‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 14 sur 68 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la Laine.

Les manufactures de drap destinent la laine à différentes fabrications , selon la longueur et la finesse de ses filaments ; mais il y a une grande distance entre le produit des moutons qui ont une belle laine et ceux des moutons ordinaires , et l’on doit conserver beaucoup de reconnaissance pour d’Aubenton qui lixa l’attention publique sur cet objet important d’économie agricole , et sur ceux qui , depuis lors , ont suivi avec tant de constance et de succès , le projet de renouveler nos races dégénérées, par le moyen des mérinos.

DE LA TEITfTURE

La laine est naturellement enduite d’une espèce de graisse qu’on appelle suint ; cet enduit la préserve des teignes (1) ; de sorte qu’on ne lui fait subir le dégraissage que lorsqu’on a le projet de la teindre ou de la filer.

Pour dégraisser la laine , on la met environ un quart-d’heure dans une chaudière qui contient une quantité suffisante d’eau mêlée d’un quart d’urine putréfiée et échauffée au point de pouvoir seulement y souffrir la main , en la remuant de temps en temps avec des bâtons : on la lève ensuite et on la met égoutter ; on la porte de là dans une grande corbeille placée dans une eau courante , et on la remue jusqu’à ce que le suint en soit entièrement sorti et ne rende plus beau laiteuse ; on la retire alors et on la met égoutter. Elle perd quelquefois dans cette opération plus d’un quart de son poids. Il est important que le dégraissage se fasse avec soin , parce que la laine en est mieux disposée à recevoir la teinture.

On conserve dans un baquet les résidus de la première opération , en y ajoutant de temps en temps de l’urine putréfiée , de sorte que le suint qui s’y trouve , sert lui-même à rendre plus soluble celui qui adhère à la laine nouvelle ; l’ammoniaque de l’urine putréfiée contribue proba-

(1] Reaumur a observé qu’il suffisait de frotter avec la laine grasse une étoffe pour la préserver des teignes. Ment, de l'acad. 1^28.

blement à l’effet. Lorsqu’une laine résisté à ce moyen , on ajoute un peu de savon dans la liqueur ; mais ce n’est qu’avec beaucoup de précaution qu’il faut se permettre l’usage du savon pour les laines fines , parce qu’il les altère facilement.

Vauquelin a fait sur la nature du suint des expériences (i) dont il résulte qu’il est formé i°. d’un savon à base de potasse , qui en fait la plus grande partie ; 2°. d’une petite quantité de carbonate de potasse ; 3°. d’une quantité notable d’acétate de potasse ; 4°- de chaux dont il ri a pu déterminer l’étatde combinaison; 5°. d’une petite quantité de muriate de potasse ; 6°. enfin , d’une matière animale à laquelle il attribue l’odeur particulière du suint.

Il est porté à regarder l’ammoniaque, qui est contenue dans l’urine putréfiée , comme étrangère à son effet et même à conseiller l’usage du savon ordinaire, comme plus propre à procurer aux laines la blancheur que l’on desire ; mais l’expérience conduit à des résultats qui ne paraissent pas conformes à l’opinion de ce savant chimiste.

On teint la laine en toison, ou sans être filée , principalement lorsqu’on doit l’employer à former des draps de couleurs mélangées , ou bien

(i) Ann. de Ckim. loin. XL VII.

on la teint lorsqu’elle est filée ; elle est alors destinée principalement aux tapisseries , mais le plus ordinairement , c’est sous la forme de drap qu’elle est mise en teinture.

Lorsqu’on teint la laine en toison , ses filaments isolés absorbent une plus grande quantité de parties colorantes que lorsqu’elle est filée ; par la même raison , la laine filée en consomme plus que le drap : mais les draps pré • sentent entre eux beaucoup de variété , selon leur degré de finesse et leur tissu plus ou moins serré ; de plus , la différence des dimensions qu’on leur donne , les qualités variables des ingrédients de teinture dont on se sert , et les circonstances différentes des opérations , empêchent qu’on ne puisse donner confiance aux doses précises que l’on trouve prescrites dans les procédés qui sont décrits. Cette considération doit s’étendre à toutes les teintures.

Pour la plupart des couleurs , la laine a besoin d’être' préparée par un bain dans lequel on la fait bouillir avec des substances salines , et principalement avec l’alun et le tartre; c’est ce qu’011 appèle le bouillon , que l’on aura soin de décrire dans les différents procédés : mais il y a des teintures pour lesquelles la laine n’a pas besoin de ces préparations ; alors il faut la bien mouiller dans l’eau tiède , et ensuite l’exprimer ou la laisser égoutter. C’est une précaution qu’il

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faut prendre généralement pour toutes les substances qu’on veut teindre , pour que la couleur s’y introduise plus facilement et quelle puisse s’y distribuer également. La laine a particulièrement besoin de la chaleur pour pouvoir absorber les parties colorantes ; ce qui paraît tenir à la disposition de ses filaments à former un tissu serré.

Monge a expliqué le mécanisme du feutrage et les effets du foulage par la conformation extérieure de la laine et des poils des animaux. Il a fait sur cet objet des observations intéressantes (i), dont on va rapporter les principales.

On ne peut rien découvrir de particulier par le moyen du microscope à l’extérieur des brins de laine et des poils des animaux ; cependant , « les surfaces de ces objets ne sont pas lisses ; « elles doivent être formées ou de lamelles qui « se recouvrent les unes les autres de la racine « à la pointe , à-peu-près comme les écailles de * poissons se recouvrent de la tête de l’animal « vers la queue , ou peut-être mieux encore des « zones superposées, comme on l’observe dans «ç les cornes.

« Si d’une main on prend un cheveu par la ra- « cine et qu’on le fasse glisser entre les deux

(0 Observations sur le mécanisme <!u feûtrage. Ann.*ïe CJiym . tom. VL

*7^ UE la TEITfTURE

« doigts de l’autre main , de la racine vers la « pointe , l’on n’éprouve presque aucun frotte- « ment , aucune résistance , et l’on n’entend au- « cun bruit ; mais si , en le pinçant par la « pointe, on le fait glisser de même entre les « doigts de l’autre main , de la pointe vers la rate cine , on éprouve une résistance qui n’avait pas « lieu dans le premier cas , et il se produit un « frémissement perceptible au tact , et qui se « manifeste encore par un bruit sensible à l’o- « r ci lie.

« On voit déjà que la contexture de la surface « du cheveu n’est pas la même de la racine vers a la pointe que de la pointe vers la racine , et « qu’un cheveu , lorsqu’il e4t pressé , doit éproucc ver plus de résistance pour glisser et prendre « un mouvement progressif vers la pointe que « pour glisser vers la racine ; mais comme c’est a cette contexture elle-même qui fait l'objet « principal de ce mémoire , il est nécessaire de « la confirmer encore par quelques autres observe vations.

« Si , après avoir saisi un cheveu entre le « pouce et l’index , on fait glisser les deux doigts ex alternativement l’un sur l’autre et dans le sens « de la longueur du cheveu , le cheveu prend « un mouvement progressif dans le sens de sa a longueur , et ce mouvement est toujours di- « rigé vers la racine. Cet effet ne. tient ni à la

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