‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 53 sur 68 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du vert-de-gris et de V acétate de cuivre.

Le vert-de-gris ne se préparait autrefois qu'à Montpellier et dans ses environs : le procédé qu’on y suivait, consistait à faire fermenter des rafles de raisins avec la vinasse , à mettre ensuite des lames de cuivre couches par couches avec ces rafles , à les laisser là quelque temps , à les retirer pour les mettre au re/ai dans un coin de la cave, où on les aspergeait encore de vinasse, et à racler enfin le verdet qui s’était formé par cette dernière opération. On recommençait ensuite les mêmes manipulations sur les lames de cuivre qu’on avait dépouillées du verdet.

Dans ces derniers tems , on a amélioré ce procédé , et on l’a rendu plus économique , en substituant aux rafles , le marc de raisin , auquel on fait subir la fermentation acide avant de l’employer, et en supprimant par-là le vin dont on était obligé d’arroser les rafles. Chaptal a décrit les détails de ce procédé (i).

A Grenoble on emploie le vinaigre tout formé

et on en arrose les lames de cuivre. Le vert-de-

gris préparé de l’une et de l’autre manière, diffère par quelques propriétés.

Chaptal en a fait la comparaison (2) : le premier est gras , pâteux, peu soluble dans l’eau : il est préféré pour l’usage de la peinture. Le second plus sec , d’un bleu verdâtre plus prononcé , est plus soluble dans l’eau : il produit de meilleurs effets dans la teinture ; il donne plus de vivacité aux couleurs , et il en faut une moindre quantité pour composer les mordants.

Cette différence tient à leur composition : le premier contient sur-tout de l’oxide de cuivre non combiné, ou du carbonate de cuivre, et le second se rapproche de l’état d’acétate.

Dans l’une et l’autre préparation du vert-degris , le cuivre est réduit en oxide par le concours de l’action de l’air atmosphérique et de

(1) Mém. de l’Instit. vol. II.

(2) Ibid. vol. I,

1 acide acétique qu’on emploie ou qui se forme : mais comme les vaisseaux de cuivre sont d’un grand usage , il n’est pas inutile de s’étendre un peu plus sur la manière dont les acides agissent sur ce métal.

Pour que le cuivre se dissolve dans les acides , il faut , de même que les autres métaux , qu’il se combine avec l’oxigène, ou qu’il se réduise en oxide; il faut donc ou qu’il attire i’oxigène de 1 atmosphère, ou que les acides puissent lui en fournir, ou bien qu’il décompose 1 eau par le concours d’une autre force ; car par lui-même il n'a pas cette propriété.

Les acides végétaux ne peuvent pas donner de l’oxigène au cuivre; mais l’action qu’ils exercent sur lui, favorise tellement sa combinaison avec l’oxigène , qu’il l’attire promptement de l’air atmosphérique , et que par là il est réduit en oxide, et devient soluble dans la liqueur acide; mais pour que le cuivre puisse attirer l’oxigène de l’atmosphère , il ne faut pas que la liqueur soit chaude ; ainsi les acides végétaux n’attaquent pas le cuivre pendant qu ils sont chauds , et la même chose a lieu pour les huiles et les autres substances qui ont de l’action sur ce métal , à moins qu’une portion du cuivre ne se trouve déjà oxidée ; alors elle se dissout facilement, à quelle température que soit la liqueur. L’on aperçoit par là la nécessité de ne jamais laisser refroidir dans les

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chaudières de cuivre , des liqueurs qui peuvent attaquer ce métal , et d’avoir soin de les tenir toujours d’une grande propreté , pour qu’il ne se trouve point à leur surface d’oxide formé.

L acide nitrique et l’acide nitro-muriatique ou eau régale , quoiqu’étendus d’eau , peuvent donner de l’oxigène au cuivre , sur-tout lorsque la liqueur est en ébullition ; de sorte, quil doit se dissoudre une partie de ce métal dans les bains dans lesquels on fait entrer, par exemple , de la issolution d’étain , à moins que la chaudière ne soit étamée avec soin : cependant , ce qui peut diminuer cet effet , c’est que l’acide nitrique porte son action sur les substances végétales, et sur-tout sur les substances animales qui se trouvent avec lui dans le bain , et qa’il peut être saturé par l’ammoniaque qui se produit.

