CHAPITRE VI I
Des alcalis fixes .
Q tioiQUE la magnésie , la chaux , la baryte, la strontiane et la glucine doivent toutes être regardées comme des alcalis fixes , puisqu’elles ont toutes , et quelques - unes plus que la potasse et la soude , la propriété de saturer les acides , et de former avec eux des combinaisons neutres ; on les distingue cependant sous le nom de terres ou terres alcalines , en considération de la solidité et de la pulvérence qui donnent l’idée d’une terre , et l’on réserve le nom d’alcalis fixes à la potasse et à la soude , qui étant d’un grand usage en teinture, doivent être bien appréciées.
Pour l’ammoniaque , quoiqu’elle soit le plus puissant des alcalis, puisque, à quantité égale , elle exerce au plus haut degré les propriétés alcalines sur les acides, sa volatilité est un obstacle à son usage dans la plupart des opérations de teinture.
ARTICLE PREMIER-
De la potasse „
La potasse que l’on a désignée par le nom d’ alcali végétal , parce qu’on la reLire de la
combustion des végétaux , est une substance identique ; mais l’état de saturation où elle se trouve, et les mélanges qui sont confondus avec elle, en font considérablement varier les effets et la valeur.
Lorsqu’on veut employer toute sa puissance alcaline, il faut la priver de l’acide carbonique, avec lequel elle se trouve combinée en plus ou moins grande proportion, et qui lui donne la propriété de faire effervescence avec les acides qui en chassent l’acide carbonique : pour cela, après l’avoir dissoute , on la traite avec la chaux qui s’empare de l’acide carbonique , et se précipite en formant un sel insoluble : on a alors ce qu’on appelle potasse piwe ou caustique ; cependant elle retient encore une portion d’acide carbonique , et pour l’en priver , il faut la traiter avec l’alcool ; alors il se forme deux combinaisons , l’une qui est un alcool de potasse , et l’autre qui reste en solution dans une partie d’eau , ou qui s’est séparée en cristallisant , est du carbonate de potasse : en chassant l’alcool de la première combinaison, on a la potasse pure; mais on ne peut avoir besoin de cette préparation en teinture , que pour des expériences de recherches.
La dissolution de potasse ordinaire par l’eau , contient encore des sels étrangers que l’on peut avoir intérêt de séparer , comme on le fait pour
en general. 4^9
la fabrication des beaux verres : pour cela , on dissout la potasse dans la moindre quantité d’eau nécessaire , et on laisse reposer la dissolution 5 les sels moins solubles que la potasse se séparent en grande partie et se précipitent.
La potasse qui n’est pas saturée d’acide carbo • nique, attire l’humidité de l’air, et par-là elle se dissout et forme une liqueur que l’on a appelée huile de tartre par défaillance : elle attire aussi l’acide carbonique , et avec un long espace de temps elle acquiert la propriété de cristalliser : Bohn et Montet avaient observé cette cristallisation avant que l’on en connût la cause.
Il faut observer que le carbonate de potasse a la propriété de cristalliser , avant que d’avoir la quantité d’acide carbonique qui peut se combiner avec lui ; lorsque cela arrive , il peut encore attirer l’humidité de l’air : dans la dissolution , la partie qui restait liquide agissait assez sur l’eau pour permettre à l’autre partie de cristalliser ; lorsqu’on a enlevé cette eau , les cristaux exercent assez de force sur celle de l’atmosphère , et ils en attirent assez pour se réduire encore en liquide. Il y a apparence que le carbonate de potasse peut prendre des quantités variables d’acide carbonique , meme lorsqu’il 11’a plus la propriété d’attirer l’humidité.
Ces différents états de saturation de l’acide carbonique doivent fixer l’attention , lorsqu’on
1 emploie dans des teintures dont les couleurs peuvent en etre affectées ou dans lesquelles le tissu des étoffes peut souffrir des altérations ; car dans l'état caustique l’alcali exerce une plus grande puissance pour se combiner avec d’autrès substances.
