‹ Éléments de géologie, ou, Seconde partie des éléments d'inorganomie particulièreChapitre 30 sur 56 · TERRAIN DILUVIEN. 1S · texte numérisé non relu

TERRAIN DILUVIEN. 1S

PBSMiBR 6R0UPB. — Terrain ditwvien*.

S65. ÔaractèreB généraux. — Le groupe que nous désignons par rèpîthète de ditmnen présente d'autant plus de difficultés dans sa délimitation, qu'il se confond non*seulenient avec les autres terrains tériaires, mais aussi avec les terrains modernes ^ et parce que nous ne pouvons lui appliquer d'une manière rigoureuse le principe de classification que nous avons adopté, sans lui donner plus d'extension qu'il n'en reçoit de la plupart des auteurs qui ont employé cette dénomination. \

Ce terrain est, comme le terrain aOuvien, principalement composé de dé* pAts meulries , formés de fragments de volumes trés-variables. Les principau caractères qui peuvent servir à le distinguer du terrain alluvien , sont d'être plus -répandu , de s'étendre sur des hauteurs où l'on ne peut supposer que les cours d'eau actuels aient jamais atteint ; de renfermer des débris d'êtres organisés qui diffèrent généralement des espèces actuellement existantes, et d'être d'une nature moins dépendante de celle des terrains qui composent les parties supérieures du bassin hydrographique où il se trouve.

D'un autre côté , la présence de fragments plus ou moins gros et l'absence de couches étendues , à texture massive , sont les principaux caractères qui distinguent le terrain diluvien des terrains nymphéen et tritonien.

266. DimHon en trois étages. — Nous divisons le terrain diluvien, ainsi que nous venons de le dire (264), en trois étages, dont le supérieur, qui correspond exclusivement au terrain diluvien de la plupart des auteurs , serait' considérablement plus étendu que les deux autres, s'il était vrai que tous les terrains diluviens superficiels y appartinssent réellement ; mais il est à remarquer que dans un grand nombre de lieux où manquent les terrains nymphéen et tritonien on a rarement les moyens déjuger à quel étage appartiennent les dépôts diluviens.

. 267. Subdwirion de F étage supérieur. •— Ce n'est donc qu'avec doute que nous rangeons dans l'étage supérieur les six systèmes suivants , dont quelquesuns même n'appartiennent peut-être pas au terrain diluvien. Ces systèmes

dénomination de terrain diluvien , correspondante à celle de diluvium , employée par le célèbre Buckland, Tmi des géologistes qui a le plus contribué à la connaissance de ce terrain ; mais Je regarde le nom de terrains cïfsnUenSy employé par M. Brongniart, comme plus exact; car, ainsi qu*on le verra dans le livre suivant, tous les dépôts rangés dans ce groupe ne doivent pas également leur origine à la catastrophe désignée , dans les monuments historiques , par le nom de déluge,

* Ce groupe correspond en grande partie aux terrains cfysmienê de M. Brongniart , au dUutfial beds de» auteurs anglais, aux aUuvùmê anciennes de M. Boue, et anx terrains de transparts anciens de plusieurs géolof^stes. Tai fait connaître à la note précédente les motîli qui m*ont fait donner la préférence à la dénomination énoncée ci-dessus.

no GÉOGNOSIE.

sont souvent désignés par les dénominations de dépôts meubles, de biocs erratiques, d'ossements des cavernes, de brèches osseuses, de fer d'aïhmon et de dépôts phtsia^ques,

268. Dépôts meubles. — Les dépôts meubles diluviens sont très-répandus ; il est rare de trouver des contrées où l'on n'en voit pas de traces, surtout dans tes vallées et dans les plaines voisines des montagnes ou des plateaux élevés. Leur forme est en général très-variable. Dans les plaines éloignées des hautes montagnes ils ne se composent ordinairement que d'une couche mince , placée sous la terre végétale et caractérisée par la présence de cailloux roulés. Dans les vallées ils ferment souvent des couches extrêmement irrégulières, qui s'étendent dans le fond et sur les flancs de la vallée , qui sont souvent interrompues et qui d'autres fois se renflent de manière à former des amas plus ou moins puissants ; ils constituent aussi des collines entières au pied des hautes montagnes, et quelquefois ils remplissent des cavités assez allongées pour pouvoir être assimilés à des filons.

