‹ Éléments de géologie, ou, Seconde partie des éléments d'inorganomie particulièreChapitre 25 sur 56 · DE LA DIVISION DES TERRAINS · texte numérisé non relu

DE LA DIVISION DES TERRAINS

^^aS. Définition des terrains.— Le$ diverses rocbes qui constituent Técorce solide de notre planète , ne se mêlent point arbitrairement les unes avec les autres ; leur arrangement suit^ au contraire, des règles telles que quand on voit une roche, on peut supposer qu'elle est accompagnée, suivie ou précédée par d'autres roches qui présentent des caractères particuliers ; ce qui donne naissance à des associations que nous nommons terrains* ; mais la détermination

* De même que M. Brongniart , j>i préféré le nom de terrain à celui de /brtnaHon, que Ton emploie aussi dans un sens analogue, parce que cette dernière dénomination emporte avec elle, sur le mode ou sur Tépoque de formation, des idées précises qui me paraissent peu compatibles avec les incertitudes où nous sommes encore sur ces questions , tandis que la première peut être entendue comme n'exprimant que des rapports moins nettement caractérisés. Par la même raison, j'ai cru devoir conserver ce nom de terrains à toutes les coupes qui figurent dans ma classification, soit que ces coupes jouent le rôle de classes, d'ordres, de familles , de genres, d'espèces, ou de variétés ; parce que cette uniformité de dénominaticm et cette subdivision continuelle de terrains en terrains me paraissent plus propres à exprimer l'état actuel de la science et le peu d'importance que l'on doit attacher à ces classifications, qui n'ont, en général , d'autre but que de nous faciliter les moyens de saisir Tensemble des foits et de conserver le souvenir de ce que nous avons appris.

Du reste , queUe que soit la latitude que je laisse au sens du moi temUn y il emporte toujours avec lui une idée géologique' déterminée , qui rend son application difficUe lorsqu'il s'agit de matières sur lesquelles on ne possède pas les notions nécessaires pour les faire rentrer dans l'une ou dans l'autre des coupes établies, ou lorsque l'on veut désigner des réunions ou des subdivisions qui ne cadrent pas avec ces coupes , et alors je me servirai des mots plus indéterminés de dépôts , massifs et assises, dont il est bon que j'indique ici le sens.

L'acception que je donne au mot dépôt ne diffère en quelque manière de ceUe attribuée au mot terrain , que parce qu'eUe se rapporte uniquement à l'objet dont on parle , sans se rattacher à aucune considération tirée de la classification, de la nature des matières, de l'époque ou du mode de formation. A la vérité, on entend souvent par dépôt le résultat d'une déposition,

de ces associations est d'autant plus difficile, qu'elles résultent du mode et de l'époque de formation des roches , ainsi que des déplacements que cellesci ont éprouvés depuis leur formation; circonstances qui, pour une grande partie de Fécorce du globe , ne nous sont connues que par des hypothèses , ainsi que nous l'exposerons dans le livre suivant.

226. Liaison des terrains entre eu^.— D'un autre côté, la série des terrains présente les mêmes liaisons que l'on remarque dans la série des êtres organiques ; et, de même , par exemple , que la différence entre les végétaux et les animaux n'est nettement tranchée, qu'autant que l'on fesse abstraction des êtres qui se trouvent vers les points de contact de ces deux'règnes , un terrain ne se distingue d'un autre , qu'autant qu'ils ne se touchent pas dans la série naturelle , soit que l'on fasse , par la pensée, abstraction des intermédiaires, soit que des circonstances accidentelles aient interrompu, dans certains lieux, la continuation du travail de la nature; car, lorsque l'on passe d'un terrain à un autre , sans que cette interruption ait eu lieu , on voit toujoiu-s les roches^ qui forment le caractère principal du premier de ces groupes commencer à alterner avec celles qui caractérisent le second, et celles-ci devenir successivement plus abondantes à mesure que les autres diminuent ou cessent tout à fait.

