DES CORPS ORGANISÉS ENFOUIS DANS L'ÉCORGE DU GLOBE
216. Considérations préliminaires. — Nous avons déjà fait connaître {Min. 237) qu'il existe des débris d'êtres vivants dans i'écoree solide de notre planète, et que l'étude spéciale de ces corps appartient à la zoologie et à la botanique, ou bien est quelquefois considérée comme formant une science spéciale, sous le nom de Paléontologie; mais la géologie tirant un grand parti de l'existence de ces corps , il convient que nous en donnions ici une idée sommaire.
217. Caractères généraux de ces corps. — La première circonstance qui frappe dans l'examen de ces corps , c'est que la plus grande partie d'entre eux appartient à des espèces qui ne vivent plus maintenant.
Si nous considérons ensuite ces débris sous le rapport de leur nature chimique, nous remarquerons que ceux qui appartiennent aux espèces vivantes ont assez généralement conservé leur composition primitive, tandis que ceux provenant d'espèces perdues sont passés à l'état fossile, c'est-à-dire que les principes gélatineux et charnus qui entraient dans la composition des animaux, ont disparu et sont plus ou moins remplacés par des particules pierreuses, communément de même nature que les roches dans lesquelles les débris se trouvent enfouis , et que les parties ligneuses des végétaux sont aussi transformées en pierre ou passées à l'état charbonneux des lignites et des houilles.
m.Lefwrdivisionen systèmes.^Si nous examinons ensuite ces corps sous le rapport de leur position, nous remarquerons que plus on s'enfonce dans I'écoree du globe, plus le changement de composition devient complet, et plus les espèces deviennent différentes de celles qui vivent actuellement. De manière que chaque système de couches est, pour ainsi dire, caractérisé par des fossiles particuliers, et que chaque fois que deux systèmes se trouvent posés l'un sur l'autre , sans annoncer l'effet d'un bouleversement ou d'un
FOSSILES EN GÉNÉRAL. lOt
déplaoement aeddeotel^ les fossiles du système inférieur annonceut un ordre de dioses plus différent de Tétat actuel que ceux du système supérieur.
il9. Système des espèces ac^tie//09.— C'estainsique les débris des espèces vivantes se rencontrent avec des restes de Tindustrie humaine dans les parties superficielles de l'écorce du globe, soit qu'ils se trouvent enfouis dans des dépôts meubles , soit qu'ils se trouvent incrustés dans le petit nombre de dépôts cohérents qui se forment sous nos yeux.
S20. Système des éléphants. — Dans d'autres dépôts qui sont aussi ordinalrouent meubles, et qui existent immédiatement au-dessous des premiers, on remarque des débris qui n'appartiennent plus aux espèces vivantes, maif qui ordinairement en diffèrent très-peu , et se rangent, pour la plupart, dans des gmires connus ou très-rapprochés des genres connus : ce sont principalement des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames, des ours, des hyènes, des chevaux, des cerf^, des bœufe, qui ne se distinguent que par la taille ou par d'autres drconstances peu importantes des espèces qui vivent actuellement, soit sur les lieux, soit sous la zone torride. Ces débris ne font, pour ainsi dn*e, que commencer à passer à l'état fossile. Les parties solides des animaux, telles que les os et les coquilles, conservent encore une partie de la gélatine qui entrait dans leur composition primitive. On a même trouvé dans des contrées froides de la Sibérie des cadavres de ces animaux qui avaient conservé leurs poils , leurs peaux et leurs chairs.
221. Système des mastodontes. — Dam les couches qui suivent immédiatenient , on voit diminuer ceux de ces animaux dont les genres sont les plus conununs maintenant , et l'on voit augmenter le nombre de ceux qui appartiennent à des genres qui n'existent plus , tels que les mastodontes , les dinothères , les lophiodontes , les anthracothères , les ziphies, etc.
222. Système des paléothères. — Plus bas encore les genres actuels sont presque entièrement disparus; ceux qui s'en rapprochent sont moins abondants , et la classe des mammifères se trouve presque entièrement représentée par des paléothères , des anoplothères, des chéropotames , des dichobunes et d'autres pachydermes très-différents de nos animaux actuels^ et qui ne se rapprochent que de certains genres anomaux qui restent, en quelque manière, sur la terre, pour lier les temps anciens avec les temps modernes.
223. Systems des grcmds sauriens. — En dessous de ce système on ne voit plus, ou presque plus, de mammifères; mais les animaux vertébrés sont encore représentés par d'énormes reptiles, tels que les mégalosaures, les mosasaures, les^géosaures, les téléosaures, les ichtiosaures, les plésiosaures, les ptérodactyles , dont les uns ont des dimensions si gigantesques qu'elles surpassent tout ce que la zone torride nous offre maintenant de plus développé , et dont les autres nous présentent des formes si différentes de ce que nous voyons autour de nous, que, si des squelettes presque entiers n'étaient venus
102 GEOGNOSIE.
confirmer, 'dans ces derniers temps, les prévisions des anatomis^s, on croirait encore que des imaginations malades pouvaient seules concevoir l'existence de semblables êtres; ces débris de reptiles sont accompagnés d'une immense quantité de coquilles, dont quelques-unes , telles que les ammonites et les bélemnites , diiFèrent tant.de ce qui existe actuellement, que les naturalistes ont beaucoup de peine à être d'accord sur la manière dont leurs animaux les portaient. Les végétaux qui accompagnent ces débris d'animaux annoncent aussi un ordre de choses très-différent de ce qui se passe maintenant, mais qui se rapproche beaucoup plus de ce qui a lieu sur les côtes des mers équatoriales que de ce qui existe dans nos zones tempérées.
324. Système des trilobites et des fimgères. —ErAn^ si l'on descend encore plus bas, on ne voit plus de restes de reptiles, mais on rencontre des animaux, tels que les trilobites, dont des formes s'éloignent davantage encore des types actuels. On trouve en même temps une grande quantité de plantes qui annoncent une force de végétation bien supérieure à ce qui a maintenant lieu dans les savanes les plus chaudes de la zone torride, et qui présentent des espèces et des genres actuellement inconnus , appartenant presque exclusivement à la classe des cryptogames vasculairps, si peu nombreuses maintenant en comparaison des phanérogames *.
* Je me sers de la nomenclature de M. Adolphe Brongniart , Tun des botanistes qui a poussé le plus loin la science encore naissante des végétaux de l'ancien monde.
Division DES TERRAINS. 105