‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigénéChapitre 17 sur 53 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des procédés par lesquels on teint avec la garanccd

La laine ne prendrait avec la garance qu unr couleur faible et périssable , si l’on n’en fixait les parties colorantes par une base qui les combine plus 'intimement avec l’étoffe , et qui les soustrait en partie à Faction destructive de 1 air. C’est pour remplir ce but que l’on commence par faire bouillir l’étoffe avec de l’alunet du tartre pendant deux ou trois heures ; après cela , on la laisse égoutter , on l’exprime légèrement , et on l’enferme dans un sac de toile que 1 on porte dans un lieai frais où on le laisse quelques jours.

La dose de l’alun et du tartre , ainsi que leurs proportions respectives , varient beaucoup dans les différents ateliers : Iléliot ado])te pour un poids donné de laine , un peu moins du tiers d’alun et de tartre. Si on augmentait jusqu’à un certain point la proportion du tartre , au lieu du rouge , l’on n’obtiendrait qu’une couleur canello

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foncëe , mais solide ; parce que , comme on l’a vu , les acides tendent à donner une couleur jaune à la partie colorante de la garance. Poerner diminue un peu la proportion du tartre ; il n’en prescrit qu’un septième de l’alun. Scheffer, au contraire, prescrit une quantité de tartre double de celle de l’alun ; mais on a éprouvé qu’en employant moitié de tartre , la couleur tirait sensiblement plus sur le canelle , que lorsqu’il avait été réduit au quart de l’alun.

Il faut éviter l’ébullition pour le bain de teinture dans lequel on ne met que de la garance , parce qu’à ce degré de chaleur, la substance colorante s’altère facilement , et prend une couleur plus foncée.

Lorsque l’eau est chaude à pouvoir y souffrir encore la main , Hellot prescrit d’y jeter une partie de la plus belle garance-grape pour deux parties de laine qu’on doit teindre , et de bien la pallier avant d’y mettre la laine , qu’il faut y tenir pendant une heure sans faire bouillir le bain ; mais pour mieux assurer la teinture, on peut la faire bouillir sur la fin de l’opération , seulement pendant 4 ou 5 minutes. Eeckmann conseille d’ajouter un peu d’alcali au bain de garance.

On obtient , par ce procédé , des rouges qui ne sont jamais beaux comme ceux de kermès ^ et beaucoup moins que ceux de la laque et de

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la cochenille ; mais comme ils coûtent peu , on s’en sert pour les étoffes communes, dont le bas prix ne pourrait pas supporter celui d’une teinture plus chère. On rose quelquefois les rouges de garance avec l’orseille et le brésil, pour les rendre plus beaux et plus veloutés ; mais l’éclat qu’on leur prête par ce moyen n’est pas durable.

Poerner, Scheffer , Bergman ont employé de différentes manières la dissolution d’étain ; mais les expériences multipliées que nous avons faites , n’ont point confirmé l’avantage de ces procédés.

La garance ne donne pas une couleur qui ait assez d’éclat pour être employée à teindre la soie, et nous croyons inutile de rappeler les procédés que^Lafolie, Scheffer et Guhliche ont donnés sur cet objet.

On fait usage de la garance pour teindre en rouge le lin et le coton , et même pour leur don-, ner plusieurs autres couleurs , au moyen de différents mélanges ; c’est la substance colorante la plus utile pour cette espèce de teinture. Il est donc convenable de faire connaître avec assez de détails les différents moyens par lesquels on peut assurer cette teinture , la rendre plus belle et en varier les effets. Le lin prend plus difficilement la couleur de la garance que le coton ; mais les procédés qui réussissent le mieux pour 1 un , sont aussi préférables j)our l’autre.

Qn distingue deux espèces de rouge de garance

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sur le coton , ruii que Fon appelle simplement rouge (le garance , et l’autre qui a beaucoup plus d’éclat , et que l’on appelle rouge de Turquie ou r(3Uge d’Aiidrinople , parce cpie c’est du Levant qu’oii Fa tiré peiiaant long-temj>s.

