CHAPITRE PREMIER
Considérations sur la différence des substances animales et des substances végétales.
On ne peut se flatter de rendre raison des résultats divers de l’organisation ; cependant les connaissances que nous avons acquises sur la composition des substances végétales et des substances animales , peuvent , conformément aux considérations precedentes, nous faire entrevoir la cause des dispositions différentes que la laine , la soie , le coton , le lin , ont à s’unir avec les parties colorantes et avec les bases que peuvent leur fournir les mordants.
La laine et la soie appartiennent aux substances animales ; le coton , le lin et le chanvre aux substances végétales.
Ce qui distingue principalement les substances animales des végétales dans leur composition , c’est que les substances animales contiennent abondamment un principe particulier , Yazole qui , lorsqu’il est dans l’état élastique , forme ce qu’on a appelé gaz phlogistiqué , air p h logistiqué , et qui ne se trouve qu’en petite quantité dans les substances végétales ; 2°. que les substances animales contiennent beaucoup plus d hydrogène ou base du gaz inflammable.
De ces deux causes viennent les différences qu’on observe dans la distillation des substances animales et végétales. Les premières produisent beaucoup d’ammoniaque, qui est un composé d’azote et d’hydrogène * les secondes en donnent fort peu , et meme elles donnent ordinairement beaucoup d’acide, dont les propriétés caractéristiques sont dues à l’oxigène. On obtient des premières beaucoup d’huile dont le principe dominant est l’hydrogène, qui a une grande disposition à se volatiliser et à se séparer à un degré de température un peu élevé , et les secondes quelquefois n’en fournissent pas une quantité sensible. Les premières peuvent produire l’acide prussique qui est une combinaison d’azote, d’hydrogène et de carbone , et les végétales n’ont cette propriété, q-u autant quelles contiennent de l’azote. Par une suite de cette composition , les substances animales donnent , en brûlant , une flamme
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vive qui éclate dans le commencement ; mais cette flamme est , pour ainsi dire , promptement étouffée par le charbon qui se forme et qui a lui-même des caractères particuliers ; leur combustion est accompagnée d une odeur pénétrante, qui est due à l’ammoniaque et à l’huile qui se forment , et qui échappent à l’inflammation : elles sont sujettes à la putréfaction dans laquelle l’ammoniaque se produit, comme dans la distillation , par l’union plus intime de l’azote et de î hydrogène , au lieu que les substances végétales subissent une fermentation spiritueuse ou acide. On ne fait qu indiquer ici ces idées qui ont été développées dans quelques mémoires.
Les substances animales contenant beaucoup de principes qui tendent à prendre l’état élastique, ont moins d’adhérence que les végétales dans leurs molécules et moins de stabilité dans leur composition. Il faut observer que , lorsqu’elles acquièrent de la solidité , elles la doivent le plus souvent au mélange ou plutôt à la combinaison d’une substance étrangère , telle que le phosphate et le carbonate de chaux dans les os.
De là elles sont plus sujettes à être détruites par différents agents et plus disposées à entrer en combinaison avec les parties colorantes.
Ainsi les alcalis fixes, purs ou caustiques, détruisent les substances animales, parce qu’ils
sc combinent avec elles, jusqu’à ce qu’ils en soient saturés , et ils perdent par là leur causticité (i).
De cette action des alcalis sur les substances animales , il résulte que ces substances ne peuvent soutenir les lessives , et que l’emploi des alcalis ne peut se faire qu’avec beaucoup de réserve dans les procédés par lesquels on les teint , au lieu qu’on n’a point à redouter l’usage modéré des alcalis pour les substances végétales.
L’acide nitrique et l’acide sulfurique ont aussi beaucoup d’action sur les substances animales ; le premier les décompose , en dégage l’azote , en sépare de la graisse ou adipocire , et forme de l’acide carbonique et de l’acide oxalique avec une partie de l’hydrogène et une partie du charbon ; le second en dégage du gaz inflammable , probablement du gaz azote , et réduit les autres principes dans l’état charbonneux.
La soie parait se rapprocher un peu des substances végétales par une disposition moins grande à se combiner avec les parties colorantes et par plus de résistance à l’action des alcalis et à celle des acides ; ce qui peut venir ou de ce que les memes principes sont plus intimement combinés que dans la laine , ou plus probablement de ce qu’il s’y trouve moins d’azote et d hydrogène : mais , quoique les alcalis et les
p) Mém. de l’Acad. 1783.
acides exercent sur la soie une action moins vive que sur la laine , il faut néanmoins en faire usage avec beaucoup de précaution , parce que l’éclat des couleurs qu’on desire dans la soie paraît dépendre du poli de sa surface , et qu’il n’y faut pas porter atteinte.
Le coton résiste mieux que le lin et le chanvre à 1 action des acides , et c’est avec peine qu’on vient à bout de le détruire même par l’acide
nitrique.