ART. II
De la soude .
Les chimistes ont donné le nom de minéral à cet alcali , parce qu’on le trouve souvent à la surface de la terre, ou dans des souterrains ; ainsi on peut en récolter une grande quantité en Egypte aux environs des lacs qui sont connus sous le nom de natron , que l’on a donné à la soude meme qu’on en retire. On en trouve aussi dans plusieurs endroits de la Barbarie , en Syrie , en Perse , dans les Indes occidentales, à la Chine et même dans nos climats.
Les conditions qui déterminent cette production , sont , à en juger par les observations faites près des lacs natron (i), un mélange de muriate cle soude et de carbonate de chaux , dans un terrain humide qui ne soit pas trop argileux, et une température assez chaude : alors il se produit une légère dissolution du carbonate de chaux, et les causes qui favorisent l’efflorescence propre au carbonatede soude, en déterminent la séparation, pendant qu’une portion correspondante de muriate de chaux s’infiltre dans la terre.
La soude que l’on recueille ainsi en Egypte , n’est pas pure ; mais elle contient des proportions très- variables , de carbonate de soude, de muriate
(i) Mém. sur l’Egypte.
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de soude, de sulfate de soude et de terre mêlée, même lorsqu’on en prend différents échantillons sur le même terrain.
Cependant la plus grande partie de la soude dont on fait usage, est le produit de la combustion des plantes qui croissent sur les bords de la mer , et particulièrement du salsola soda. Linn.
La plus estimée nous vient d Alicante : on en retire aussi sur nos côtes maritimes, de la même plante, ainsi que de quelques autres : on donne à ces soudes , selon les pays et selon les plantes dont elles proviennent , différens noms , tels qne ceux de Rochette , de Varech , de Salicor. Julia vient de donner une description intéressante de la culture du salsola , qui est établie aux environs de Narbonne , et dont on retire une soude connue sous le nom de Salicor (i).
Ces soudes diffèrent beaucoup entre elles par la proportion de carbonate de soude; il y a des cendres de Varech qui en contiennent à peine, mais il nous est inutile de nous arrêter à ces différences , parce qu on ne peut se confier qu’à l’épreuve chimique qui doit être la même que pour la potasse. On ne peut cependant prendre pour terme de comparaison, qu’une bonne soude ou plutôt du carbonate de soude , parce qu’il faut une plus grande proportion d’acide pour saturer
(1) Ann. de Cliim. tom. NLTX.
Une quantité de soude , que pour un poids égal de potasse.
La soude est dans l’état de carbonate ou du moins elle est la plus grande partie dans cet état i lorsqu’on a incinéré les plantes : elle cristallise, elle retient beaucoup d’eau dans sa cristallisation, mais elle l’abandonne facilement à l’air et tombe par là en efflorescence , en perdant près de la moitié de son poids.
Cette différence qui la distingue de la potasse qui ne conserve naturel lement après l’incinération qu une partie de l’acide carbonique qui est nécessaire à sa cristallisation , et. qui, jusqu’à ce quelle en soit saturée à ce points attire au contraire l’humidité de l’air, paraît dépendre de l’affinité plus forte que la soude exerce sur les acides et de la condensation plus grande qu’elle produit particulièrement dans ceux qui sont naturellement élastiques.
Quoique le carbonate de soude que l’on obtient naturellement, cristallise et se dessèche à l’air, il conserve cependant de faibles propriétés alcalines, et il verdit les couleurs qui en sont un indice ; mais il peut prendre une plus grande proportion d’acide carbonique : le célèbre Kla* proth a observé dans une espèce de carbonate de soude ou de natron , une proportion d’acide carbonique presque double de celle que l’on obtient du carbonate ordinaire ; en sorte que l’alcali y i , ' 29
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est dans un état très - différent de saturation. Il y a apparence qu’il ne donnerait pas des indices d’alcalinité : on le trouverait peut-être acidulé : il ne tombe plus en efflorescence.
Comme la soude contient non seulement beaucoup de sels étrangers , mais une proportion plus ou moins grande de sulfure, il est à propos de l’employer pour quelques opérations de teinture dans l’état de carbonate pur : on l’appèle alors sel de soude
Pour débarrasser la soude des substances étrangères , il faut la dissoudre dans l’eau , et séparer les divers sels à mesure qu’ils se précipitent ouqu'ils cristallisent ; les cristaux du carbonate de soude se forment les derniers.
Lorsqu’on fait usage de ce sel , il est essentiel de faire attention à l’état dans lequel il se trouve ; car lorsqu il est en cristaux, il contient la moitié de son poids d’eau de cristallisation ; en sorte que lorsqu’il est tombé en efflorescence , une partie produit autant d’effet que deux parties de cristaux.
La chaux agit sur ce sel , de la même manière que sur le carbonate de potasse, c’est-à-dire qu’elle lui enlève la plus grande partie de son acide carbonique , et quelle le rend caustique ; alors c’est la soude pure. , ( car l'on négligé la petite quantité d’acide carbonique qu’elle retient ) la soude des chimistes , la lessive des savonniers.
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On donne quelque fois le nom d 'eau forte ou d 'eau forte des savonniers , à une dissolution de soude caustique : une pareille dénomination peut facilement induire en erreur , et faire confondre cette solution alcaline , avec l’acide nitrique ou eau forte. Hellot nous apprend qu'il fut trompé de cette manière , sur la préparation d’une cuve d’indigo qu’on lui avait indiquée.
Comme la soude exerce sur les acides une action plus forte que la potasse , il est probable qu’elle produit aussi plus d’effet sur les subtances colorantes , lorsqu’elle est pure ; mais son action, alcaline est très-modérée, lorsqu’elle est dans l’état de carbonate ; car alors elle se trouve à un degré avancé de saturation , et elle a des propriétés uniformes. Elle doit donc être préférée , dans cette circonstance, à la potasse , qui a moins d’acide carbonique , et qui en a des quantités variables dans l’état dans lequel on la retire.