‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 12 sur 68 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Résumé de la théorie qui a été exposée dans

cette section.

Les substances qui ont des couleurs constantes ne doivent pas être confondues avec celles qui

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doivent des nuances variables et fugitives aux dimensions et à la densité des lames dont elles sont formées, ou du moins la théorie des unes ne peut encore servir à l’explication des propriétés que les autres possèdent, relativement aux couleurs , et qui paraissent dépendre de l’affinité qui leur est particulière avec les différens rayons de la lumière.

En attendant que la chimie puisse se concilier avec la physique , pour l’explication des phénomènes que présentent ces couleurs, on doit se borner relativement à l’art des teintures, à déterminer les affinités qui caractérisent les substances colorantes , et les dispositions physiques qui modifient leur action , dans toutes les circonstances où leurs propriétés sont affectées ou mises en usage.

Il faut distinguer les couleurs métalliques de celles qui sont propres aux substances végétales et animales.

Les couleurs des métaux sont modifiées et changées par l’oxidation ? et selon la proportion d’oxigène qui se combine avec eux.

Les substances végétales et animales, qui doivent par fois aux lames de leur surface quelques jeux de couleurs fugitives , peuvent avoir par elles-mêmes une couleur particulière , ou bien elles doivent leurs couleurs à des molécules colorées qui s'y trouvent combinées ou simple-

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ment mêlées. Ce sont des molécules de cette espèce qui sont extraites de plusieurs substances, et qui reçoivent différentes préparations pour servir aux usages de la teinture.

Les affinités que les parties colorantes ont avec les acides, les alcalis, les terres, les oxides métalliques, l’oxigène , la laine , la soie , le coton et le lin constituent principalement les propriétés qui les distinguent , mais qui sont modifiées pai leuis qualités physiques , et sur-tout par leur disposition à prendre l’état solide ou à conserver l’état liquide.

En raison de 1 affinité que les parties colorantes ont avec la laine, la soie, le coton et le lin , elles se combinent plus ou moins facilement , plus ou moins intimement , avec chacune de ces substances, et de la naît une première différence dans les procédés que Ion emploie , selon la nature de l’étoffe et celle de la substance colorante.

Quelquefois donc elles peuvent s’unir immédiatement aux étoffes ; mais souvent elles ont besoin d’un intermède pour être séparées d’un dissolvant, et pour se fixer sur l’étoffe, ou du moins pour acquérir une plus grande solidité.

Par 1 affinité que les parties colorantes ont avec l’alumine et les oxides métalliques , elles foi ment avec ces substances une combinaison dans laquelle leur couleur est plus ou moins

conservée, et devient plus stable, plus insensible aux agens extérieurs qu elle n’était. Cette combinaison se trouvant formée de principes qui ont par eux-mèmes la faculté de s’unir avec les substances végétales , et principalement avec les substances animales , a encore cette propriété ; elle entre en combinaison triple avec l’cloffe et la couleur qui a été déterminée en formant cette triple union , acquiert une plus grande fixité , ou la propriété de mieux résister aux agents extérieurs.

Souvent les parties colorantes ont une telle affinité avec l’alumine et les oxides métalliques, qu’elles les séparent des acides qui les tenaient en dissolution , et se précipitent avec ces bases , mais quelquefois l’affinité de l’étoffe doit décider cette séparation. Il faut distinguer l’action chimique des substances qui dissolvent les parties colorantes, qui les fixent ou qui opèrent leur destruction.

Les couleurs éprouvent de grands changemens par l’action de l’oxigène , qui finit par les détruire : celle des autres substances la favorise ou y met obstacle.

Des deux principes qui composent l’air de l’atmosphère , il n’y a que le gaz oxigène qui agisse sur les parties colorantes : il se combine avec elles, et alors il affaiblit et pâlit leur couleur; mais bientôt son action se porte principa-

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lement sur l'hydrogène , qui entre dans leur composition , et il forme de l’eau. Cet effet doit être compare à celui d’une faible combustion : par là, le charbon qui entre dans la composition des parties colorantes , devient prédominant , et la couleur passe ordinairement au jaune, au fauve, au brun, ou cette dégradation , en s’alliant avec ce qui reste de la première couleur, ou avec l’effet que subit en mème-tems un oxide métallique , produit d’autres apparences.

La lumière favorise cette destruction des parties colorantes, qui souvent ne peut s’exécuter qu autant qu elle y concourt , et c’est ainsi qu elle contribue à la destruction des couleurs. La chaleur la favorise aussi , mais moins efficacement que la lumière , à moins quelle n’ait une certaine intensité (i).

L’oxigène qui existe dans les parties colorantes, peut lui-même subir peu 'à-peu une combinaison qui produit une altération lente dans les parties colorantes, et sur -tout par l’action de la lumière et de la chaleur.

Cependant l’oxigène qui est absorbé ne produit pas toujours et immédiatement l’espèce de combustion qui altéré et détruit les parties coes ? au contraire, une certaine absorption

(t) Stat. Cliirn. loin. I , 197.

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est ordinairement necessaire pour que les couleurs prennent de l’éclat ou même se développent , une plus grande proportion fait disparaître la couleur , et ce n’est que secondairement que se forme la combinaison de l’hydrogène qui produit les apparences d’une légère combustion.

Les couleurs sont plus ou moins solides , plus ou moins fixes à l’air, selon la disposition plus ou moins grande que les parties colorantes ont à éprouver cet effet , et à l’éprouver d'une manière plus ou moins avancée ; car la résistance à cette décomposition augmente à mesure qu’elle fait des progrès.

Les autres substances peuvent exercer leur action sur les parties colorantes , soit avant qu’on les ait appliquées , soit lorsqu’elles sont fixées sur une étoffe : elles ont par-là une utilité différente , ou elles produisent des effets destructifs.