269. Ces dépôts se composent, comme ceux du terrain alluvien fluviatile, de limon, de matières arénacées, de graviers et de cailloux, qui se mêlent plus ou moins entre eux, et qui d'autres fois forment des masses conglomérées; car, quoique l'état meuble soit en quelque manière un des traits caractéristiques de ce système, on doit y comprendre des masses poudingiformes et grésiformes , composées de noyaux et de grains semblables aux fragments des dépôts caillouteux et arénacés. Le ciment qui unit ces fragments a communément pour base de l'hydrate férrique ou du carbonate calcique , plus ou moins mélangé d'argile et de sable ; mais il y a aussi de ces roches conglomérées dont le ciment est purement siliceux ou argileux.

270. Ces dépôts renferment beaucoup de corps organisés, qui, de même que ceux du terrain alluvien , se subdivisent en deux catégories , celle des êtres qui leur sont propres , et celle des êtres qui appartiennent aux terrains inférieurs, et qui s'y trouvent, pour ainsi dire, d'une manière accidentelle, comme les fragments de roches analogues à celles qui composent ces terrains. Nous ne nous occuperons pas des fossiles de cette catégorie , que nous verrons successivement paraître dans les groupes suivants.

271. Quant à ceux de la première catégorie , ils appartiennent ordinairement à ces corps que nous avons déjà indiqués ( 220) comme intermédiaires entre les débris modernes et les véritables fossiles. Ils consistent principalement en ossements , en dents et en autres parties solides de mammifères.

Il y a cependant deux exemples d'animaux qui ont été trouvés entiers avec leurs chairs et leur peau ; l'un est celui d'un éléphant , découvert à l'embouchure de la Lena en Sibérie , et l'autre d'un rhinocéros , qui a été observé sur les bords du Yiloui dans la même région. Du reste , cette conservation extraordinaire s'explique par la circonstance que ces animaux, qui ont été mis à

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découvert par an éboulement accidentel , étaient enfouis dans un sol constamment à l'état de congélation.

L'eiamen approfondi de ces débris a feit connaître qu'ils appartiennent à des animaux peu différents de ceux qui existent actuellement , mais qui cependant s'en distinguent trop pour être rangés dans les mêmes espèces. Il est à remarquer, à cet égard , que, si quelques-uns de ces débris ne présentent aucune différence avec les parties correspondantes des animaux actuels , ces rapprochements tombent sur des organes dont la ressemblance n'empêche pas la difKrence spécifique , ou sur des espèces appartenantes à des genres dans lesquels le squelette osseux des diverses espèces ne présente aucune différence sensible; tel est, par exemple , le genre cheval, où les anatomistes n'ont pu reconnaître aucune distinction ostéologique entre le cheval, l'àne et le zèbre.

La plupart des mammifères de ces dépôts ont été rangés dans les genres éléphant , rhinocéros , hippopotame , cheval , cerf , bœuf ^ ours , hyène , chat , chien, etc. ; mais quelques autres ont présenté des différences assez tranchées pour que les zoologistes aient jugé à propos d'en former des genres partîca- Uers; tels sont les mastodontes, animaux très-voisins des éléphants, ^e l'on a désignés longtemps sous le nom d'éléphants carnivores; les dinothères, genre très-voisin du tapir, les mégathères, animaux qui paraissent faire l'intermédiaire entre les tapirs et les paresseux.

Il serait trop long d'indiquer les lieux où Ton trouve ces débris de l'ancien monde. Il n'y a pas longtemps encore que l'on ne citait que quelques contrées où, comme les plaines de Sibérie et le val d'Arno en Toscane, ils se trouvent dans une abondance qui avait , pour ainsi dire , forcé l'attention des personnes les moins curieuses d'observer les phénomènes de la nature ; mais^actuellement que les recherches se sont généralement portées vers cette étude , il n^y a presque pas de pays où l'on n'ait découvert de ces ossements. Il paraît , en outre , que ces dépôts présentent en général les mêmes espèces dans les diverses par« tics du globe; et tandis qu'actuellement les grands pachydermes, tels que les éléphants , les rhmocéros, les hippopotames , sont concentrés dans la zone torrlde, ce sont précisément ces genres qui dominent dans les terrains diluviens des zones tempérées et glaciales, où l'on remarque principalement YElephas prwugenius ou Mammouth ^ le Mastodon maanmtis et le Rhinoeeros ttchorirms.