Il résulte de cet état de choses que toutes les divisions que l'on a établies

c'est-à-dire, d'une précipitation qui 8'e«t opérée dans un liquide ou dans un autre fluide; mais cette manière de voir, tout à fait géogénique, rendrait ce mot d'une application plus difficile encore que celui de terrain , attendu qu'il est beaucoup de parties du globe dont le mode de formation est douteux et qui peuvent avoir été formées par la coagulation, aussi bien que par la précipitation. Il me parait donc préférable de ne laisser aucune idée géogénique au mot dépôt, et de ne l'employer que pour désigner une certaine quantité de maUèresqui se trouvent dépoêées, c'est-à-dire placèeê, dans une partie quelconque de Técorce du globe , queUe que soit la manière dont cette mise en place ait eu lieu.

Le mot assise représente pour moi un rapport de position , attendu que je l'applique seulement à des matières qui se trouvent placées dessus ou dessous d'autres matières qui s'en distinguent par une considération quelconque, tandis que le mot dépôt n'exprime aucune idée de position et peut aussi bien exprimer des clioses placées à côté l'une de l'autre que l'une au-dessus de l'autre.

Quant au mot massif, je l'emploie avec plusieurs autres naturalistes, et à défaut d'un mot plus spécial , pour désigner l'ensemble d'un terrain ou d'une réunion de terrains qui détermine le caractère d'une contrée. C'est ainsi que je dis que Paris se trouve dans un grand massif ténaire, où l'on distingue des massifs nympbéens, tels que la Beauce et la Brie, et desmassifé tritoniens, tels que la forêt de Fontainebleau et le Laonnais.

On emploie aussi quelquefois le nom de bassin dans un sens analogue à celui que je viens d'assigner à celui de massif; c'est ainsi que l'on dit le bassin de Paris pour le massif lériaire dans lequel cette capitale est placée ; mais comme le mot bassin rappeUe involontairement l'idée d'un espace dont les bords sont plus élevés que le milieu , et qu'on l'emploie aussi dans ce sens , tant en géographie (18) qu'en géognosie (906), je ne m'en servirai dans l'autre sens que dans les cas particuliers où il est consacré par Tusage.

DITISION DES TERRAINS. lOK

pour classer les terrains, ont éprouvé beaucoup de variations, et que, loin d'être d'accord à ce sujet, chaque géologiste a, pour ainsi dire, ça méthode particulière.

327. Classifications suivies dans ce Hvre. — ^Donnant la préférence à celles de ces méthodes qui accordent la prééminence au mode de formation , nous divisons en premier lieu toute l'écorce solide du globe en deux grandes classes ; celle des terrains neptuniens et celles des terrains phUoniens; dénominations qui se rapportent aux modes généraux de formation qui seront développés dans le livre suivant. Nous subdivisons ensuite chacune de ces classes en ordres, qui se rapportent à des époques successives de formation. Les ordres sont de leur c6té subdivisés en groupes, pour l'établissement desquels nous n'avons pu prendre de règle iixe, de sorte que ces groupes sont quelquefois déterminés par le mode de formation , d'autres fois par r&ge,on, pour parler le langage purement géognostique, par leur position relative, et, d'autres foLs, par la nature ou les propriétés physiques des roches dominantes; ce qui nous a donné les 22 groupes portés à la 3* colonne du tableau ci-joint. Quant à la subdivision des groupes, il nous a encore été plus difficile d'adopter im système régidier de classification, et quoique nous ayons souvent divisé les groupes en étages , ceux-ci en systèmes et ces derniers en membres ou modifications principales, il y a plusieurs groupes dans lesquels cette marche n'a pu être appliquée , ainsi qu'on le verra par les descriptions particulières qui feront le sujet du chapitre suivant.

Mais avant de passer à ces descriptions, il est bon de faire connaître quelques divisions qui se rattachent à d'autres systèmes de classification, ou à l'existence de certaines propriétés communes, et dont nous ferons quelque* fois usage pour éviter des longueurs ou l'emploi de termes plus ou moins hypothétiques.