On peut encore regarder comme une teinture distincte , cell^ dont on se sert pour l’impression des toiles. Ces trois espèces de procédés , que nous allons décrire peuvent s’éclairer mutuellement et servir à déterminer les moyens les plus propres à remplir le but qu’on se propose dans chacun d’eux.

Vogler a éprouvé Feffet d’ungrand nombre desubstances employées comme mordants ou dans le bain de teinture , et il a trouvé que celles qui produisaient le meilleur effet , étaient la colleforte , le fiel de bœuf et d’autres substances animales , telles que le crotin de mouton : le muriate de soude a rendu la couleur plus fixe , mais plus sombre; Fengallage a aussi procuré une. couleur plus nourrie : les autres astringents , tels que le sumac et l’écorce de grenade , ont produit un effet semblable ; un peu d’alcali , ajouté à l’alun, en a augmenté Feffet : une petite quantité de tartre a été utile ; mais une proportion trop forte de tartre , ainsi que des autres acides, fait passer la couleur au jaune; différents s(iîs métalliques ont produit quelques variations dans les nuances et dans la solidité , mais qui ne sont pas assez remarquables pour qu’on s’y ar-

Tcte : nous avons rapporté, en parlant du noir, le procédé que Vogler indique pour teindre le coton en noir par le moyen de la garance. Il remarque avec raison qu’une dessiccation est utile entre chaque opération , mais après avoir rincé le coton au sortir du mordant : cette dessiccation doit être faite à l’ombre, sur-tout lorsqu’on emploie l’alun, parce qu’étant trop précipitée, le sel cristallise à la surface de l’étoffe : il remarque encore qu’une ébullition trop long-tems continuée dans le bain de garance , détruit la couleur dont l’étoffe s’était chargée.

Dans les expériences de Vogler , le coton a toujours mieux pris la couleur que le fil; cependant la différence n’était pas bien grande lorsqu’il se servait d’une toile de chanvre ou de lin un peu usée et devenue douce au toucher , et lorsque son tissu était très -lâche et le fd peu tors.

Le Pileur d’Apligny donne une description trèsdétaillée du procédé qu’on suit à Rouen pour teindre le coton en rouge : on va l’indiquer.

Le coton doit être décreusé , puis engallé à raison d’une partie de noix de galle contre quatre de coton , et enfin aluné à raison d’un quart d’alun de Rome par quantité de coton et la même proportion d’eau ; on ajoute à la dissolution d’alun un vingtième de dissolution de soude

faite avec o,a5 kilogramiïies de soude ordinaire par litre*

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Quelques-uns mettent moitié moins de soude , diminuent Feau d’un sixième , et la remplacent par une dissolution de tartre et d’arsenic. Le Pileur d’Apligny regarde les derniers ingrédients comme contraires.

Lorsque le coton a été retiré du mordant , on le tord légèrement à la cheville , et on le fait sécher. Plus il sèche avec lenteur, plus la couleur est belle. On ne teint ordinairement que lo kilogrammes de coton à-la-fois , et il est meme plus avantageux de n’en teindre que la moitié , parce que, lorsque l’on a une trop grande quantité de matteaux à travailler dans la chaudière , il est bien j)lus difficile de les teindre également.

La chaudière dans laquelle on teint cette deri nière quantité de coton , doit contenir environ 240 litres d’eau qu’on fait chauffer. Lorsqu’on ne peut y tenir la main qu’avec peine, on y met 3 kilogrammes de bonne garance grape de Hollande , qu’on distribue avec soin dans ce bain. Lorsqu’elle y est bien mêlée , on y plonge le coton , matteaux par matteaux, qu’on a précédemment passés dans des bâtons, et qu’on laisse reposer sur les bords de la chaudière. Tout le coton étant plongé dans le bain , on travaille et on tourne successivement les matteaux passés dans chaque bâton , pendant troisquarts-d’heure , en maintenant toujours le bain au même degré de chaleur sans bouillir. Ce temps expiré , on

Telève et on retire le coton sur les bords de la chaudière ; on verse dans le bain environ un demilitre de la lessive de soude dont on a parie : on rabat le coton dans la chaudière et on le fait bouillir douze à quinze minutes ; enfin on le relève , on le laisse cgoulter , on le tord, on le lave à la rivière , et on le tord une seconde fois à la cheville.

