CHAPITRE PREMIER
De la garance.
L A garance, dont on fait un usage très-etendu en teinture , est la racine d’une plante dont Linneus distingue deux espèces ; la première, rubia tinctorum foliis sertis ; la deuxième , rubia pere~ grina foliis quaternis. La première a deux varie'tës, la garance cultive'e , et la garance sauvage , que l’on nomme aussi rubia sjlvestris monspessulana major.
Quoique la garance puisse croître dans un terrain compacte , argileux , ou dans le sable , elle réussit cependant mieux dans une terre médiocrement grasse , molle, humide et très -légèrement sabloneuse; on la cultive dans plusieurs de nos départemens. On a généralement regardé comme la meilleure qui croisse en Europe, celle de la Zélande ; mais celle que l’on cultive dans les départemens du Rhin ne lui est pas inférieure ^
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La garance préparée pour l’usage de la teinture se distingue en differentes qualités. On appelé garance grape celle qui provient des mères racines, et non grape celle qui est le produit des tiges qui ont été enfouies dans la terre , où elles se sont transformées en racines , et auxquelles on donne le nom de couchis. Chacune de ces espèces se sous-divise en garance robée , en mi-robée, et en non -robée , courte ou mâle.
Lorsqu’on arrache les racines de la garance , on sépare le couchis pour en former la garance 4ion grape, et on y joint le chevelu qui n’a pas acquis une certaine grosseur ; on y joint encore les racines qui sont trop grosses et qui contiennent beaucoup de cœur ou de parties ligneuses. Les meilleures racines sont celles qui ont la grosseur d’une plume à écrire , ou du petit doigt tout au plus; elles sont demi-transparentes et rougeâtres, elles ont une odeur forte , et leur écorce est unie.
La garance tirée de terre et triée doit être desséchée pour pouvoir se moudre et se conserver : on la sèche , dans les pays chauds , au grand air : mais ailleurs on est obligé d’employer des étuves.
Il résulte de cette différence de préparation , ou peut-être aussi d’une variété dans la plante, que Ion doit distinguer deux espèces de garance qui diffèrent par leurs propriétés tinctoriales.
La première qui est cultivée à Smiriie , clans î’île de Clilpre , et dans le Levant est connue sous le nom de lizari : la culture s’en est établie dans nos départements méridionaux et elle n’y est point inférieure : nous allons donner un précis de la préparation , qu’on lui fait subir dans nos départements méridionaux , d’après des notes c[ue nous devons à Chaptal : nous parlerons ensuite de la préparation de la garance ordinaire.
On sèche les racines à l’air sur un sol pavé ou sur une claie. On les remue avec une fourche et on les bat légèrement pour en séparer répiderme et la terre. Ce qui reste sur le sol, composé de terre , d’épiderme , et de menues racines , est criblé , et ce qui est retenu sur le crible , forme ce qu’on appèle hillou , garance commune qui n’est propre qu’aux couleurs obscures. Les racines de garance ainsi épluchées sont broyées, soit sous une meule de pierre , soit sous des couteaux semblables à ceux des moulins à tan ; on sépare au moyen du van ou du bluteau , après une première mouture, la garance appelée non robée et qui est composée d’un reste de terre , d’épiderme et d’écorce. Après une seconde mouture, ce qu’on sépare est appelé garance mi-robée» Enfin après une troisième mouture on a la galance robée , c’est la meilleure qualité. La mirobée est cependant préférable, lorsqu’elle proyiei>t de racines un peu grosses. Lorsqu on
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mont pour son usage, on ne fait qu’une qualité , ou si l’on veut avoir une couleur trèsbrillante , on séparé la plus mauvaise qualité par une première mouture, et l’on emploie le produit de la seconde , connue dans le midi sou^*» le nom de grappier .
Les racines de bonne qualité, fiont de grosseur médiocre , peu rameuses et leur cassure est d’un jaune rougeâtre vif ; celles qui sont ridées par 5uite du dessèchement ne sont point bonnes. — Pour que la garancesoit convenablement nourrie, il faut quelle ait atteint sa troisième année, et qu’on l’arrache dans la quatrième.