228. Les plus importantes de ces coupes sont celles qui tirent leur origine des classifications qui accordent la prééminence à l'époque de formation, et d'après lesquelles on divise toute l'écorce du globe en terrains primordiaux et terrains secondaires. Ce mode de division étant quelquefois très -utile, surtout par la réunion qu'il opère de terrains qui ont beaucoup de rapports entre eux , et qui cependant se trouvent séparés par la division en terrains neptuniens et plutoniens, nous avons cru devoir la faire concorder avec cette dernière classification, et à cet elTet nous avons restreint la classe des terrains secondaires à nos trois premiers ordres neptuniens. Nous avons étendu la classe des terrains primordiaux de manière à comprendre le 4* ordre neptunien et le V^ ordre plutonien. Enfin nous avons établi une troisième petite chsse avec le dernier ordre plutonien, sous le nom de terrains pyràtdes. Cette méthode accessoire est représentée à la 4* colonne du tableau men* tienne ci-dessus.

106 GEOGNOSIE.

Considérés de cette manière, on peut dire que lesterraim secondaire» ont pour caractères principaux d'être assez régulièrement stratifiés, d'être généralement composés de roches calcareuses, quartzeuses et argileuses, à textures massives, conglomérées ou meubles, et de renfermer beaucoup de fossiles, parmi lesquels on trouve des débris d'animaux à respiration aérienne. Les terrains priniorcUaux sont, au contraire, principalement composés de roches à textures cristallines; ils sont presque toujours traversés par de nombreux filons ; une partie n'est pas stratifiée, et ceux qui sont en couches distinctes présentent presque toujours une stratification inclinée ; les fossiles ne se trouvent que dans une portion moins considérable encore , et ces fossiles appartiennent presque exclusivement à des végétaux ou à des animaux aquatiques. Quant aux terrains pyroïdes, ils se distinguent des terrains secondaires par l'abondance des roches feldspathiques , albitiques et pyroxéniques, et des terrains primordiaux, parce qu'ils se présentent exclusivement en dykes, en culots, en coulées, ou en couches superficielles peu étendues.

229. On divise aussi l'écorce solide du globe en terrains de sédiment et terrains de cristaiHsation : division qui s'écarte peu de celle que nous avons adoptée, parce que les terrains neptuniens comprennent en général tous les terrains de sédiment, et que les terrains plutoniens sont ordinairement considérés comme terrains de cristallisation ; mais il est à remarquer que le dernier groupe que nous plaçons dans les terrains neptuniens, est aussi réputé terrain de cristallisation.

230. La division en terrains marins^ terrains d'eau douce et terrains ignés, est aussi à peu près la même que celle que nous avens adoptée; car la classe des terrains ignés est absolument la même que notre classe des terrams plutoniens , et les deux autres classes correspondent à nos terrains neptuniens. Ces deux classes tirent leur domination de ce que les fossiles que l'on rencontre dans l'une se rapprochent plus ou moins des êtres qui vivent maintenant dans la mer, tandis que ceux que l'on rencontre dans l'autre, se rapprochent des êtres qui vivent dans les eaux douces ou sur les terres ; mais ces dénominations , outre l'inconvénient d'exprimer des idées fort tranchées sur le mode de formation , ont le défout d'être peu aj^licables à la partie inférieure des terrains neptuniens , qui souvent ne présente point de corps organisés.

231. On peut encore diviser l'écorce du globe en terrains cohérents et en terrains meubles , ou en terrains en place et en terrains de transport. Les deux premières de ces dénominations n'expriment à la rigueur que des modifications de texture ; mais comme la partie la plus extérieure de l'écorce du globe est ordinairement formée d'une espèce de pellicule , composée de dépôts meubles , appartenants à divers modes et à diverses époques de formation , on est assez généralement dans l'habitude de désigner ces dépôts

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