Deux jours après on donne à ce coton un se- <H)nd garançage, à raison de moitié de garance , en le travaillant de la même manière que pour le premier garançage , avec la différence qu’on n ajoute point de lessive et qu’on se sert pour le bain, d’eau de puits. Ce garançage étant fini, on laisse refroidir le coton , on le lave , on le tord et on le fait sécher.

Le.Pileur d’ApIigny pense que cette méthode de teindre à deux bains n’est pas avantageuse , parce qu’elle consomme plus de temps et de bois , et que le second garançage ne peut fournir beaucoup de teinture , les sels du mordant ayant été' épuisés par le premier. Il propose une autre inéthode déjà suivie , dit-il , avec succès par plusieurs teinturiers ; elle consiste à donner au coton deux alunages , et à le teindre ensuite en un seul bain.

Pour aviver ce rouge , on met dans une chaudière ou dans un baquet une quantité d’eau tiède suffisante pour abreuver le coton ; on y verse ’

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environ un demi-litre de lessive ; on trempe dans ce bain le coton par parties ; on l’y laisse un instant ; on le relève , on le tord , et on le fait sécher. Selon le Pileur d’Apligny , cet avivage est une opération inutile ; comme le coton rouge est destiné à fabriquer des toiles dont on est obligé d’enlever l’apprêt en partie , lorsqu’elles sont tissées , la couleur du coton s’avive en même tems, parce qu’on les passe dans l’eàu chaude aiguisée par un peu de lessive. Lorsqu’on les retire de cette eau, on lave ces toiles à la rivière , et on les étend sur le pré , où le rouge s’avive beaucoup mieux qu’il ne ferait par toute autre opération.

"W^ilson prescrit , avec raison , de se servir du* mordant qui est connu sous le nom de mordant des imprimeurs en toile, et dont il va être question , pour teindre en rouge le coton. Il faut, dans son procédé , l’engaller , le sécher , l’imprégner du mordant étendu d’eau chaude , le sécher encore , le garancer, le laver et le sécher.

Le mordant employé pour produire les rouges sur toiles imprimées , est Facétate d’alumine , fait par les procédés qui ont été décrits , et plus ou moins concentré , selon l’intensité de la nuance que l’on veut obtenir.

Lorsque les toiles ont subi la dessiccation qui doit toujours suivre l’impression , on les passe dans une chaudière qui contient de la bouze de

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vache délayee dans de l’eau. Pour les inord^anls destines à des nuances claires , ilcoTivient de n’y laisser les toiles que cinq à six min .0. s à une chaleur douce , et qui ne passe pas 45 * !léaiimur.

On peut augmenter la chaleur et *a duree du houzage pour les mordants qui doivent produire des couleurs foncées ; mais dans tous les cas on doit le conduire avec une grande circonspection , parce qu’en le poussant trop loin , on enlève le ^ooidant de dessus la toile j et qu’en le ménageant trop, le mordant norl combiné à l’étoffe et qui y reste superposé, appauvrit ensuite le bain de teinture , et fixe sur les parties de la toile , qui doivent rester blanches , la matière colorante qu’on ne peut détruire complètement sans altérer beaucoup la couleur.

Pour garancer., 011 mele avec soin la garance à leau de la chaudière /immédiatement après avoir allumé le feu dessous , et l’on y introduit les toiles attachées ensemble par les bouts. On les tient en mouvement pendant tout le temps que dure le garançage , afin qu’elles se teignent i.galeiiieiit , et pour cela , on les lait passer j)ardessus un moulinet, qu’un enhmt fait tourner. On élève graduellement le feu , de manière que le bain soit porté à 1 ébullition en trois quartsd heure, ou, au plus, une heure. Arrivée à- ce teime, 1 opération doit etre arrêtée an moment où Ion juge que les couleurs ont pris sur la

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