La préparation des garances se fait dans les départements du Rhin , par des opérations plus nombreuses.
On sèche les racines dans une étuve échauffée au moyen d un fourneau , et dans laquelle on ne donne issue à 1 air que par intervalle, au moment ou 1 on croit 1 air saturé d’humidité. Le fourneau occupe une grande partie du sol , au-dessus sont trois étages à claire-voie sur lesquels on dispose les racines , par couches d environ deux décimèt. d épaisseur. Au bout de vingt-quatre heures, celles qui se trouvent sur le premier sol directement au-dessus du four , sont sèches , on les retire , on les remplace par celles des étages supérieurs : cette manœuvre se répète toutes les fois que les racines qui sont au-dessus du four sont
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sèches. Les racines sèches sont battues au fléau, puis passées à un talard semblable à celui qu on emploie pour le bled , ensuite on les passe dans un crible très grossier. Ce qui passe est encore battu , talardé et criblé à un crible plus fin que le premier ; on répète cinq fois ces opérations en passant successivement à des cribles de plus en plus fins , et mettant chaque fois à part ce qui reste sur le crible. Ce qui passe à travers le cinquième crible est rejeté commè sable et poussière ; après ces opérations on vanne avec dus vans ordinaires toutes les racines qui sont restées sur les cribles , et des femmes en séparent toutes les substances étrangères qui ne lont point été jusques-là. Pour diviser ensuite les racines en différentes qualités , on se sert de tamis faits en laiton et dont les réseaux ont de six à trois millimètres de grandeur. On rejète ce qui passe à travers le plus fin et l’on regarde , comme de meilleure qualité , ce qui a été séparé par le plus gros tamis. Ces racines ainsi séparées sont portées dans une étuve d’une construction un peu différente de celle de la première. On les étend par lits d’environ un décimètre , sur des grands châssis garnis en treillis , on reconnaît que la dessiccation est complète, lorsqu’en en prenant une poignée et la serrant dans la main , les racines se brisent facilement. Lorsqu’on sort la gar f aace de cette étuve on la porte encore chaude
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dans une machine où elle est rapee , on sépare par un crible la partie de Fécorce réduite en poudre, . on répète cette opération trois ou quatre fois, puis on passe à un bluteau ; ce qui passe par l etamine ou les fils de laiton du bluteau , est regardé comme garance commune , et ce qui sort par rextrémité du bluteau est appelé la fleur. Enfin ce qui sort du bluteau est broyé dans un moulin à meules verticales , puis passé à travers des tamis de diverses grosseurs ; ce qui reste dessus est toujours supérieur à ce qui passe.
La garance d’Alsace est réduite en poudre extrêmement fine, et on en extrait la matière colorante par une ébullition beaucoup moins longue que celle qui est nécessaire pour le lizari. On doit préserver avec soin de riiumidilé , les garances préparées, parce qu’elles s’en imprègnent facilement et qu’alors la fermentation altère leur couleur.
L’Ambourney et Beckman ont prétendu qu’il était plus avantageux d’employer la racine fraîche de la garance , que lorsqu’elle a été soumise À la dessiccation , sur- tout par le moyen des étuves ; mais dans l’état de fraîcheur, son volume devient embarrassant dans le bain de teinture, et une observation constante paraît prouver qu’elle s’améliore par la vétusté : d’ailleurs il faut qu’elle puisse être conservée et d’un transport facile.
Le célèbre Watt a fait sur une garance de Zé-
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lande bien choisie , des expériences propres à faire connaître les propriétés de ses parties colorantes : nous allons les rapporter.
A. Cette garance est d’une couleur orangée tirant sur le brun , en poudre grossière un peu cohérente ; elle attire l’humidité , et dans cet état elle perd ses propriétés , de manière qu’enfin elle ne peut servir à la teinture.
B. Elle donne avec beau une infusion de couleur orangée tirant sur le brun. Il faut beaucoup d’eau pour en extraire la partie colorante : Margraff prescrit trois litres d’eau pour six grammes de garance. L’eau en extrait les parties colorantes soit à chaud soit à froid ; mais elle paraît donner une couleur plus belle à froid ; sa décoction est plus brune.