Le cuivre est donc réduit en oxide dans le vertde-gris, et il est combiné avec une portion plus ou moins considérable d’acide acétique : lorsque l’oxide de cuivre est complètement saturé de cet acide , il est entièrement soluble dans l’eau , et il forme par l’évaporation , des cristaux rhomboïdaux de couleur bleue , qui , se fixant sur de petits bâtons de bois , donnent naissance à ces groupes que l’on désignait sous le nom de verdet cristallisé , de cristaux de Vénus . Il y a donc cette différence entre ce sel et le vert-de-gris, que, dans le premier, l’oxide de cuivre est complètement

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saturé d acide acétique, c’est l’acétate de cuivre ; et que , dans le vert-de-gris , il n’y a qu’une por* tion variable de 1 oxide de cuivre qui soit dans l’état d’acétate : on peut séparer cette portion saline en la dissolvant dans l’eau ; alors il ne reste que l’oxide de cuivre, ou un sel àvec excès d’oxide, qui se dissout facilement dans l’acide acétique , et qui par là se trouve dans le meme état salin. Quelquefois le vert-de-gris ne contient que très-peu d’acétate, quelquefois au contraire, il contient à peine un quart de son poids d’oxide de cuivre non combiné , et c’est en quoi consiste, comme nous F avons dit , la différence qui distingue le vert-de-gris fabriqué à Grenoble , et celui de Montpellier.

Clegg cherchant à substituer au vert de-gris, un ingrédient moins cher pour la teinture en noir, dit qu’il observa que le cuivre du vert-degris précipitait en état d’oxide le fer du sulfate de fer, tenu en dissolution avec des matières astringentes : regardant donc le vert-de-gris comme un précipitant du fer, il chercha à lui substituer d’autres substances propres à prceipiter ce métal de ses dissolvans : il essaya d’abord les alcalis ; et ses expériences , qui, en petit, lui parurent réussir, n’eurent pas de succès en grand: en effet lqs alcalis ne précipitent pas la combinaison du fer et du principe astringent , mais ils la surcomposent et ils lui donnent une teinte rougeâtre : il

s’assura ensuite par plusieurs épreuves, qu’on pouvait parfaitement remplacer le vert-de-gris par un mélangé de sulfate de cuivre et de potasse : il prescrit de dissoudre le sulfate de cuivre, et d’y ajouter de la dissolution de potasse jusqu’à ce que la couleur bleue disparaisse , c’est-à-dire jusqu’à ce que tout le cuivre soit précipité. Il faut pour cela , à-peu-près poids égal de sulfate de cuivre et d’alcali : il assure que le poids de l’un et de l’autre , remplace un poids égal de vertde-gris , et que ce procédé peut être mis en usage, particulièrement pour les chapeaux , dont la teinture consomme beaucoup de vert-de-gris.

Nous observerons sur ce procédé , que l’oxide de cuivre produit , à la vérité , un précipité dans une dissolution de fer noircie par un astringent ; mais ce précipité n’est pas seulement de l’oxide de fer , il est du aux molécules noires qui résultent de la combinaison de l’oxide avec le principe astringent. Cette précipitation peut bien être un effet par lequel l’oxide de cuivre sert à la teinture en noir ; mais il est probable que le principal effet , par lequel il est utile à cette teinture , consiste à former du bleu avec le campêche que l’on y fait aussi entrer , ou une nuance entre le vert et le noir , qui résulte de sa combinaison avec l’astringent ; car nous avons remarqué qu’il était avantageux pour foncer le noir , de le faire dériver d’un mélange de différentes

couleurs. On voit par-là comment le vert-de-gris qui contient beaucoup d’acétate de cuivre , peut produire de meilleurs effets que celui qui a une plus grande proportion d’oxide non saturé , ou en état de carbonate.

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