CHAPITRE VI
De ï acétate de plomb , ou sel de Saturne.
-L ’ A cétate de plomb est une combinaison du plomb réduit en oxide , et de l’acide acétique ; il est ordinairement cristallisé en aiguilles déliées et confuses.
Ce sel a une saveur sucrée , mêlée d’un peu cTastriction ; ce qui lui a fait donner le nom impropre de sucre de Saturne.
Lorsque l'acide acétique n’a pas le contact de Pair , il n’attaque pas le plomb dans l’état métallique ; mais si l’air touche sa surface , peu à peu le plomb s’oxide par le moyen de l’oxigène qu’il attire , et par là il devient soluble dans 1 acide : comme cette manière de préparer l’acétate de plomb serait désavantageuse , et parce qu’elle exigerait beaucoup de temps , et parce qu’une grande partie de l’acide s’évaporerait , I on a recours à d’autres procédés.
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Le blanc de plomb est un oxide de plomb qui s’est combine avec l’acide carbonique , ou un carbonate de plomb; pour le former, on suspend le métal réduit en lames , sur du vinaigre dans des vases de terre , que l’on recouvre de fumier , pour que la chaleur entretienne l’évaporation du vinaigre , qui , en s’exhalant , réduit , par le moyen de l’air , le plomb en oxide , et le dissout ; il s exhale en même -temps de l’acide carbonique , qui précipite le plomb en carbonate . ce carbonate qu on pulvérise avec beaucoup de soin , donne le blanc de plomb ; mais une partie de l’oxide est retenue par le vinaigre , et forme de 1 acétate de plomb, qui n’a besoin que dëtre évaporé et d’être purifié par une seconde cristallisation.
La plus grande partie de l’acétate de plomb se préparé avec le vinaigre distillé, retiré de la bierre ou du vin , et avec le blanc de plomb , qui, étant réduit en poudre très - subtile , se trouve dans l’état le plus favorable pour se dissoudre.
Si l’on se trouve dépourvu d’acétate de plomb , il est facile d en fabriquer soi-même , en dissolvant un oxide de plomb dans du vinaigre distillé , et eu fesant évaporer la dissolution jusqu au point convenable à la cristallisation. On peut se servir de différents oxides de plomb : le blanc de plomb se dissout plus facilement que les autres,
4 34 DE L A TEINTURE excepte la cëruse ; mais il faut éviter celle-ci, parce qu’elleest un mélange de blanc de plomb et de craie : la litarge ou oxide de plomb demivitreux peut être substituée au blanc de plomb ; le minium se dissout plus difficilement.
Il suffirait probablement de dissoudre l’oxide de plomb dans du vinaigre blanc , dont la partie extractive par lacpielle il diffère principalement du vinaigre distillé n’aurait rien de nuisible ; mais il faut remarquer que l’acétate de plomb n’est pas une combinaison constante dans ses proportions: ïlienard a observé que l’acétate de plomb ordinaire pouvait dissoudre encore une quantité d’oxide , presque égale à celle qu’il avait déjà , et prendre alors une cristallisation différente ; mais les nouveaux cristaux se décomposent par la simple exposition à l’air , et une partie de l’oxide se convertit en carbonate : en se dissolvant dans l’eau , ils abandonnent aussi une partie de l’oxide , et forment un précipité abondant , après cela la combinaison soluble est ramenée à l’état ordinaire.
En répétant cette expérience , nous avons observé que 1 acétate de plomb dont nous nous sei vions , rougissait les couleurs végétales, et agissait sur le papier teint avec le curcuma, comme les légers acides; mais après s être surchargé d’oxide, de plomb , sa dissolution rougissait la teinture de curcuma comme les alcalis, de sorte
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fjne ï’on a ici un indice des propriétés alcalines que les oxides exercent sur les acides.
Les cristaux d’acétate de plomb produisent ordinairement un léger précipité , lorsqu'on les dissout dans l’eau distillée, et ce précipité est du à du carbonate de plomb qui s’est formé à leur surface ; mais ils produisent, avec les eaux de rivière et de puits , un précipité beaucoup plus abondant, qui est dû aux sulfates et aux muriates qui se trouvent dans ces eaux, et dont la quantité est par conséquent proportionnelle à celle de ces sels ; cependant le muriate de plomb a une certaine solubilité.
L acétate de plomb n’est pas employé directement , comme mordant , dans les teintures , quoiqu’il produise un précipité abondant avec la plupart des dissolutions de parties colorantes; mais ses précipités ont des nuances sombres et ternes : le grand usage que l’on en fait est pour se procurer l'acétate d’alumine : comme la force de cohésion de cette terre s’oppose à sa dissolution immédiate par l’acide acétique , on fait un mélange de sulfate d’alumine avec l’acétate de plomb : par-là , on a l’alumine dans l’état liquide ; mais les élémens de ces combinaisons étant en présence , et l’oxide de plomb ayant la propriété de donner une combinaison insoluble avec l’acide sulfurique, il forme cette combinaison et se précipite , pendant que l’alumine reste en dissolution avec l’acide acétique. a8..
Le hasard a fait trouver cette combinaison si importante pour l’impression des toiles ; car on y fesait entrer plusieurs substances inutiles, jusqu'à ce que la chimie ait déterminé les seules qui soient nécessaires.
Quelques manufacturiers habiles ont cru devoir conserver , parmi les ingrédients , une certaine proportion de craie et de potasse , dans la vue d’absorber un excès d’acide ; mais cette addition n’est propre qu’à précipiter inutilement xine partie de l’oxide de plomb , et à porter dans l’acétate d’alumine des sels étrangers , qui peuvent nuire aux effets qu’il doit produire. L’expérience a prouvé que sans ces mélanges , on obtenait une bonne préparation , en sorte que l’on n’a qu’à déterminer les proportions qui produisent le plus complètement l’échange de base.
Haussman a employé un acétate d’étain qu’il a formé en décomposant l’acétate de plomb par le muriate d’étain ; mais cette préparation a des inconvéniens : i°. elle retient un peu de muriate de plomb ; car ce sel a un peu de solubilité ; a°. il se forme un sel triple qui contient un grande proportion de plomb, si l’on passe la proportion d’acétate de plomb qui est nécessaire.