On a donné différens noms à la potasse , selon la substance dont on l’a retirée : on a appelé sel de tartre , celle qu’on retire de la combustion du taitiite acidulé de potasse , ou tartre : pour faire cette préparation , on enveloppe le tartre dans des cornets de papier , et on leur fait subir la combustion : après avoir dissous dans l’eau le résidu , on rapproche cette dissolution sur le feu , on sépare les sels étrangers , à mesure qu’ils se pi écipitent , et 1 on obtient par la dessiccation, la potasse qui retient beaucoup d’acide carbonique, formé par la destruction de l’acide tartareux , a une chaleur assez modérée pour qu’il en reste beaucoup en combinaison. Cette potasse est très-riche en alcali , mais c est 1 espèce la plus chère.
Les cendres gravelées , qui sont le produit de la lie de vin et de la cendre de sarment , sont encore riches en alcali , quoique la potasse y soit moins pure que celle qui provient du tartre.
La potasse qui reçoit encore différents noms dans le commerce , et dont la plus grande partie nous vient du nord de l’Europe et des Etats-Unis
de l’Amérique , est le résultat (le la combustion que l’on exécute dans les vastes forêts , dont les bois ne trouvent pas d’emploi plus avantageux ; mais cette opération n’est pas faite par-tout avec le même soin , première cause des grandes différences que l’on y trouve. Selon Linnéus , on brûle dans le nord à un feu lent le bouleau ou 1 aune, on fait des cendres une espèce de pâte avec de 1 eau , on couvre de cette pâte un rang de bûches de pin ou de sapin ; sur ce rang on en pose un autre transversalement , on le couvre pareillement de la même pâte ; on continue de la sorte ces couches de bois et de pâte , jusqu’à ce que la pile soit d’une hauteur considérable ; on y met le feu , et quand les cendres commencent à couler , on la renverse , et l’on bat avec des bâtons flexibles les cendres qui sont en demi-fusion ; elles s’incrustent par cette opération dans les bûches , et deviennent aussi dures que la pierre.
On voit que par ce procédé , la potasse doit contenir beaucoup de terre étrangère ; mais il paraît qu’on y mêle encore quelquefois de la chaux : Home en a trouvé principalement dans une espèce de potasse que l’on appelle cassoude , et dont les blanchisseurs font beaucoup d’usage dans la Belgique et dans les départemens voisins.
On ne suit pas par-tout un procédé si défectueux ; mais dans quelques endroits on lessive les cendres en les recouvrant d'eau dans des Ion-
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neaux qu’on a remplis : on en fait écouler l'eau après quelques heures , on y en verse de nouvelle, et l’on répète l’opération jusqu’à ce que l’eau en sorte presque insipide : les dernières eaux sont employées à des lessives nouvelles, comme dans la lessive des plâtras dont on retire le salpêtre : on fait ensuite évaporer les eaux ; le résultat est noirâtre et charbonneux \ on l’appelle salin : le salin calciné dans un four , blanchit et donne une bonne potasse.
On se sert aussi de cendres qui n’ont point subi d’autres préparations, principalement pour les lessives. Ce qu’on va dire des potasses, doit aussi leur être appliqué.
Les végétaux dont on retire la potasse , diffèrent beaucoup entre eux , et par la quantité de cendres qu’ils donnent dans leur combustion , et par les proportions de potasse qui se trouvent dans ces cendres : nous donnerons un aperçu des observations qui ont été faites sur cet objet , parce qu’elles peuvent guider dans l’art de préparer la potasse , et dans les différentes applications que l’on en fait dans les arts.
Il résulte sur - tout des expériences de Pertuis (i) , que les plantes herbacées fournissent , à poids égal , après leur dessication , beaucoup plus de cendres que les plantes ligneuses , et que
(1) Ann. de Cliim. tom. XIX.
EN GENERAT,.
les premières contiennent une plus grande proportion d’alcali ; que le tronc des arbres donnerait moins de cendre que les branches , et celles-ci moins que les feuilles; mais on trouve sur cet objet , ainsi que sur plusieurs autres qui se rapportent à la végétation , des recherches beaucoup plus étendues et plus exactes que celles qui avaient précédé , dans un ouvrage que vient de publier Théodore de Saussure (i).