272. On s'est peu occupé des coquilles de ces dépôts , et il ne parait pas qu'elles puissent offrir beaucoup d'intérêt; car, outre que ces corps organisés n'y sont pas très -communs , ils ne peuvent pas présenter beaucoup de différences avec ceux des terrains nymphéen et tritonien, lesquels , comme nous le verrons ci-après , ne diffèrent pas beaucoup des coquilles actuelles.

273. Les débris de végétaux sont assez communs dans les dépôts qui nous

ISa GÉOGNOSi£.

occupent ; les uns ont encore conservé leurs formes; les autres les ont tout à fait perdues. Parmi les premiers, la plupart sont seulement altérés ou bituminisés. Il parait qu'il y en a aussi de pétrifiés. Quant aux seconds, ils forment des lignites, de la tourbe et du terreau; mais la flore diluvienne n'est pas bien connue, d'autant plus qu'il y a encore beaucoup de doutes sur la question de savoir si les principaux dépôts de végétaux fossiles et de lignites que l'on rapporte au terrain diluvien, n'appartiennent pas plutôt aux terrains alluvien, tourbeux, nymphéen ou tritonien.

274. Blocs erratiques. — On donne le nom de blocs erratiques à des flragments de roches qui ne sont, en quelque manière, que les cailloux du système précédent, doués de dimensions plus considérables; aussi ces blocs se trouvent-ils souvent enfouis dans les dépôts meubles ; mais d'autres fois on les voit reposer immédiatement sur d'autres terrains , ou bien ils sont reoou* verts par des dépôts modernes.

Ces blocs sont quelquefois trés-volumineux; il en est qui sont à peu près arrondis ; mais le plus souvent ils présentent seulement des arêtes et des ailles émoussés. On en trouve sur des montagnes très-élevées, notamment sur Le Jura, où ils sont ordinairement composés des roches hémilysiennes ou agalysiennes qui forment une partie des Alpes; mais ils sont en général plus fréquents dans les vallées et dans les plaines.

Parmi les gisements les plus importants de ces blocs , on peut citer la grande plaine qui s'étend de la mer du Nord aux monts Ourals. Les blocs y reposent sur le sol, ou sont enfouis dans les dépôts sableux et argileux qui recouvrent cette plaine : Us sont de nature très-variée ; mais en général ils appartiennent aux roches les plus cohérentes des terrains primordiaux et surtout des terrains agalysiens. Ils présentent ordinairement de la ressemblance avec les roches qui constituent des chaînes de montagnes plus ou moins éloignées des lieux où ils se trouvent , et l'on y reconnaît en général les diverses roches des montagnes de la Scandinavie , de la Fmlande et des environs d'Olonetz.

Le comte Rasoumovsky y a remarqué que, quand il y a des collines dans ces plaines , on n'y voit des blocs que sur le versant septentrional. On a aussi observé que ces blocs sont, en général, disposés par bandes ou tratnées, .souvent parallèles, qui se croisent quelquefois, la plupart se dirigeant du N.-E. au S.-O. , tandis que quelques autres vont du N.-O. au S.-E. Lorsque l'on remonte vers le nord , dans le sens de ces traînées, on trouve en place des roches semblables à celles qui composent les blocs erratiques , et M. Brongniart a reconnu dans ces premiers massift primordiaux, des endroits où la surface des roches est polie , et présente des espèces de rainures dirigées dans le sens des traînées, comme si le sol avait été usé par le passage des blocs qui les composent. Du reste , la Baltique n'interrompt pas ces traînées , en ce sens que les blocs se trouvent dans les plaines au sud de cette mer; mais leur

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