Les substances qui peuvent dissoudre les parties colorantes servent à les séparer des parties avec lesquelles elles sont confondues , et elles les disposent par la liquidité qu’elles leur communiquent , à l'action des étoffes qui doivent les fixer , et aux combinaisons qu elles doivent subir.

Les parties colorantes sont quelquefois modifiées dans leurs couleurs par faction de ces substances , et comme elles en retiennent ordinairement une portion dans les combinaisons quelles forment ensuite , ou que la combinaison

étant formée, elle peut en prendre une portion par sur-composition , on donne à ces substances le nom d’altérant , pour en opposer l’effet à celui des mordants.

On donne le nom de mordants aux substances qui , en se combinant avec les parties colorantes , servent à les précipiter , à les fixer et à rendre leurs couleurs plus constantes.

Ce qui distingue donc ces deux genres de substances qui exercent une meme action chimique, c’est que les premières, par une conséquence de leurs qualités physiques , atténuent et dissolvent les substances colorantes , de sorte qu’une petite partie seulement peut rester en combinaison , lorsque les substances colorantes sont décidées à prendre l’état solide ; tels sont les acides et les alcalis proprement dits , qui , s’ils peuvent agir avec une certaine énergie , enlèvent même aux étoffes les parties colorantes qui y étaient fixées : la puissance de résister à leur action constitue avec celle de résister à l’action de l’air , la solidité des couleurs.

Les substances au contraire qui tendent naturellement à l’état solide , communiquent cette propriété aux substances colorantes avec lesquelles elles ont de l’affinité et servent d’intermèdes entre elles et les étoffes avec lesquelles elles doivent aussi avoir une tendance à la combinaison.

Les mordants ne produisent quelquefois que

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cet effet, et changent peu la couleur naturelle* d’une substance ; l'alumine a particulièrement cette propriété ; quelquefois'la couleur de la combinaison résulte fie celle de la substance tinctoriale et de celle du mordant : tels sont les oxides métalliques , qui de plus altèrent ou améliorent la couleur naturelle par Faction, de leur oxigène : de-là leurs différents effets.

i°. Les oxides métalliques dans lesquels l’oxigène est peu adhérent , ne sont pas propres à servir d’intermèdes aux parties colorantes, parce qu’ils y produisent une combustion trop con-. sidérable. Les oxides d’argent , d’or et de mercure sont dans ce cas ;

2°. Les oxides qui , en cédant plus ou moins d’oxigène , éprouvent des changements considérables dans leur couleur , sont encore de mauvais intermèdes , sur-tout pour les nuances claires , parce qu’ils produisent des couleurs variables : tels sont les oxides de cuivre , de plomb et de bismuth ;

3°. Les oxides qui retiennent avec force leur oxigène et qui changent très-peu de couleur , lorsqu’ils en ont perdu une portion , sont les plus propres à remplir cet objet : on doit sur-tout distinguer l’oxide d’étain , qui abandonne facilement son dissolvant , qui a une forte affinité avec les parties colorantes, et qui leur prête une base très-blanche et propre à donner de l’éclata leurs nuances , sans les altérer par le me--

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lanee d’une autre couleur. L’oxide de zinc a

une partie de ces propriétés.

Pour rendre raison des couleurs qui résultent de la combinaison des parties colorantes avec la base que leur donne un mordant, il faut encore faire attention à la proportion dans laquelle les parties colorantes s’unissent avec cette base ; ainsi , la dissolution d’étain qui forme un précipité très-abondant avec une dissolution de parties colorantes , et qui prouve par-là que l’oxide d’étain entre en grande proportion dans le précipité , influe beaucoup plus par la blancheur de la base sur la couleur du précipité que la dissolution du zinc et que celle d’alun , qui ne forment ordinairement qu’un précipité beaucoup moins considérable. Les précipités, produits par ces deux dernières substances , retiennent , à peu de chose près , la couleur naturelle des parties colorantes.

Il faut donc distinguer dans l’action des mordants les combinaisons qui peuvent se former par leur moyen entre les parties colorantes et l’intermède qu’ils fournissent à l’étoffe , les proportions de la substance colorante et de l’intermède , les modifications de couleur qui peuvent résulter de l’alliage de la couleur des parties colorantes et de celles de la base à laquelle elles sont unies , et enfin les changements que les parties colorantes peuvent éprouver par l’action que cette base exerce sur elles.

Les astringents ne diffèrent pas essentiellement des parties colorantes ; mais celles-ci prennent ce nom , sur-tout lorsqu’elles sont employées pour produire du noir avec l’oxide de fer , en ramenant celui-ci à l’état d’oxide noir , et en prenant elles - memes une couleur foncée par l’action de l’oxigène.

L’idée d’un astringent suppose encore la propriété de se combiner en certaine quantité avec les substances animales et de leur donner par là plus de solidité et d’incorruptibilité , parce que ces deux propriétés se trouvent le plus ordinairement réunies. Elles tiennent principalement à une condition de leur composition qui leur donne plus de tendance à la solidité et plus de stabilité, à une grande proportion de carbone.

Les propriétés naturelles des substances végétales et animales doivent dépendre de celles de leurs éléments et par conséquent de leurs proportions : ces éléments sont principalement l’oxigène , l’hydrogène , l’azote et le carbone ; les premiers naturellement très-élastiques n’entrent dans des combinaisons solides qu’au moyen d’une force qui puisse surmonter leur élasticité ; mais celle-ci produit plus ou moins son effet , selon la température ou les circonstances qui peuvent faire varier la force qui la comprime : le carbone au contraire doit porter une grande disposition à prendre l’état solide et à maintenir sa constitution.

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