C. Lorsque l’infusion ou la décoction est lentement évaporée dans un vaisseau ouvert , il se forme à sa surface une membrane qui tombe peu à peu au fond du vase ; après cela il se forme encore de nouvelles membranes qui se succèdent jusqu’à la fin de l’évaporation.
D. L’extrait ainsi formé est d’un brun sombre ; il ne se dissout qu’en partie dans beau , à laquelle il communique une couleur qui tire légèrement sur le brun.
E. L’infusion mise à digérer pendant quelques jours dans un vaisseau qui doit être élevé pour que la liqueur qui est réduite en vapeurs puissa
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retomber et dont l'exirernite doit être ouverte . laisse déposer des peilienles d’im brun ibncê : la liqueur reste légèrement brune et les pellicules se dissolvent difficilement dans Teau.
F. L’alun forme dans l’infusion (^B) un précipité d’un rouge brun foncé, composé de pellicules , et la liqueur qui surnage est d’un jaune tirant sur le brun.
G. Les carbonates alcalins précipitent de cette dernière liqueur une lacque d’un rouge de sang , dont la couleur a plus ou moins d’intensité , selon la quantité d’alun qui y avait été dissoute. On peut obtenir de cette manière une lacque d’un rouge de sang : mais tous les moyens connus jusqu’à présent n’ont jju lui donner le brillant de la lacque de cochenille : elle est transparente dans l’huile, mais dans l’eau elle est opaque et sans beauté.
H. Si r on emploie une surabondance d’alcali ^ le précipité se redisvsout et la liqueur devient rouge.
T. L’alcali minéral ne précipite pas une lacque d’une si belle couleur que la potasse.
K. La terre calcaire précipite une lacque d’une couleur plus sombre et plus brune que les alcalis, particulièrement si elle forme de l’eau de chaux.
L. Si Ion ajoute quelques gouttes d’alcali à leau dont on se sert pour faire J’infusion (B)^
cette infusion extrait beaucoup de parties colorantes d’un rouge fonce tirant sur le brun.
jo. L’alun précipite de cette infusion une lacque d’un brun foncé ;
20. Les acides qu’on y ajoute en petite quantité la font tirer sur le jaune , et en plus grande quantité , ils la rendent d’un jaune brun ; mais ils n’eu précipitent rien ;
3o. Cette infusion étant évaporée jusqu’à dessiccation , forme un extrait gommeux qui se dissout facilement dans l’eau.
M. Si l’on fait l’infusion (P>) dans une eail trèslégèrement acidulée par un acide minéral, elle est jaunâtre.
lo. Si l'on fait une longue digestion, cette liqueur devient d’un brun verdâtre , et le jaune en parait détruit ;
20. L’addition d’un alcali rétablit la couleur rouge , et l’infusion donne alors , par l’évaporation , un extrait qui se dissout facilement dans l’eau .
N. Si l’on met du carbonate de magnésie dans l’eau dont on se sert pour faire l’infusion (B) , cette infusion est d’un rouge clair de sang , et , en l’évaporant, elle forme un extrait d’un rouge foncé, qui se dissout facilement dans l’eau.
lo. La solution de cet extrait étant employée; comme une encre rouge , et étant exposée à la lumière du soleil , elle devient jaune ;
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, 5^0. ’ L’alun précipite de cette infusion une petite quantité d’une lacque mal colorée ;
3o. Les alcalis lui donnent une couleur plus rouge et plus fixe.
O. L’infusion faite dans une dissolution d’alun est d’un jaune orangé.
JO. Cette infusion étant précipitée par un alcali , donne une lacque semblable à (F) , mais dont la couleur n’est pas si bonne.
P. Une solution d’acétate de plomb, ajoutée à l’infusion (B) , forme un précipité d’un rouge brunâtre.
lo. Une solution de mercure dans l’acide nitrique , un précipité d’un brun pourpré ;
20. Une solution de sulfate de fer , un précipité d’un beau brun vif;