemen l'époque qù le déluge a eu lieu; or on sent, d'à près ce que nous avons dit sur le soulèvemen des Andes , que nous avons encore trop peu d'ob servations sur ses effets pour pouvoir prendn cette révolution pour point de départ de cett^ étude; mais si nous examinons dans les Alpe les r&ultats des actions qui ont dû commencei lorsque ces montagnes ont eu pris leurs forme actuelles, telles que la fi)rmation des éboulis ou
talus des montagnes (^44 ^^ ^19)' ^^ ^^^^ ^^ moraines des glaciers (^45); si nous étudions les atterrissements formés par nos rivières actuelles (620), et si nous prenons en considération que les talus et les atterrissements devaient se faire bien plus rapidement lorsque les escarpements étaient plus abruptes qu'ils ne sont maintenant, nous serons portés a conclure , avec les Deluc , les Cuvîer, les Buckland, que les révolutions qui ont donné à ces montagnes leurs formes actuelles, et à ces fleuves le cours qu'ils ont maintenant,
ne remontent pas à des époques excessivement reculées, de sorte que la distance de quatre mîllo ans du moment actuel , que la Genèse donne k son déluge, pourrait fort bien s'accorder avec les conséquences tirées de l'élude des chi-onomètrei naturels, surtout si, comme M. de Beanmont l'a supposé, cette révolution correspond au sou* lèvement des Andes et serait postérieure à celui, des Alpes. '
738. Une autre question importante qui «' présente maintenant, c'est de savoir si rhomrae existait lors de ces révolutions. Or, le rapprochement du soulèvement des Andes avec le déluge de la Genèse annonce que nous somraafi porté à résoudre affirmativement cette questioa' pour ce qui concerne cette dernière catastrophe.^ A la vérité , on a nié l'existence de reste* dff l'homme ou de son industrie dans le terrain dw luvien, et les exemples que l'on en cite depuil* quelque temps, sont loin d'être exempts de contestations. Mais, en supposant même que l'oa n'eût jamais trouvé de traces de l'homme dans le terrain diluvien, ce ne serait là qu'un fait né. gatif peu important, dès que l'on fait attenlioit à la petite étendue du glohe <pii a été eipii géologiquement ; d'autant plus que l'espèce ha* maine, qui ne paraît pas avoir jamais été douée d'une grande force reproductive, doit avoir été très-peu nombreuse dans les commencements de son existence. Au surplus, si le déluge historique est le résultat du soulèvement des Andes, on concevra aisément comment l'homme pouvait déjà
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exister et même s'être étendu dans l'Europe à cette époque, sans que nous voyions de traces de son existence dans les dqpots diluviens de cette partie de la terre ; car il est bien probable, dans cette hypothèse, que les principaux dépôts diluviens de l'Europe doivent leur origine aux deux systèmes de soulèvements qui ont produit les Alpes orientales et les Alpes occidentales, tandis que le déluge, c^est>à-dire Imondation causée par le soulèvement du système des Andes, n'aurait laissé que des dépçts peu puissants, qui se confondent le plus souvent avec les alluvions modernes. Or, il serait très-possible que Fhomme existât lors du soulèvement des Andes, et qu'il n'eut pas encore paru lors des révolutions antérieures; mais, nous le répétons, cette partie de la géologie est trop* peu avancée, pour que l'on puisse émettre aucune opinion à ce sujet ; ce ne sera que quand l'étude des terrains diluviens aura été faite sur de plus grandes étendues , et smv tout quand on aura cherché a &ire concorder cette étude avec les époques de soulèvements, que l'on pourra raisonnablement former quelques conjectures sur l'époque géologique où l'homme a paru sur la terre.