‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 58 sur 68 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Du Savon.

Le savon est la combinaison d’un alcali avec une huile; pour la former il faut employer l’alcali privé d’acide carbonique ; car cet acide peut en

éliminer l’huile en se combinant avec l’alcali. Il faut donc commencer par le dépouiller de l’acide carbonique , qui se trouve en combinaison avec lui. Dans les atteliers on lui donne alors le nom de lessive des savonniers.

Pour faire cette lessive, on traite la soude dont on se sert pour le savon dur, avec une proportion convenable de chaux ; il faut ordinairement deux parties de chaux contre une de soude : on passe plusieurs eaux sur le même mélange : les dernières qui sont les moins chargées , sont employées les premières pour les faire bouillir avec l’huile ; afin que la coagulation qui se formerait d’abord avec une lessive trop condensée , ne nuise pas à l’uniformité de la combinaison.

Nous avons remarqué que l’alcali caustique , préparé avec la chaux , conservait une portion d’acide carbonique ; en traitant la lessive caustique avec l’huile , celle-ci s’unit avec une portion de l’alcali , pendant que l’autre portion est réduite en carbonate et ne peut entrer en combinaison : lorsque la formation du savon est avancée , on évacue par un robinet placé à la partie inférieure de la chaudière , la partie qui est réduite en carbonate et qui peut servir de nouveau à former une lessive par le moyen de la chaux : on ajoute de la lessive forte : lorsque l’on s’est assuré par des échantillons, que la consistance du savon est suffisante , on le puise où

on le fait couler clans des espèces de moules en bois où il se refroidit , et prend la forme sous laquelle il est mis dans le commerce; mais avant cette dernière opération , on ajoute dans la chaudière une certaine quantité de muriate de soude, qui facilite sa séparation , du liquide aqueux.

On peut faire cette préparation à froid, mais elle est plus longue et moins facile.

Le savon récent contient beaucoup d’eau, qu’il perd par la dessiccation. Les commerçans peu fidèles , tâchent de le vendre avec ce poids étranger ; et pour le conserver dans cet état , ils le tiennent dans un lieu humide, et meme sur l’eau saturée de muriate de soude : cette eau ne le dissout pas, mais elle y maintient toute celle qu’il peut conserver ; c’est pour séparer par cette propriété le savon de sa dissolution , qu’on ajoute sur la fin , comme nous avons dit , du muriate de soude. On reconnaît la surabondance d’eau, en tenant le savon dans un lieu sec et chaud , où il perd bientôt celle qui lui est superflue. On ajoute encore quelquefois au savon , de l’amidon ou d’autres substances étrangères pour augmenter son poids.

On doune au savon des veines marbrées, en y ajoutant , avant qu’il ait pris toute sa consistance, un peu de sulfate ou d’oxide rouge de fer , qui forme probablement un peu de savon

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métallique, que Ton mêle inégalement avec la pâte qui se forme. Le savon devient par ce moyen plus dur et conserve moins d’eau.

On retrouve les propriétés générales des combinaisons dans le savon : ainsi la soude que nous avons vu produire un plus grand effet avec les acides, se comporte de même avec les huiles, et par là elle forme des savons plus durs et moins solubles que ceux qui ont la potasse pour base; en raison de cette plus grande insolubilité , si l’on ajoute du muriate de soude à une dissolution de savon fait avec la potasse , la soude se substitue à la potasse , et c’est un savon à base de soude qui se coagule et se sépare , comme l’ont observé Darcet , Pelletier et Lelièvre, auxquels on doit une très-bonne description de la préparation du savon (j).

Les huiles contribuent de leur côté aux qualités de la combinaison qu elles forment avec les alcalis ; ainsi les substances grasses qui sont naturellement solides, telles que le suif, l’axonge et le beurre , forment des savons solides et fermes ; l’huile d’olive qui a une disposition à devenir solide , dès que la température devient basse, donne un savon dur et c’est ce qui la fait préférer pour cette espèce de savon , auquel elle 11e communique d’ailleurs ni odeur désagréable ni

(1) Mém. de chim. tom. XIX.

couleur, aux autres huiles , qui , moins consistantes , donnent des savons plus mous et ordinairement colorés.

Si l'on combine les huiles avec des bases naturellement très-disposées à prendre l’état solide, telles que la chaux, la magnésie, la baryte , les oxides métalliques , on forme des savons insolubles ; mais cette insolubilité est un obstacle, qui empêche qu’on ne puisse faire exactement cette combinaison directe ; il faut prendre la solution d’un savon alcalin , et y verser de l’eau de chaux, de baryte ou de strontiane ; ces terres alcalines prennent une partie de l’huile aux alcalis solubles , et forment un savon insoluble qui se sépare : au lieu de la solution aqueuse de ces bases, on peut prendre leur dissolution par un acide ; alors il se fait un échange de base et la combinaison terreuse se forme plus complètement : on est obligé d’employer ce dernier moyen pour les bases qui ne sont point solubles dans l’eau , telles que la magnésie et les oxides métalliques.

Les usages auxquels on emploie le savon , font préférer quelquefois un savon , qui soit dur et quelquefois un savon qui soit mou : le premier se prépare avec la soude et l’huile d’olive : c’est de ce savon qui doit en meme temps être blanc , qu’on se sert pour dégommer la soie.

Pour faire le savon mou , 011 emploie au contraire l’huile de colza , de navette , de poisson ;

on choisit sur-tout celles qui sont moins chères, dans le lieu de la fabrication ; mais comme la mollesse est une qualité que l’on desire alors , au lieu de soude on emploie de la potasse ; la blancheur est inutile dans ce savon , et les huiles dont on se sert lui donnent ordinairement une couleur verdâtre ou meme noirâtre , d’où vient qu’on l’appelle savon vert ou noir.

Ce savon est sur-tout employé dans le blanchiment des toiles et des fils écrus , et dans l’opération du foulon pour les laines.

On peut même pour ce dernier usage employer une combinaison moins chère , et qui a les propriétés détersives du savon ; c'est la dissolution d’une substance animale par la potasse; Chaptal a observé (i) que la potasse que l’on a saturée de fragmens de laine , formait cette espèce de savon que l’on pouvait substituer avec avantage au sa-, von ordinaire : l’odeur qu’il donne aux draps, se dissipe par le lavage et par l’exposition à l’air,

(i) Mém. de i’Instit. tom, i.

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