‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 20 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Théorie du Blanchiment

La chimie a fait dans ces derniers temps des progrès qui en rendent la connaissance très-utile à la pratique de plusieurs arts : mais celui qui a pour objet le blanchiment des fils et toiles par

1 acide muriatique oxigénë demande particulièrement un artiste auquel elle ne soit pas inconnue.

L’acide muriatique oxigénë est l’agent qu’on substitue dans ce blanchiment à l’air atmosphérique , qui exige de longues expositions sur le pré : il faut donc connaître ses propriétés pour pouvoir en diriger la préparation et les effets.

L’acide muriatique (acide marin) se combine avec l’oxigène , et par-là il prend les propriétés de l’acide muriatique oxigénë ; mais pour que cette combinaison se fasse , l’oxigène doit avoir perdu l’état élastique : c’est ainsi qu’il se trouve dans l’oxide de manganèse ( manganèse du commerce), et il y est en grande quantité. Lors donc qu’on mêle une partie d’oxide de manganèse avec quatre parties d’acide muriatique fumant , ou six parties d'acide muriatique ordinaire , une portion de l ucide se combine avec l’oxide de manganèse, et tend à en dégager une partie de l’oxigène qui est superflue à cette combinaison , et qui se combinant immédiatement avec une autre portion de l’acide muriatique , forme ainsi l’acide muriatique oxigénë : on favorise et on complète l’opération par l’action de la chaleur. L’acide muriatique oxigénë prend en se formant l’état gazeux ; mais dans cet état il peut être dissout par l’eau , et la liqueur qui en résulte est d’un jaune verdâtre et d’une odeur trèspénétrante. Si la température approche du terme

de la congélation de l’eau, le gaz acide muriatique oxigéné prend une forme concrète , et reste adhérent au tube qui le conduit dans l’eau où il se précipite, de sorte que la liqueur se trouve moins chargée qu’à une température un peu plus élevée.

Il est facile de se convaincre que l’oxide de manganèse contient beaucoup d’oxigène ; car en le poussant à un grand feu , il s’en dégage une grande quantité; après cette opération , l’oxide ne peut produire que très-peu d’acide muriatique oxigéné.

On peut aussi facilement acquérir la preuve de l’existence de l’oxigène dans l’acide muriatique oxigéné. On 11’a qu’à exposer à la lumière du soleil un flacon rempli de cette liqueur , lequel se prolonge par le moyen d’un tube recourbé sous un récipient rempli d’eau : 011 voit bientôt s’en dégager des bulles qui passent dans le récipient , et qui y forment un fluide élastique qui a toutes les propriétés de l’air pur , ou gaz oxigène. Lorsque ces bulles ont cessé de se dégager , la liqueur a perdu son odeur , sa couleur et toutes ses propriétés distinctives ; ce n’est plus qu’une eau imprégnée d’acide muriatique ordinaire. La composition et la décomposition prouvent donc égalemei^; que 1 acide muriatique oxigéné est une simple combinaison de l’acide muriatique et de l’ oxigène ; mais la prompte décomposition par la lumière

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fait voir que Foxigène abandonne très-facilement l’acide muriatique , soit pour prendre l’état élastique , soit pour entrer dans d’autres combinaisons , et c’est de là que dépendent les propriétés caractéristiques de l’acide muriatique oxigéné.

Si l’on plonge dans l’acide muriatique oxigéné des couleurs végétales , elles disparaissent plus ou moins promptement, et lorsqu’il se trouve un mélange de différentes parties colorantes , les unes disparaissent plus facilement quelles autres qui ont éprouvé cependant une altération plus ou moins avancée. Lorsque l’acide muriatique oxigéné a épuisé ainsi son action , il se trouve ramené à l’état d’acide muriatique ordinaire : les parties colorantes lui ont donc enlevé l’oxigène. Si on fait évaporer la liqueur pour examiner dans quel état ont été réduites les parties colorantes , on trouve qu’elle laisse un résidu noirâtre , et que ces parties ont subi les effets d’une légère combustion.

C’est aussi de cette manière que les couleurs sont détruites plus ou moins promptement par l’action de l’air, surtout lorsqu’elle est favorisée par la lumière solaire , comme on l’a vu dans la première section ; de sorte que l’acide muriatique oxigéné produit facilement et promptement les effets que l’air et la lumière peuventproduire dans un plus long espace de temps , parce que l’oxigène, privé en partie de son élasticité et peu adhérent

a l’acide, entre facilement en combinaison avec les substances qui ont de l’affinité avec lui.

Les filaments du lin et du chanvre sont enveloppés de parties colorantes , qui y sont retenues par une véritable combinaison et qui couvrent leur blancheur ; mais lorsque ces parties colorantes se sont combinées avec foxigène, elles se trouvent réduites à un terme de décomposition où elles sont devenues solubles par les alcalis , de sorte que la potasse à laquelle la lessive doit son action , les dissout et les sépare des filaments : en répétant plusieurs fois l’exposition sur le pré, ou l'immersion dans l’acide muriatique oxigéné et l’action des lessives , on sépare toutes les parties colorantes des filaments qui jouissent alors de leur blancheur. Le fil perd , par ces opérations , près du tiers de son poids.

Si on verse un acide sur la dissolution des parties colorantes qui a été faite par la potasse, et si on fait sécher le précipité qui s’est formé et qu’on a retenu sur un filtre , il est noirâtre et il a f apparence d’un corps qui a éprouvé une légère combustion et qui s’est charbonné : la lessive qui est saturée de parties colorantes, a perdu toute son action. Ce qu’on dit ici de la potasse , doit également s’appliquer à la soude.

Le fil qui a été blanchi par le procédé ordinaire on par celui que l’on décrit , a perdu une partie de sa force , de sorte qu’il ne soutiendrait

plus le même poids qu'avant le blanchiment ; mais , l une et l’autre opération étant faite avec un soin égal , le fil qui a été blanchi par le moyen de l’acide muriatique oxigéné , conserve plus de force que celui qui l’a été par l’exposition sur le pré , et la raison en est, que les lessives ont été moins nombreuses et les opérations beaucoup moins longues.

Le blanchiment dont nous donnons la description est donc l’effet de Faction successive des lessives et de F acide muriatique oxigéné. Nous devons donc faire connaître les appareils et les opérations qu’exigent et la liqueur oxigénée et les lessives , ainsi que les moyens qui sont propres à seconder leur action , à prévenir leurs inconvénients , à perfectionner le blanchiment , ou à donner aux objets blanchis les qualités que l’on desire. Enfin , nous examinerons quelques autres applications des propriétés de l’acide muriatique oxigéné.

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