(1) Recherches chim. sur la végétation.
Nous trouvons dans cet excellent ouvrage , des observations qui apportent quelques modifications dans les explications que nous avons données sur l’altération que l’air produit dans les parties colorantes et dans les substances végétales qui subissent son action : l’auteur a déterminé d’une manière plus positive les accidens de cette altération.
Saussure, en exposant des extraits et d’autres substances végétales à l’action de l’air dans des vases fermés , a trouvé que le volume de l’air n’était pas diminué, mais que son oxigèi.e se changeait en acide carbonique, de sorte qu’il en extrait du carbone et se combine avec lui 5 en même tems il se fait une production d’eau par la combinaison plus intime de l’hydrogène contenu dans cette substance, avec l’oxigène qui y était également contenu, et en dernier résultat, la substance contient mie plus grande proportion de charbon : l’effet est donc comparable en cela à celui d’une légère combustion.
Cependant ses observations même prouvent que le fait n’est pas général 5 les huiles ont absorbé de i’oxigène. Il y a apparence que l’action de l’oxigèue ne produit pas des effets uniformes, même dans Jes substances qui ne sont pas huileuses 3 mais il faudra distinguer par des observations
Ses expériences ont mis hors de doute que la potasse et les autres sels qui se trouvent dans les cendres des végétaux , ne sont point un produit de la végétation , mais qu’ils viennent du sol dont ils sont absorbés , et même de l’atmosphère ; en conséquence , les mêmes végétaux qui croissent dans des sols différents , donnent par leur combustion une différente proportion de cendres , et celles-ci ont des proportions différentes de substances salines et terreuses, ou solubles et insolubles. Les parties des végétaux laissent d’autant plus de cendres , qu’elles sont sujettes à une transpiration plus grande , parce que ces cendres proviennent des substances qui étaient tenues en dissolution dans le suc végétal. De -là les feuilles en donnent plus que l’écorce ; celle - ci plus que l’aubier , et l’aubier plus que le tronc.
Par la même raison les plantes herbacées en donnentbeaucoup plus que les plantes ligneuses.
Les proportions des alcalis , ou plutôt de la partie soluble , varient dans ces cendres : les semences sont celles qui en contiennent le plus : les feuilles viennent après’; mais quand elles sont jeunes , elles en contiennent d’avantage : l’écorce en a la plus petite quantité : on voit que cette quantité diminue , selon que l’eau de la pluie a pu la dissoudre et l’entraîner.
nouvelles les cas différens par le mode , mais constans par résultat qui est une prédominance du carbone.
Une considération importante , c’est celle des phosphates que contiennent les cendres des végétaux : Saussure a trouvé que tous les végétaux contiennent des phosphates qui sont : phosphate de potasse , phosphate de potasse et de chaux, soluble comme le précédent , et phosphate de chaux insoluble : comme ils contiennent ordinairement du carbonate de chaux , il se fait par l’incinération des changements de combinaison ; le phosphate de potasse est décomposé par le carbonate de chaux , et l’on ne trouve dans la cendre que du phosphate de chaux ou une moindre quantité des deux premières combinaisons qu’il n’en existait dans le végétal : si l’on incinère des parties végétales différentes, onpeut obtenir un résultat qui n’est pas la moyenne de ceux qu’on aurait eus , en fesant l’incinération séparée ; ainsi la fève contient du phosphate de potasse sans carbonate de chaux, et l’on ne trouve pas de phosphate de chaux dans sa cendre ; mais si on la brûle avec la tige qui contient du carbonate de chaux , on obtient au lieu de phosphate de potasse , une portion de phosphate de chaux beaucoup plus grande que celle qu’aurait donnée l’incinération de la tige séparée.
On peut retirer de ces observations , que nous n’abrégeons qu’à regret , quelques résultats utiles à notre objet.
io. Pour fabriquer la potasse, il est plus avanta-